Affichage des articles dont le libellé est Hommage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hommage. Afficher tous les articles

mercredi 26 octobre 2022

La mort de Pierre Soulages, l’œuvre au noir d’un peintre français.

 


Disparition. Pierre Soulages est décédé à l’âge de 102 ans. Peintre de l’abstraction lyrique, il sut extraire la lumière du noir, son pigment de prédilection.

Maurice Ulrich

Pierre Soulages n’a pas toujours été dans le noir. On dit que ses premiers dessins, alors qu’il était encore en culottes courtes, étaient des paysages de neige. Le peintre, qui vient de disparaître à 102 ans et qui, jusqu’à ces derniers temps, n’a cessé de créer, tient de cette longévité exceptionnelle d’être un abstrait du XXe siècle entré, et comment, dans le XXIe comme un des artistes les plus célèbres au monde, devenu l’un des plus chers aussi.

Né en 1919 à Rodez, dans l’Aveyron, qui accueille aujourd’hui le musée qui lui est consacré – un statut qu’il faut bien dire exceptionnel –, il relève dès la fin de la Seconde Guerre mondiale de la génération de peintres de ce que l’on a appelé l’abstraction lyrique, pour partie en réponse à l’abstraction géométrique qui a dominé dans les années trente.

Sans doute avait-elle été vécue d’une certaine manière comme une volonté de mise en ordre du monde, que la guerre a détruite. Le geste libre, les flux de couleur, l’invention des formes vont alors dominer la peinture de Manessier, Bissière, Hartung, Schneider, Estève, Poliakoff et bien d’autres, qui, s’ils ne forment pas un groupe, une école, partagent des conceptions proches. Aux États-Unis, l’expressionnisme abstrait avec De Kooning, Pollock, Kline va participer de la même sensibilité qui entend faire droit à l’émotion, la spontanéité, consacrant d’une certaine manière le retour de la subjectivité dans la peinture.

D’abord des paysages d’hiver, des arbres sans feuilles

Soulages va affirmer sa singularité par son usage du noir, déjà. Dès qu’il commence à peindre régulièrement, quand il est encore adolescent, ce sont les paysages d’hiver et plus particulièrement le tracé des arbres sans feuilles, noirs, sur le blanc qui l’intéressent. Il serait aventureux d’en donner une interprétation. On peut juste noter, comme éléments de sa biographie, que ses premières années de scolarité se passent dans un pensionnat catholique tenu par les Frères des écoles chrétiennes, soutanes noires et jabots blanc rectangulaires ; qu’après la mort de son père, l’année même où il entre dans ce pensionnat, il est élevé par sa mère et sa sœur aînée, dont il dira: «Jai été élevé par deux femmes en noir.»

De son enfance aussi date son goût des stèles de pierre, d’un hiératisme consacré par le temps, des statues menhirs, des peintures rupestres. Il découvre l’art roman en visitant à 12 ans l’abbatiale de Conques, qu’il servira magnifiquement quand lui sera passée, en 1986, la commande exceptionnelle de ses vitraux. Un chantier hors-normes de sept années. Sans doute dès lors l’art, pour lui, ne renvoie pas au plaisir, mais au sacré, au monumental.

Son choix de la peinture s’affirme très vite. Dès ses 19 ans, le jeune Ruthénien (c’est ainsi que s’appellent les habitants de Rodez) quitte sa ville pour Paris et s’inscrit dans l’atelier d’un peintre, René Jaudon, qui l’encourage. Reçu au concours d’entrée de l’École des beaux-arts, il se lasse vite d’un enseignement alors très académique. Mobilisé en 1940, il rencontre aux Beaux-Arts de Montpellier Colette Llaurens, avec qui il va partager toute sa vie. Réfractaire au STO, il fait la connaissance de l’écrivain Joseph Delteil puis, en 1944, se lie avec le philosophe Vladimir Jankélevitch et le peintre Jean Cassou.

Il retrouve Paris en 1946 et, dès lors, se consacre entièrement à la peinture, expérimente l’usage du goudron sur verre. En 1949, alors qu’il a obtenu sa première exposition personnelle et a aussi été exposé à Munich et New York aux côtés d’Hans Hartung et de Gérard Schneider, le musée de Grenoble dirigé par Andry Farcy, un conservateur très éclairé et audacieux, est le premier à lui acheter une toile. Les années qui suivent sont celles des débuts de sa reconnaissance internationale. Le musée Guggenheim, le musée d’Art moderne de New York, la Tate Gallery à Londres, le musée d’Art moderne de Paris lui achètent des toiles. En 1954, le marchand de Picasso aux États-Unis le sollicite et organise sa première exposition en terre américaine.

Puis le Soulages de l’outre-noir

Le Soulages de cette époque est cependant très loin encore de celui des vingt ou trente dernières années, marquées par ce qu’il va appeler lui-même l’outre-noir. Si l’usage du noir (ou du marron foncé), à l’occasion avec des matières inhabituelles (goudron, brou de noix), caractérise déjà ses œuvres des années 1950 à 1960, sa vision de l’abstraction ne déroge pas à celle qui est partagée alors par ses contemporains. Simplement – et c’est sa marque –, il fait vivre la couleur entre les «grilles» du noir, créant ainsi lillusion dun premier plan, révélant derrière lui un monde restant pour partie caché. On pourrait spéculer là-dessus. Nous ne voyons que l’apparence des choses, la vraie vie est ailleurs, comme le soleil hors de la caverne de Platon. Pourquoi pas?

Le résultat plastique est en tout cas concluant et même souvent séduisant. Les tableaux de cette époque se vendent aujourd’hui des millions de dollars (vingt millions pour le dernier record). Progressivement cependant, il évolue vers des sortes de calligraphies au large trait sur le blanc, cherchant parfois des rythmes dans une sorte de monumentalité. Mais la grande révolution de son œuvre a été le passage à ce qu’il a appelé donc l’outre-noir, à partir de 1990. C’est en 1979 qu’il fait une découverte qui va changer sa vision après avoir travaillé pendant des heures sur une toile avec une pâte noire. «Jy pataugeais», disait-il.

Quand il revient après avoir quitté l’atelier, il est face à ce qui semble un paradoxe: «Le noir avait tout envahi, à tel point que c’était comme sil nexistait plus.» Noir, donc, ce n’est pas noir. Il n’y a pas, dira-t-il plus tard, de noir absolu. Dès lors, c’est cela qu’il va travailler. Les variations du noir, en fonction de la matière (huile puis acrylique épaisse), des aplats, des stries ou des sillons qu’il va inscrire sur de grandes toiles à l’aide d’instruments peu orthodoxes comme de grands balais… C’est la lumière sur les différentes surfaces de la toile qui va faire le tableau. La première exposition de ce nouveau travail a lieu au Centre Pompidou, quelques mois plus tard.

Mais, parallèlement, il se voit, en 1986, confronté à un défi avec une commande du ministère de la Culture alors dirigé par Jack Lang: la réalisation de 104 vitraux pour labbatiale Sainte-Foy de Conques. Il ne peut être question pour lui de revenir à la couleur dans cet édifice roman sans attenter à son harmonie. Les vitraux seront en verre blanc translucide, spécialement mis au point avec la collaboration du maître verrier Jean-Dominique Fleury à Toulouse, comme s’il avait retrouvé les paysages de neige. Les jointures entre les plaques reprennent les systèmes de stries des œuvres au noir. C’est une réussite totale et qui fait date, inaugurée en 1994 par un autre ministre de la Culture, Jacques Toubon.

En 2009, un demi-million de visiteurs se pressaient au Centre Pompidou pour une rétrospective d’une centaine de ses œuvres, signe d’un large succès public. Dix ans plus tard, à l’occasion de son centenaire, le musée du Louvre lui consacrait une exposition majeure, rassemblant des œuvres de la Tate Modern de Londres ou du Guggenheim de New York. «Je trouve que cela a été bien court, il y a encore beaucoup à faire», déclarait-il alors.

 

mercredi 28 septembre 2022

Mort du sociologue Michel Pinçon : il regardait les riches pour comprendre le monde



Michel Pinçon est mort lundi 26 septembre 2022, à l'âge de 80 ans. Ancien directeur de recherche au CNRS, le sociologue, dont les travaux sur les riches se sont conjugués souvent avec ceux de son épouse Monique Pinçon-Charlot, nous avait accordé en 2010 un entretien que nous republions. Cet entretien prenait pour point de départ les retraites dorées des patrons du CAC40 pour s'élargir aux modes d'emploi de cet argent. Publié le Mercredi 28 Septembre 2022

Entre sa retraite de et ses revenus de PDG d'EDF, Henri Proglio touchera 2,6 millions d'euros par an. Il n'est pas le seul. Ces dernières années les « salaires » des patrons se sont envolés. Que font-ils de tels revenus ?

Michel Pinçon. Ces sommes sont démentielles mais ce ne sont que des revenus d'activité. Or ces patrons ont aussi des stock-options et du patrimoine de rapport. Bernard Arnault, par exemple, est PDG du groupe LVMH mais il en est aussi propriétaire et à ce titre il perçoit des dividendes. Il a aussi des revenus de placements qui peuvent être mobiliers (actions) et immobiliers. Au total c'est vraiment faramineux. Une partie de ces revenus est investie dans de nouveaux placements financiers ou immobiliers pour améliorer non pas le niveau de vie mais la taille du patrimoine. Une autre va à des pratiques extrêmement dispendieuses, à la limite du patrimoine de rapport et du patrimoine de jouissance. Je pense aux deux musées d'art contemporain que François Pinault, ancien PDG du groupe Pinault-Printemps-La Redoute, a créés à Venise. Ils sont de niveau international avec des oeuvres de très grande valeur et ont, l'un et l'autre, la taille du musée d'Art moderne de la ville de Paris. François Pinault a aussi acheté un château du XVIIe siècle, La Mormaire, en bordure de la forêt de Rambouillet, qu'il a restauré.

Dans le parc on trouve des statues monumentales, dont une de Picasso, une installation de Richard Serra qui exposait au Grand Palais, il y a peu de temps. De son côté, le groupe LVMH contrôlé par Bernard Arnault (comment faire la part entre ce qui appartient au groupe et ce qui appartient à son propriétaire ?) a acheté Château-Yquem dans le vignoble bordelais. Bernard Arnault y a marié sa fille. On pourrait multiplier les exemples. C'est ce que nous appelons, en nous inspirant de Pierre Bourdieu, le capital symbolique. Yquem, les grands vins... c'est la culture française, l'ancienneté, la tradition, le prestige.

Et pour avoir vraiment du pouvoir, il faut avoir du prestige ?

Michel Pinçon. Cette richesse difficile à acquérir assoit le pouvoir sur une dimension symbolique. Un portefeuille d'actions ne donne pas une légitimité sociale. Château-Yquem ou des musées d'art contemporain ont une valeur monétaire, mais donnent surtout un certain label. Arnault, lui aussi, s'est lancé dans la création d'une fondation consacrée à l'art au Jardin d'acclimatation, dans le bois de Boulogne. Pourquoi investir dans des entreprises de ce type ? Ils gagnent de l'argent, bien sûr, et cela leur permet d'intervenir au coeur du marché de l'art. Ils se donnent aussi un statut de mécènes, montrent leur intérêt pour la culture. C'est une valorisation symbolique de leur personne.

Cet argent procure aussi un confort quotidien hors du commun...

Michel Pinçon. Il n'est pas nécessaire d'atteindre ces niveaux de revenus pour être dégagés des soucis du quotidien. C'est déjà le cas, par exemple, du directeur financier d'une grande entreprise qui peut se décharger sur du personnel spécialisé de tous les problèmes domestiques, qui peut envoyer ses enfants pendant un an dans un collège anglais. Lorsque le niveau de revenus est encore supérieur existent des « family offices ». Des organismes qui sont souvent liés à des services de gestion des grandes fortunes greffés sur des banques d'affaires. Ils prennent en charge tous les aspects de la vie quotidienne des familles très riches, depuis les problèmes les plus courants jusqu'à l'organisation d'un séjour au festival de Bayreuth ou la réservation au dernier moment d'une place dans un avion pour New York. Car les déplacements sont fréquents et la pluriterritorialité est systématique. C'est frappant en consultant le Bottin mondain. Ces personnes ont généralement une adresse parisienne, une autre dans un lieu de villégiature en province, une autre encore à l'étranger. Dans toutes ces résidences des gardiens assurent la sécurité, le fonctionnement, l'entretien de façon permanente. Dans un livre, l'Esprit en fête, un titre révélateur de leur état... d'esprit, Michel David-Weill, l'un des dirigeants de la banque Lazard, confie qu'il aime beaucoup toutes ses résidences et il ajoute qu'elles sont magnifiquement décorées. Amateur d'art, il préside d'ailleurs une commission chargée des achats pour les musées nationaux.

On revient encore à l'art...

Michel Pinçon. Être un mécène des arts, appartenir à des institutions culturelles, avoir son nom gravé dans le marbre de musées, au Louvre par exemple... c'est comme cela qu'on n'est pas Bernard Tapie.

Cet argent donne une sensation de puissance ?

Michel Pinçon. Il procure, en supprimant tous les problèmes matériels, une sérénité évidente. Mais il est une autre forme de sérénité plus cachée qui vient du fait de pouvoir acquérir ce qu'avec Monique Pinçon-Charlot nous avons appelé « une immortalité symbolique ». Pinault a un fils qui a pris sa suite, Arnault a ses enfants déjà dans le circuit, Bouygues, Lagardère sont des fortunes récentes mais dont la succession est déjà assurée. Lorsqu'on est dans cet univers, au bout d'une ou deux générations, on a des ancêtres et des héritiers, on est le moment de quelque chose qui vous dépasse. L'ouvrier ou l'enseignant ont leur vie, un père et une mère. Mais ils sont seuls à entretenir leur mémoire alors que la société garde la mémoire des Rothschild ou des David-Weill, des grandes dynasties industrielles. Il y a quelques années, les Wendel ont fêté le tricentenaire de la fondation de leur première usine métallurgique en Lorraine. Ils avaient à cette occasion loué le musée d'Orsay pour une soirée. Ernest-Antoine Seillière dont la mère était une Wendel a fait un discours. Tous les membres du holding qui gère les biens des Wendel étaient là : au moins 800 personnes figurent sur la photo prise dans le grand hall du musée. Dans ces familles, on a le sentiment de sortir de l'ordinaire, on se le dit, et cela donne une certaine assurance. D'ailleurs leurs résidences sont souvent dans des bâtiments classés aux Monuments historiques, des hôtels particuliers dans Paris avec des oeuvres d'art, des meubles de valeur, des bibliothèques. La différence est évidente avec ceux qui sont nés et ont vécu dans des HLM que l'on fait imploser parce qu'ils n'ont aucune valeur. D'un côté c'est la mobilité forcée, la précarité et l'enfance qui disparaît dans un nuage de poussière, de l'autre c'est une certaine longueur de l'existence avec la maison qui reste dans la famille et l'inscription dans cette immortalité symbolique, certes très fallacieuse mais psychologiquement apaisante.

Proglio a négocié son salaire 45 % au-dessus de celui de son prédécesseur. Comment n'a-t-on pas dans cette situation un sentiment d'indécence ?

Michel Pinçon. Peut-être par tout ce que l'on vient de dire et la certitude d'être le meilleur. Proglio est dans un univers où il se sent autorisé à demander toujours plus parce que c'est lui qui décide, il a le sentiment d'avoir beaucoup fait pour l'entreprise. Il y a là une forme d'hypernarcissisme entretenue par la difficulté réelle du monde des affaires, un monde où il y a de la bagarre, où ceux qui gagnent s'adjugent tout ce que les vainqueurs peuvent souhaiter. C'est aussi un effet idéologique de la pensée unique qui veut que le marché soit le seul régulateur de la vie économique. La logique du plus fort gagne s'impose. Et il n'y a pas de limite.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

(*) Auteur avec Monique Pinçon-Charlot du livre les Ghettos du Gotha, comment la bourgeoisie défend ses espaces. éditions du Seuil, 2007, 293 pages, 19 euros.

lundi 24 janvier 2022

Hommage : « Arnaud Spire avait la passion de convaincre et une immense culture ». Par Bernard Vasseur, philosophe



Je viens d’apprendre la mort de mon plus ancien ami et camarade, Arnaud Spire. Je suis consterné et infiniment triste. Et des pages entières de souvenirs affluent dans ma tête et dans mon cœur.

J’ai connu Arnaud dans les années 1970, il habitait alors à Aubervilliers où il était secrétaire de section du parti. C’est là que j’ai appris qu’il avait un passé de résistant au colonialisme en Algérie. Il fut membre du parti communiste algérien, journaliste à Alger Républicain jusqu’à l’interdiction du journal et militant clandestin ensuite. Il fut d’ailleurs emprisonné et torturé par les sbires de Boumediene, avant d’être libéré à la suite d’une campagne du Secours populaire. De retour en France il enseigna la philosophie dans l’enseignement privé et il créa d’ailleurs le syndicat CGT de l’enseignement privé, ce qui lui valut d’être mis à la porte du cours où il était professeur. C’est à ce moment que je fis sa connaissance. Nous étions très attachés à l’éducation des militants communistes, au sein de la fédération du « 9-3 ». Puis nous avons agi au sein de l’université nouvelle, en enseignant la philo marxiste à Paris d’abord, puis dans des comités d’entreprise de banlieue populaire, avant de rejoindre les intervenants réguliers de l’école centrale du PCF. Arnaud travailla d’abord à la Nouvelle critique dont il fut le secrétaire général, puis avec Jean-Paul Jouary, il dirigea les pages idées de l’Humanité. Je le vois encore animer les séances de rencontres de ces journaux au Festival d’Avignon avec passion, avant d’aller – c’était un gastronome – déguster quelques merveilles à l’Ousteau de Beaumanière !

Il écrivit de nombreux livres et m’invita à participer au premier d’entre eux : Giscard et les idées. Il eut la grande gentillesse de m’en dédier l’écriture de quelques autres… Il faut dire que nous dialoguions très fort, tout en étant toujours d’accord sur le fond et l’essentiel : le communisme comme combat à mener au présent, et non comme une société idéale lointaine et une sorte de paradis merveilleux.

Arnaud avait la passion de convaincre et possédait pour cela une immense culture. Il savait mettre tout son savoir à la portée des militants ouvriers qui l’écoutaient avec ardeur. Il a laissé un excellent souvenir aux « élèves » des écoles du parti : il avait l’art de savoir prendre des exemples simples et convaincants qui restaient dans les mémoires de qui l’avait entendu. Il était surtout d’une formidable gentillesse et d’une grande efficacité pratique…

Mais je suis trop peiné de sa disparition pour en dire davantage. Je préfère garder ma grande tristesse pour moi et ma femme Sylvie. Je pense bien sûr à ses compagnes et à ses enfants. Je les embrasse avec de tendres souvenirs.

 

jeudi 30 décembre 2021

Disparition de Sabine Weiss, photographe humaniste



MAGALI JAUFFRET 

La photographe s’est éteinte mercredi. Figure majeure de cet art, elle était l’ultime représentante de ce courant d’après-guerre qui privilégiait l’humain. Elle avait été fêtée, cet été, aux dernières Rencontres d’Arles.

Elle avait 97 ans et avait très envie d’arriver à ses 100 ans. Elle était devenue très fragile. Ces derniers temps, elle ne reprenait souvent son souffle que grâce à l’oxygène. Sabine Weiss, qui incarnait avec verve et esprit, le fameux mouvement photographique humaniste qui enchanta Paris après-guerre, est décédée mercredi à Paris. Elle avait survécu à ses collègues Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat, Izis…

Les Rencontres internationales de la photographie d’Arles, qui lui avaient organisé une belle rétrospective, l’avaient fêtée sur la scène du théâtre antique, en juillet. La semaine passée, elle était encore à Deauville pour découvrir les expositions du festival Planches Contact. Elle aura goûté jusqu’à son dernier souffle succès et reconnaissance du public.

 

Née à Saint-Gingolph, en Suisse, le 23 juillet 1924, (elle sera naturalisée française en 1995), la petite Sabine Weber, dont le père, chimiste, fabrique des perles artificielles, n’aime pas trop les études, ne finit pas le lycée, s’achète un premier petit appareil photo avec son argent de poche, à une époque où cela ne se faisait guère, et décide, dès 17 ans, de devenir photographe. Une vocation, donc !

Trois ans durant, elle apprend la chimie au sein du studio de la famille Boissonnas, à Genève. Lavages, glaçages, tirages, retouches n’ont bientôt plus de secret pour elle. Encore lui faut-il acquérir un œil, une vision, un point de vue, ce à quoi sa famille, qui aime l’art, l’a formée en lui montrant des livres, en l’emmenant dans des expositions.

Quand Paris s’offrait à elle

En 1945, sans se douter de tout ce qui couve artistiquement dans la photographie, elle se sent d’ouvrir son propre studio et, un an plus tard, s’installe à Paris où elle devient l’assistante de Willy Maywald, photographe de mode et de portrait. Excellente formation ! D’autant que le reste du temps, le Paris des surréalistes, « sans télévision et sans droit à l’image » qui a une grande soif de vivre après la guerre, s’offre à elle comme un spectacle. Tout fait image à son regard : les marchés aux puces, les faubourgs, les bars et même les terrains vagues. Déjà, elle montre une grande attirance pour la nuit, les contrastes de lumière.

La voilà bientôt qui reçoit des commandes des grands magasins. Ainsi, photographie-t-elle les changements de décor des vitrines du grand magasin le Printemps pendant des années. C’est l’époque où cette profession est très sollicitée par la publicité et gagne correctement sa vie grâce, aussi, à l’essor de la presse illustrée. Elle apprend également beaucoup de la mode, s’essaie à la couleur. Et lorsqu’elle rentre chez elle le soir, du côté de la porte de Saint-Cloud, elle fait le grand écart (« je passais de la mode à la morgue », disait-elle), en cadrant des enfants infortunés, gitans et autres poulbots qui peuplent les terrains vagues et bidonvilles d’alors. Photographier les enfants, leurs jeux, leurs rites ou leur gravité, restera l’une de ses passions. Elle y reviendra avec talent toute sa vie. Et le grand public la connaît pour ses instantanés d’enfants jouant, par exemple, au cheval…

 

jeudi 25 mars 2021

 


La mort de Bertrand Tavernier, le plus américain des cinéastes français

Le journal La Croix annonce la mort du cinéaste, scénariste, dialoguiste, producteur et écrivain, qui s’est éteint le 25 mars à Sainte-Maxime, dans le Var, à l'âge de 79 ans. Nous republions en hommage l'une des dernières interviews qu'il nous avait accordée. Le cinéaste, réalisateur de plus de vingt films dont « Capitaine Conan », « l’Horloger de Saint-Paul » ou encore « Ça commence aujourd’hui », présentait à Cannes un captivant documentaire, « Voyage à travers le cinéma français ». Il y parle avec passion de films et de personnalités qui l’ont marqué.

Il fut cinéphile, animateur de ciné-club, critique, attaché de presse et enfin cinéaste. Bertrand Tavernier a déjà eu les honneurs de la compétition cannoise pour quatre films. Il y revient cette année, dans le cadre de Cannes Classics, une sélection non compétitive en forme de mémoires du cinéma, avec « Voyage à travers le cinéma français ». Ce documentaire, très personnel et passionnant, autour de cinéastes, acteurs, scénaristes, auteurs de musique de films, raconte ses coups de coeur, ses obsessions, les ombres et les lumières de quatre décennies de septième art hexagonal, des années 1930 aux années 1970. Le récit captivant, les anecdotes croustillantes, les extraits choisis, la verve et la passion de Tavernier font passer ces trois heures de voyage à une vitesse folle.

HD. Le Festival de Cannes est une caisse de résonance. Quel rôle joue-t-il pour le cinéma français ?

BERTRAND TAVERNIER. J'ai vécu le Festi-val de Cannes sous deux optiques différentes. J'y ai d'abord été attaché de presse. Puis, je l'ai connu sous l'angle du metteur en scène. Cannes est un festival formidable, même si j'ai toujours quelques désaccords : il y a une sorte de surenchère, une inflation de films ; cela ne les sert pas. J'ai vu la Quinzaine, une création des réalisateurs, imposer des films refusés par la sélection officielle. Le Festival de Cannes est venu découvrir des cinéastes. Mais il y a plein de metteurs en scène auxquels on déconseillait de présenter leur film : ils avaient tout à y perdre. Des passions se sont exacerbées de manière délirante. Il y a des réactions de rejet et de haine inouïes. Quoi qu'on puisse penser du « Grand Bleu », Luc Besson a subi une humiliation assez inadmissible lors de sa présentation. J'ai vu des films français se faire rejeter. Être à Cannes, c'est comme si vous représentiez la France.

Voir aussi : Bertrand Tavernier : « Kirk Douglas était un acteur et un homme engagé»

Et on vous accuse de tous les maux. Un journaliste a dit qu'un de mes films, « Un dimanche à la campa gne », avait déshonoré la France ! J'ai quand même eu le prix de la mise en scène.
Mais j'ai toujours refusé que des films qui semblent avoir un budget important soient à Cannes. Je savais qu'on allait se faire dézinguer. Je ne voulais pas que « la Princesse de Montpensier » soit à Cannes. Et, finalement, on y a gagné l'enthousiasme de la presse étrangère, ce qui a permis au film d'être acheté dans beaucoup de pays. Mais, par rapport à la France, on perdait tout. Cannes a favorisé énormément de petits films qui arrivent en francs-tireurs, tandis que d'autres, qui ont l'air bien établis, sont accueillis avec des ricanements. Des films ont gagné à ne pas aller à Cannes. Cannes a été magnifique pour « The Artist » ou Jacques Audiard. La marginalité de Bruno Dumont y est sacralisée. Cannes a aussi vraiment aidé des metteurs en scène de pays totalitaires ou d'autres confrontés à des dictatures de l'argent. Mais pour un film français, il faut s'en servir comme caisse de résonance vis-à-vis de la critique étrangère, qui va aborder le film sans les a-priori que peuvent avoir certaines personnes qui en sont restées aux guerres de Religion.

HD. Dans votre documentaire, vous parlez d'un cinéma de patrimoine, mais comment se porte le cinéma français contemporain ?

B. T. Le cinéma de patrimoine est très beau, mais j'ai surtout voulu montrer qu'il était vivant, qu'il parlait très souvent de sujets contemporains. Ce cinéma palpite. Aujourd'hui, je retrouve cette force de création, cette variété. Quels sont les points communs entre Nicole Garcia, Jacques Audiard, Alain Guiraudie ou Raymond Depardon ? Le cinéma français s'aventure sur des terrains différents avec beaucoup de couleurs. Les derniers films d'Olivier Assayas ou la prise en compte de la réalité sociale de Stéphane Brizé m'épatent. Je suis stimulé par les bons films des autres.

HD. Ce « Voyage... » est-il le film d'un passeur, d'un cinéaste ou d'un amoureux du cinéma ?

B. T. Je l'ai abordé comme cinéaste.J'essaie de montrer ce qui me touche. J'avais envie d'exprimer ma gratitude envers des gens qui ont illuminé ma vie, éclairé mes années d'adolescence et d'homme. Mais ces gens ont aussi combattu. Si je peux faire mes films, c'est parce qu'ils ont été en première ligne. Ce qui est valable pour tous les gens qui sont aujourd'hui à Cannes, d'Olivier Assayas à Benoît Jacquot, en passant par Emmanuelle Bercot, Maïwenn, Audiard. Certains réalisateurs d'alors étaient engagés politiquement. Le Chanois, Daquin, voire Autant-Lara, militaient pour le Parti communiste. D'autres défendaient leur vision de créateurs. Ils se battaient avec les producteurs, avec les financiers, avec la censure, le climat politique de l'époque. J'ai envie de leur dire merci.

HD. Dans quelle mesure votre film tente-t-il de réconcilier la Nouvelle Vague avec le reste du cinéma français ?

B. T. Les clans ont été constitués pour se valoriser. Cela peut se comprendre quand on fait des films, mais pas quand cela continue génération après génération et que tous les faits prouvent le contraire. J'ai écrit dans les deux revues ennemies, « Positif » et « les Cahiers du cinéma ». Cette guerre amenait parfois une certaine vivacité. Mais le prix à payer était que, d'un côté, « Positif » écrivait des conneries sur la Nouvelle Vague, Bresson et Godard. De l'autre, « les Cahiers » écrivaient des imbécillités inouïes sur Ford et John Huston. Des gens héritent des dogmes : les disciples sont des gens effroyables. Quand j'ai fait « Laissez-Passer », des gens ont écrit que c'était un acte de haine contre la Nouvelle Vague. Ils ne savaient même pas que j'avais été l'attaché de presse de 30 films de la Nouvelle Vague, de 12 Chabrol. Je me suis battu pour Agnès Varda, Demy, Jacques Rozier. J'ai vécu avec eux. J'ai toujours eu une admiration formidable pour certains de leurs films.

Voir aussi : Tavernier, l’archiviste de la mémoire du cinéma français

En même temps, cela ne me faisait pas abandonner mon admiration pour « la Traversée de Paris », d'Autant-Lara, pour « Voici le temps des assassins » de Duvivier. Opposer les uns aux autres était absurde. Dans les années 1950, certains des cinéastes de la grande époque ont réalisé des oeuvres décevantes. Mais on l'a vu aussi dans le cinéma américain. On a beaucoup à gagner à piocher dans le combat mené par Duvivier contre des exploitants qui coupaient arbitrairement les scènes qui les gênaient, ou dans les menaces de proc ès d'Autant-Lara pour contrôler le montage final du « Diable au corps ». On doit leur dire merci. Cela n'empêche pas l'admiration que j'ai pour « le Mépris », « Pierrot le Fou », « Bande à part », voire des Godard ultérieurs comme « Passion ».

HD. Au début du film, vous évoquez Aragon, quel rôle a-t-il joué pour vous ?

B. T. On l'a caché un an à Montchat. C'est là qu'il a écrit beaucoup de poèmes, dont « Il n'y a pas d'amour heureux », dont j'ai l'édition originale dédiée à ma mère. Il a joué un rôle important dans la vie de mes parents, même si, après, mon père s'est un peu séparé de lui. À la libération de Lyon, mon père avait organisé un dîner entre Louis Aragon et Paul Claudel. Le moment a d'abord été glacial. Tout à coup, quelqu'un a mentionné le nom d'André Gide. Et ils se sont réconciliés dans une haine commune contre lui. Aragon détestant le type qui avait écrit « Retour d'URSS », qui critiquait très sévèrement le régime communiste. Claudel, le catholique, détestant l'homosexuel protestant qui représentait pour lui le comble du vice. Ainsi, Claudel est entré en grâce vis-à-vis du Parti communiste français, et il a été admis à publier un poème dans « les Lettres françaises », à la Libération. Par ailleurs, Aragon a été charmant quand je l'ai, en qualité d'attaché de presse, appelé pour « Pierrot le Fou ». Mon grand regret est de n'avoir jamais pu trouver le journal avec l'article qu'il a écrit sur le film pour le mettre dans le documentaire. Il est incroyable qu'il n'y ait pas de fac-similé.

HD. En quoi vos différents postes occupés dans le cinéma vous ont-ils nourri ?

B. T. J'ai eu continuellement le sen-timent d'apprendre. Tous mes films parlent de sujets sur lesquels je ne connaissais presque rien avant. Quand je terminais le film, j'étais un peu moins stupide qu'avant de le faire. Donc, je continue.

 

Bertrand Tavernier en quelques dates
1941. Naissance à Lyon.
1961. Après avoir été assistant de Jean-Pierre Melville sur « Léon Morin prêtre », il devient attaché de presse de la société de production Rome-Paris Films, accompagnant des films de la Nouvelle Vague.
1974. Il réalise son premier long métrage, « l’Horloger de Saint- Paul », récompensé par un prix du jury à Berlin et le prix Louis-Delluc.
1976. Sous sa direction, Michel Galabru remporte le césar du meilleur acteur pour « le Juge et l’Assassin ».
1981. Il évoque la colonisation dans « Coup de torchon », nommé dix fois mais reparti bredouille des césars de l’année suivante.
1986. Il partage sa passion du jazz dans « Autour de minuit », portrait fictionnel du saxophoniste Dexter Gordon.
1992. « L.627 » dévoile brillamment le quotidien d’une équipe de policiers.
2002. « Laissez-Passer » raconte la vie du cinéma français sous l’Occupation.

 

mercredi 24 février 2021

Hommage à Maurice SEBBAH

 


UN HOMMAGE SERA RENDU À MAURICE SEBBAH

LE VENDREDI 5 MARS À 10 HEURES

RENDEZ-VOUS A L'ANCIEN CIMETIÈRE DE

ROMAINVILLE

dimanche 21 février 2021

Robert, notre ami, notre camarade (Guy AUZOLLES)

 


Avec Robert nous étions un peu comme des frères, sans doute parce que nous avions milité longtemps côte à côte, mais surtout parce que je partageais son enthousiasme, son envie d’innover.

Cette curiosité, cette envie de découvrir, nous l’avions ressentie lorsque dans les années 1960, déjà bien lointaines, nous étions, nos deux couples, Jacqueline et Robert, Nicole et moi, partis faire une sorte de pèlerinage culturel dans le midi, à Saint-Paul de Vence.

A cette occasion, un souvenir m’avait marqué. Robert avait engagé une longue discussion avec le violoniste Ivry GITLIS fondateur du festival de musique de VENS sur un sujet qui lui tenait à cœur : le prix des places à son concert, pas très accessible !

C’est sans doute dans notre chère cité Marcel Cachin à une époque où le parti avait su jouer un rôle fondateur que Robert avait sans doute saisi en gravissant les escaliers, en colportant nos belles idées, ce que devait être un élu communiste, l’engagement que cela voulait dire.

Et cet engagement on le retrouvera dans chacune de ses responsabilités à la mairie.

Maire-Adjoint à la jeunesse, il avait vite compris les immenses difficultés que rencontraient les jeunes pour s’insérer dans la vie professionnelle. En s’appuyant sur le plan du ministre communiste Marcel RIGOUT il avait créé, avec Robert Clément, alors Maire, les premiers stages d’insertion professionnelle. Et, la chaine de télé FR3 était même venue. C’était si rare ! Au Palais des fêtes, une initiative intitulée « le carrefour des métiers » avait fait se rencontrer et dialoguer des centaines de jeunes avec des chefs d’entreprise, des responsables de grands services publics…

Pour Robert être adjoint à la communication d’une municipalité, c’était à la fois développer la démocratie participative et aussi expliquer, valoriser notre action envers la population.

Par exemple, aller à l’écoute des habitants avec des moyens modernes, comme le cinéma. Ce qui avait donné naissance à une belle expérience des « assises de la vie quotidienne ».

Il s’agissait d’aller sur le terrain dans les quartiers, et les cités y recueillir, en direct, les avis et les propositions des habitants devant une caméra, tenue- s’il vous plait – par un cinéaste professionnel. Puis le soir venu, engager un débat, parfois vif, entre élus et population. Cela aboutissant à « une charte des besoins des habitants ».

Robert tenait aussi à valoriser l’action d’une municipalité communiste. Une chose bien oubliée aujourd’hui ! Par exemple en montrant cette remarquable initiative que furent les classes de neige ou de découverte avec des reportages tournés au centre du Pelvoux, et montrés aux parents.

Adjoint aux sports, Robert avait rencontré à la fois les malheurs du stade Stalingrad à la suite de son effondrement dû à l’existence d’anciennes carrières, qu’il a fallu gérer et la joie d’offrir aux sportifs Romainvillois le Gymnase GUIMIER.

Son enthousiasme, Robert avait su le communiquer à celles et ceux qui l’avait secondé dans les services municipaux et à l’Office HLM, dont il fut Président. Aujourd’hui bien des amis nous en apporte le témoignage.

Nous n’oublierons pas cette lucidité qui l’obligeait parfois à défendre ses idées avec une certaine fermeté, comme le Breton qu’il était.

Mais par-dessus tout, nous retiendrons cette chaleur humaine qu’il portait sur son visage et puis enfin cette fidélité à un idéal qu’il partageait avec Nicolle, si belle compagne et magnifique accompagnatrice.

Guy AUZOLLES,  (Ancien élu et Maire- Adjoint de Romainville)

 

lundi 15 février 2021

Infinie tristesse. Maurice SEBBAH est décédé ce matin (Robert Clément).



Il est des moments dans la vie, où la peine, la douleur et le chagrin sont tels, que les mots pour les exprimer vous manquent. Maurice SEBBAH, notre ami, notre camarade vient de nous quitter, à l’âge de 89 ans. À peine deux ans, après la disparition de sa compagne Denise, qu’il épousa en 1957. Ils habiteront rue Marcel ÉTHIS, avant de s’installer rue Jean Jaurès.

Il y a tout juste une quinzaine de jours, j’étais allé lui rendre visite. Il était fatigué, mais nous ne manquions jamais, à chaque rencontre, d’avoir un échange sur la situation politique, sur les échéances auxquelles était confronté le Parti communiste, auquel il est resté fidèle durant près de 70 ans. Écrivant ces quelques lignes, je pense aux réunions des communistes du quartier, qui avaient lieu à son domicile. Et puis, à ces joyeuses soirées, où réuni-e-s dans son jardin, nous partagions de grands moments de joie, avec Robert disparu, il y a trois jours, et sa compagne Nicolle.

Maurice, avec sa voix qui porte haut et son franc parler, c’était la bonté même, un courage à toute épreuve. Avec Élie, André, Albert, Ils en ont arpenté des rues, dans le quartier « Jaurès », l’Humanité Dimanche, dans une main, et les tracts dans l’autre. Durant de très longues années Maurice a été membre du Comité de la section du PCF. Retraité, il a présidé l’amicale des vétérans, heureux,  qu’ils étaient de se retrouver pour leur repas annuel. Maurice a été Conseiller municipal de 1983 à 2001. Il fut également membre du Conseil d’administration de l’Office Public de l’Habitat.

Au-delà de son engagement communiste, il est une partie de la vie de Maurice, moins connue, dont il s’enthousiasmait lorsqu’il lui arrivait d’en parler avec les siens et ses ami-e-s. Maurice SEBBAH a fait partie de l’aventure des Expéditions Polaires Françaises. Maurice a connu, la terre Adélie, la « vie polaire, qui comme l’écrit Paul-Émile Victor, et de surcroît en groupe, ne permet aucun maquillage, aucun subterfuge, aucune tricherie. On se montre tel que l’on est : l’homme que l’on est au fond de soi et qu’on ignore soi-même… ».

C’était à la fin de l’année 2019, à Romainville, Maurice était accompagné de Djamel TAHI, qui dédicaçait un ouvrage magnifique « La grande odyssée », retraçant l’histoire des polaires. Maurice écrira dans la dédicace qu’il m’adressera : « En témoignage de cette partie de ma vie aux Expéditions Polaires, qui a beaucoup compté pour moi… » Djamel TAHI nous confiera combien la connaissance de Maurice lui aura été précieuse pour retracer cette « Grande Odyssée ». Djamel nous dira également qu’il envisageait de demander la projection d’un film « l’Odyssée antarctique », dans notre cinéma le Trianon. La crise sanitaire, ne l’a malheureusement pas permis. Nul doute que Djamel TAHI aura à cœur de rendre possible cette projection. Ce jour-là, nous penserons à toi Maurice.

L’engagement de Maurice SEBBAH, dans les luttes pour l’émancipation humaine et pour la paix, aura été total. Les communistes et les élu-e-s de notre ville en sont fiers. En leur nom, j’adresse à ses enfants, Annette et Sophie, et leurs époux Maurice et Nicolas, à ses petits-enfants, Mathieu et Paul, à ses arrières petits-enfants Anthony et Chloé, mes plus sincères condoléances et les assure de toute mon affection dans ces douloureuses circonstances.

Robert Clément 


vendredi 12 février 2021

Robert PRAUD vient de nous quitter. (Robert Clément)



Je suis triste aujourd’hui. Robert PRAUD vient de nous quitter. Je le savais malade, et le pire est arrivé ce douze février. Une semaine avant ses 82 ans. Nous avions le même âge, à un mois près. Nous nous en amusions. Entre lui et moi, c’est une longue histoire, de luttes communes, de bonheurs partagés, de moments de grande tristesse, mais aussi de fraternelles discussions. 

Lorsque j’arrive en 1964 à Romainville, le premier communiste de la ville que je rencontre, c’est Robert. Il  était alors le secrétaire d’une des sections du PCF, celle du centre. Je militais alors aux jeunesses communistes, il était donc parfaitement normal que je prenne contact avec les communistes de la ville où je venais de poser mes valises. C’est à la Cité Marcel Cachin, où il habitait alors, que j’allais frapper à sa porte. Ce premier contact commencera par un sourire, Robert me disant, rieur, « je croyais que c’était mon frère, tu lui ressembles ». 

Depuis ce jour de 1964, il y a 57 ans, nous parcourrons les mêmes chemins. Particulièrement, depuis 1971, où je deviendrai Secrétaire du comité de ville du PCF. C’est à cette période que j’ai pu mesurer le militant exemplaire que fut Robert, dans la cité Cachin, qu’il aimait tant. Déployant avec Sacha, Liliane, et les autres, des trésors d’ingéniosité dans leur  activité militante. Quels résidents des cités, hier Cachin, puis Duclos, ne connaissaient pas Robert. Les plus anciens se souviennent de ses porte-à-porte interminables, la musette de l’Humanité Dimanche en bandoulière. 

Robert deviendra, comme moi, conseiller municipal en 1971. Il sera élu le Maire-adjoint de Gérard MACHELART. C’est alors les combats pour préserver l’emploi, chez FAVO, LECAS, les distributions de tracts aux portes de Roussel-Uclaf, les actions pour la prolongation de la ligne 11 du métro, pour l’installation d’un commissariat. Robert sera réélu Conseiller municipal et maire-Adjoint en 1977. 

C’est en 1980, l’année où je deviens Maire, que nos relations de travail vont se renforcer, et notre complicité également. Robert assumera en tant que Maire-Adjoint, la responsabilité de la communication et de la jeunesse et des sports. Avec une plume alerte, il rédigera chaque semaine la page de Romainville pour « La Voix de l’Est », l’hebdomadaire départemental du PCF. Robert participera activement à la mise en place de la Mission locale, du carrefour des métiers. 

Sous sa direction, ce sera chaque année les retrouvailles au tournoi international junior de football, aux foulées de Romainville. Il mènera à bien,  la construction du gymnase Jean GUIMIER. En 1984, dans le magazine municipal il écrira : « Être jeune en 1984, c’est avoir de l’espoir, vivre avec quelqu’un que l’on aime, espérer dans les choses simples, les choses de la vie ». C’est toujours vrai. Robert fut également élu Président de l’Office Public de l’Habitat en 1985. Il le restera jusqu’en 1989. Comme moi Robert aura été Conseiller municipal trente années durant, de 1971 à 2001. En 1989, Robert reprendra son activité de chauffeur de taxi. 

Élu, Robert n’en poursuivra pas moins son activité militante au PCF, après avoir été secrétaire de la section, il en deviendra le trésorier. Il n’y avait pas de Fête de l’Humanité sans Robert. Chaque début septembre, il se faisait une joie de retrouver le terrain de La Courneuve. Ces toutes dernières années, il n’était pas là, mais son ombre était encore présente dans notre stand. Robert PRAUD ne laissait personne indifférent. Au-delà de ses quelques colères légendaires, il avait un cœur « gros comme ça ». 

Toute sa vie durant, fidèle à ses engagements communistes de toujours, il sera de tous les combats pour une vie meilleure, plus juste et plus belle. Son dévouement et son honnêteté méritent le plus profond des respects. Un grand chagrin l’envahira, lors de la disparition de son fils Roland. Ici, je veux rendre hommage à Nicolle, sa compagne, pour l’attention qu’elle lui a apporté dans ces moments difficiles. Le moment est venu de te dire au revoir, alors, salut Robert. Je n’oublierai pas nos combats communs, nos joies et nos peines, nos passe d’armes parfois, mais toujours empreintes d’une grande fraternité. 

En mon nom, celui des communistes de notre ville et de leurs élu-e-s, mais aussi de toutes celles et tous ceux qui l’ont connu et apprécié, nous tenons à dire à Nicolle, sa compagne, à son fils Yvan et son épouse, à ses petits-enfants, Mathéo et Nina, que nous partageons leur peine et les assurons de toute notre affection dans ces douloureux instants.

Robert Clément

 

UN HOMMAGE SERA RENDU À ROBERT PRAUD LE JEUDI 25 FÉVRIER

À 14 HEURES AU NOUVEAU CIMETIÈRE DE ROMAINVILLE

jeudi 4 février 2021

Disparition. Jean-Daniel Simon, dandy, communiste et cinéaste



Emile Breton

L’acteur et réalisateur, qui vivait ces dernières années à Dakar, est mort dans la nuit de mardi à mercredi à l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois. Ce militant laissera le souvenir d’un homme engagé dans toutes les causes qu’il défendit.

Et d’abord, il était beau. Et charmeur. Cinéaste, communiste, Jean-Daniel Simon faisait des films et militait pour son parti pour les mêmes raisons : partager ses idées, ce qu’il avait appris. Passionnément : il resta militant communiste, alors même que ce n’était plus guère à la mode dans le monde qui était le sien.

L'assistant de Pialat, Vadim...

Né en 1942 à Salon-de-Provence, il était entré en cinéma à 17 ans, comme assistant, de Pialat à Vadim en passant par Guy Gilles pour l’Amour à la mer (1965) dans lequel il joua également un rôle. Car il fut également acteur, dans quelques films et, bien plus tard, dans le Camp de Thiaroye (1987) d’Ousmane Sembène, il devait jouer le rôle d’un officier français peu enclin à protéger les tirailleurs sénégalais mutinés.

Puis, ce fut la télévision, avec sa participation à quelques-unes des émissions les plus marquantes, Dim Dam Dom ou Cinq Colonnes à la une, entre autres. Et, en 1967, premier long métrage de cinéma, la Fille d’en face. Quinze autres allaient suivre, du sombre et cruel mais assez conventionnel Adélaïde (1968), d’après une nouvelle de Gobineau, à la triste Filière noire (1987).

Au plus près de la campagne de libération d'Angela Davis

Telle ne fut pas, pourtant, la tonalité générale de son œuvre. Bien au contraire : après Ils (1970), comédie proche de la science-­fiction, il devait réaliser Il pleut toujours où c’est mouillé (1974), fiction sur une campagne électorale dans le Lot-et-Garonne dans laquelle s’affrontent deux candidats à la députation, l’un communiste, l’autre de droite, et on ne saurait douter pour lequel des deux aurait pu voter le réalisateur. Ce qui n’enlève rien à la justesse du ton, à l’amour d’un terroir qui portent cet instantané d’un moment politique en un lieu très précisément saisi, accent compris. Le film obtint le prix Paul Vaillant-­Couturier. Un épisode de la série télévisée Cinéma 18, « Un été à Vallon » (1975), suivit, de la même veine, et ce fut, après un séjour aux États-Unis, Angela Davis, l’enchaînement (1976), qui contribua largement à la campagne en France pour la libération de la militante. Et sa dernière intervention dans le domaine cinématographique fut sa participation au film Nous les sans-papiers, en 1997.

De le Société des réalisateurs de films à la Quinzaine des réalisateurs.

On est passé un peu vite sur la filmographie. C’est que l’autre grand moment de cette vie pleine fut sa participation à la création de la Société des réalisateurs de films (SRF), née de l’effervescence cannoise en mai 1968, suivie par les états généraux du cinéma à Paris durant l’été, non moins effervescents. L’idée vint qu’il fallait bousculer assez sauvagement le Festival de Cannes, où les pays représentés choisissaient eux-mêmes les films dignes d’y être montrés. Ce devait être aux cinéastes, meilleurs juges, disait-on à la SRF, de les choisir et de les montrer. Ainsi naquit la Quinzaine des réalisateurs, pour laquelle le premier nom choisi avait été Cinéma en liberté, bien dans l’air du temps. Mais c’est sous celui de Quinzaine qu’elle fut tout de suite désignée. Pierre-Henri Deleau, acteur, en fut nommé délégué général. Élu secrétaire général adjoint de la SRF, cette même année, Jean Daniel Simon devint son adjoint. Et la fête commença, fête des cinémas du monde. Ces deux-là, le communiste Simon et le gaulliste Deleau, avaient le même amour et les mêmes envies de découverte.

Le temps heureux des rencontres et des œuvres en liberté

C’est donc auprès des cinéastes de tous les pays qu’ils allaient faire leur marché. Et les adresses ne manquaient pas. « L’affaire Langlois », au début de 1963, avait mobilisé les cinéastes de tous les pays autour de Paris. Ils furent sollicités par les responsables de la Quinzaine. L’Amérique du Sud, et d’abord le Brésil, où fleurissait le Cinema Novo, répondait présent : deux films furent à l’affiche cette année-là, Barravento, de Glauber Rocha, et Mémoires de la prison, de Nelson Pereira dos Santos. Et les deux premiers films cubains parvenus en France y étaient présentés. Cannes faisait tomber le smoking d’autant plus volontiers que les films de la Quinzaine s’affichaient dans une modeste salle de quartier. Chaque année, alors, allait apporter son lot de surprises, de l’Américain Spike Lee au Japonais Oshima.

C’est sur ces temps heureux de rencontres avec le monde que Jean-Daniel aimait s’attarder. On mesure l’apport de ce cinéaste à la circulation des œuvres, à son attachement à défendre un cinéma en liberté. Ses films en attestent. Il pleut toujours où c’est mouillé est un pur moment de bonheur, un film sur la paysannerie drôle, irrévérencieux. À l’image de son réalisateur.