Licencié en juillet 2022 pour « faute grave » par la direction de la Société coopérative ouvrière de presse Publications Élysées, une entreprise de préparation attachée
au Canard enchaîné, Luc Vallot s’est engagé dans l’action avec la
SGLCE-CGT pour faire valoir ses droits, contester cette décision et
obtenir « une solution négociée protégeant sa situation professionnelle et l’intérêt général ». Le salarié indique avoir interrogé un manque de transparence en matière
comptable. Depuis le 13 juillet, différentes médiations ont été tentées
pour éviter de longues procédures. En vain. Un comité de soutien s’est mis
en place. Une pétition soutenue par l’union locale CGT de Vitry-sur-Seine
(Val-de-Marne), ainsi qu’une cagnotte de soutien à Luc Vallot viennent d’être
lancées et sont accessibles en ligne.
mardi 20 décembre 2022
HOMME DU JOUR : "Luc VALLOT"
mercredi 5 octobre 2022
Le secteur de la petite enfance à bout de souffle
Puériculture : « Les professionnels
des crèches organisent une journée de grève ce jeudi à l’appel d’une
intersyndicale. Ils dénoncent des mesures gouvernementales qui détériorent les
conditions de travail et la qualité d’accueil des enfants ».
Il n’y a pas qu’à l’école que la rentrée a causé des remous. Dans les crèches aussi, les pénuries de personnel ont accompagné le retour des petits après les vacances. À Paris, la municipalité a décidé de geler 15 % de ses capacités d’accueil, soit plus de 6 000 places en crèche, dans l’attente de recruter des professionnels qualifiés. « La situation est très tendue, certains territoires ont effectivement fait le choix de geler des berceaux », confirme Clotilde Robin, première adjointe à Roanne et coprésidente du groupe de travail petite enfance à l’Association des maires de France (AMF). Le manque de solutions de garde pour les tout-petits n’est certes pas nouveau – la Fédération française des entreprises de crèche (Ffec) rappelait récemment que 22 600 places ont disparu entre 2016 et 2019, tous modes d’accueil confondus – mais la tendance semble s’aggraver. « Depuis 2016, les créations de places de crèche (+ 33 800) ne suffisent plus à compenser la réduction continue d’assistantes maternelles (787 800 en 2016 contre 744 300 en 2019, soit 43 500 places en moins). Avec le départ à la retraite de 160 000 assistantes maternelles d’ici à 2030 et le temps nécessaire pour bien former les futures professionnelles, ce phénomène va s’accélérer », alerte le syndicat patronal.
Mais plutôt que de réfléchir en profondeur à renforcer
l’attractivité, notamment salariale, des métiers de la petite enfance, le
gouvernement a fait le choix, début août, de publier un arrêté permettant des
dérogations pour embaucher en crèche des personnes dépourvues de qualifications
en structure d’accueil. Une décision aux antipodes des revendications des
syndicats de salariés, et même de certains employeurs. « Ce n’était pas une demande de notre part », affirme Clotilde Robin, en ce qui concerne les
crèches municipales. Côté privé, la Ffec dit ne pas avoir été à l’origine de
cette demande non plus mais accueille positivement cet arrêté élargissant les
profils potentiellement recrutables en crèche.
Un taux d’encadrement d’un adulte pour
six enfants, quel que soit leur âge
« Les gestionnaires sont ravis de cette possibilité », estime Julie
Marty-Pichon, coprésidente de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes
enfants (Fneje), qui rappelle qu’il manque « 10 000 professionnels de la petite enfance au niveau
national. Pour nous, c’est un coup de massue. Non seulement on ne nous écoute
pas quand on parle de la détérioration de nos conditions de travail depuis le
décret Morano (passé
en 2010, ce texte augmente le nombre d’enfants par employé de crèche – NDLR), mais
en plus on vient nous expliquer que nos métiers ne valent rien ! » Enrage la représentante de la Fneje. Si le texte
gouvernemental vient enfoncer le clou, le problème de la pénurie de personnel
qualifié est bien plus structurel. Un problème dont sont conscients employeurs
publics et privés : l’AMF comme la
Ffec reconnaissent que la formation et la question salariale restent centrales
pour la question de pénurie de
main-d’œuvre. « Il y a eu le Covid, bien sûr, mais même avant cela, les professionnels qualifiés qui arrivaient se rendaient
bien compte qu’ils ne pouvaient pas mettre en place sur le terrain ce qu’on
leur avait enseigné », rappelle
Julie Marty-Pichon.
Depuis l’empoisonnement d’une fillette de 11 mois
par une employée d’une crèche People & Baby à Lyon, parents et
professionnels de la petite enfance profitent de l’attention médiatique pour
alerter sur les conditions d’accueil des jeunes enfants et les conditions de
travail des salariés dans ces structures. Si l’enquête de police va devoir faire
toute la lumière sur les circonstances de ce drame, les syndicats pointent
néanmoins le facteur aggravant de la déréglementation en matière de taux
d’encadrement. Par dérogation, les microcrèches – comme l’établissement
People & Baby dont il est question – ont la possibilité de
laisser la responsabilité à un seul professionnel de faire l’ouverture ou la
fermeture de la structure, s’il y a moins de trois enfants. Une disposition qui
avait d’ailleurs été étendue à tous les types de crèche en juin 2021, en pleine
période de crise du Covid. Hasard ou conséquence du décès de la fillette, cette
possibilité a été abrogée fin juillet dernier pour les établissements hors
microcrèches. « On avait toujours alerté sur le danger que représentait cette possibilité d’ouvrir à une seule personne : que ce soit quelqu’un qui pète un plomb ou qui fait un malaise », souligne Cyrille Godfroy, cosecrétaire général
du Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE).
Outre cette dérogation, la loi Asap (d’accélération et
de simplification de l’action publique) promulguée fin 2020 a généralisé
l’augmentation du nombre d’enfants par professionnel, les microcrèches pouvant
désormais accueillir jusqu’à douze enfants contre dix auparavant. Pour
l’ensemble des structures, les gestionnaires peuvent, depuis ce texte,
appliquer un taux d’encadrement d’un adulte pour six enfants, quel que soit
leur âge. Avant cette réforme, les structures avaient l’obligation de respecter
un taux minimal d’un adulte pour cinq bébés qui ne marchent pas, et d’un pour
huit enfants qui marchent. Pour remplir toujours plus avec toujours moins de
professionnels, le gouvernement a également décidé d’autoriser les crèches à
fonctionner à 115 % de leurs capacités d’accueil depuis un décret paru en
août 2021. « Moins vous êtes d’humains, plus vous êtes amenés à maltraiter », déplore Julie
Marty-Pichon.
Maltraitance professionnelle et
insécurité infantile
Sans même avoir besoin d’exemples d’actes de violence
extrême, la professionnelle explique comment le sous-effectif peut générer une
insécurité chez les enfants : « Si, entre 11 heures et 13 heures, vous devez faire manger douze bébés – certains au
biberon, d’autres qui sont en pleine diversification – et que vous n’êtes
pas assez nombreux, vous vous retrouvez à devoir dire à des enfants de 5-6 mois
d’attendre, alors qu’à cet âge-là ils ne sont pas en capacité d’attendre. Ça
crée un stress chez les enfants », précise-t-elle. « Face à tous ces enfants qui pleurent, certains collègues finissent par leur mettre la main sur la bouche
pour qu’ils arrêtent de crier », regrette la représentante de la Fneje. « À cause du surbooking, on peut se retrouver à devoir réveiller un enfant en pleine sieste pour en coucher un autre parce qu’il n’y
a pas assez de couchettes », dénonce-t-elle
en outre.
« Ces taux d’encadrement ne sont pas tenables. On ne peut pas bien traiter les enfants
quand on maltraite les professionnels », confirme Émilie, éducatrice de jeunes enfants depuis
vingt ans en structure municipale. Face à la difficulté de ses conditions de
travail, amplifiées par le non-remplacement de ses collègues en arrêt, celle-ci
a fait un burn-out. « On me demandait de maintenir la crèche ouverte coûte
que coûte, alors que je me retrouvais avec trois collègues en arrêt le même
jour et 29 enfants à garder », se
souvient-elle. Lorsqu’elle a été elle-même mise en arrêt, la municipalité a
préféré faire appel à des seniors bénévoles plutôt que de fermer. « Cela montre le peu de considération qu’on a pour nos métiers. Quand on connaît la pénibilité et la complexité de ce qu’on fait, les études qu’on a faites… tout ça pour être aussi mal
payées. J’ai une collègue titulaire d’un CAP petite enfance qui touche 1 330 euros net au bout
de vingt années d’ancienneté ! » s’insurge-t-elle. Les employés de crèche font
d’ailleurs partie des oubliés du Ségur, qui avait accordé à certaines
catégories de professionnels du secteur médico-social une augmentation de
183 euros, mais pas à d’autres.
« Tant qu’on restera sur cette idée ancrée dans l’inconscient collectif que s’occuper des enfants, c’est une compétence innée pour les femmes, et qu’à la
rigueur elles devraient être reconnaissantes d’être payées pour cela, on ne
fera pas évoluer les choses », considère
Cyrille Godfroy. Des reliquats d’une « société patriarcale » que dénonce également Julie Marty-Pichon. Pour faire entendre leurs
voix, le collectif Pas de bébés à la consigne et une intersyndicale
CFDT-CGT-FO-FSU-SUD appellent les salariés des crèches à la grève et à la
manifestation un peu partout en France aujourd’hui.
lundi 3 octobre 2022
Cantines scolaires : ces communes qui résistent à la hausse.
Restauration : « Les collectivités locales
doivent jongler entre une inflation à 6 % et la volonté de ne pas
augmenter les tarifs. Certaines, qui ont fait le choix d’une gestion municipale
directe, s’en sortent mieux que d’autres ». Nadège Dubessay
Ici, on ne parle plus de cantine depuis belle lurette,
mais de restaurant scolaire. Il faut dire qu’à Barjac (Gard), le
bien-manger est une affaire qui roule depuis presque vingt ans. Cette petite
commune aux paysages façonnés par une agriculture riche en biodiversité, au
seuil des Cévennes, s’est fait connaître par l’engagement de son maire, Édouard
Chaulet, à promouvoir une restauration collective biologique et locale. Le
village de 1 600 habitants a fait figure de précurseur. « C’est un choix politique », martèle l’édile. Tout comme celui de garder le tarif d’un repas à
2,50 euros, malgré une inflation record qui alimente tous les débats et
qui impacte les coûts de la restauration scolaire. En un an, les prix des
produits alimentaires ont augmenté de 30 %, + 68 % pour les
céréales. À cela s’ajoutent les coûts de logistique (+ 44 % pour le
carburant).
des collectivités ont fait des choix
radicaux
Si la restauration des collèges et des lycées publics
est de la responsabilité des départements et des régions, pour les écoles
maternelles et primaires, la décision d’augmenter ou non le coût du repas se
prend au niveau des communes. En Seine-Maritime, la ville de
Caudebec-lès-Elbeuf a décidé de supprimer un des cinq éléments qui composent un
repas à la cantine. Certaines municipalités, comme Rennes (Ille-et-Vilaine),
ont calculé une enveloppe prévisionnelle (250 000 euros dans
le cas rennais) pour ne pas faire peser l’inflation sur les familles ces prochains mois. Dans la loi de finances
rectificative pour 2022, le Sénat a adopté un « filet de sécurité pour les communes » avec un soutien budgétaire pour plus de la
moitié d’entre elles, qui ne vaut que pour cette année. Mais, d’ores et déjà,
certaines collectivités ont fait des choix radicaux. À Chennevières-sur-Marne,
dans le Val-de-Marne, fini le système de tranches déterminées, pour les
ménages, en fonction de leurs revenus. Aujourd’hui, le calcul s’opère selon
leur « taux d’effort », communiqué par la caisse d’allocations familiales à
la mairie. C’est-à-dire le rapport entre les revenus des ménages et la somme
des dépenses qu’ils consacrent à leur habitation principale. La décision, votée
en juillet par le conseil municipal, a provoqué un tollé général chez les
parents d’élèves. Une pétition est lancée. Car la facture est salée : entre 30
et 50 % d’augmentation
par rapport à l’année dernière. Selon l’Association
des maires de France, environ 50 % des communes ont augmenté les tarifs
de leurs cantines.
abandonner tout prestataire privé
Alors pourquoi certaines s’en sortent-elles mieux que
d’autres ? Comment réussissent-elles à ne pas faire supporter aux familles le coût de l’inflation, tout en continuant à proposer des menus de qualité pour les enfants ? À Barjac, le
maire assume : « On construira moins de ronds-points. On réduira peut-être les subventions aux associations. Mais pas question d’augmenter la restauration scolaire, alors que les
familles vont avoir de plus en plus de mal à bien nourrir leurs enfants à la maison. » Surtout, ici, on reste persuadé que la solution passe par
l’autoproduction. « Je pourchasse tous les terrains à l’abandon et dès qu’on peut, on les achète pour installer un agriculteur bio », se félicite Édouard Chaulet. Le village a ainsi
fait l’acquisition de six hectares. Et avec l’aide de la foncière Terre de
liens, il y installe des paysans. Les 250 oliviers communaux ont donné
40 litres d’huile, que les enfants retrouvent dans leurs assiettes. Chacun
des 250 repas servis coûte 9 euros à la commune. Le portage des repas aux
personnes âgées et handicapées rapporte 90 000 euros et les
parents payent 100 000 euros.
Restent 120 000 euros, pris en charge par le budget communal. La clé du succès réside en deux principes : la gestion directe (régie municipale) et les
circuits courts. Les communes qui n’ont pas de prestataires peuvent limiter les
dégâts de l’inflation en passant des contrats avec les producteurs locaux.
Elles peuvent aussi mieux gérer la qualité des produits et éviter les
gaspillages. 45 % des municipalités ont fait ce choix de la gestion
directe. Les autres dépendent d’entreprises privées de la restauration
collective, dans le cadre d’une délégation de service public. Or, cet été, pour
faire face à l’inflation, le Syndicat national de la restauration collective
demandait à ces collectivités une « revalorisation à hauteur d’au moins 7 % des contrats ».
L’actualité accélère ce qui, depuis plus d’un an déjà,
trottait dans la tête des élus du village d’Asson, dans les
Pyrénées-Atlantiques. L’adjointe à l’enfance et à la jeunesse, Audrey
Vanhooren, entend s’inspirer d’expériences comme celle de Barjac et abandonner
tout prestataire privé d’ici la rentrée prochaine. Son constat est sans appel : « Ils ne voient pas comment les enfants consomment.
Alors les portions sont parfois insuffisantes. A contrario, quand des carottes
ou des courgettes font triste figure pour le repas végétarien hebdomadaire, les
enfants ne les mangent pas et elles sont jetées. Et nous avons aussi souvent
des problèmes dans les horaires de livraison. » Dans cette petite commune de 2 000 habitants, chacun des 120 repas livrés aux deux écoles est facturé 4,12 euros aux familles. Le conseil municipal, aidé par le département, a sollicité un bureau d’études pour l’aménagement d’une cuisine centrale.
Certes, le travail est compliqué et a un coût. Le respect des normes de plus en
plus contraignantes « peut faire peur », avoue l’élue. Mais cette
infirmière en a assez de voir au menu des fromages sous plastique… alors que
trois fromagers sont sur place. Ou de la viande mal cuite, sans goût, tandis
qu’un boucher tout proche propose de la viande de qualité. « Une bonne alimentation dans les cantines, c’est aussi inciter de nouvelles familles, de plus en
plus exigeantes sur ces questions, à s’installer dans le village. C’est
s’ajuster aux besoins et envies des enfants. Comment faire comprendre à un
prestataire qu’un enfant diabétique a besoin de féculents à chaque repas ? » Elle en est convaincue : passer en
régie publique permettra des repas de meilleure qualité et pas plus chers. Voire moins.
Le village de Cazouls-lès-Béziers, dans l’Hérault, en
a fait l’expérience. Depuis qu’il a quitté son prestataire privé il y a deux
ans, il est passé à une restauration scolaire 100 % bio et locale. La
mairie a embauché une maraîchère qui fournit les fruits et légumes pour les 350
assiettes des écoliers. Et le prix pour les parents n’a pas changé : 3,80 euros. « La lutte contre le gaspillage alimentaire permet de
maîtriser le budget, assure
Carole Berlou, adjointe au maire chargée des affaires scolaires. Mais
c’est un choix politique plus que budgétaire. Aujourd’hui, je suis fière de
nourrir correctement les enfants qui fréquentent la cantine. »
En projet, la création d’une régie
agricole
Les grandes agglomérations peuvent pour l’instant,
quant à elles, amortir l’inflation plus facilement en économisant sur d’autres
postes, grâce à leurs moyens financiers. Là aussi, certains choix font la
différence. En banlieue parisienne, le Syrec, un syndicat intercommunal, gère
la restauration scolaire des villes de Gennevilliers, Saint-Ouen, Villepinte et
Villeneuve-la-Garenne. Soit, au total, 15 000 repas par jour. « Nous avons un conseil d’administration dans chacune des villes et nous nous
adaptons à leurs demandes », explique
son président, Philippe Clochette. À Gennevilliers – où la prise en charge de
la commune va de 50 à 95 % du coût de la prestation – les menus
sont ainsi passés à 80 % de repas
non carnés en septembre, alors que Villepinte est restée à 50 %. Depuis
janvier, la loi Egalim impose 20 % de bio dans les cantines. Le Syrec en
offre 35 %. « Nos équipes techniques ont calculé que rajouter un menu végétarien par semaine permettait
de réaliser des économies, à la
fois d’absorber l’inflation et d’aller sur un objectif de 50 % de bio
d’ici la fin de l’année », poursuit
le président. Surtout, ce service public permet de ne pas passer par des
intermédiaires : « Ce sont les élus qui décident. » En projet, Gennevilliers imagine la création
d’une régie agricole dont bénéficieraient également les trois autres villes.
D’ici à 2026, le Syrec espère pouvoir ainsi fournir 1 500 repas
par jour. « Nous cherchons des terrains disponibles, notamment dans l’Oise et le Val-d’Oise », souligne Philippe Clochette. Du bio, du végétarien et du local sous
contrôle public. La recette gagnante.
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