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mardi 10 janvier 2023

Le timbre rouge, le boulanger, le médecin et nos retraites. (Patrick Le Hyaric)



En apparence, il n’y a pas de relation entre un timbre rouge tombé en désuétude, le boulanger, le médecin, l’hôpital et nos retraites. Pourtant… Pourtant à y regarder de près, on retrouve sur chacun de ces sujets, les mains des institutions européennes et des gouvernements complices de celles-ci pour déréguler, privatiser, les rapaces de la finance qui veulent tout acheter ce qui fait nos vies.

Pourtant, dans une société où les liens humains souffrent, se tarissent, lâchent parfois, avec le petit timbre rouge et le facteur, le bureau de poste, le boulanger ou le médecin sont parfois le dernier maillon social entre les citoyennes et les citoyens avec la République.

Les factrices et les facteurs avec la Poste, les médecins, infirmières, infirmiers, urgentistes avec l’Hôpital, sont des agents et des services publics indispensables attaqués sans relâche par les chefs comptables du capitalisme qui rognent leurs capacités. Après quoi, ils ouvrent la voie au privé.

Aujourd’hui, tout au service de la rapacité du capital, le pouvoir macroniste ne mesure pas le niveau d’exaspération et de colère de nos concitoyens, pour qui les services publics sont le patrimoine commun et un moyen aussi d’améliorer conditions de vie et pouvoir d’achat. Encore plus en temps de crises.

Ils détruisent ces piliers de notre société. Ils piétinent les liens humains du quotidien.

Derrière la disparition du timbre rouge, c’est la tournée du facteur qui disparaît. Le facteur n’est pas un simple porteur de papier. Il apporte également des nouvelles et des informations pluralistes avec les journaux. Il est aussi un confident, un œil attentif. Celui ou celle qui rend un petit service utile au quotidien. Le bureau de poste est un lieu de rencontre, de dialogue, dans des villages ou des quartiers qui en manquent cruellement.

Au nom d’un curieux progrès, plus on numérise, plus on déshumanise.

En vérité les transformations de La Poste, au nom de la mise en concurrence de la distribution, n’a eu pour objectif que de supprimer des emplois pour optimiser la rentabilité de la poste, plus préoccupée désormais de développer la Banque postale que la distribution des lettres et des journaux.

Elle a eu aussi pour objectif d’engraisser des entreprises privées de distribution.

Le facteur n’est pas une fiche de paie en trop, un « coût » à réduire. Il est une personne humaine qui fait le lien avec d’autres personnes humaines et fait vivre les territoires.

Derrière la fin du timbre rouge, il y a bien la destruction de ce lien avec la suppression d’une tournée de distribution sur deux. De contre-réforme en contre-réforme, La Poste a connu en 20 ans un des plus grands plans de licenciements, dans un silence assourdissant, au nom des déréglementations et de la privatisation d’une partie de la distribution du courrier et des journaux.

Le boulanger ou les artisans des métiers de bouche, les petites entreprises sont aussi en ce moment les victimes d’une même logique spéculative et de mensonges, sur la facture d’électricité.

Les similitudes avec ce qui s’est passé pour La Poste sont flagrantes. Avec pour responsables, les mêmes prêcheurs de l’ultralibéralisme. Voyons ! Les coûts de production de l’énergie nucléaire et hydraulique n’ont connu aucune augmentation et pourtant le boulanger et les autres payent l’électricité au prix fort.

Et chaque foyer populaire va subir une augmentation d’au moins 15%. Le coût de production est en deçà de 50 € le mégawatt/heure et il est facturé 500 € et plus à l’artisan ou au petit entrepreneur.

Voici le résultat d’un montage purement politique, d’une déréglementation capitaliste consistant à faire dépendre le prix de notre électricité du coût de production de celle-ci dans la dernière centrale à gaz installée en Allemagne. L’ouverture à la concurrence fait pousser comme des champignons vénéneux des distributeurs d’électricité privée qui font leur beurre à partir d’un achat d’électricité notamment à EDF à prix coûtant pour le revendre à ce qu’on appelle à un prix du « marché ».

Et le ministre de l’Économie ment effrontément lorsqu’il explique que refuser ce système remettrait en cause les « interconnections » c’est-à-dire l’échange entre pays européens pour la sécurité d’approvisionnement.

Il tente de faire passer pour une question technique, la coopération par l’interconnexion qui sécurise les approvisionnements pour chaque pays et « le mécanisme européen de fixation des prix de l’électricité » qui est, lui, une décision politique qui défavorise la France.

En clair, on fait acheter aux Français une électricité qu’ils ne produisent pas cher pour leur faire racheter la même, très cher. Il est temps de pousser à une réappropriation sociale, publique, démocratique de nos secteurs de l’énergie.

Le médecin, l’infirmière, l’infirmier aussi relient, protègent, rassurent et soignent. L’Hôpital public est un lieu de soins, mais aussi d’accueil. Or, les hôpitaux et les maternités ont été de plus en plus éloignés dans des territoires entiers en manque de médecins. Celles et ceux qui y travaillent n’en peuvent plus.

Voilà le résultat de dizaines d’années de contre-réformes calquant la gestion du système hospitalier sur celui des entreprises privées à partir des mêmes calculs comptables et des taux de profits… Un chapelet de mots abscons dicte cette règle destructrice : « l’Objectif National de Dépenses de l’Assurance-Maladie ». Le fameux ONDAM voté chaque année par le Parlement afin de fixer le niveau de dépenses de santé à ne pas dépasser.

Encore une invention mise en place en application des critères européens visant à réduire les déficits publics. Au nom de laquelle le président de la République a fermé 21 000 lits d’hôpitaux en plus des 103 000 lits supprimés entre 1993 et 2018.

Ceci aboutit à une insécurité sanitaire aggravée, à des conditions de travail insupportables pour les soignants hospitaliers qui subissent les suppressions de postes de travail, l’augmentation de la charge de travail, le manque de moyens, le gel du point d’indice, le non-paiement des heures supplémentaires et la suppression progressive désormais du statut d’agent public hospitalier.

Avec au bout, la dégradation de la qualité des soins et de l’humanité des liens aux patients.

Les avancées permises par Jack Ralite, lorsqu’il était ministre de la Santé, ont été balayées par les vents mauvais du libéralisme soufflé par une multitude de gouvernements successifs.

La situation devient si explosive que le président de la République a cru bon devant les yeux ébahis du ministre de la Santé, déverser un flot de paroles, lors de ses vœux dans un hôpital, pour finalement annoncer des mesurettes et la fin des 35h, sans changer aucun des cadres fondamentaux à l’origine de la crise actuelle.

Tant que la santé sera considérée comme une dépense et non comme un investissement pour le développement de la société et la protection des vies humaines, cette crise s’approfondira.

Mais évidemment l’enjeu pour le pouvoir et les puissances privées n’est ni l’humanisme, ni le soin, mais la rentabilité capitaliste.

Et, la contre-réforme des retraites envisagée désormais en alliance entre les droites gouvernementales et les droites d’opposition participent de la même démarche : Réaliser des économies sur les catégories les plus populaires après les avoir surexploités et ouvrir de plus en plus les vannes aux assurances privées.

En reculant l’âge légal de départ en retraite et en allongeant la durée des cotisations, le pouvoir veut économiser environ 20 milliards d’euros chaque année sur des ouvriers et des employés – les premiers de corvée – pour poursuivre la protection des grandes fortunes et des puissances d’argent tout en privatisant les systèmes de retraite en droite de ligne des injonctions des institutions européennes. Surtout, les marchés financiers sont entrés dans la danse et demandent que l’on déchiquète encore plus le droit à la retraite sous peine de ne plus prêter à un taux raisonnable à la France la semaine même où il nous est confirmé que les grandes entreprises et banques cotées en bourse ont versé 80 milliards d’€ à leurs actionnaires l’an passé*. Une somme plus importante que le budget de l’éducation nationale.

Décidément, le capitalisme est un antihumanisme. La voracité des plus fortunés et des puissances financières est sans limites. Elle va de pair avec leur volonté de dominer, de soumettre, d’exploiter celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur maigre retraite pour vivre.

Dire tout ceci n’a rien à voir avec je ne sais quel déclinisme, mais avec la contestation des choix politiques qui jour après jour font marcher la société vers la « dé-civilisations ». Une majorité de nos concitoyens appellent à de fortes mobilisations*. Aidons à les construire ; Poussons l’unité populaire pour ouvrir l’après-capitalisme.

Patrick Le Hyaric

dimanche 8 janvier 2023

Retraites. Macron, la « stratégie antisyndicale »



Ce 10 janvier, l’exécutif doit présenter sa réforme des retraites, après des semaines de «concertations» purement formelles avec les syndicats. Une habitude pour un pouvoir bien décidé à museler les corps intermédiaires. Cyprien Boganda

 

C’est un exploit dont il se serait peut-être passé: en un quinquennat, Emmanuel Macron est parvenu à ressouder une unité syndicale pourtant chancelante il y a encore quelques années. De la CGT à la CFE-CGC, en passant par la CFDT, tous les responsables dénoncent d’une seule voix la future réforme des retraites, dont les modalités devraient être annoncées le 10 janvier au terme d’un vrai-faux suspense. Pour mémoire, il faut remonter à 2010 et à la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy pour retrouver un front syndical aussi large et déterminé. La virulence d’un Laurent Berger (CFDT), pourtant peu coutumier des sorties fracassantes, en dit long sur l’état du «dialogue social» dans notre pays après un quinquennat de rouleau compresseur macroniste. Récit en quatre actes dune guérilla antisyndicale.

Mars 2017 L’ouverture des hostilités

L’offensive de charme n’aura duré qu’une poignée de minutes. Confortablement assis dans son QG de campagne du 15e arrondissement parisien, en ce jour de mars 2017, le candidat Macron reçoit un émissaire de la CFDT. Objectif de l’entretien: livrer sa vision du dialogue social à quelques semaines du premier tour. Après les précautions d’usage, le futur président sort l’artillerie lourde: « L’intérêt général (…), c’est le législateur qui le porte, et le président de la République (…), parce qu’il est élu au suffrage universel. Quand on demande aux syndicats de le porter, on les décale, ce n’est pas leur rôle. On a demandé aux représentants des salariés et des employeurs de participer à la fabrique de la loi et on leur a dit “faites de la politique”. Ce n’est pas leur rôle.» Emmanuel Macron conclut son envolée en annonçant sa volonté d’en finir avec « l’équilibre» défini en 1945, « pour rentrer au XXI siècle». Dans l’ordre social macroniste, les places sont clairement attribuées: l’exécutif se charge seul des grandes questions (assurance-chômage, retraites…), cantonnant les syndicalistes aux rôles de négociateurs en entreprise.

« Cette mise à l’écart des corps intermédiaires procède à la fois d’une vision idéologique et d’une volonté de toute-puissance, analyse aujourd’hui François Hommeril, dirigeant de la CFE-CGC. Emmanuel Macron considère que, parce qu’il a été élu, il a raison sur tout et peut décider de tous les sujets. Grosse erreur. Ce qui a fait la force de notre pays, c’est la capacité concédée aux corps intermédiaires d’intervenir dans la société en assumant leurs responsabilités.»

Aussitôt arrivé au pouvoir, le nouveau président passe de la théorie à la pratique, à travers les «ordonnances Macron», adoptées au pas de charge dès septembre 2017, avec une ambition limpide: en Macronie, le droit du travail a moins vocation de protéger collectivement les travailleurs que de sauvegarder la compétitivité des entreprises. Les ordonnances contiennent plusieurs mesures, dont le plafonnement des indemnités obtenues aux prud’hommes, la facilitation des licenciements économiques dans les grands groupes, la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, etc. « Pendant les discussions, le mépris pour les organisations de salariés était clairement visible, se souvient Fabrice Angéi, négociateur pour la CGT. Alors que les concertations battaient leur plein, le pouvoir faisait fuiter le contenu du projet déjà ficelé dans la presse!»

2018-2020 Le pari thatchérien

Le montage photo occupe toute la une du magazine britannique The Week, ce 14 avril 2018. Sous le titre « La France a-t-elle trouvé son Thatcher?», on découvre un Emmanuel Macron coiffé du célèbre Brushing choucroute de la Dame de fer, qui repousse les assauts de la CGT à grands coups de sac à main. Nous sommes en pleine grève à la SNCF: les cheminots bataillent contre lextinction de leur statut, sur fond de mise en concurrence. En face, le pouvoir affiche une inflexibilité sans faille. Lanalogie avec Margaret Thatcher, qui a écrasé les grandes grèves des mineurs de 1984-1985, est surtout symbolique. « Les comparaisons de ce type sont toujours des raccourcis, observe l’historien Stéphane Sirot. Mais en l’occurrence, celle-ci n’est pas totalement dénuée de fondement: dans les deux cas, il s’agit de briser un maillon fort du monde syndical. La SNCF est une entreprise où le taux de syndicalisation est deux fois supérieur à la moyenne nationale, où la CGT reste fortement implantée, aux côtés de SUD. Il y a bien une volonté de domestication du syndicalisme chez Emmanuel Macron.»

Le chef de l’État fera étalage de cette volonté lors du conflit sur les retraites, le plus long depuis 1968, qui s’achèvera par un abandon du système par points, en pleine pandémie. Les images de répression policière dans les cortèges se multiplieront, signe du désir macroniste d’incarner «lordre» contre les semeurs de trouble, et de «réformer» le pays à tout prix Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, na rencontré le chef de l’État quune fois en tête à tête, mais il a échangé avec lui au téléphone à plusieurs reprises. « C’est un charmeur, qui surjoue la complicité, mais cela relève plus de la com que d’un intérêt réel pour son interlocuteur, analyse-t-il. Sa conception de la politique est très élitiste: il y a ceux qui savent ses conseillers et lui; et ceux qui doivent écouter ceux qui savent. Dans sa vision du monde, les organisations syndicales nont pas voix au chapitre.»

2019-2020 OPA sur l’assurance-chômage

C’est un démantèlement en règle, un « saccage par paliers», pour reprendre les mots d’un négociateur syndical. À partir du printemps 2019, le chef de l’État s’est attaqué à l’assurance-chômage avec une radicalité inédite, jouant sur tous les paramètres à la fois – durcissement des conditions d’accès, diminution de la durée d’indemnisation, baisse du montant des droits. Si l’assurance-chômage attire à ce point les foudres macronistes, c’est qu’elle cristallise trois obsessions présidentielles: le mythe libéral du chômage volontaire (selon lequel les chômeurs n’ont que ce qu’ils méritent), la volonté d’en finir avec le paritarisme et celle de limiter nos dépenses sociales. Le pouvoir cherche à peser de tout son poids sur le pilotage du régime, géré en principe par les syndicats et le patronat. « L’exécutif a inscrit dans la loi que les règles d’indemnisation étaient désormais en fonction du taux de chômage (plus le chômage baisse, moins les conditions d’indemnisation sont généreuses – NDLR), peste Denis Gravouil, responsable du dossier pour la CGT. Nous serons désormais obligés de négocier dans ce cadre contraint.»

Pour le syndicaliste, un épisode résume l’interventionnisme présidentiel. Il s’agit de l’annonce surréaliste, faite juste avant Noël 2022, d’un nouveau tour de vis affectant les chômeurs: selon ce projet de décret, en cas de baisse du chômage sous la barre des 6%, leur durée dindemnisation devait baisser de 40%. Pour Denis Gravouil, le coup est parti de tout en haut, cest-à-dire de l’Élysée. « Nous avons de bonnes raisons de penser que le ministre du Travail, Olivier Dussopt, s’est fait rattraper par la patrouille lors de la rédaction du décret, assure-t-il. L’Élysée considérait que, dans sa précédente version, le texte n’était pas assez dur, d’où la volonté d’en rajouter une couche avec ces 40% sortis de nulle part» Face à la bronca, le pouvoir finira par faire machine arrière… de manière temporaire, au moins.

Automne 2022 La mascarade des concertations retraite

Si jamais quelqu’un s’avisait de rédiger une encyclopédie du macronisme, le mot aurait toute sa place à la lettre «c», entre « col roulé» et « CNR»: les « concertations» entre partenaires sociaux, l’Élysée, les met en scène et les accommode à toutes les sauces. Lusage de ce mot na rien danodin, pointe Stéphane Sirot: « Le pouvoir politique fait bien le distinguo entre le terme de “concertation”, qu’il privilégie, et le terme de “négociation”, qu’il n’utilise plus. Or une négociation suppose que vous réunissiez des acteurs sociaux autour d’une table, pour construire un compromis après discussion. La concertation, c’est autre chose, c’est surtout de la mise en scène médiatique.»

Les cycles de « concertation» qui se sont déroulés à Matignon avec les syndicats et le patronat, à partir d’octobre 2022, n’ont pas débouché sur grand-chose puisque tout était déjà plus ou moins ficelé. « Il y a eu trois cycles de discussions, retrace Michel Beaugas, négociateur pour FO. Des réunions entre gens polis, mais d’accord sur rien, à commencer par le constat. La première réunion était assez formidable: ils ont passé leur temps à tenter de nous faire avaler leur discours, sur le mode: Nous sommes bien daccord, hein, le régime va être déficitaire?” Mais ce nest pas du tout notre interprétation! Le COR (Conseil dorientation des retraites) montre un léger déficit, tout à fait soutenable.»

mardi 3 janvier 2023

L’homme du jour : « Omar Sy »



Troisième personnalité préférée des Français derrière l’inamovible Jean-Jacques Goldman et l’astronaute Thomas Pesquet, Omar Sy commence l’année sur les chapeaux de roue avec la sortie, mercredi, de Tirailleurs, l’histoire d’un père et d’un fils sénégalais envoyés au front lors de la Première Guerre mondiale. Interrogé par le Parisien sur la guerre en Ukraine, l’acteur s’est étonné, en rappelant la permanence des conflits armés avec leur cortège d’horreurs, du deux poids deux mesures en vigueur. «On a limpression quil faut attendre lUkraine pour sen rendre compte, a-t-il relevé. Ça veut dire que, quand c’est en Afrique, vous êtes moins atteint?» Une prise de position salutaire qui n’a pas manqué de lui attirer les foudres de la droite et de l’extrême droite.

Retrouvez Omar Sy en une de l’Humanité Magazine, en kiosque jeudi 5 janvier.