lundi 24 août 2020

« L’HEURE DE LA RELANCE », L’ÉDITORIAL DE MAUD VERGNOL DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !




Un plan de relance sans politique de relance. Voilà ce qu’aurait dû présenter aujourd’hui le gouvernement, avant de repousser l’échéance à la semaine prochaine. Qu’à cela ne tienne, la gauche et les - vraies - forces vives du pays, elles, sont prêtes face à l’urgence absolue de redéployer l’économie dans une toute nouvelle direction, en partant des besoins de la population. Car en cette rentrée, la France est proche du ravin. Comme dans de nombreux pays, la pluie de licenciements qui tombent chaque semaine annonce un gros orage social. La faim fait son grand retour dans les quartiers les plus populaires. Face à de tels défis, le roman de la « mondialisation heureuse » a beau s’être irrémédiablement écorné devant le spectacle des pénuries et du chacun pour sa peau, Emmanuel Macron choisit pourtant de ne rien changer. Comme si le krach sanitaire n’avait pas fait la démonstration implacable des impasses de la globalisation financière. Derrière les chiffres clinquants, le gouvernement s’apprête à nous resservir le plat frelaté des aides publiques sans la moindre contrepartie sociale ou environnementale, qui permettront aux grandes entreprises de se goinfrer d’argent public tout en licenciant et baissant les salaires, tandis que TPE et PME seront condamnées à baisser le rideau.

Ce triste scénario n’a pourtant rien d’inéluctable. Mieux, cette crise pourrait ouvrir une nouvelle page si l’État prenait la main pour mener à bien de grands chantiers de transformation sociale et écologique. Culture, transports, énergie, qualité et partage du travail… les idées ne manquent pas, comme nous le démontrons aujourd’hui dans nos colonnes, pour ouvrir une nouvelle ère qui place l’humain et la planète au cœur de tous les choix. C’est cette démonstration-là que doivent impérativement faire les forces de gauche si elles veulent parvenir au pouvoir. Face au piège de 2022, il est grand temps qu’elles se dotent, avec les syndicats, ONG et associations, d’un outil commun pour impulser cette dynamique politique positive dont les Français ont tant besoin. La Fête de l’Humanité, qui se tiendra « autrement » les 11,12 et 13 septembre, compte bien y contribuer.

Par Maud Vergnol

UNIVERSITÉS D’ÉTÉ. À GAUCHE, DIALOGUES POUR UNE ALTERNATIVE




Forte de son triomphe dans la plupart des grandes villes aux municipales, entre une crise du Covid-19 lui donnant raison à plusieurs titres et une urgence écologique et sociale aujourd’hui dans toutes les consciences, la gauche prépare une rentrée active. Mais le spectre de la présidentielle pourrait néanmoins raviver les rivalités.

La rentrée politique bat déjà son plein à gauche. Les différentes formations tiennent ces jours-ci leurs universités d’été pour préparer la riposte à Macron et la conquête du pouvoir. « Nous n’avons pas d’autre choix que de réussir au plus vite. Les citoyens se sont déjà sentis trahis plusieurs fois. La crise sociale s’aggrave, et nous n’avons plus le temps d’attendre face à l’urgence écologique », alerte Marine Tondelier, qui chapeaute les journées d’été d’EELV, tenues cette année en partenariat avec Génération.s. Le périmètre aurait pu être plus large : un temps, l’idée d’un rendez-vous estival commun à toute la gauche a même été évoquée, avant d’être écartée. Mais si chaque formation se réunit chacune de son côté, le dialogue a rarement été aussi nourri depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron.

Une forte exigence de contenu
D’une part parce que la crise du Covid-19 est passée par là. En montrant les failles béantes du néolibéralisme, la pandémie a révélé à quel point les choix politiques pris depuis vingt ans ont rendu le pays plus fragile. D’une autre parce que les municipales ont également marqué les esprits. Rassemblée, la gauche l’a emporté dans l’immense majorité des plus grandes villes du pays, dont Paris, Marseille, Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Lille, Nantes et Rennes… « Il y a un véritable sens à travailler ensemble avec une forte exigence de contenu. Si nous voulons faire face à Macron et à l’extrême droite en embuscade, les options de rassemblement paraissent nécessaires », mesure Guillaume Roubaud-Quashie, qui organise la journée d’été du PCF.

La gauche est cependant encore loin d’avoir remporté la bataille idéologique en cours. Les municipales ont de plus été frappées par une abstention record, notamment des classes populaires, dont la reconquête n’est pas le moindre des enjeux. Et la droite a obtenu de solides résultats, malgré la perte de grandes villes. Surtout, le piège du présidentialisme se profile déjà, avec le risque de voir les rivalités de personnes prendre le pas sur les questions de fond. Voilà pourquoi Julien Bayou appelle à la création d’une « maison commune » à toute la gauche, au sein de laquelle chaque parti se « dépasserait ». Mais dès l’ouverture des journées d’été des écologistes, l’eurodéputée Karima Delli a affirmé que son camp était prêt « à prendre le pouvoir ». Et au même moment, Yannick Jadot préparait déjà la présidentielle de 2022 en lançant que « l’écologie doit avoir sa candidature avant janvier ».

L’ancienne tête de liste aux européennes, arrivée en tête de la gauche avec 13,48 % des voix, a d’emblée été appelée à davantage de mesure par Julien Bayou. « Jadot a tout à fait le droit de proposer une option, mais c’est le collectif qui tranchera. Le temps des désignations n’est pas venu », insiste ainsi le dirigeant d’EELV. La ligne politique incarnée par Jadot, qualifiée d’« aile assez libérale » par Jean-Luc Mélenchon, divise également à gauche. Le député FI se dit beaucoup plus proche d’Éric Piolle, maire EELV de Grenoble, qui a été invité aux rendez-vous d’été des insoumis. L’insoumis ajoute d’ailleurs que FI et EELV « peuvent s’entendre » pour les régionales et les départementales de 2021. Mais beaucoup moins pour la présidentielle, car « des divergences sérieuses » existent aussi. Du reste, le coordinateur national de la FI, Adrien Quatennens, a rappelé que son mouvement disposait du « meilleur candidat » possible pour 2022 en la personne de Jean-Luc Mélenchon, et estime que la base programmatique la plus solide pour penser le monde d’après reste celui de « l’Avenir en commun ».

« Nous devons débattre avant tout sur les problèmes concrets : si nous aspirons à diriger le pays, nous ne pouvons pas nous contenter d’un minimum syndical programmatique », prévient également le député FI Ugo Bernalicis. « Il y a des questions qu’il faut que l’on discute, ajoute Marine Tondelier. Celle du productivisme reste un sujet avec certains partis de gauche, sans être insurmontable. Le nucléaire par contre, ce n’est même pas une question : la seule à poser, c’est comment en sortir. » Pas si simple… Et les réflexions sur les institutions européennes divisent elles aussi, notamment la construction d’une « Europe des régions » défendue par EELV. « Nous devons aussi parler de République, de nation et de laïcité, et il y a encore des clarifications qui s’imposent vis-à-vis de la social-démocratie », mesure pour sa part Éric Piolle. Mais celui qui rêve de construire « un arc humaniste » assure qu’à gauche, « le socle des projets est largement partagé ». « Ce qui nous rassemble est extrêmement fort, à la fois comme valeurs, comme désir de victoire, et comme volonté de transformer la société. Il y a là un appétit pour dépasser de nombreux préjugés, et la certitude que les justices sociale et climatique marchent ensemble. »
LE SOCIAL ET L’ÉCOLOGIE COMME MATRICE

Reste à savoir si cela se concrétisera, ou non, en période électorale. « Dans l’idéal, il faudrait une cohérence entre les séquences régionale et départementale et la présidentielle », invite Ugo Bernalicis. Mais l’insoumis craint que parce qu’il « croit avoir le vent en poupe », EELV fasse cavalier seul « dans 11 des 13 régions ». « Je suis pour un accord sur les 13 régions avec l’ensemble des forces politiques à gauche et écologistes », insiste pour sa part Olivier Faure. Le premier secrétaire du PS regrette l’absence d’université d’été commune à toute la gauche. « Il ne suffit pas que les dirigeants se parlent entre eux. Nous avons besoin que les militants se rencontrent dans un cadre commun et puissent échanger ne serait-ce qu’autour d’un verre pour constater leurs désaccords et convergences. On ne peut pas seulement faire un accord du haut vers le bas entre des Jupiter. Ça, c’est la politique du XXe siècle », pointe-t-il.

Le socialiste, qui indique que les insoumis « ont vite déchanté au lendemain de la présidentielle » et constate que « maintenant ce sont les écologistes qui pensent que leur heure est venue quitte à plier tous les autres à leurs desiderata », appelle à changer de paradigme. « Il faut hybrider nos projets. Nous devons penser l’État-providence de demain ensemble. Sans quoi le patriotisme de parti peut nous amener dans l’impasse et nous conduire à contribuer de toutes nos forces à un second tour entre fachos et libéraux que nous voulons pourtant éviter. » Une menace que le PCF veut lui aussi conjurer. Fabien Roussel appelle ainsi la gauche « à ne pas s’enfermer dans un débat sur les personnes ». Le secrétaire national du PCF assure que pour 2022, « la question qui doit se poser est celle du contenu du changement de société profond que nous voulons défendre ».

Aurélien Soucheyre

CRISE ÉCONOMIQUE. FACE AU PLAN MACRON, LES SIX PRIORITÉS D’UNE RELANCE ROUGE ET VERTE




Le gouvernement a reporté la présentation de son plan à 100 milliards, mais n’a pas l’intention de modifier son cap. Pourtant, la crise sanitaire a prouvé que sa politique conduit dans le mur et les propositions ne manquent pas pour ouvrir un autre chemin.

« Le plan de relance est prêt. » Après l’annonce de dernière minute du report de sa présentation initialement prévue ce mardi, Bruno Le Maire a assuré le service après-vente lundi matin. Le ministre de l’Économie a tenté sur RTL de convaincre : « Que les mesures soient annoncées la semaine prochaine, dans dix jours ou dans quinze jours, ou qu’elles soient annoncées maintenant ne change rien. » Le gouvernement met « au même niveau l’urgence économique et l’urgence sanitaire », annonce-t-il. Pour preuve, la rentrée médiatique du premier ministre programmée mercredi matin a été confirmée, histoire de garder la main sur le tempo et de détailler les mesures sanitaires. Si le délai supplémentaire décidé par l’Élysée et Matignon relève du détail pour le locataire de Bercy, c’est que – loin des engagements d’Emmanuel Macron sur un « jour d’après (qui) ne sera pas un retour au jour d’avant » – la crise sanitaire, économique et sociale n’a rien modifié des orientations en vigueur depuis 2017. « Il y a un principe absolu : nous n’augmenterons aucun impôt », a ainsi martelé lundi Bruno Le Maire, qui en a fait son mantra. Outre l’engagement de maintenir la suppression de la taxe d’habitation pour tous les Français, même les plus aisés, d’ici à 2023, le ministre a ainsi confirmé que le plan de relance de 100 milliards d’euros mise sur de nouveaux cadeaux fiscaux sans contrepartie aux contribuables les plus fortunés et aux entreprises. Un « logiciel périmé », a dénoncé l’insoumis Adrien Quatennens. Une critique que le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, veut, de son côté, donner à voir concrètement en se rendant ce mardi aux côtés des salariés de Verallia, à Cognac, où des emplois sont menacés alors que 100 millions d’euros de dividendes ont été versés. Sur le plan environnemental, le compte n’y est pas non plus, estiment les formations de gauche comme les ONG et les syndicats.
L’exécutif a eu beau vanter durant l’été une relance verte, les 30 milliards d’euros consacrés à la transition écologique sont loin de suffire. Pourtant, à l’heure de la rentrée politique et sociale, les propositions fourmillent pour une relance de progrès. De l’emploi à la culture en passant par les services publics, l’Humanité passe en revue ces mesures rouges et vertes que l’exécutif veut ignorer.

Julia Hamlaoui

1/ SERVICES PUBLICS, UN MOYEN DE LUTTER CONTRE LE CHÔMAGE

Absent du plan de relance, le secteur public avait pourtant servi d’amortisseur durant la crise économique de 2008.

Les services publics s’annoncent comme les grands oubliés du plan de relance du gouvernement. En 2008, ils avaient pourtant contribué à absorber une partie des effets de la crise économique. Depuis, la présence des services publics de l’emploi, postaux, des écoles ou encore des hôpitaux de proximité n’a cessé de perdre du terrain sur le territoire. Dans ces différents secteurs, la pénurie de fonctionnaires est partout criante. « Il faudrait des budgets à la hauteur du monde de demain, déplore Baptiste Talbot, coordinateur de la CGT fonction publique, mais aussi un plan de transformation de la fonction publique, qui joue un rôle central dans cette période. C’est un facteur de stabilité pour le pays. Il faut des investissements dans la santé, augmenter les moyens de contrôle, comme à l’inspection du travail ou dans la lutte contre la fraude fiscale, construire plus de logements sociaux… »

Considérés comme un poste de coût par le gouvernement, l’ouverture de postes de fonctionnaire, la réduction de la précarité ou encore une hausse de la rémunération auraient surtout un effet vertueux pour l’économie. « Recruter des milliers d’agents serait une solution pour améliorer l’implantation des services publics mais aussi un vecteur pour lutter contre le chômage », rappelle Baptiste Talbot. Après dix ans de gel du point d’indice, une hausse minimale de 1 % engendrerait certes un coût de 2 milliards mais générerait en contrepartie 500 millions d’euros de cotisations sociales, selon la CGT.
La relance du Conseil national des services publics (instance de concertation) permettrait également d’évaluer au plus près les besoins de la population. Plébiscités par les Français pendant la pandémie, les personnels hospitaliers n’auront pourtant pas bénéficié d’un Ségur de la santé à la hauteur des enjeux : seuls 7 500 recrutements ont été concédés et 4 000 lits rendus disponibles en cas de besoin. Laurent Laporte, secrétaire de l’Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres, techniciens (UFMICT), estime « qu’il faudrait recruter 100 000 personnes dans les hôpitaux et 200 000 dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) afin d’avoir un personnel par résident. Il faudrait aussi créer des Ehpad médicalisés pour faciliter la prise en charge sur place et éviter le passage aux urgences. Mais on a déjà du mal à recruter aujourd’hui, donc il faut aussi une revalorisation des rémunérations et augmenter le nombre de médecins, infirmiers, aides-soignants en formation… ». Dans les faits, un changement total de paradigme s’impose, avec en tête de pont un hôpital accessible à tous. « Nous devons revenir aux fondamentaux de ce qu’était le système il y a 40-50 ans, avant les dérives budgétaires, poursuit-il. Supprimer le lean management (chasse aux coûts - NDLR), la tarification à l’activité (T2A). Il faut y réfléchir ensemble, en incluant tous les métiers de l’hôpital et notamment les femmes de ménage. Dans cette démarche de simplification des décisions, les agences régionales de santé (ARS) sont aussi vouées à disparaître. »

Cécile Rousseau

2/ TRANSPORTS LE FRET FERROVIAIRE, L’ALTERNATIVE AU TOUT-ROUTIER

Pour les cheminots, l’État doit impulser un changement de modèle de transports et déclarer Fret SNCF d’utilité publique.
À Valenton (Val-de-Marne) fin juillet, Jean Castex se livrait à une déclaration d’amour au fret ferroviaire. « C’est un sujet majeur. Nous devons investir », déclarait alors le premier ministre, évoquant des mesures comme « la gratuité des péages ferroviaires jusqu’à fin 2020 et leur réduction de moitié pour 2021 » ou « le développement des autoroutes ferroviaires ». L’exécutif parle de début de « reconquête du fret », les syndicats, eux, demeurent dubitatifs. De 17 % en 2000, la part du transport de marchandises par le fer n’est plus que de 9,5 % aujourd’hui, dont 5 % seulement assurés par Fret SNCF, rappelle la CGT cheminots. Autant dire que les « quelques millions d’euros » mis sur la table sont « bien insuffisants pour réparer les méfaits des politiques destructrices », renchérit SUD rail.

Symboliques du désengagement des pouvoirs publics, la mise au rebut du train des primeurs (ligne Perpignan-Rungis), la fermeture de la liaison Saint-Bel-Courzieu en 2019 et les menaces sur la ligne Volvic-Mont-Dore, représentent à elles seules 46 000 camions supplémentaires sur les routes chaque année. Quant aux autoroutes ferroviaires, ces « corridors longue distance pour lesquels l’infrastructure est fiabilisée et les sillons existent déjà », note la CGT, elles « ne permettent d’extraire environ que 120 000 semi-remorques par an de nos routes quand des dizaines de millions les parcourent chaque année ».

Déclarer le fret ferroviaire d’utilité publique, revenir à une SNCF publique, unique et intégrée, faire payer la route à son juste prix en prenant en compte ses externalités négatives (congestion routière, accident, gaz à effet de serre, sécurité), sont autant de pistes avancées par la CGT. De son côté, SUD rail réaffirme l’urgence d’un « moratoire sur les fermetures d’infrastructures dédiées au fret » et plaide pour « un plan de développement sur plusieurs années ». Une voie d’avenir que l’Autriche ou l’Allemagne ont, elles, choisi d’emprunter.
Marion d’Allard.


3/ TRAVAIL CRÉER DE L’EMPLOI, OUI, MAIS DE QUALItÉ

 

La relance ne doit pas servir le capital, mais tendre vers le partage de l’activité et des rémunérations justes.
Le plan de relance du gouvernement ressasse les mêmes recettes qui ont échoué depuis des décennies : « libérer le capital », « baisser le coût du travail ». « On ne peut pas résoudre les problèmes avec l’une des causes de la crise », tranche l’économiste et syndicaliste Nasser Mansouri. Pour lui, la fiscalité des entreprises comme les aides qui leur sont dévolues peuvent être des outils, « mais pas de façon indifférenciée. Il faut oser la conditionnalité », assure-t-il. Car le risque de valoriser toujours plus le capital en cette période de crise économique est que la situation, qu’il ne s’agit pas de minimiser, serve de prétexte à faire peur, à pousser les salariés comme les demandeurs d’emploi à accepter des sacrifices : baisse de salaires, hausse du temps de travail, contrats précaires et autres reculs sociaux mis en musique par les accords de performance collective si prisés du patronat.

« Face aux exigences de notre temps – la transition écologique et énergétique, les nouvelles technologies… –, les besoins de qualification et de formation augmentent, c’est un enjeu permanent, explique Nasser Mansouri. Mais le salaire doit suivre. À l’inverse, on assiste à un déclassement surtout visible chez les jeunes diplômés, payés comme des non-qualifiés. » L’économiste propose également de repenser les rémunérations selon l’utilité sociale de l’emploi. Un déséquilibre que la crise sanitaire a mis en exergue comme jamais. « Les métiers les plus utiles sont bien moins payés que les actionnaires ou financiers », poursuit le cégétiste, qui pose aussi la question d’un salaire maximum. « De la même manière qu’on doit lutter contre les inégalités de salaires entre femmes et hommes, on peut aussi le faire entre les postes d’une même entreprise », explique-t-il.

« Le partage du travail, c’est regarder vers l’avenir »
La baisse globale du temps de travail constitue une solution pour relancer l’emploi. « Le partage du travail, c’est regarder vers l’avenir, à l’inverse de l’idéologie libérale, qui considère les travailleurs soit comme paresseux, soit comme trop exigeants », assure Nasser Mansouri. Le syndicaliste insiste également sur la nécessité d’instaurer de la démocratie en entreprise, qui offrirait aux salariés, organisés, un pouvoir de décision. « Qui d’autres que les travailleurs seraient mieux placés pour décider des choix d’investissements productifs, de formations, et même des besoins d’aides publiques, afin que celles-ci ne finissent pas dans la poche des actionnaires ? »
Emplois stables, hausse de salaires – et non des primes à discrétion de la direction – et partage du travail, voilà qui aurait aussi le mérite de dégager les ressources nécessaires au financement de la protection sociale.
Pierric Marissal

4/ CULTURE REDONNER TOUTE LEUR PLACE AUX ARTS

Syndicats et organisations professionnelles du spectacle, du cinéma et de la musique font des propositions pour une reprise durable.

Alors que l’annonce du plan de relance est repoussée, mais que des précisions sont chaque jour apportées dans de nombreux secteurs économiques, les acteurs du monde de la culture s’inquiètent du silence qui règne quant à leur domaine, parmi les plus impactés par la crise sanitaire. La majorité des festivals s’est vue contrainte à l’annulation et, selon une étude du ministère de la Culture, le spectacle vivant aurait perdu quelque 3 milliards d’euros de recettes, tandis que les cinémas voyaient s’envoler les deux tiers de leurs spectateurs… Aurélie Bordier, déléguée générale de l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), réclame, comme l’ensemble de la filière, qu’ « une partie des 370 millions du CNC, ponctionnés régulièrement par Bercy, soient récupérés pour pouvoir tenir. Sinon, certaines salles vont fermer, des distributeurs vont faire faillite », assure-t-elle.

Le secrétaire général de la CGT spectacle, Denis Gravouil, n’a toujours pas été reçu par la ministre Roselyne Bachelot, laquelle a préféré faire le tour des patrons du spectacle vivant privé et des gros industriels de la musique. « On pensait rouvrir à la rentrée, dit-il. Mais là, on semble s’acheminer vers un durcissement des mesures sanitaires. Comment éviter que ce deuxième coup ne soit fatal à l’emploi des permanents, des intermittents, des auteurs ? » Pour lui, il est « urgent d’avoir un plan d’accompagnement triennal de la crise car le budget de la culture ne se joue pas sur du court terme ». Il souhaite un soutien fléché vers les petites entreprises de service public et l’audiovisuel public. Cela permettrait d’encourager la filière et de donner confiance au public.
Il relève que, au passage, « est revenu sur la table le partage de valeur des œuvres diffusées sur Internet, l’occasion que les Gafa soient mis à contribution, que la directive sur le droit d’auteur ne soit plus défavorable aux artistes… ».

Le sort des musiciens est tout aussi préoccupant : Philippe Gautier, secrétaire général du syndicat CGT de ce secteur, réclame un refinancement du service public. Cela concerne les opéras, ensembles symphoniques, salles conventionnées ou de musiques actuelles. Il demande aussi que l’aide au privé se poursuive mais qu’elle bénéficie autant aux petites salles associatives qu’à celles de grande jauge, comme les Arena ou les Zénith.
Enfin, il demande une aide à l’emploi artistique proportionnelle au nombre d’artistes sur scène, qui permettrait de ne pas se limiter à des productions pauvres, au rabais.
Magali Jauffret

5/ RÉINDUSTRIALISATION PRODUIRE ET CONSOMMER LOCAL

Rebâtir l’outil industriel passera par une reprise en main publique de pans entiers de l’économie.
A vec la crise, l’idée d’une « planification » industrielle a retrouvé ses lettres de noblesse, même si l’exécutif se contente pour l’instant de la brandir comme un slogan. À gauche comme chez les syndicats, tout le monde est convaincu de la nécessité de rebâtir notre industrie, laminée par trente ans de néolibéralisme : depuis 1980, sa part dans la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie a fondu de moitié et environ 1,5 million d’emplois ont été détruits.

« Redresser l’industrie, c’est redresser l’économie, souligne Marie-Claire Cailletaud, secrétaire fédérale à la CGT. Un emploi industriel représente entre trois et quatre emplois induits. Il faudra commencer par les trois grands secteurs stratégiques indispensables au pays : télécoms, énergie et transports, c’est-à-dire ces industries en réseau démantelées par l’Union européenne depuis des années. » La syndicaliste milite pour une « reprise en main publique » de ces secteurs, mais qui ne saurait se confondre avec les nationalisations d’antan : « Il n’est pas question d’une étatisation, mais d’une appropriation sociale. Ce ne sera pas à l’État de gérer ces industries tout seul, mais à un ensemble d’acteurs – représentants de salariés, associations de citoyens, collectivités… – qui devront agir de manière démocratique. »

Des décennies de libre-échange libéral débridé
Cette reconstruction ne pourra se faire sans un rapprochement des lieux de production des espaces de consommation : des décennies de libre-échange libéral débridé ont conduit à l’éclatement des chaînes de valeur et contribué au réchauffement de la planète. « La réindustrialisation de nos territoires est une nécessité pour lutter à la fois contre le changement climatique, la mise en concurrence internationale des salariés et le dumping social et environnemental pratiqué par certains pays », note Europe Écologie-les Verts (EELV).

« Le monde d’après doit passer par une remise en question des technologies de production et des finalités productives, estime l’économiste Mireille Bruyère, membre du conseil scientifique d’Attac. Reprendre la main, c’est produire des biens industriels en circuits courts, permettre aux entreprises sur le territoire de produire des biens destinés aux ménages sur le territoire. Une véritable politique industrielle ne peut se cantonner à nationaliser des industries ou taxer les firmes multinationales du numérique. Elle doit s’atteler à la reconstruction de filières industrielles complètes. »
Cyprien Boganda

6/ SORTIR DES ÉNERGIES FOSSILES

Investir dans la filière bas carbone, tel est le vrai plan de relance à financer en urgence face à la crise sanitaire et climatique.

C’est maintenant ou jamais. Il reste dix ans pour agir, avertissent les scientifiques et les experts du Giec. Enrayer le réchauffement climatique nécessite une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES). Moins 7 % tous les ans à partir de 2020 pour ne pas dépasser la barre des + 2 °C, rappelle le climatologue Christophe Cassou. Toutes les ONG ainsi que les instances en charge du climat, comme le Haut Conseil sur le climat (HCC) ou la convention citoyenne, exhortent le gouvernement à placer la transition écologique et l’égalité sociale au cœur de la relance. « C’est la condition pour renforcer notre résilience aux risques sanitaires et climatiques », indique le rapport spécial sortie de crise du HCC « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir », remis en avril au gouvernement. Il lui recommande d’investir dans les infrastructures, bas carbone et dans la reconversion.

Cela veut dire commencer par désinvestir les secteurs polluants et déjà, au minimum, conditionner les aides publiques aux secteurs aérien et automobile : baisse de l’empreinte carbone, programmes de reconversion écologique et sociale et interdiction de redistribuer les dividendes. Autant de pistes qui figurent dans le manifeste d’Attac pour une relocalisation écologique et solidaire, qui préfigure le pacte rouge et vert de la coalition « Plus jamais ça » avec la CGT, Solidaires, Oxfam, Greenpeace et la Confédération paysanne.

Le Réseau action climat (RAC) propose d’orienter en priorité les financements sur une hausse de l’objectif de réduction des émissions de GES pour 2030 et d’en exclure, suivant le principe européen do no harm (« ne pas nuire »), tous ceux qui ont un impact néfaste pour le climat ou l’environnement. Le RAC estime insuffisants les 30 milliards du plan gouvernemental et chiffre, dans son « plan de relance vert et solidaire », à 43,4 milliards d’euros sur deux ans les besoins pour une transition écologique et juste, hors industrie et agriculture.

Maintenir l’activité, sauver l’emploi et réduire les émissions de CO2, c’est possible. À Cordemais, entre Nantes et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), un projet de reconversion attend de trouver sa place dans le plan de relance. C’est ce qu’ont demandé le 12 août dernier les salariés de la centrale à charbon EDF et leur intersyndicale dans une lettre aux ministres de l’Économie et de la Transition écologique. Ils portent depuis cinq ans le projet Ecocombust, une centrale à biomasse en circuit court. À la clé, des émissions de CO2 réduites par cinq, 350 emplois sauvés et une centaine créés.

Latifa Madani


dimanche 23 août 2020

« LE SPECTRE DE MAÏDAN », L’ÉDITORIAL DE STÉPHANE SAHUC DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR




La Biélorussie sortira-t-elle par le haut de la crise qui la secoue actuellement ? La réponse est entre les mains d’Alexandre Loukachenko. Celui qui préside aux destinées du pays depuis près de trois décennies est indubitablement le premier responsable de la colère des Biélorusses. Même si une partie du peuple lui sait encore gré d’avoir assuré et garanti, durant ces décennies, la satisfaction des besoins fondamentaux : santé, emploi, logement… quand les pays de l’ancien camp soviétique subissaient des cures d’ultra­libéralisme entraînant explosion des inégalités, misère et désespoir.

Mais le régime autocratique qu’il a mis en place atteint aujourd’hui un point de rupture. La mascarade des résultats a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la colère. Loukachenko doit en prendre la mesure et reconnaître qu’il doit partir sans céder à la tentation répressive. Pour que l’issue soit dans l’intérêt du peuple biélorusse, il faut également que les « Occidentaux » et les Russes assument que cette sortie de crise est aussi de leur responsabilité.

Tous doivent avoir en tête le catastrophique précédent ukrainien et au cœur la volonté de laisser le peuple biélorusse décider de son destin. Le fait qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel plaident pour une « coordination » entre l’UE et la Russie pour dénouer la situation et que Moscou accueille favorablement cette proposition va dans le bon sens. Mais la lecture de l’article de BHL dans le JDD est plus inquiétante. Il y relève benoîtement que Svetlana Tsikhanovskaïa, l’opposante principale, est encadrée par les services secrets de Vilnius, « la ville courage, en première ligne face à Poutine », et par la Freedom House, historiquement liée à la Ligue anticommuniste et profondément russophobe. Eux veulent avant tout une Biélorussie sous influence occidentale au détriment de Moscou. Sans oublier au passage de passer l’économie du pays dans la lessiveuse de la libéralisation. Si c’est dans cette voie que s’engage l’après-Loukachenko, alors le poison nationaliste l’emportera une nouvelle fois au détriment de la démocratie.

Stéphane Sahuc


BIÉLORUSSIE. LE MOUVEMENT S’ANCRE MAIS SE DIVISE SUR LES ALTERNATIVES POLITIQUES




Des dizaines de milliers d’opposants se sont encore rassemblés dimanche pour contester la réélection du président autocrate Alexandre Loukachenko. Des divergences émergent au bout de quinze jours sur le projet à mettre en place et les défis à relever désormais pour le pays.

Pour le deuxième dimanche consécutif, d’importants rassemblements ont eu lieu hier en Biélorussie. Dans la capitale, la foule s’est réunie principalement sur la place de l’Indépendance, où la police ne cessait de répéter : « Chers citoyens, c’est un rassemblement non autorisé. » En face, les dizaines de milliers de manifestants leur ont répondu par des « Liberté, liberté » et ont appelé la fin des violences et de nouvelles élections. Beaucoup moins massif que la semaine passée, le mouvement a réussi à se maintenir dans plusieurs villes du pays. Essoufflement ? « Peut-être, note Sergueï Dilevskovo, qui a dirigé les grèves dans l’usine de tracteurs de Minsk (MTZ). Même si aujourd’hui, moins de monde va manifester dans les rues, ce qui s’est produit marque un tournant à jamais. L’annonce du résultat et les violences ont révélé cette colère profonde dans la société. »

« J’ai peur que l’on soit dépossédés de ce combat »
Officiellement, le président Alexandre Loukachenko a décroché un sixième mandat, le 9 août, avec 80 % des voix. Une victoire non reconnue par l’opposition et sa représentante Svetlana Tsikhanovskaïa, aujourd’hui réfugiée en Lituanie.  « La réponse du pouvoir a engendré cette mobilisation. La non-prise en compte d’un ras-le-bol qui s’est exprimé autour de la candidature de Tsikhanovskaïa a produit une égérie médiatique. Cette fracture au sein de la société et les violences contre les manifestants ont abouti à ce que beaucoup de Biélorusses descendent dans la rue. Mais des différences idéologiques existent clairement entre libéraux, nationalistes, progressistes. D’où des divisions dans ce mouvement, notamment chez les ouvriers », analyse Pavel, un responsable syndical.

Les actions de grève ont été l’un des moments forts des deux semaines de mobilisation pour réclamer la fin des violences, la libération des détenus et de nouvelles élections. Des collectifs de travail se sont déployés dans les nombreuses usines publiques de construction automobile que compte la Biélorussie : BelAZ (engins miniers), MAZ (camions et autobus), MTZ (tracteurs), et aussi dans l’électronique (Integral), la métallurgie (BMZ) et les mines (potasse avec Belaruskali).

Dans le système économique biélorusse, leur poids est prépondérant. Près de 25 % de la population travaille dans les grandes industries. Si l’atout commercial demeure l’achat du pétrole à prix préférentiel à la Russie pour le réexporter vers l’Europe, l’industrie chimique (engrais) et la production de véhicules automobiles demeurent essentielles. La pression est donc mise sur les ouvriers et les mineurs aussi bien par l’opposition, qui se rend sur place dans les usines, que par le pouvoir, qui a licencié un certain nombre de grévistes. Malgré des caisses de solidarité, le mouvement semble s’effriter. La nécessité de toucher un salaire, la crainte de perdre son emploi ou d’enclencher un événement dévastateur pour son pays reviennent dans plusieurs témoignages. Pour Oleg, un ouvrier de l’usine automobile MAZ, « je suis en colère contre ce régime qui ne nous écoute pas. Mais, on a l’impression que tout va très vite, trop vite. Au final, j’ai peur que l’on soit dépossédé de ce combat pour la liberté au profit d’un projet qui ne s’intéresse guère aux travailleurs. Cette mécanique de part et d’autre m’inquiète ».
Si le mouvement a gagné l’ensemble des villes, la Biélorussie plus rurale demeure attachée au président biélorusse, qui a défendu les secteurs agricole et forestier. Avec les usines, ils ont été les principaux bénéficiaires de sa politique sociale et économique. La crainte du changement fonctionne donc à plein dans ces deux secteurs.

La stratégie du président biélorusse a évolué ces derniers jours (lire ci-contre). Il a durci son discours. Alexandre Loukachenko a ordonné samedi à son ministre de la Défense de prendre les « mesures les plus strictes » pour défendre l’intégrité territoriale du pays et affirmé la veille qu’il allait « régler le problème » du mouvement de protestation. Il a ainsi lancé une enquête et des poursuites pour coup d’État et atteinte à la sécurité nationale contre les membres du conseil de coordination créé par l’opposition. Sa rhétorique contre les ingérences extérieures et pour la stabilité du pays fonctionne. Les interventions européennes appelant à soutenir les manifestants ont renforcé son discours, tout comme l’attitude des gouvernements polonais et lituanien, favorables à un changement de pouvoir. « Loukachenko part au bras de fer. Est-ce pour mieux obliger l’ensemble des acteurs à ne pas le laisser de côté ? L’opposition va devoir passer par une phase de négociation », estime pour sa part un diplomate français. Depuis Vilnius, Svetlana Tsikhanovskaïa a d’ailleurs reconnu samedi qu’un dialogue était nécessaire dès que possible « pour que la crise ne devienne pas plus profonde ».

Dans cette guerre de l’information, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a fait un pas de côté. Dans un entretien publié dimanche par le quotidien espagnol El Pais, il a plaidé pour éviter que la Biélorussie devienne une « seconde Ukraine », estimant nécessaire de traiter avec le président Loukachenko. Un autre acteur a fait son apparition, les États-Unis. Le secrétaire d’État adjoint américain Stephen Biegun doit se rendre cette semaine en Lituanie et en Russie.

Vadim Kamenka

DISPARITION. GERVAISE GALLEPE, UNE LYCÉENNE DANS LA RÉSISTANCE (JÉRÔME SKALSKI)




La jeune communiste avait lancé la manifestation du 11 novembre 1943. Elle s’est éteinte le jeudi 19 août à l’âge de 98 ans.
«J e suis née avec Lénine, je suis née avec le Parti, je suis née dedans. Mon père a adhéré au Parti à sa création, au congrès de Tours. Pour mon père, c’était l’avenir du monde », expliquait-elle devant la caméra de son fils, Jean-Pierre Gallepe, dans le documentaire Gervaise et Jean, des lycéens dans la Résistance (1).

Née Joly, le 18 janvier 1922 au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), Gervaise Gallepe, adhérente aux Jeunesses communistes, est élève au lycée Fénelon, à Paris, au moment où la guerre éclate. Elle s’engage dans la Résistance, sous la direction notamment de Ginette Cros et de Francis Cohen. Elle rencontre le résistant Jean Gallepe avec qui elle se mariera le 10 octobre 1944 à Ivry-sur-Seine, avec Jacques Duclos comme témoin, ami intime des Joly, au début de l’année 1943. Membre du Comité national de l’UJRF en 1945, puis de l’UJFF et de l’UFF, elle sera gérante du journal Fille de France, de 1944 à septembre 1947.

Membre du bureau de section du PCF de Romainville où elle s’est installée avec son mari après la Libération, Gervaise Gallepe sera adjointe au maire de Romainville de 1959 à 1977, sous le mandat des maires communistes Pierre Kerautret tout d’abord puis, à partir de 1966, Gérard Machelart. Installée dans l’Yonne, à Asnières-sous-Bois, près de Vézelay, en 1980 pour leur retraite, Gervaise et Jean continuent de militer au PCF.

Entre autres actions de résistance, Gervaise Gallepe fut chargée, en chantant l’hymne national, de lancer la manifestation du 11 novembre 1943 organisée dans la cour de la Sorbonne en souvenir du rassemblement du 11 novembre 1940 organisé place de l’Étoile contre l’occupant allemand et contre l’arrestation de Paul Langevin du 30 octobre 1940, « signal de la lutte ouverte des puissances obscurantistes contre la culture et la pensée libre », selon un tract de l’UEC de l’époque. « C’était une Marseillaise tremblante », s’amuse-t-elle dans le témoignage filmé par son fils en 2011. Une Marseilaise qui résonne jusqu’à nous en mémoire de ces lycéens et étudiants résistants qui furent parmi les premiers à braver la collaboration pétainiste et l’occupation nazie.
(1) Gervaise et Jean, des lycéens dans la Résistance, de Jean-Pierre Gallèpe, 2012.

Jérôme Skalski


vendredi 21 août 2020

« LE COVID ET L’ÉCHALOTE », L’ÉDITORIAL DE STÉPHANE SAHUC DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !




La pandémie de Covid-19 a exposé au grand jour la faillite du libéralisme et de son obsession de la rentabilité à tout prix. Elle a démontré à tous la catastrophe de sa gestion comptable de l’hôpital. Elle a prouvé le besoin de services publics forts, de démarchandiser la recherche. Elle a révélé les premiers de corvée, ces femmes et ces hommes qui étaient physiquement au travail, derrière les caisses, dans les entrepôts, dans les abattoirs, sur les routes ou dans nos rues. Ceux sans qui la société se serait effondrée sont aussi ceux qui ont l’espérance de vie la plus courte, les salaires les plus bas, le taux d’accidents du travail le plus élevé. Et c’est encore sur eux que pèse le plus lourdement le coût des mesures sanitaires puisque les masques ne sont toujours pas gratuits.


Et l’on pourrait multiplier les exemples pour aboutir à cette conclusion : la crise du Covid-19 démontre que c’est dans le camp de la gauche et de l’écologie que se trouvent les bonnes propositions pour la société. Et pourtant les forces de la gauche et de l’écologie sont confrontées à un sérieux défi. Elles peinent toujours à convaincre les Français. Les universités d’été doivent permettre de commencer à changer cela. Or, on semble déjà être entré dans une course à la candidature pour 2022. Pourtant, déjouer le scénario d’un nouveau second tour Macron-Le Pen est plus une question de dynamique et de crédibilité que de vitesse.


Dynamique et crédibilité qui sont étroitement liées à la nature du débat politique et idéologique qui va dominer la période qui s’ouvre. Séparatisme et « ensauvagement », comme le souhaitent Macron et Le Pen ? Ou bien autour des questions posées par le Covid et qui, poussées jusqu’au bout, impliquent rien de moins que la nécessité d’un changement de société et d’un nouveau paradigme social et écologiste ? Si les forces de gauche et de l’écologie mettent toutes leurs énergies à construire, à populariser et à rendre incontournable ce débat plutôt qu’à se lancer dans la course à l’échalote 2022, alors peut-être que la question du nombre de candidats ne sera plus un problème.

Par Stéphane Sahuc