mercredi 4 août 2021

Finances. La Bourse en pleine forme, malgré la crise sanitaire



Clotilde Mathieu

Boostés par des résultats inespérés, les indices boursiers s’envolent. Surfant sur la reprise, après avoir sabré l’emploi, les groupes du CAC 40 vendent leurs actions à prix d’or.

Le CAC 40, indice phare de la Bourse parisienne, n’en finit plus de grimper. Après avoir retrouvé son niveau d’avant-crise en treize mois, à 6 100 points, il atteignait son plus haut niveau enregistré depuis septembre 2000. Passant la barre des 6 700 points, le CAC 40 se rapproche désormais de plus en plus de son record historique (6 922 points). Et les menaces de quatrième vague ne semblent pas altérer le moral des boursicoteurs, rassurés encore et toujours par l’arsenal massif déployé par les gouvernements et les banques centrales. Fin juillet, la Fed (banque centrale américaine) avait d’ailleurs dissipé les doutes en annonçant le maintien de sa politique monétaire accommodante. Soit la poursuite de son programme de 120 milliards de dollars de rachat d’actifs par mois et le maintien de son taux directeur dans la fourchette de 0 à 0,25 %.

Cette euphorie s’explique par les résultats affichés par les multinationales composant l’indice. En effet, ces publications gonflent le prix des actions puisqu’elles laissent espérer de somptueux dividendes. Le bénéfice net par action (BNPA) des entreprises européennes a bondi de 159 % sur un an au deuxième trimestre. Par ailleurs, la BCE a décidé de « ne pas prolonger au-delà du mois de septembre 2021 sa recommandation aux banques de limiter les dividendes ».

Un bénéfice net de 3,996 milliards d’euros pour l’assureur Axa

La croissance du chiffre d’affaires des 33 entreprises ayant déjà publié leurs résultats est en moyenne de 20 % sur un an, à données comparables. Certes, les entreprises du CAC 40 ne reflètent généralement pas les performances de l’économie nationale. Mais cette évolution à deux chiffres interroge, alors que le rebond de l’économie n’est que de 5 % dans son ensemble, et que le retour à la normale d’avant-crise n’est pas attendu avant le printemps 2022.

Bref, les résultats sont supérieurs aux attentes, faisant oublier les inquiétudes vis-à-vis du variant Delta. Assurances, banques, pharmacies, services mais aussi industries enregistrent des retours en force. Le géant français de l’assurance Axa a même effacé de ses comptes les signes de la crise sanitaire. Avec un bénéfice net de 3,996 milliards d’euros au cours du premier semestre 2021, l’assureur l’a multiplié quasiment par trois par rapport à l’an dernier à la même époque ; mais, surtout, ce dernier a augmenté de 71 % par rapport à la même période en 2019, avant le début de la crise sanitaire. Et ce malgré les litiges entre l’assureur et les restaurateurs qui se sont multipliés depuis le début de la pandémie. Les mesures Covid-19 ont ainsi grevé les comptes de 1,5 milliard d’euros, dont 400 millions pour les restaurateurs.

Des résultats dûs à la reprise et à des restructurations drastiques

Hier, c’était cette fois la Société générale qui affichait un résultat net en hausse de 13,5 %, à 2,65 milliards d’euros, au titre du premier semestre 2021, contre les 10 % attendus par les places financières. De son côté, la BNP, plus grosse banque du Vieux Continent, a gagné 2,9 milliards d’euros au deuxième trimestre, soit le meilleur trimestre de son histoire. De bons résultats qui s’expliquent par la baisse des sommes provisionnées par la banque pour faire face aux risques de défaut de ses emprunteurs.

La reprise de l’activité réussit aussi aux géants de l’industrie. TotalEnergies, ArcelorMittal, Saint-Gobain ou encore Renault et Airbus ont également redressé leurs comptes. Le groupe au losange, qui avait essuyé des pertes record de 8 milliards d’euros en 2020, a renoué avec les bénéfices au premier semestre (368 millions d’euros).

Ces résultats sont le produit de la reprise, mais aussi et surtout de restructurations drastiques. À l’instar du constructeur, dont le nouveau PDG se félicitait de la réussite de son plan « axé sur la rentabilité », qui, d’après lui, « commence à porter ses fruits ». Depuis 2019, Renault a déjà réduit ses « coûts » de 1,8 milliard d’euros. Et envisage de supprimer d’ici à la fin de l’année 14 700 postes, dont 4 700 en France. Idem pour la Société générale, qui fin novembre annonçait la suppression de 640 emplois en France, principalement dans sa banque de financement et d’investissement.

 

mardi 3 août 2021

Santé. Vérités et mensonges sur les vaccins anti-Covid



Alexandra Chaignon

Effets secondaires ? Dangerosité ? Efficacité contre les variants ? De nombreuses interrogations nourrissent l’hésitation vaccinale. Pour démêler le vrai du faux, dix points basés sur les dernières études scientifiques.

1/ On ne sait pas ce que contiennent les vaccins

Faux La composition des sérums est parfaitement connue. Le principe actif des vaccins développés par Pfizer/BioNTech et Moderna est l’ARN messager : du fait de sa relative nouveauté, cette technologie dite des « vaccins à acides nucléiques » suscite des questions et des craintes. De quoi parle-t-on exactement ? Il faut savoir que l’ARN est une molécule présente naturellement dans les cellules des êtres vivants qui « sert à fabriquer les protéines nécessaires au fonctionnement de l’organisme », explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Comme le rappelle Bruno Pitard, directeur de recherche à l’Inserm et spécialiste de la vaccination ARN, tous les vaccins reposent sur le même principe : ils consistent « à injecter dans l’organisme de faibles doses d’un agent pathogène (virus ou bactérie) ou des fragments d’agent pathogène pour exposer le système immunitaire et le préparer à contrer les attaques futures ». Dans le cas des vaccins Pfizer et BioNTech, on injecte des molécules d’ARN messager – une copie de synthèse d’un brin de code génétique du virus et non du virus lui-même, contrairement aux vaccins classiques – qui vont servir à la fabrication de la protéine Spike, laquelle va déclencher la production d’anticorps. Cet ARNm est enrobé d’une capsule lipidique pour le préserver de toute destruction, mais aussi pour faciliter la pénétration dans le cytoplasme de la cellule.

Les vaccins des laboratoires AstraZeneca et Johnson & Johnson reposent, eux, sur le principe de l’adénovirus. Il s’agit d’utiliser un virus affaibli pour transporter une petite partie de l’ADN du coronavirus dans notre corps et lui apprendre à se défendre.

2/ Les vaccins à ARN messager modifient notre patrimoine génétique

Faux « L’ARN messager n’est pas capable de s’insérer dans le noyau des cellules et n’entre pas en contact avec l’ADN (les molécules porteuses du patrimoine génétique – NDLR). En aucun cas, il ne peut modifier notre génome », insiste Dominique ­Deplanque, professeur de pharmacologie médicale au centre d’investigation clinique du CHU de Lille. En outre, « la présence de cet ARN messager dans l’organisme est très fugace, il disparaît rapidement après son injection ». Il produit juste ce qu’il faut pour entraîner le système immunitaire à réagir en cas d’infection « naturelle » par le virus avant d’être éliminé. Cette ambiguïté s’explique par le fait qu’il existe « des micro-ARN qui peuvent interagir avec l’ADN, mais il ne s’agit pas des mêmes molécules, précise le Pr Deplanque. Comme dans bon nombre de théories diverses et variées, il y a un petit fond de vérité, mais celle-ci est surinterprétée pour introduire le doute ».

3/ Les vaccins ont été mis au point trop rapidement

Faux En temps normal, il faut compter entre huit et quinze ans pour le développement d’un vaccin. Ceux contre le Covid ont été élaborés en dix-huit mois ! Ceci s’explique par plusieurs raisons : tout d’abord, même si elle était relativement confidentielle, la technologie de l’ARN messager ne date pas d’hier. Des chercheurs travaillent sur le sujet depuis plusieurs décennies. « Les épidémies précédentes de Sars-CoV-1, en 2002-2003, et de Mers-CoV, en 2012, avaient permis de développer des candidats-vaccins », indique le Pr Deplanque. « Plusieurs essais sur l’homme ont été menés, notamment pour des vaccins contre des maladies infectieuses (le VIH, le virus Zika). Pour le candidat-vaccin Ebola, on était ainsi allé jusqu’en phase 1 », renchérit Morgane Bomsel, immunologiste, directrice de recherche au CNRS et cheffe du service « entrée muqueuse du VIH et immunité muqueuse » à l’institut Cochin, à Paris, qui travaille depuis mars 2020 sur le Covid-19 avec son équipe. Ces antécédents expliquent pourquoi la première étude clinique sur le Covid a pu avoir lieu dès mars 2020. « On disposait, en outre, en 2020 d’une maturité technologique pour comprendre rapidement ce virus », poursuit Dominique Deplanque. Enfin, la vitesse de propagation de l’épidémie et le nombre de malades ont permis d’aller plus vite dans les phases d’essai clinique : « On a eu beaucoup de volontaires pour y participer », précise le professeur de pharmacologie médicale. « La vitesse de circulation du virus dans la population a permis d’obtenir plus rapidement des résultats d’efficacité », corrobore Morgane Bomsel. Quant aux délais administratifs, ils ont été raccourcis, « le processus de validation des données cliniques a été fait en temps réel, ce qui a permis de gagner du temps ». Par ailleurs, jamais les fonds attribués à ce type de recherche n’avaient été aussi élevés, aussi bien l’argent investi par les laboratoires que par les autorités publiques.

4/ Le vaccin est toujours en phase expérimentale

Vrai et faux Ce qui est faux, c’est dire que les vaccins contre le Covid sont toujours dans une phase expérimentale. En dépit de leur développement et de leur production en un temps record, ils sont tous passés par les trois phases obligatoires. Ils ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) dite « conditionnelle », un point à l’origine de la désinformation. Ce type d’autorisation existe depuis longtemps. « Une AMM conditionnelle, renouvelable, permet l’autorisation de médicaments qui répondent à un besoin médical non satisfait avant que les données à long terme sur l’efficacité et la sécurité ne soient disponibles », mentionne l’ANSM.

Ce qui est vrai, c’est que les laboratoires se sont engagés à poursuivre des essais cliniques complémentaires de phase 3 (jusqu’au 27 octobre 2022 pour Moderna et 31 janvier 2023 pour Pfizer) pour savoir quelle sera exactement la nature de la réponse immunitaire apportée par le vaccin. Une procédure habituelle dans la conception de médicaments pour permettre notamment d’estimer d’éventuelles évolutions du ­rapport bénéfice-risque. Selon l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), ces analyses permettront par exemple d’obtenir des précisions sur « le maintien ou la baisse de la réponse immunitaire dans le temps, l’évolution de l’efficacité vaccinale plusieurs mois après la vaccination, la nécessité d’un rappel, l’efficacité sur des variants, la fréquence de survenue des effets indésirables ».

5/ On va devoir se revacciner tous les six mois

On ne sait pas « Il est un peu trop tôt pour dire si une troisième dose sera utile ou pas, estime Morgane Bomsel.  Tout dépendra de la persistance de la réponse immunitaire, et ça, on le découvre au fur et à mesure. » « Mais d’après les immunologistes, continue Dominique Deplanque, un certain nombre de signaux semblent montrer que les vaccins à ARN induisent une réponse immunitaire à long terme. » En revanche, une troisième dose est d’ores et déjà actée pour les populations dont le système immunitaire est fragilisé par certaines pathologies (patients greffés, insuffisants rénaux). Des essais sont également menés sur des traitements complémentaires pour renforcer l’immunité, notamment un vaccin par voie nasale en spray. « En complément du vaccin injecté, cela permettrait d’induire une immunité locale qui ferait barrière au virus », note le Pr Deplanque. Pour améliorer la réponse immunitaire, la question des combinaisons (ce qu’on appelle le vaccin hétérologue) se pose également : deux études récentes, publiées dans la revue Nature, accréditent que combiner AstraZeneca et un vaccin à ARN messager (Pfizer ou Moderna) confère « des titres d’anticorps deux fois plus élevés » qu’avec deux doses du même vaccin. ­Surtout, cela reste efficace et plus fort face aux différents variants. Une autre étude, menée en Corée du Sud, a obtenu les mêmes résultats.

6/ Il n’y a jamais eu autant d’effets indésirables

Faux Comme pour toute prise de médicament, la vaccination peut entraîner des effets indésirables. « Il n’y a rien d’étonnant. Le vaccin stimule le système immunitaire. C’est normal qu’il réagisse. Certaines personnes ressentiront des effets plus ou moins importants, tout dépend des individus », ajoute Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS. Fièvre, maux de tête, fatigue, douleurs ou réactions cutanées au point d’injection… La plupart des réactions ne sont ni graves ni durables. Il s’agit, la plupart du temps, de symptômes grippaux bénins qui passent au bout d’une journée. Des réactions allergiques, des effets sur la pression artérielle ou des troubles du rythme cardiaque sont également relativement fréquents.

Quant aux réactions les plus graves, elles sont « excessivement rares sur tous les vaccins en général et ne concernent que quelques personnes sur des millions de vaccinés (pour rappel, plus de la moitié des Français sont désormais complètement vaccinés contre le Covid-19 – NDLR) », rappelle Morgane Bomsel. Ce que confirme la dernière synthèse de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sur la surveillance des effets indésirables des vaccins contre le Covid : hormis les cas de thrombose atypique liés au vaccin AstraZeneca (56 cas enregistrés, dont 13 décès, sur les 7 411 000 injections du vaccin), les réactions les plus graves concernent des problèmes d’inflammation cardiaque (myocardite et péricardite) apparus aussi bien chez des patients vaccinés par un vaccin à ARNm qu’avec l’AstraZeneca. Et dans l’immense majorité, l’évolution de l’état de santé des patients est « favorable »« Le tableau est bénin, transitoire et disparaît rapidement sans trace sur le muscle cardiaque », rassure le Pr Deplanque. Concernant le vaccin Janssen, l’Agence européenne du médicament (EMA) « considère qu’il existe un lien possible (…) avec des cas de syndrome de Guillain-Barré »« En France, 4 cas ont été déclarés depuis le début du suivi, dont 3 d’évolution favorable. Mais ils ne remettent pas en cause le rapport bénéfice/risque du vaccin », écrit l’agence sanitaire, qui affirme que « la majorité des effets indésirables sont attendus et non graves »« Quand on met tout ça dans la balance, cela reste très en faveur du vaccin », analyse Morgane Bomsel.

7/ On n’a pas assez de recul sur les effets secondaires à long terme

Faux Le risque zéro n’existe pas. Cependant, dans l’histoire, aucun vaccin n’a produit d’effets secondaires sérieux détectés par les autorités de pharmacovigilance au-delà de deux à trois mois après l’injection. À ce jour, les risques les plus graves, extrêmement rares, sont de court terme. Les cas de thrombose atypique ont ainsi été observés de quatre à vingt-huit jours après une dose d’AstraZeneca. « Cette nouvelle technologie n’a, jusqu’à présent, pas mis en évidence d’effets indésirables graves à long terme. Ils sont peu probables au regard des remontées sur les autres vaccins », assure Morgane Bomsel. Même si la scientifique admet qu’on « n’a pas encore tout le recul nécessaire, les craintes s’estompent au regard des milliards de personnes vaccinées ». Plus catégorique, Dominique Deplanque répond par une interrogation : « J’entends bien la crainte de la population sur les effets indésirables à long terme, mais de quoi parle-t-on ? De quelques semaines, six mois, un an, cinq ans, dix ans ? Comment rattacher un événement médical des années après une injection ? »

8/ Le vaccin a tué des milliers de gens

Faux Des publications relayées sur les réseaux sociaux affirment que la vaccination contre le Covid-19 a entraîné la mort de plus de 15 000 personnes en Europe. Certains sites en évoquent plus de 18 000. Mais l’affirmation est erronée. Il s’agit des effets indésirables « susceptibles » d’être liés à l’utilisation des médicaments répertoriés dans les bases de données de pharmacovigilance au niveau européen. Ils ne doivent pas être interprétés comme des liens avérés entre l’administration du vaccin et un décès survenu après coup. L’Agence européenne du médicament a insisté sur le fait que ces chiffres « ne signifient pas nécessairement que les événements rapportés ont été causés par le vaccin ». Pour le professeur Deplanque, « les rapports de cas spontanés d’effets secondaires sont rarement suffisants pour prouver qu’un certain effet suspecté a effectivement été causé par un médicament spécifique. Un patient vacciné peut faire un AVC. S’il en décède, ce n’est pas lié au vaccin ».

9/ Les vaccins sont inefficaces face aux variants

Faux « Aucun vaccin ne protège à 100 % », souligne la Haute Autorité de santé (HAS). Comme le souligne l’épidémiologiste Antoine Flahaut, il existe « des échappements vaccinaux et des personnes vaccinées qui contractent le virus et qui peuvent même faire des complications graves et en mourir ». Mais les vaccins, notamment ceux de Pfizer et Moderna, ont fourni des données solides prouvant leur efficacité à 95 %. Concrètement, cela signifie qu’une personne vaccinée a 95 % moins de risque de contracter le Covid, notamment une forme symptomatique qui potentiellement peut l’amener à l’hôpital. Selon une étude publiée en mai 2021 dans The Lancet, le vaccin de Pfizer serait même efficace à 95,3 % pour l’infection au Sars-Cov-2, à 97,2 % pour éviter les hospitalisations et à 96,7 % pour éviter les décès chez les vaccinés ayant reçu leur seconde dose depuis au moins sept jours. « Les vaccins disponibles gardent une efficacité sur tous les variants », conclut l’Inserm.

10/ Être vacciné n’empêche ni d’être malade ni de transmettre le virus

Vrai « Quand vous êtes vacciné, vous ne risquez pas de continuer à contaminer les autres », a affirmé Jean-Michel Blanquer le 28 juillet. Quinze jours plus tôt, Jean Castex avait lui aussi déclaré que les personnes vaccinées n’avaient « plus de chance d’attraper la maladie ». Des affirmations erronées. Car la contamination reste possible. Selon une note de la Drees, 6 % des nouveaux cas enregistrés du 28 juin au 4 juillet en France concernaient des personnes complètement vaccinées qui peuvent contaminer d’autres personnes. Par ailleurs, la transmission reste aussi possible et, d’après une toute récente étude américaine dont le Dr Rochelle Walensky, directrice des centres de prévention et de contrôle des maladies (Centers for Disease Control and Prevention), a révélé les premiers résultats au New York Times, même complètement vaccinées, symptomatiques ou pas, les personnes contaminées par le variant Delta seraient porteuses d’une charge virale importante dans le nez et dans la gorge, donc tout aussi contaminantes que des personnes non vaccinées, ce qui n’était pas le cas avec les formes antérieures du virus. Rappelons cependant qu’il reste avéré que le vaccin protège des formes graves. Une nouvelle étude nationale réalisée entre le 31 mai et le 11 juillet dans les services Covid-19 et ceux de réanimation français montre que 85 % des hospitalisés ne sont pas vacciné

« Désinformation », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



En prétendant répondre lui-même « directement » aux Français par le biais des réseaux sociaux, Emmanuel Macron se pose en champion de la lutte contre le Covid-19, face à une population supposée réticente à la vaccination. Il s’agit en fait d’une diversion, destinée à lui permettre de faire campagne en vue de sa réélection. Toutes les enquêtes montrent que la grande majorité des Français est bien disposée à l’idée de se faire vacciner. Le ressort principal du mouvement qui se développe depuis plusieurs semaines est autre : il se cristallise sur le passe sanitaire et la logique de citoyenneté à deux vitesses qu’il instaure. En d’autres termes, c’est le président de la République qui, par sa gestion de la crise, porte la responsabilité d’avoir introduit un sujet de division potentielle des Français, sur lequel une mouvance « antivax » très minoritaire se greffe pour donner de l’écho à sa campagne de désinformation.

Face à cette entreprise, tout appelle à la discussion large et pluraliste des arguments pour dissiper les fausses nouvelles, comme s’y emploie aujourd’hui l’Humanité. Au lieu de cela, l’autoritarisme qui se cache derrière la prétendue omniscience présidentielle est le carburant idéal du complotisme et de la confusion des idées. Le discrédit du chef de l’État auprès des « antivax » est tel que, même s’il énonce des évidences, celles-ci seront immédiatement réinterprétées comme la preuve de la manipulation qu’ils dénoncent.

Dans ces conditions, la parole d’Emmanuel Macron ne convaincra que ceux qui ne demandaient qu’à l’être. Mais elle risque, à l’inverse, de renforcer cette frange irrémédiablement hostile au vaccin, au détriment de l’opposition démocratique et progressiste au passe sanitaire. Au final, c’est l’extrême droite, très active dans la rue ces derniers temps, qui pourrait en tirer profit, dans son duel ainsi remis en scène avec Emmanuel Macron. Si c’est un calcul de la part du locataire de l’Élysée, il est exécrable. Et irresponsable, à moins de neuf mois de la présidentielle.

Développement. Arbres contre nourriture, le dilemme soulevé par Oxfam



Dans un rapport publié ce 3 août, l’ONG Oxfam alerte sur le risque de mise en concurrence entre les stratégies de neutralité carbone et la lutte contre la faim.

Combien faut-il d’estomacs vides pour avaler les émissions de CO2 en trop ? Publié ce 3 août, un nouveau rapport d’Oxfam met les points sur les i et alerte : au rythme actuel, les programmes « zéro émission nette » – ou « neutralité carbone » – risquent d’entraîner une hausse de 80 % du prix des denrées alimentaires et une aggravation de la faim dans le monde.

Une approche biaisée

Cette stratégie, qui vise à ce que, en 2050, les États n’émettent pas plus de CO2 qu’ils ne sont capables d’en absorber via des puits de carbone, est aujourd’hui mise en avant par plus de 120 pays. La France l’a inscrite à sa loi climat-énergie de 2019. Les États-Unis, la Chine, le ­Japon ou encore le Royaume-Uni lui ont emboîté le pas. Une pelletée d’entreprises et d’investisseurs en ont fait de même, parmi lesquels Total, British Airways ou encore le groupe BlackRock.

Alors qu’approche la COP26, prochain grand rendez-vous des négociations climat programmé en novembre à Glasgow, tous ces gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES) promettent de planter des arbres à tour de bras afin d’absorber leur surplus d’émissions et de limiter ainsi le réchauffement climatique. Mais gare, avertit Oxfam : prise de la sorte, la stratégie a toutes les chances d’entrer en concurrence avec le maintien des terres arables indispensables à l’alimentation mondiale. Elle a aussi toutes les chances d’échouer.

L’objectif zéro émission nette n’est pas à proprement parler en cause, rappelle l’ONG internationale : le Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (Giec) en fait un passage obligé à atteindre entre 2040 et 2050 pour être en mesure de limiter le réchauffement en dessous de 2 °C, a fortiori à 1,5 °C.

La stratégie dont usent les États et les entreprises pour l’atteindre est en revanche biaisée. La bonne conduite, poursuit Oxfam, devrait consister à réduire les émissions de GES pour ensuite compenser, par la réalisation de puits de carbone végétaux, les émissions qui ne peuvent être éliminées. Las, les faits montrent que les acteurs concernés ont une fâcheuse tendance à faire l’inverse.

Alors que le monde est censé avoir réduit de près de 50 % les émissions de carbone d’ici à 2030, les dernières estimations scientifiques avancent que celles-ci n’ont baissé, pour l’heure, que de 1 % par rapport aux niveaux de 2010. À ce rythme, le nombre d’arbres à planter pour absorber celles restantes s’annonce monumental.

Les scénarios les plus pessimistes du Giec estiment qu’il pourrait rester près de 40 gigatonnes de CO2 par an à compenser. Les plus optimistes parlent de 5 gigatonnes. Cela pourrait, au final, impliquer de reforester jusqu’à 3,8 milliards d’hectares de terres, soit plus de deux fois plus qu’il n’en existe aujourd’hui de cultivées, à savoir 1,57 milliard d’hectares.

Reboiser tous azimuts

« L’utilisation des terres pour stocker le carbone à grande échelle entre inévitablement en conflit avec la production et la sécurité alimentaires », insiste l’ONG. Même le moins mauvais des scénarios ne permet pas d’échapper à cette réalité, alors qu’il faudra, dans le meilleur des cas, reboiser au minimum 1,62 milliard d’hectares pour compenser des émissions de CO2.

Oxfam offre quelques exemples précis tirés des engagements déjà mis sur la table par quelques pays. La Suisse prévoit ainsi de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % à l’horizon 2030 (par rapport à 1990). Mais « elle entend atteindre 12,5 % de cet objectif en finançant des projets de protection climatique à l’étranger », note l’organisation. Elle a, singulièrement, conclu des accords de crédits carbone avec le Pérou et le Ghana, programmes grâce auxquels elle prévoit de compenser quelque 3,3 millions de tonnes de carbone. Cela pourrait nécessiter (de reboiser) entre 416 406 hectares, soit plus de 250 fois la superficie de Genève, et 832 812 hectares de terres (la superficie de l’île de Porto Rico), a calculé Oxfam.

 

Exposition. Juliette Roche, à la marge de l’avant-garde.



Lucie Servin

À Besançon, dans le Doubs, une première rétrospective consacrée à l’artiste (1884-1980) regroupe une centaine de toiles, dont certaines n’ont jamais été présentées au public. L’occasion de faire la connaissance d’un être engagé.

Autour de 1925, Juliette Roche, la quarantaine, se représente au balcon de la maison familiale de Serrières, en Ardèche. Les mains sur les hanches, elle tient une ombrelle et porte cravate. Elle a ce regard qui toise, une ironie qui brille et relève à la commissure des lèvres son sourire critique. En arrière-plan, le Rhône mordoré et les arbres décharnés charrient une esthétique japonisante comme imprégnée de l’expressionnisme de Schiele. Ce singulier personnage impose sa présence autant qu’il s’efface dans une posture oblique et qui pourtant fait face. L’autoportrait est, chez Juliette Roche, un langage en soi. L’artiste se représente depuis ses débuts. En conjuguant son identité trouble, à la fois féminine et masculine, elle affirme une volonté franche de percer les mystères et les faux-semblants de la réalité. Née en 1884, dans un milieu très favorisé et mondain, elle est la fille de Jules Roche, républicain convaincu, compagnon de route de Clemenceau, un homme dont la bibliothèque se composait de plus de 30 000 livres. Elle a pour marraine la comtesse Greffulhe, qui inspirera à Proust la duchesse de Guermantes. Cocteau est le filleul de son père. Ces bonnes fées encouragent sa formation artistique et littéraire.

Une magicienne du syncrétisme

En 1907, paraît son premier recueil de poèmes. Elle apprend la peinture dans des ateliers privés, puis à l’Académie Ranson, où elle développe ses talents de coloriste, une palette aux tons acides et électriques à la Van Gogh dans un style qui s’inspire des nabis. Avec Paul Vallotton, son ami, elle pousse les portes du Paris interlope. À sa manière de représenter la rue, les lieux de loisir et les jardins publics, pointent une conscience sociale et son goût pour l’extravagance et l’exubérance grotesque, l’ironie et la caricature. Le pas de côté singularise l’anticonformisme de cette artiste très impliquée dans les débats artistiques, sociaux et politiques de son temps, mais qui s’obstine à rester en retrait de tout encartage idéologique et théorique. Quand elle rencontre, en 1913, le peintre cubiste Albert Gleizes, qu’elle épouse en 1915, leur union se scelle autour d’une alliance spirituelle. Elle se tiendra pourtant toujours à distance du mouvement cubiste, dont son mari était un des plus grands théoriciens. Au centre du mouvement Dada, auquel elle est intimement liée depuis son séjour à New York pendant la Grande Guerre, elle n’épargne pourtant pas Marcel Duchamp dans un portrait à charge, une nouvelle à clé, la Min éralisation de Dudley Craving Mac Adam.

Peintre autant que poétesse, Juliette Roche cherche un sens au réel au-delà des mots et des formes, en magicienne du syncrétisme qui joue des citations et des références. Dans ses toiles énigmatiques qui débordent de détails, elle raconte son horreur du vide, son amour du vivant, son refus d’abdiquer face à l’absurdité, traduit ses engagements sans faille pour les causes qu’elle défend : le pacifisme, le féminisme, l’amour de la nature. Pour preuve, ce chef-d’œuvre inachevé, American Picnic (1918), sans équivalent. Une toile gigantesque réalisée à New York, parodie de la Danse de Matisse et manifeste pour l’égalité raciale et l’émancipation féminine. Lorsque, ensuite, elle revient en France avec son époux, ils acquièrent à Saint-Rémy-de-Provence un vaste domaine et fondent les Coopératives agricoles et artisanales de Moly-Sabata à Sablons, où ils accueillent des artistes et militent contre la défiguration industrielle de la vallée du Rhône. Cette lectrice de Gaston Bachelard, Henri Lefebvre et Charles Henry voyait dans l’art la possibilité d’une autre voie pour appréhender le monde. Sa position en retrait du marché de l’art témoigne de plus que d’un effacement. Elle rappelle la gratuité du geste artistique, l’expression d’un idéal en communion avec la nature et les rêves. La redécouverte de l’œuvre de cette artiste, ni femme ni fille de, ne peut se percevoir seulement à travers la tendance louable de revaloriser les artistes femmes. Il y a dans cet ensemble disparate une harmonie cacophonique qui diffuse une vision à la marge des avant-gardes : un art de la joie et une philosophie du bonheur.

« Juliette Roche, l’insolite », jusqu’au 19 septembre 2021, au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, catalogue éditions Snoeck, 256 p., 30 euros.

dimanche 1 août 2021

« Confusion », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.



L’épisode de Montpellier, où un pharmacien a été traité de collabo et d’assassin par des manifestants, ne saurait représenter la réalité des mobilisations de samedi. Il doit cependant nous alerter, au même titre que les tags, voire les croix gammées sur les murs de centres de vaccination, au même titre que l’usage ignoble des étoiles jaunes, assimilées à la mise en place du passe sanitaire. Il y a, au cœur de la crise sanitaire et des interrogations suscitées par sa gestion, des manœuvres délétères, des calculs détestables, nourris parfois de thèses complotistes et encouragés par des personnalités d’extrême droite déterminées à capter les doutes et les inquiétudes pour se refaire une notoriété politique. C’est évidemment le cas de Florian Philippot, mais pas seulement. La confusion leur convient, les sert et ils l’entretiennent.

Plus largement, quand on annonce indistinctement 200 000 manifestants dans toute la France, de quoi parle-t-on ? Le terme même de « gilets-jaunisation » repris par trop de commentateurs ajoute à cette confusion, venant discréditer ce qu’étaient les revendications sociales du mouvement d’il y a deux ans. Il mélange sous un même mot celles et ceux qui s’inquiètent d’une gestion autoritaire de la crise par un président tranchant de tout, des mots d’un ministre parlant « d’évincer des élèves », et les antivaccins à tous crins, participant de ce qu’il faut bien désigner comme une véritable régression sociale et sanitaire. Avec un très faible taux de vaccination, les Antilles sont contraintes à un nouveau confinement. Des pays entiers en attente de vaccins, comme l’Algérie et la Tunisie, sont dans une situation catastrophique.

Le monde n’en finira pas avec la pandémie sans une vaccination massive barrant au virus les routes du retour. La levée des brevets devrait être, pour cela, une exigence partagée par toutes et tous, dans les assemblées comme dans la rue. Ce serait aussi l’une des voies de sortie d’une confusion qui ne profite qu’à ceux qui veulent en tirer parti en brouillant les chemins de sortie de la crise.

 

Disparition. Jacob Desvarieux, la légende du zouk de Kassav



Latifa Madani

Grande perte pour le monde de la musique et pour le dialogue entre les cultures. Le guitariste et chanteur guadeloupéen, Jacob Desvarieux, a été emporté par le Covid à l’âge de 65 ans.

« Le zouk est la musique du futur » disait Miles Davis en 1989. Il ne s’était pas trompé. Cela faisait déjà dix ans que ce phénomène musical enflammait scènes et discothèques. Jacob Desvarieux en était l’un des fondateurs et l’ambassadeur emblématique. En 1979, dès sa création, le groupe Kassav cartonne avec son premier album Love and ka dance, un classique du genre, premier d’une série de disques en or et platine, avant d’être couronné par une victoire de la musique en 1988.

Kassav est tiré du nom de kassave, une galette de manioc mélangée à de la noix de coco mais aussi du ka, « le tambour qui porte les esprits frondeurs… », expliquait l’artiste disparu, dans une de ces interviews à l’Humanité. « Le zouk n’est pas que festif, il est aussi l’expression de mouvements revendicatifs aux Antilles. À travers notre musique, nous interrogions nos origines. Nous cherchions des réponses pour reprendre le fil d’une histoire qui nous avait été confisquée (...) nous avons toujours chanté en créole, malgré les demandes incessantes des multinationales du disque».

Icon QuoteLe zouk n’est pas que festif, il est aussi l’expression de mouvements revendicatifs aux Antilles. JACOB DESVARIEUX

Le zouk, mélange magique de sonorités 

Un style musical à part entière était né. Le Zouk de Kassav a fait suer les pistes et rythmé les fêtes de générations entières, depuis quatre décennies. Un mélange magique de sonorités de Guadeloupe et des Caraïbes, avec des ingrédients de rock et de jazz, une « synthèse des musiques noires » disait Jacob Desvarieux.

L’impact a été fort en Afrique depuis leur premier concert à Abidjan en 1985. Le genre devenait incontournable sur le continent aux côtés des musiques de Toure Kunda, de Mory Kanté et de l’afro beat de Fela. L’afro-zouk a agi à la façon d’une passerelle entre plusieurs rives. Il a aussi influencé des airs d’Amérique du Sud, devenus des tubes irrésistiblement dansants, comme la lambada ou la soca.

Kassav a rempli dix Zéniths, deux Bercy, le Stade de France, La Défense Arena et la Fête de l’Humanité dont celle de 2019. Jacob Desvarieux était enthousiaste : « Le public de la Fête est formidable » lançait-il dans une interview au journal.

 

Kassav a conquis le monde entier, devenant l’un des groupes français les plus célèbres. Il s’est même produit en Union Soviétique, en juillet 1989, pour trois concerts au Palais des Sports de Leningrad, alors que, comme le rapportait notre journal, ses disques n’y étaient pas distribués.

Jacob  Desvarieux, éveilleur des consciences

Jacob Desvarieux auteur de tubes Oh Madiana  ou  Sye Bwa , s’est également produit en solo avec son album  Euphrasine’s Blues, en 2000, où il invitait le clarinettiste cubain Paquito de Riveira. Il a participé à des albums d’Alpha Blondy, de Manu Dibango, de Khaled, d’Angélique Kidjo. La chanteuse béninoise, a salué, sur l’antenne de RFI, celui qui avait « créé des ponts entre les rives et entre les musiques de partout ».

Icon Quote Il ne sera plus parmi nous pour participer à une autre manière de penser le monde et sa diversité. PASCAL BLANCHARD, HISTORIEN

Tout récemment encore, en 2018, il parrainait la première édition de «  L’Outre-mer fait son Olympia ». « Il ne sera plus parmi nous pour participer à une autre manière de penser le monde et sa diversité » regrette l’historien Pascal Blanchard dans son hommage à l’artiste. Car le leader de Kassav était aussi un éveilleur des consciences. En témoignent ses chansons pour MandelaCheikh Anta Diop, et son clip sur Missak Manouchian. On se souvient de son coup de gueule, en 2020, lorsque les Victoires de la musique avaient supprimé les catégories « musiques du monde » et « musiques urbaines ». Ils dénonçaient une énième fois la faible représentativité des ultramarins et africains dans les médias et au cinéma. De santé fragile depuis une greffe rénale en 2013, Jacob Desvarieux est décédé le 31 juillet de la Covid après 15 jours en réanimation au CHU de Guadeloupe. Il avait 65 ans.