mardi 7 septembre 2021

« Devoir de justice », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité.



Nous portons tous la marque d’épouvante du 13 Novembre, comme trace inaliénable d’une épreuve collective traumatisante et durable. Mais ils n’auront pas notre haine… Ce 8 septembre, date charnière pour l’Histoire, s’ouvre donc le procès hors norme des attaques terroristes de masse qui frappèrent Paris et Saint-Denis, en 2015. L’État de droit aura les derniers mots, qui ne seront pas brefs. Vingt accusés, dont treize membres de la cellule djihadiste responsable de l’opération, répondront durant neuf mois de leurs actes, qui ont causé la mort de 130 personnes et blessé des centaines d’autres durant les trois heures de tuerie au Stade de France, au Bataclan et aux terrasses des cafés environnants. Le seul membre du commando encore en vie, Salah Abdeslam, sera présent dans le box. Si juger consiste aussi à essayer de « comprendre », que peut-on attendre de lui, tragique maillon d’un fanatisme absolu et bras armé d’un complot ourdi par Daech ? Et quelle sera son attitude face aux témoignages des 1 780 personnes qui se sont constituées partie civile ?

La justice, toute la justice, rien que la justice : à hauteur de tout ce qui constitue notre République, voilà ce que nous attendons de cet événement judiciaire préparé à la mesure du choc infligé à notre pays par cette nuit noire de barbarie. Œuvre cathartique, de mémoire et de deuil, ce temps de la raison s’annonce émouvant et éprouvant, mais indispensable pour que la société tout entière tente d’y puiser le meilleur, comme lors du procès des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Défi immense en vérité.

N’oublions rien. Dans un contexte d’ultra-droitisation et de dérives sécuritaires en tout genre depuis des années, notre démocratie se trouve au bord du gouffre. Le combat contre l’abîme du terrorisme nous unit, bien sûr, d’autant que le « 11 Septembre français » a transformé nos vies. Mais nombre d’idéologues odieux continuent de fragmenter la République jusqu’à sa négation même et ces derniers ne manqueront pas, en pleine campagne présidentielle, d’instrumentaliser le procès des attentats. L’impérieux devoir de justice, c’est précisément tout le contraire de la haine.

« Pater Noster », le billet de Maurice Ulrich.



La dernière édition du Monde a avancé, avec précaution, une renversante hypothèse : « L’inflation pourrait provoquer une légère hausse du Smic. »  Le Figaro l’évoquait aussi : « Pourquoi le Smic pourrait augmenter au 1er octobre. » Merci, peut-être, merci l’inflation donc, car comme l’a expliqué Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie sur BFMTV, « notre Smic a une singularité. Lorsque les prix augmentent, notamment pour ceux dont les dépenses contraintes pèsent le plus dans leur budget, il augmente automatiquement ». C’est en principe le cas, donc, lorsque l’inflation dépasse les 2 %, ce qui pourrait être acquis.  En somme, il ne reste plus aux salariés au Smic qu’à espérer qu’elle les atteigne… Pour voir tout juste maintenu leur pouvoir d’achat. Pour le reste, une vraie augmentation du Smic et des salaires, Bruno Le Maire doit lutter contre lui-même : « Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. On est toujours tenté de le faire mais ça veut dire qu’on va le payer sur l’emploi. » C’est tellement dur d’être soumis à la tentation.

 

« La laisse digitale », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



La bagarre est ancienne… comme la lutte des classes. Chaque révolution technologique, chaque évolution sociale, chaque changement sociétal est soumis à des forces contradictoires qui tentent de les tordre ; les unes dans le sens du progrès, les autres dans le sens de l’adaptation au système capitaliste. Ces dernières ne manquent jamais d’imagination et de ressources : flexibilité pour casser l’aspiration à la baisse du temps de travail, ubérisation pour instrumentaliser l’envie de souplesse, auto-entrepreneuriat pour détourner le désir d’autonomie… Et quand les aspirations à la justice sociale se font incontournables, le capitalisme tente toujours de les dévoyer jusqu’à promouvoir le pire : la peur et la haine de l’autre.

Le télétravail n’échappe pas à cet affrontement idéologique. Les salariés y aspirent tant le boulot à domicile semble pouvoir se libérer de l’obéissance, du travail enchaîné et permettre de gagner du temps de vie hors travail. Or ce n’est pas ce qui a été vécu. Pour nombre de salariés, le bureau à la maison a viré au cauchemar. Certes les entreprises n’étaient pas préparées mais, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et le patronat tente de tout faire pour éviter que télétravail rime avec « travail libéré » ou « travail autogéré ».

Leur idée est d’utiliser l’isolement physique du télétravailleur pour le tenir en laisse digitale, le transformer en « tâcheron » au sens de faire des tâches « à la demande ». Face à cette conception patronale et libérale du télétravail, les salariés et leurs organisations syndicales, à commencer par la CGT qui a mené l’enquête sur la question, veulent faire prévaloir une autre vision qui permette aux travailleurs qui le souhaitent de télétravailler dans de bonnes conditions sanitaires, sociales et psychologiques. Et pourquoi pas, en faire une porte d’entrée pour repenser l’ensemble du travail.

Sncf. La gratuité à géométrie variable.

 


Clotilde Mathieu

Alors que le gouvernement a annoncé l’instauration de facilités de circulation pour la police, les avantages tarifaires des cheminots et de leur famille sont sur la sellette.

L’ouverture à la concurrence va-t-elle remettre en cause les « facilités de circulation » des cheminots ? À entendre le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, vendredi sur RMC, le sujet est clairement sur la table. « On va engager la concertation la semaine prochaine avec les syndicats. L’idée est de pouvoir régler ce sujet-là avant qu’on ait un système de mise en concurrence », a-t-il déclaré. Après la réforme du statut de cheminot en 2018 et l’alignement sur le régime général des retraites, SUD rail y voit « un acharnement de la part du gouvernement à l’encontre des cheminots ».

Les billets gratuits ou à tarif réduit, depuis 1938, bénéficient à 1,3 million de cheminots et leur famille (conjoints, enfants, parents). Beaucoup ne retiendront que le coût de 105 millions d’euros annuels, oubliant que l’enveloppe ne représente que 0,3 % du chiffre d’affaires de la SNCF. Or, pour un agent actif et ses ayants droit, les réductions et/ou la gratuité des billets représentent seulement 404 euros par an, estime le rapport réalisé par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires sociales. « Au regard de la valeur monétaire des avantages en nature accordés par d’autres entreprises à leurs salariés, ce montant ne paraît pas exorbitant », notent d’ailleurs les auteurs du rapport. Et de citer la remise de 10 % sur achats octroyée aux salariés du groupe ­Carrefour pouvant atteindre jusqu’à 1 200 euros par an. De quoi casser le mythe du cheminot « privilégié ».

Sur les quatre scénarios étudiés par la mission gouvernementale pour « éclairer » les négociations, un seul propose de transférer ces facilités de circulation aux nouveaux salariés. Ce que souhaite la fédération CGT des cheminots, qui affirme « qu’elle mettra tout en œuvre pour que cette revendication soit satisfaite ». Les trois autres pistes proposent de supprimer tous les avantages pour les parents et de diminuer les réductions tarifaires de 90 % à 30 % pour les enfants et conjoints. Soit de supprimer la gratuité ou la réduction des prix des billets pour les proches des agents de la SNCF sur les lignes gérées par les nouveaux opérateurs. La dernière envisage tout simplement d’ôter les facilités de circulation pour les agents transférés, au profit d’une indemnité compensatoire.

Armés pour ne pas payer

La sortie du ministre des Transports irrite d’autant plus les cheminots qu’elle coïncide avec l’annonce d’un accord conclu avec la SNCF afin que « le trajet domicile-travail soit gratuit pour les policiers, s’ils sont armés et s’ils se signalent au chef de bord », dont les détails seront présentés ce lundi. En cas de trajet non professionnel, le policier n’aura plus à s’acquitter que de 25 % du prix du billet, qui sera « compensé par des bons d’achat SNCF, utilisables pour sa famille par exemple ».

« Dans la quasi-totalité des régions, la direction SNCF fait circuler les trains régionaux sans contrôleur et sans aucune présence à bord, dénonce Erik Meyer, délégué syndical SUD rail. Ce n’est pas avec des policiers hors service et armés qu’on lutte contre le sentiment d’insécurité, mais avec la présence systématique de personnels SNCF formés et identifiés. » De son côté, si la CGT cheminots « ne peut que souscrire à l’attribution d’un nouveau droit pour une catégorie de salariés », elle réaffirme qu’«  un droit utile et pertinent pour une catégorie de salariés ne peut être jugé abusif lorsqu’il s’agit des cheminots.

 

 

Disparition. Si vous n’aimez pas Pierrot le fou, l’Homme de Rio, allez vous faire foutre…



Marie-José Sirach

Il fut l’un des acteurs les plus populaires de sa génération. C’est un monument du cinéma qui vient de mourir à 88 ans. Jean-Paul Belmondo, Bébel, est mort. En plus de cinquante ans de carrière, il a joué dans une centaine de films et pièces et réuni plus de 150 millions de spectateurs.

Jean-Paul Belmondo, l’acteur qui incarna la nouvelle vague, le cinéma populaire, une France insouciante qui croquait la vie à pleines dents, une France qui aimait les jolies filles et les mauvais garçons, Jean-Paul Belmondo est mort.

Peu nombreux sont les acteurs qui ont réussi à investir à ce point tout le spectre du cinéma français, à incarner les héros de la nouvelle vague, des comédies populaires, des films noirs, à être à la fois Pierrot le fou, Léon Morin prêtre, l’enfant gâté de Lelouch, l’homme de Rio, le Magnifique… sans que les uns ne fassent de l’ombre aux autres.

Il a joué dans les nanars les plus mémorables comme dans les chefs-d’œuvre inoubliables. Il rejoint, quelque part au firmament des artistes, ses potes de promo, la bande du conservatoire, Rochefort, Marielle, Crémer, Rich, Pierre Vernier mais aussi Guy Bedos…

Une gueule qu’on n’oublie pas

Fils du sculpteur Paul Belmondo et Madeleine Rainaud-Richard, artiste peintre, il fréquentera après la guerre les meilleurs établissements parisiens, se faisant virer d’ici ou là en raison de son indiscipline, s’adonnant à sa toute première passion, qui ne le quittera jamais, la boxe. Marcel Cerdan était son idole, mais, pour pratiquer la boxe, « il fallait avoir la haine », dira-t-il, et la haine, Belmondo n’en avait pas. Il avait le sourire. Un sourire qui ne le lâchera jamais, un sourire qui disait quelque chose d’une innocence, de l’enfance, de la joie de vivre. Boxe, foot, vélo, sportif en tout genre, c’est le théâtre, le cinéma qui finissent par emporter le morceau. Il échouera une première fois au concours d’entrée du conservatoire, mais y sera finalement admis dans la classe de Pierre Dux qui dira de lui : « Avec la tête qu’il a, il ne pourra jamais prendre une femme dans ses bras, car cela ne serait pas crédible. » Monsieur, vous aviez tort sur les femmes, si l’on peut dire, mais raison sur une chose : il avait une sacrée gueule, Belmondo. De ces gueules qu’on n’oublie pas et qui ont imposé, à l’écran, un physique comme on n’en avait jamais vu jusqu’alors dans le cinéma français, explosant les codes esthétiques en vigueur, alliant la grâce du boxeur et l’élégance de la panthère. Lors du concours de sortie, en 1956, il interprète une scène d’Amour et piano de Feydeau. Le jury fait la moue et lui accorde du bout des votes un accessit, lui fermant ainsi la porte de la Comédie-Française. Juché sur les épaules de ses camarades qui le portent en triomphe, Belmondo adresse au jury un bras d’honneur en guise de salut. Fin de la première partie. À lui la belle vie.

Godard le propulse

Il débute dans le théâtre, ne jure que par le théâtre, joue dans quelques films, enchaîne petits et seconds rôles, mais c’est dans À bout de souffle (1960), réalisé par un Godard survolté, caméra au poing, qu’il s’impose. « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… allez vous faire foutre ! » lance-t-il, goguenard, au volant de sa voiture sur cette RN7 cernée de platanes qui s’étirent à perte de vue. Au côté de Jean Seberg, ils forment un couple d’une modernité absolue. Le corps de Belmondo, félin, se déploie dans les draps froissés de la piaule où ils se sont réfugiés, tandis que l’étau se resserre autour de ces Roméo et Juliette qui rêvent de filer en Italie.

Belmondo n’a pas 30 ans et À bout de souffle le propulse au rang de vedette internationale. Il enchaîne film sur film, incarne l’ambiguïté dans Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville avec pour partenaire Emmanuelle Riva, et partage l’affiche avec Lino Ventura dans le premier film de Claude Sautet, Classes tous risques. Puis ce sera Cartouche, de Philippe de Broca, film de cape et d’épée où son personnage survolté détrousse les riches dans la bonne humeur et lui confère le statut d’icône populaire, statut qu’il conservera tout au long de sa vie. La même année, et nous ne sommes qu’en 1962, il affronte le patriarche du cinéma français, Jean Gabin, dans Un singe en hiver, d’après le livre d’Antoine Blondin, réalisé par Henri Verneuil. Ensemble, ils vont se livrer à un numéro d’acteurs des plus époustouflants. Sous l’œil goguenard – et admiratif – de Gabin qui lui balance « Môme, tu m’rappelles mes 20 ans », Belmondo va jouer une partition tout en équilibre, subtile, élégante, déconcertante. En 1964, il est l’Homme de Rio, épopée folle et frenchie, un film d’aventures à l’humour ravageur qui voit un Belmondo danser en haut du Corcovado, courir à perdre haleine dans Brasilia, cité futuriste à peine sortie de terre et se perdre dans la jungle amazonienne aux côtés de Françoise Dorléac. Un an après, il retrouve Godard pour Pierrot le fou, cultissime road-movie. À jamais, Pierrot le fou sera Belmondo et Belmondo sera Pierrot le fou. Puis il enchaîne avec les Tribulations d’un chinois en Chine, de de Broca. Sa filmographie épouse les plus grands succès populaires. Qu’il joue dans les films de Louis Malle, de Becker, de Molinaro, de Clément, d’Oury, de Truffaut, de Lelouch… Belmondo tient le haut de l’affiche, bat des records au box-office et les spectateurs se déplacent sur son seul nom. On va voir un Bébel. Puis, il finira par partager l’affiche avec l’autre star du cinéma, Alain Delon, dans Borsalino. Même si le partage a semé la discorde entre ces deux-là qui se sont disputés jusque devant les tribunaux la présence de leur nom sur ladite affiche…

La critique le boude...

Dans les années 1970, c’est l’époque où l’on casse les œufs durs sur le comptoir en zinc des vieux bistrots parisiens. Belmondo troque le costume-cravate et revêt le blouson de flic ou voyou. Belmondo monte sa propre société de production, s’investit dans les scénarios. Bref, il veut avoir la main, même s’il continue à faire appel aux plus grands (Verneuil, Chabrol, de Broca, Resnais, Deray, Lautner…). Dans Peur sur la ville, il est un commissaire qui traque un tueur en série. On voit Belmondo dans le ciel de Paris suspendu à un hélicoptère, chevauchant le toit d’un métro surplombant la seine, vertige à tous les étages. Entre-temps, il aura été le Magnifique, l’Héritier, Stavisky, le Marginal… À partir de 1979, il est Flic ou voyou, le Professionnel, ou l’As des as. Les années 1980 semblent sonner le déclin de Belmondo. La critique le boude. Le Bébel de la gonflette gonfle un tantinet. Les ficelles deviennent un peu grosses. La fréquentation dans les salles s’en ressent. Il se blesse lors du tournage de Hold-up, d’Alexandre ArcadyÀ 52 ans, il se dit qu’il est temps d’arrêter de s’accrocher à des hélicos et de faire le guignolo.

Il revient à ses premières amours, le théâtre, à l’invitation de Robert Hossein. Ravi de retrouver les planches, il ira jusqu’à acheter le Théâtre des Variétés. Il sera un Cyrano un brin désabusé dans la mise en scène d’Hossein, jouera quelques Feydeau et même deux pièces d’Emmanuel Schmitt mises en scène par Bernard Murat. Dans ces années-là, seul Itinéraire d’un enfant gâté (1988), de Claude Lelouch, lui permettra de renouer avec le succès public au cinéma et lui vaudra un premier césar… qu’il ne se donnera même pas la peine d’aller chercher.

Ces dernières années, il est rattrapé par une avalanche de récompenses. Même malade, affaibli, vieilli, il reste cet éternel jeune homme au sourire enjôleur. Si la notion d’acteur populaire veut dire quelque chose, Belmondo lui aura donné tout son sens et toute sa splendeur.

Filmographie sélective

Difficile de faire un choix dans la filmographie ébouriffante de l’acteur. De la nouvelle vague à Bébel, florilège de films à voir absolument.

Les Copains du dimanche, d’Henri Eisner, 1958. À bout de souffle, de Jean-Luc Godard, 1960. La Ciociara, de Vittorio De Sica, 1960.Une femme est une femme, de Jean-Luc Godard, 1961.Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville, 1961.

Un singe en hiver, d’Henri Verneuil, 1962. Le Doulos,

de Jean-Pierre Melville, 1962. L’Homme de Rio, de Philippe de Broca, 1964.

Cent mille dollars au soleil, d’Henri Verneuil, 1964.

Week-end à Zuydcoote, d’Henri Verneuil, 1964.

Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard, 1965.

La Sirène du Mississipi, de François Truffaut, 1969.

Borsalino, de Jacques Deray, 1970. Le Magnifique, de Philippe de Broca, 1973.

Stavisky, d’Alain Resnais, 1974. Peur sur la ville, d’Henri Verneuil, 1975.

Le Professionnel, de Georges Lautner, 1981.

Itinéraire d’un enfant gâté, de Claude Lelouch, 1988.

Un acteur solidaire des plus précaires

Élu entre 1963 et 1965 président du Syndicat français des acteurs, affilié à la CGT, Jean-Paul Belmondo était très soucieux du sort de ses collègues moins chanceux que lui. Il faisait partie de la « dizaine peut-être » de comédiens traités « non pas comme des comédiens, mais comme des marques de pâte dentifrice », disait-il dans la Vie ouvrière de décembre 1964. Mais se concentrait sur les « quelque vingt mille comédiens, acteurs de cinéma, de théâtre, de télévision, qui travaillent quand on veut bien leur en donner l’occasion et dont beaucoup ont bien du mal à vivre de leur métier, ce métier qu’ils ont choisi et qu’ils aiment. Et ceux-là, je vous assure, ils ont besoin d’être syndiqués et de se battre pour la vie. J’ai des tas d’amis qui travaillent trois mois par an et moins parfois. Mais il faut manger pendant douze mois ».

 

lundi 6 septembre 2021

« De l’air » !, l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.



La philosophie politique, le programme et le projet de la République en marche tiennent en deux mots : Emmanuel Macron. Comment exister quand il n’est d’ordre de marche que d’en haut ? Top down, comme on dit dans le jargon des ministères. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de, comment dire, la déculottée des candidats macroniens aux récentes élections régionales. La pyramide repose sur la pointe et alors que la campagne de l’élection présidentielle est engagée, la seule question qui vaille pour les animateurs et les élus de la majorité qui tiennent tout de lui, c’est comment faire réélire Emmanuel Macron.

La politique « autrement » annoncée il y a trois ans se résume ainsi à la recherche de la meilleure stratégie pour capter des voix, à droite en l’occurrence. Car le pari de 2017 tient toujours, quand bien même il est plus incertain. Avec Marine Le Pen face à lui, le président pense encore pouvoir compter sur les voix qui continueront à refuser, quoi qu’il en coûte, l’élection de la présidente du RN. En revanche, il entend gagner des points dans l’électorat conservateur, aussi bien sur les thématiques de l’immigration et de la sécurité – d’où l’étape de Marseille – que sur le terrain social avec les régressions attendues par cette partie de l’électorat sur les questions du chômage, des retraites, avec la petite musique des prestations sociales qui coûtent un pognon de dingue, etc. C’est détestable et c’est dangereux.

Dans ce cadre, l’éhontée promotion d’Éric Zemmour est à double tranchant. S’il peut dans un premier temps prendre des voix à Marine Le Pen, ce qui n’est pas si sûr, il peut dans un deuxième temps et pour un second tour lui apporter les suffrages de couches aisées n’ayant pas au premier tour mêlé leurs voix à celles de la « plèbe ». Plus largement, le déport toujours plus à droite de la politique nationale ne témoigne pas seulement d’un cynisme destructeur, c’est une machine à étouffer et dévoyer les attentes populaires, une machine de lutte de classes. Un peu d’air à La Courneuve, ça ne fera pas de mal.

 

Amis de l’humanité. La respiration vitale du collectif

 


Débats, expos, concerts, art festif… Pour honorer les 25 ans de l’association, le stand des Amis de l’Humanité perpétuera la tradition. Tout en innovant.

Les bonheurs entrevus furent rares depuis le début de la pandémie. Contraints d’annuler plusieurs de leurs initiatives, y compris leur traditionnelle assemblée générale annuelle (une première), les Amis de ­l’Humanité attendaient le rendez-vous de la Fête comme une respiration vitale, « un besoin essentiel de retrouver notre esprit collectif », pour reprendre l’expression de leur président, Ernest Pignon-Ernest. L’année écoulée fut d’autant plus douloureuse qu’un grand nombre de personnalités qui accompagnèrent l’association depuis ses débuts, il y a tout juste, vingt-cinq-ans, nous ont quittés : Colette Privat, Bertrand Tavernier, Bernard Noël, Axel Kahn, Marcel Trillat… autant de noms prestigieux qui aidèrent au rayonnement des Amis et auxquels hommage sera rendu.

« Pour cette édition, nous nous sommes mis en quatre pour concocter un programme d’une grande richesse, explique Jean-­Emmanuel Ducoin, secrétaire national des Amis. Pour nos débats, de grandes figures seront présentes : Élisabeth Roudinesco, Gérard Noiriel, Gérard Mordillat, Daniel Herrero, Jean-Pierre Bibring ou encore l’acteur François Marthouret, qui nous lira des extraits du livre de Lyonel Trouillot consacré à Jean Ferrat, et bien d’autres invités. Nous parlerons des luttes sociales, des classes dominées, de l’engagement dans les quartiers populaires, du Covid-19, de la culture, mais aussi de liberté de la presse sous le joug de Vincent Bolloré, de rugby, de philosophie, des États-Unis, de l’avenir de l’Humanité,  etc. »

Stand, chapiteau, restauration, animations, expositions : dans un espace remanié et modernisé, les Amis réservent bien des émotions à leur fidèle public. Côté programmation musicale, Radio Babel Marseille sera de la partie, de même qu’Abdoulaye Nderguet & le Bex’Tet, le groupe Beltuner, et bien sûr les Grandes Bouches, Marc Perrone et ses compagnons, sans parler de quelques artistes surprises. « Nous attendons ce moment avec impatience, confesse Ernest ­Pignon-Ernest. Nous avons plus que jamais besoin de plaisirs et de bonheurs partagés, sans oublier la réflexion par laquelle nous aspirons à nous grandir. C’est l’âme des Amis de l’Huma. »