lundi 6 septembre 2021

Biodiversité. Au congrès de la nature, Macron défend son bilan contre nature.



Marie-Noëlle Bertrand

Sous le feu des critiques des acteurs de l’environnement, le président de la République a annoncé le classement en aires protégées de 5 % de l’espace maritime français méditerranéen.

Sanctuariser 5 % de l’espace maritime français en Méditerranée d’ici à 2027, contre 0,2 % actuellement : c’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron, le 3 septembre. Le président de la République est intervenu en ouverture du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), lequel réunit à Marseille et pendant une semaine États, ONG et experts du monde scientifique.

Plus tôt dans la journée, le chef de l’État s’est payé une sortie au large des Calanques pour évoquer le fléau des plastiques en mer, en compagnie de Barbara Pompili, ministre de l’Écologie, et de son prédécesseur Nicolas Hulot. Durant cette excursion, il a annoncé sa volonté de tenir un sommet environnemental « One Ocean » fin 2021 ou début 2022. Ce rendez-vous consistera « à mettre les scientifiques, les acteurs économiques, les acteurs régionaux et les Nations unies autour de la table », a-t-il déclaré. Face aux quelque 200 États et 1 100 ONG représentés au congrès de la nature, le chef de l’État a poursuivi sur sa lancée, abordant ce qui sera l’un des points clés mis en débat lors de la COP15 sur la biodiversité, laquelle doit se tenir en avril à Kunming, en Chine.

Étape clé des négociations internationales sur la préservation du vivant, celle-ci est appelée à se pencher sur l’objectif de couvrir en aires protégées 30 % des espaces terrestres et maritimes d’ici 2030, dont 10 % en aires protégées strictes (interdites à toute activité humaine). Cinquante États, dont la France, ont déjà dit défendre cette mesure. L’annonce d’Emmanuel Macron se présente comme un encouragement aux récalcitrants à aller dans le même sens. Elle est aussi un gage donné à des acteurs écologiques très critiques vis-à-vis de son bilan en termes de protection de la biodiversité.

« Le sujet n’a pas été traité à sa juste mesure », a noté dans la journée Nicolas Hulot, plaidant pour « une radicalité programmée » et exigeant « un électrochoc ». « Emmanuel Macron a voulu se positionner très fortement sur les questions environnementales et en particulier climatiques », créant « de fortes attentes », rappelle pour sa part Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France. En 2019, lors de la sortie du rapport de l’IPBES, plateforme de l’ONU rassemblant des experts de la biodiversité, « le président a tenu des discours qu’aucun président n’avait tenus avant lui sur les impacts de notre modèle de développement pour la biodiversité », abonde Jean-David Abel, de France nature environnement. Trois ans plus tard, aucun espoir n’a été satisfait, soulignent unanimement les organisations environnementales.

Certes, toutes mettent au crédit de ce quinquennat l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou celui du mégacomplexe commercial d’Europacity. Mais toutes gardent aussi en travers de la gorge le revirement du gouvernement concernant l’interdiction des néonicotinoïdes ou son peu d’empressement à prohiber le glyphosate, deux produits phytosanitaires jugés nuisibles pour le vivant.

Surtout, la biodiversité ne bénéficie « que de 0,25 % du plan de relance », relèvent plusieurs ONG, « et seulement de 0,40 % du budget de l’État », souligne Pierre Cannet, du WWF France. Dans une lettre ouverte, les syndicats de l’Office français de la biodiversité, chargé de gérer des espaces protégés, déplorent « manquer cruellement de personnels » et revendiquent une mise en cohérence des moyens avec les ambitions.

Le gouvernement réfute les chiffres avancés et revendique à son actif une stratégie nationale visant à inverser le déclin des espèces sur dix ans ou une autre visant à lutter contre la déforestation causée à l’étranger par la consommation de produits en France, tels que le soja ou l’huile de palme. Toujours face au congrès de l’UICN, Emmanuel Macron a également tenté de contrer les attaques en annonçant qu’il souhaite porter « une initiative forte (…) de sortie accélérée des pesticides » à l’échelle de l’Union européenne lorsque la France en aura la présidence tournante.

Peu de chance que cette déclaration de bonne intention suffise à calmer les esprits. La décision présidentielle de mettre sous aires protégées 5 % de l’espace français méditerranéen est elle-même, pour l’heure, peu à même de le faire. Certes, ce type de mesures de protection est fermement attendu, alors que les activités humaines sont les sources principales des altérations portées à la nature. Mais plusieurs ONG revendiquent qu’elles s’accompagnent d’une ligne rouge en termes de protection des droits sociaux et culturels des populations vivant dans ces zones protégées, singulièrement des peuples autochtones, susceptibles de se voir interdits d’accès à leurs ressources (lire  l’Humanité du 3 septembre). Le président n’a pas creusé le sujet. Il n’a, surtout, rien dit des 95 % d’espaces restant ouverts à toute activité en Méditerranée. Car, rappelle Pierre Canet, du WWF, à l’instar de nombreuses autres organisations, « protéger une part d’espace ne servira à rien si on laisse les autres être surexploités ». Et les ONG de revendiquer que la France n’oriente plus un seul euro public vers des activités néfastes à la biodiversité, telles que l’agriculture et la pêche intensives.

Un congrès pour quoi faire ?

Hors cadre onusien, le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature est un moment clé avant la COP15 de la biodiversité, en avril 2022, en Chine. Jusqu’au 11 septembre, à Marseille, il réunit États, agences et ONG. Qualifié d’ « événement environnemental le plus important », il vise à s’accorder sur des résolutions, non contraignantes. Mais qui ont déjà abouti à des conventions internationales : celle de Ramsar sur les zones humides (1971) ou sur le commerce international des espèces sauvages menacées d’extinction (1974) ou encore sur la diversité biologique (1992). Pendant le congrès de Marseille, 19 motions doivent être débattues. Ces textes, qui sont les plus importants, portent sur la protection des lanceurs d’alerte, la prise en compte du point de vue des peuples autochtones, la protection des océans, la biologie de synthèse ou encore la très critiquée motion sur « la valeur de la nature ».

 

« À voir », le billet de Maurice Ulrich.

 


À ce qu’il semble, les Allemands veulent n’en faire qu’à leur tête et n’ont pas écouté les leçons d’Emmanuel Macron sur les premiers de cordée et le ruissellement qui l’avaient amené à supprimer dès son élection l’ISF, l’impôt sur la fortune.

Voilà qu’après l’avoir supprimé eux-mêmes il y a vingt-cinq ans, il serait question qu’ils le remettent en place en prenant la mesure du déficit public causé par la crise sanitaire et la nécessité de trouver de nouvelles recettes.

Selon le président de l’institut d’économie de Berlin, qui ne fait pas en général dans la plaisanterie, il permettrait en investissant dans la protection du climat, la transformation numérique ou l’éducation de « créer de nouveaux emplois de qualité » en alimentant à terme la croissance.

Bon, il faudrait pour cela une défaite – possible – de la CDU, c’est-à-dire des conservateurs, et pour le président de l’institut d’économie de Munich, l’impôt réduirait « les incitations à l’investissement et à la formation de capital ». Le patronat allemand pense comme lui. L’emploi ou le capital ? Ben… ça dépend.

vendredi 3 septembre 2021

« Contre-révolution conservatrice », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



La scène ne se passe pas en Afghanistan, mais aux États-Unis. La plus haute juridiction vient d’y « valider » une loi d’interdiction de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) parmi les plus radicales au monde. C’est au Texas que ce texte qui réprime l’avortement dans la quasi-totalité des situations a été adopté. Alors que les opposants à cette régression sans précédent plaçaient leurs espoirs dans la faculté de discernement des juges fédéraux, il ne s’est pas trouvé de majorité parmi ces derniers pour estimer que la législation texane allait contre la Constitution des États-Unis et contre le droit à l’IVG, pourtant reconnu par la Cour suprême elle-même.

Des cinq juges sur neuf – quatre hommes et une femme – qui ont décidé de ne pas bloquer la loi, trois ont été nommés par Donald Trump. À Austin, le gouverneur a réussi là où ses homologues d’autres États s’étaient jusqu’alors heurtés à l’opposition de la Cour suprême. Ce « succès » pourrait inspirer à l’avenir nombre d’initiatives semblables, mettant en péril tout l’édifice américain des droits des femmes. Rendons-nous compte : même en cas d’inceste ou de viol, l’avortement est désormais proscrit au Texas à partir de six semaines de grossesse. Un délai de tolérance purement formel, la plupart des femmes ignorant leur état à ce stade.

Cet épisode nous rappelle que, même après avoir chassé Trump, les Américains n’en ont pas fini avec l’idéologie de ses affidés, placés aux postes clés des institutions du pays pour poursuivre la contre-révolution conservatrice. Et il nous enseigne qu’il n’est pas de lieu sur la planète où les droits soient à l’abri de la réaction ultraconservatrice. Ceux des femmes sont particulièrement fragilisés. Ils le sont doublement quand, dans notre pays, certains se saisissent de l’émotion née de la régression imposée par les talibans aux femmes afghanes pour intenter au mouvement féministe de faux procès, inspirés du vieux courant patriarcal et antiféministe. L’égalité mérite mieux. Femmes et hommes, ensemble, engagés pour les luttes conduites par les femmes.

 

L’homme du jour. Roberto Benigni

 


Emilio Meslet

Le clown italien honoré

De lui, on connaît son énergie, cette exubérance clownesque qu’il a si souvent laissé éclater sur les plateaux de télé­vision, où il est parfois décrit comme « l’enfant terrible du cinéma italien ». Federico ­Fellini, avec qui il a tourné La Voce della luna en 1990, disait de lui qu’il était dans la lignée des génies burlesques Harry Langdon et Buster Keaton. C’est bien cet espiègle artiste, aussi impétueux que généreux, que la Mostra de Venise a choisi de célébrer.

Mercredi, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du festival, Roberto Benigni a reçu un lion d’or d’honneur pour ­l’ensemble d’une carrière débutée au mitan des années 1970. Contrairement à beaucoup d’autres, l’acteur-réali­sateur-scénariste toscan a toujours privilégié la qualité à la quantité : 23 films en quarante­-cinq ans. Mais quels films !

Les maîtres Costa-Gavras, Jim Jarmush, Woody Allen et Matteo Garrone – pour ne citer qu’eux – ont tous filmé une facette de celui qui pourrait personnifier le tragi­comique et la candeur romantique. « La comédie n’est pas un jeu mais un travail sérieux », a-t-il clamé une fois son prix en main.

Une chose qu’on avait bien comprise, en 1998, quand est sorti son chef-d’œuvre de cinéaste, La vie est belle, où il interprétait un jeune Italien juif épris d’une institutrice en plein Holocauste.

 

Biodiversité. Faut-il mettre la nature sous cloche pour la protéger ?

 


Marie-Noëlle Bertrand

À Marseille, le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature devrait défendre la création d’aires protégées sur 30 % des terres et 30 % des océans. Un objectif louable mais qui inquiète les défenseurs des droits humains.

La sauvegarde de la nature passe-t-elle par sa mise sous cloche ? La question a des chances d’être posée ces prochains jours. La communauté internationale se réunit à compter de ce 3 septembre dans le cadre du Congrès mondial de la nature, qui se tiendra pendant une semaine à Marseille. Vaste forum organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), structure mondiale rassemblant, hors cadre onusien, des États, des ONG et des scientifiques, l’événement se déroule à l’orée d’une saison décisive. Dans huit mois se tiendra à Kunming, en Chine, la 15e conférence des parties sur la biodiversité, la COP15, étape clé des négociations internationales. Sans faire partie de ce cycle, le congrès de l’UICN va offrir une idée claire de ce qui pourra s’y décider.

Dès cette semaine, des représentants de gouvernements vont se relayer à la tribune. Emmanuel Macron y passe dès ce 3 septembre – le chef de l’État est attendu sur la question des moyens qu’il compte consacrer à la biodiversité.

Des villageois expulsés

La résolution finale de l’UICN devrait plaider pour des mesures fermes en termes de protection de la nature. Entre autres pour la couverture en aires protégées de 30 % des terres et 30 % des océans d’ici à 2030. Très concrètement, les activités humaines n’auront peu ou pas de droit de cité dans ces zones. Le but est de ficher une paix royale à la biodiversité jusqu’à ce qu’elle se régénère et prospère de nouveau.

L’enjeu est réel : près de « 75 % de la surface terrestre est altérée de manière significative par l’action humaine », indiquent, dans un rapport publié en 2019, les experts de l’IPBES, plateforme scientifique et politique souvent surnommée Giec de la biodiversité. Plus de « 85 % de la surface des zones humides a aujourd’hui disparu », soulignent-ils. In fine, cette dégradation « compromet 80 % des objectifs relatifs à la pauvreté, à la faim ou encore à la santé ».

Mais au-delà ce constat, l’objectif de sanctuariser un plus grand nombre d’aires ne va pas sans poser de questions au sein même d’organisations environnementales. « Nous ne sommes pas contre un tel dispositif, mais pas non plus pour se contenter d’un simple label », résume Marine Pouget, responsable du Réseau Action Climat (RAC), lequel comprend plusieurs ONG membres de l’UICN. « Il y a des lignes rouges à poser, entre autres en termes de respect des droits humains. »

Car le retour d’expérience pose problème. Adoptés en 2010, les objectifs dits d’Aichi fixaient déjà un objectif quasi atteint de couverture en aires protégées de 17 % des zones terrestres et de 10 % des zones marines et côtières. Engagée dans la bataille pour la défense des droits des peuples autochtones, l’ONG Survival International en dresse un bilan dramatique. « Des villageois se font expulser de leurs terres par des gardes armés ou sont empêchés d’y pénétrer pour chasser ou cueillir », témoigne Fiore Longo, porte-parole de l’organisation. « Nous ne connaissons pas une seule aire strictement protégée qui ait été créée avec le plein consentement des populations locales », déplore encore la porte-parole.

En 2017, c’est le WWF lui-même qui était mis en cause. Une plainte était déposée contre l’ONG au célèbre panda, composante majeure de l’UICN en France, dénonçant les agissements de patrouilles antibraconnage contre les peuples de l’ethnie Baka dans les forêts protégées du Cameroun. L’organisation a depuis commandé une enquête indépendante, laquelle a démontré la véracité des exactions mais réfute l’implication de membres du WWF. Le Fonds mondial pour la nature affirme en tirer des enseignements et se positionne fermement pour la protection des populations locales. « Protéger 30 % des zones terrestres et maritimes est un impératif mondial, mais il doit se mettre en place avec la garantie absolue que cela se fera dans le respect des droits des peuples », résume Pierre Canet, responsable plaidoyer de l’organisation en France.

Un milliard d’individus affectés

« Les droits des populations locales seront pris en compte », assure aujourd’hui Sébastien Moncorps, directeur du comité français de l’UICN. Lors de son précédent congrès, la structure mondiale a d’ailleurs intégré en son sein l’Organisation mondiale des peuples autochtones.

Ils ne sont pas les seuls concernés par les aires de protection exclusive.En 2019, un collectif de chercheurs suisses et britanniques publiait, dans la revue Nature, un article tout aussi inquiétant : la multiplication de ces zones risque d’affecter des millions de personnes. « Au moins un milliard d’individus vivent dans des lieux qui seraient concernés par la mise sous protection envisagée de plus de la moitié de la planète », note-t-il. « La prise en compte des impacts sociaux et économiques de ces propositions est essentielle pour répondre aux préoccupations de justice sociale et environnementale », prévient-il.

 

Rentrée scolaire : un mauvais remake d'Un jour sans fin (PCF)



Après deux années scolaires marquées par le COVID, l’enjeu de cette rentrée est de taille. Il s’agit, malgré la situation sanitaire qui reste tendue, de permettre à chaque jeune de renouer avec une scolarité à 100% en présentiel. Il s’agit de permettre à chaque élève de rattraper le « temps perdu » depuis 18 mois. Il s’agit de considérer l’école, au même titre que la santé, comme un enjeu de société de premier ordre.

La responsabilité du ministère est de donner aux écoles, aux enseignant-e-s et aux personnels d'éducation les moyens de raccrocher les élèves dont les difficultés se sont aggravées, celles et ceux qui n’ont que l’école pour réussir.

Il y a besoin de garantir la sécurité sanitaire des élèves, des personnels et de leurs familles.

Tout doit être fait pour permettre la vaccination des personnels et des élèves et pour cela entre autre reconstruire une médecine scolaire de qualité en capacité d’intervenir dans tous les établissements et auprès de chaque élève.

Depuis plus d'un an, le PCF propose également de réduire les effectifs par classe, de les dédoubler quand cela est possible et pour cela de recruter 90 000 enseignants en puisant chez les admissibles aux concours de l’enseignement, en recrutant les listes complémentaires, en titularisant des contractuels, donnant satisfaction et en poste depuis plus de 3 ans.

Nous proposons en lien avec les communes, les départements un grand plan d’équipement des locaux scolaires en aérateurs, de permettre la création de classes avec des locaux supplémentaires, d’aménager les préaux et les cours de récréation, les salles dédiées à l’EPS, à l’éducation musicale notamment de manière à permettre de revenir à la normalisation des enseignements.

Les élèves après des mois de confinement ont perdu du temps de classe. Or, pour apprendre, il faut être en classe, il faut donc donner aux élèves, aux enseignants du temps pour apprendre. 

Il y a besoin d’aménager les programmes scolaires, de regagner 27 heures hebdomadaires en maternelle et primaire, et d’aller ensuite vers les 32 heures de la maternelle au lycée.

Le PCF propose des mesures d’urgence pour répondre aux besoins que fait surgir la crise sanitaire, et au-delà il propose d’engager un véritable débat sur les nécessaires transformations de l’école pour garantir à chacune et chacun les moyens de réussir. 

Pour cela il faut du temps pour apprendre, il faut plus de temps de classe, plus d’enseignants et mieux formés, il faut plus de temps pour d’autres pratiques, rééquilibrer les apprentissages, et garantir à chaque élève d’avoir du temps pour réussir sa scolarité.

 Le PCF propose :

- vaccination de l’ensemble des personnels et des élèves de collège et lycée

- reconstruction d’une véritable médecine scolaire

- dédoublements des classes

- mise à disposition de locaux et équipement en aérateurs

Sur le plan des apprentissages, nous proposons de redonner du temps pour apprendre :

- 26h dans le premier degré et 32h dans le second

- plus de maîtres que de classes

- remplacement en nombre suffisant pour garantir la continuité des enseignements

- refonte des programmes, programme ambitieux mais réaliste, qui problématise les choses plutôt que d'être un catalogue interminable de notions techniques

- pas d'évaluations nationales qui obligent à faire la course au programme

 

 

jeudi 2 septembre 2021

Éducation. Une rentrée sous le signe de l’appréhension



Règles sanitaires incohérentes face au variant Delta, manque de moyens pour parer aux conséquences scolaires et sociales de la crise.

« J'ai rencontré plein de professeurs contents ! » avait osé Jean-Michel Blanquer le 26 août, lors de sa conférence de presse de rentrée. Qu’il se réjouisse : des ­professeurs – et des élèves, et des parents d’élèves – contents, on en trouve à foison. Parce que c’est la rentrée, et que l’école occupe à ce point une place centrale dans la vie des uns et des autres que la voir reprendre est toujours une joie, qui, cette année, se teinte de très sérieuses inquiétudes.

Protocole dégradé et vague promesse

Après les syndicats, qui appellent à une première journée de mobilisation le 23 septembre et dénoncent de façon à peu près unanime les incohérences, le manque de préparation de cette rentrée et l’insuffisance probable des mesures sanitaires qui l’encadrent, les parents et élèves qui ont accepté de témoigner pour l’Humanité le confirment. Ils souhaitaient des mesures sanitaires à la hauteur de la menace représentée par le variant Delta ? Ils n’auront qu’un protocole ­dégradé, assorti d’une vague promesse d’aider les collectivités locales à équiper les établissements de détecteurs de CO2 – dont l’utilité est avérée depuis bien plus d’un an. Cela alors qu’en pleine crise Jean-Michel Blanquer a rendu au budget de l’État 600 millions d’euros non utilisés. Ils réclamaient, comme la FCPE (première fédération de parents d’élèves), des embauches massives d’enseignants et d’autres personnels pour combattre les inégalités scolaires, faire des demi­-groupes, répondre aux besoins des élèves en difficulté ? Le ministre, qui détricote l’éducation prioritaire, a décidé de supprimer près de 1 900 postes dans le secondaire : l’équivalent de la fermeture de 166 collèges, alors que les effectifs élèves sont en croissance continue. Ils avaient besoin d’un soutien économique pour faire face aux difficultés engendrées par la crise ? Ils ont eu une polémique, honteuse et mensongère, sur l’allocation de rentrée scolaire. Le ministre revendique la joie de la rentrée. Mais que lui doit-elle ?

 

Témoignage

« L’avenir fait plus peur que le covid »

LUCAS VALENZUELA 16 ans, lycéen en terminale, Montreuil (Seine-Saint-Denis)

«Je ne me suis pas trop posé la question de la rentrée. La période ne me donne ni envie d’aller en cours, ni de ne pas y aller. L’année dernière a été difficile avec le Covid, j’ai l’impression que les profs sont complètement dépassés. Ils doivent nous gérer, nous et le virus. Ils sont totalement perdus. L’an dernier, déjà, c’était bizarre avec des cours en demi-jauge. Ils devaient préparer doublement les cours. Nous, on devait suivre une année entière avec moitié moins de cours. C’était compliqué : la première semaine, on n’avait aucun devoir, rien à faire, et la semaine suivante, des contrôles quasi tous les jours. J’exagère à peine. Et puis, mes copains et moi, on était tous fatigués. Travailler, réviser a été plus compliqué qu’avant. Difficile de se motiver tout seul. Il faut s’accrocher aux cours, ne compter que sur soi. Je n’ai jamais aussi peu travaillé sur une si grande période. C’est devenu compliqué de se mettre au bureau, de faire ses devoirs, de garder un rythme de travail. On n’a pas vraiment été accompagnés. Que le prof soit bon ou pas, on a l’impression que ça ne repose que sur nous. Cette année, j’étais moins proche des profs. Je ne sais pas si c’est dû au Covid. J’ai super peur en fait pour la fin de l’année avec Parcoursup : je devrai rentrer des notes dans un ordinateur, et lui va décider si je continue dans un endroit bien ou pas. En plus, je ne sais pas du tout ce que je vais inscrire comme vœux. Je ne sais pas ce que j’ai envie de faire plus tard. Tout va se jouer à la fin de l’année et ça fait peur. En fait, c’est plus grand que le Covid. Autour de moi, on est très nombreux à ne pas savoir où on va. Beaucoup de métiers qui n’existent pas encore vont être créés plus tard. Je vais sûrement faire plein de boulots, dans des branches différentes, d’une entreprise à l’autre. Ça complique les choix à faire aujourd’hui. Je suis très polyvalent, je suis plutôt bon un peu partout, mais je ne sais pas par où commencer. Là, c’est la rentrée, on va voir ce qui se passe, ce qui vient. Je préfère ne pas me prendre la tête. La fin de l’année est déjà assez flippante. »