jeudi 12 août 2021

Institutions. Quand Macron met la démocratie sous secret-défense



Diego Chauvet

Pour l’Élysée, les conseils de défense sanitaire sont vus comme des « Conseils des ministres restreints ». Banalisés depuis la pandémie, ils outrepassent leur rôle initial.

Ce mercredi 11 août, le président de la République réunit un nouveau conseil de défense sanitaire. Une information qui sonne désormais comme une routine aux oreilles des Français, tellement elle a été répétée depuis le début de la crise sanitaire. Chacune des grandes décisions annoncées par le gouvernement a été prise au sein de cet opaque conseil de défense sanitaire, une simple variante sémantique du conseil de défense et de sécurité nationale. Encore aujourd’hui, l’exécutif devrait se prononcer sur l’opportunité d’une troisième injection de vaccin contre le Covid.

Les premiers conseils de défense sanitaire se sont pourtant tenus au début de la crise dans le bunker Jupiter, à 70 mètres sous le sol du palais de l’Élysée.

Ces réunions du conseil de défense ne datent pas de la crise sanitaire. L’instance elle-même est une création remontant à la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2009. Le successeur de Jacques Chirac avait d’abord tenté en 2007 de faire fonctionner un « conseil de sécurité nationale » sur le modèle américain. Nicolas Sarkozy optera finalement pour une réforme du conseil de sécurité intérieure, créé en 1986 par Jacques Chirac, en le remplaçant par le « conseil de défense et de sécurité nationale ». Ils sont présidés par le président de la République, et fonctionnent comme un Conseil des ministres restreint… aux ministères concernés par la coordination nécessaire aux questions de défense et de sécurité nationale. Le conseil de défense sanitaire, comme l’indique le site Internet de l’Élysée, n’est qu’un conseil de défense et de sécurité nationale consacré à la crise sanitaire.

Dans l’histoire contemporaine, les gouvernements ont toujours créé des instances de ce type, chargées de coordonner l’action du pouvoir dans un contexte de crise grave. Tout au long du XXsiècle, ces réunions s’appelaient « comités de défense ». Cependant, la menace du terrorisme a considérablement accru le recours à ce mode de prise de décision politique. Après les attentats de 2015 notamment, le conseil de défense et de sécurité nationale s’est réuni à un rythme quasiment hebdomadaire.

Parlement et Conseil des ministres tenus à l’écart

Avec la pandémie de Covid, ses missions ont cependant changé. Il ne s’agit plus seulement de questions liées à la défense nationale et à la sécurité intérieure, mais bien de prendre des décisions politiques en matière de santé publique, qui sont ensuite immédiatement soumises à l’Assemblée nationale pour approbation par la majorité. Si menaçante que soit la pandémie de coronavirus, la France n’est pas sous la menace d’un bombardement ennemi.

Les premiers conseils de défense sanitaire se sont pourtant tenus au début de la crise dans le bunker Jupiter, à 70 mètres sous le sol du palais de l’Élysée, jusqu’à ce que la trop petite taille de la salle de réunion ne soit considérée comme incompatible avec les gestes barrières. Les réunions se tiennent désormais au rez-de-chaussée de l’Élysée, mais restent tout aussi « bunkerisées », soumises au secret-défense que leur confère leur statut.

Et c’est justement ce qui pose problème. Dans l’opposition, mais aussi de façon plus feutrée, chez certains membres de la majorité. Le Parlement comme le Conseil des ministres ne sont plus associés à l’élaboration de décisions qui ont pourtant de graves implications pour le pays.

Par ailleurs, la nature des décisions prises en conseil de défense sanitaire dépasse largement le cadre de celui-ci. En mars 2020, peu avant de décider de confiner tout le pays, c’est au cours de l’une de ces réunions que le gouvernement a ainsi pris la décision de recourir à l’article 49-3 de la Constitution pour stopper le débat parlementaire sur sa réforme des retraites rejetée par une majorité de Français. L’écologie n’y échappe pas non plus. Emmanuel Macron a aussi créé un conseil de défense écologique. « À l’image du conseil de défense et de sécurité nationale, indique le site de l’Élysée, ce conseil permet au président de la République de réunir autour de lui un Conseil des ministres restreint pour approfondir les questions écologiques de manière transversale. » C’est au cours de l’un de ces conseils de défense écologique que le gouvernement a ainsi décidé de passer à la trappe la plupart des propositions issues de la Convention citoyenne sur le climat. Comme tout conseil de défense, celui-ci était aussi soumis au secret-défense…

Un mode de gestion opaque et expéditif de la vie politique

La question du terrorisme, la crise sanitaire, l’urgence climatique, si elles sont les crises aiguës du monde contemporain, ne justifient pas à elles seules ce mode de gestion opaque et expéditif de la vie politique. Ancien ministre de l’Intérieur et pilier de la Macronie, Christophe Castaner avait ainsi justifié le recours répété, banalisé même, aux conseils de défense en début d’année. « Le président n’a pas vocation à être contrôlé par l’Assemblée », avait-il déclaré sur BFMTV le 3 février. Il avait qualifié les conseils de défense de « réunions de travail » qui avaient selon lui l’avantage de la rapidité quand il faut « six à neuf mois pour faire une loi au Parlement ». Le débat démocratique empêcherait donc d’avancer suffisamment vite selon l’ancien ministre. Emmanuel Macron lui a donné raison le 12 juillet : en annonçant la généralisation du passe sanitaire, le président de la République a relancé sur le même ton autoritaire sa réforme des retraites ainsi que celle sur l’assurance-chômage. C’est bien là la signification de ces conseils de défense désormais banalisés, illustrant cette nouvelle ère d’une démocratie formelle, expéditive, dans laquelle le Parlement n’a plus que le rôle d’avaliser des décisions auxquelles il n’a pas participé, achevant la présidentialisation du régime de la Ve République.

 

mercredi 11 août 2021

« Récupération », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



Il n’aura fallu que quelques heures à la droite et à son extrême, lundi, pour s’emparer du drame qui a endeuillé la Vendée et en faire l’exutoire de leurs fantasmes sur la criminalité, l’immigration et le prétendu laxisme envers l’une et l’autre. Comme souvent, en matière de récupération, l’occasion fait le larron : la compassion pour le prêtre assassiné a vite laissé place à l’exploitation politicienne, laquelle ne s’embarrasse ni des faits ni du droit. Marine Le Pen a tiré la première, son parti publiant dans la foulée une pétition pour « rétablir la double peine qui permet d’expulser les délinquants et criminels étrangers à l’issue de leur peine ».

On croit rêver : non seulement il n’y a nul besoin de « rétablir » la double peine, celle-ci n’ayant jamais été abolie, au grand dam des tenants de l’égalité de tous devant la loi. Mais, si l’on suit à la lettre le raisonnement de la cheffe du RN et de ses amis, il faut choisir : on ne peut à la fois vouloir condamner les délinquants étrangers à la double peine et regretter qu’ils soient retenus en France pour y être jugés. Sauf à passer par-dessus bord tous les principes de l’État de droit, présomption d’innocence en tête, et condamner sans jugement. Dans cet horrible fait divers, aucune trace de laxisme : le suspect était sous le coup d’une décision d’expulsion que son contrôle judiciaire rendait inapplicable, dans l’attente de son procès pour l’incendie de la cathédrale de Nantes, en 2020.

En réalité, rien ne tient dans le pseudo-lien qu’essaient de tisser la droite et son extrême entre la nationalité du meurtrier et ses actes. Le criminel ne l’est pas parce que rwandais. La seule relation qui puisse être présumée à ce stade, c’est celle entre son état psychique et les faits qu’on lui reproche. Était-il suivi correctement ? Avait-on apprécié convenablement sa dangerosité ? Ces questions pourraient en recouper d’autres, posées de longue date mais ignorées par le gouvernement comme par le RN, sur le manque de moyens, criminel dans tous les sens du terme, de la justice et de la psychiatrie.

Vaccins. La priorité aux troisièmes doses met le monde en danger



En faussant les recherches sur la durée de l’immunité, les grands groupes pharmaceutiques encouragent les pays les plus riches à relancer la course aux stocks disponibles. Au risque de repousser tout accès universel aux vaccins.

Big Pharma conserve son coup d’avance pour imposer aux États les plus riches une stratégie vaccinale qui sert ses profits avant l’intérêt général. Tandis que dans les pays du Sud, faute d’accès universel aux vaccins, la couverture demeure très faible (lire en page 5), ce coup, réservé aux grandes puissances du Nord, porte un nom : « troisième dose » ou « rappel ». Le 28 juillet, en marge de la présentation de prévisions financières toujours plus mirifiques – pour 2021, la multinationale compte désormais tirer 28,6 milliards d’euros des ventes de son vaccin (contre 22,2 milliards précédemment) –, Pfizer a opportunément livré une série de statistiques, hors de tout cadre scientifique établi, sans publication dans une revue, ni évaluation par des pairs, qui pourraient gonfler encore son carnet de commandes.

Ce n’est pas aux entreprises d’inciter à un rappel vaccinal

À partir de ces éléments, construits notamment sur des tests réalisés auprès de 23 individus, Mikael Dolsten, président du département recherche et développement (R&D) du groupe pharmaceutique, affirme que le niveau d’anticorps susceptibles d’attaquer le nouveau coronavirus croîtrait « cinq fois » pour les personnes de 18 à 55 ans lorsqu’elles reçoivent une troisième dose de vaccin. Pour celles qui ont entre 65 et 85 ans, cette nouvelle injection après les deux premières multiplierait par « plus de onze » le niveau d’anticorps. « Ces données préliminaires sont très encourageantes, alors que Delta continue de se propager », avance le dirigeant de Pfizer.

Dans une réaction plutôt inhabituelle, les agences sanitaires américaines, la Food and Drug Administration (FDA) et le Center for Disease Control and Prevention, ont dans des termes assez vigoureux renvoyé Pfizer dans les cordes. Rappelant que ce n’est pas aux entreprises de déterminer si un rappel vaccinal doit être administré et que la décision sera prise à partir de toutes les données collectées dans un cadre scientifique commun. Vivek Murthy, le médecin-chef au sein de l’administration Biden, écarte, pour l’heure, l’hypothèse : « Les gens ne doivent pas partir en quête d’une troisième dose. » Mais, malgré cette absence d’éléments établis, le refrain continue de s’imposer. Lundi, c’est Ugur Sahin, le patron de BioNTech, la start-up allemande partenaire de Pfizer pour le vaccin, qui en remettait une couche : « Il est possible que, dans les six à douze mois prochains, un variant émerge et requière l’adaptation du vaccin, mais ce n’est pas encore le cas. La meilleure approche pour gérer cette situation est de continuer avec une dose de rappel. »

En réalité, du côté des multinationales, le souci de rendre incontournable la troisième dose est présent depuis des mois. Ainsi, au printemps, au cours d’un séminaire organisé par la banque d’affaires Barclays, Frank D’Amelio, directeur financier et vice-président de Pfizer, promettait monts et merveilles à ses actionnaires grâce à la perspective des rappels vaccinaux (lire notre édition du 14 avril) : « Les facteurs comme l’efficacité, la capacité de doper l’immunité deviendront encore plus déterminants, et nous voyons ça comme une grosse opportunité pour la demande de notre vaccin et pour son prix. Donc, en clair, beaucoup est à venir. » Mais derrière cette forme de cynisme échevelé à l’attention des marchés financiers, les grandes entreprises pharmaceutiques profitent surtout aujourd’hui, pour accréditer leur thèse, des limites qu’elles ont elles-mêmes fixées à la principale étude clinique mondiale.

Cet essai-là, lancé en juillet 2020 avec 44 000 volontaires, a été organisé dans les plus rigoureuses règles de l’art (tirage au sort, représentation de tous les âges, sexes et conditions de santé…). Il doit, outre le recensement des éventuels effets secondaires indétectés jusque-là, servir à établir la durée d’immunité offerte par la vaccination. Dans une « prépublication » – donc sans contrôle extérieur à ce stade – mise en ligne fin juillet, en parallèle des données propres de la multinationale, les chercheurs avancent que, six mois après la deuxième injection, l’efficacité contre le Covid-19 du vaccin Pfizer passerait de 96 % à 84 %. Une baisse générale, certes sensible, mais qui demeure très loin du seuil des 50 %, en dessous duquel le produit n’est plus considéré comme efficace. Quoi qu’il en soit, sur les 22 000 participants ayant reçu les deux doses de vaccin, un seul a eu des symptômes sévères provoqués par une contamination. Un résultat jugé « très rassurant » par les experts indépendants américains, qui inclinent toujours à penser que la troisième dose n’est « pas nécessaire » à ce stade.

Le problème, c’est que, alors que les essais cliniques ne devaient pas être achevés avant octobre 2022 pour Moderna, et même mai 2023 pour Pfizer, ces données, arrêtées en mars, sont sans doute les dernières que livrera l’étude clinique sur la durée de la protection offerte par les vaccins. En cause, l’attitude des groupes pharmaceutiques, qui, au nom de l’impératif « éthique » de permettre aux participants recevant le placebo d’opter pour le vaccin afin d’être protégés dans la pandémie, les ont poussés depuis janvier à quitter l’étude clinique. Sur les 44 000 participants au départ, une écrasante majorité a choisi de demander à connaître son propre statut vaccinal. Les résultats publiés fin juillet sur la couverture six mois après la vaccination ne concernent plus que 7 % des volontaires initiaux. Le pourcentage de participants toujours impliqués dans l’essai initial avec le placebo est désormais proche de zéro.

Compétition pour accaparer les stocks disponibles

Tandis que les experts de l’Organisation mondiale de la santé et des organismes régulateurs, comme la FDA états-unienne, recommandaient la poursuite de l’étude avec les standards randomisés en « double aveugle » (ni les chercheurs ni les participants ne savent si ces derniers reçoivent le placebo ou le vaccin), Pfizer et Moderna ont refusé un système imaginé par le clinicien américain Steven Goodman permettant de continuer l’étude clinique tout en protégeant les participants, le jugeant « impraticable » ou même « trop onéreux »… Ce qui, faute de données établies scientifiquement dans un cadre transparent et partagé, ne peut qu’encourager à s’en remettre plus encore aux injonctions des grandes entreprises pharmaceutiques. Alors même que – nouvel aveu de ses priorités largement dictées par ses propres intérêts commerciaux – Pfizer a, dès le 30 mars, rectifié l’objet de l’étude clinique afin d’y ajouter l’examen des troisièmes doses et des rappels vaccinaux.

Dernière carte dans la manche de Big Pharma, le « monde réel ». Selon Pfizer, le déclin de l’immunité au fil des mois, observé en particulier en Israël, imposerait le recours à des troisièmes doses, comme le gouver­nement de Naftali Bennett en a décidé en lançant une campagne pour les plus de 60 ans. Quand les grandes puissances capitalistes relancent la compétition entre elles pour accaparer les stocks disponibles – les États-Unis ont commandé 400 millions de doses à Pfizer et Moderna, pendant que les Britanniques en réservaient 90 millions et les Européens 900 –, l’argument n’est peut-être pas dépourvu de bon sens, même si le consensus est loin d’être atteint sur la question. En revanche, dans ce « monde réel » où les ­variants ont été rebaptisés par des lettres de l’alphabet grec, perdant au passage la référence à la localisation de leur émergence – le Brésil, l’Afrique du Sud ou l’Inde, largement privés d’accès aux vaccins –, un consensus, bien plus solide, existe. Trois doses, ou plus, dans les pays les plus riches et zéro dans le reste du monde : ce régime promet de faire perdurer la pandémie très longtemps encore et de laisser les variants plus dangereux les uns que les autres se multiplier.

 

Cinéma. Un polar environnemental qui n’occulte pas le social



Rouge oppose un délégué syndical à sa fille, désireuse de dénoncer la dangerosité de l’usine chimique qui les emploie.

ROUGE FARID BENTOUMI

Signe que la question environnementale a de beaux jours devant elle dans le 7e art, le Festival de Cannes a inauguré cette année une section le Cinéma pour le climat. Rouge, label Cannes 2020, aurait pu y figurer s’il avait été sélectionné cette année, même si l’immense majorité des films présentés – six sur sept – étaient des documentaires.

Si Farid Bentoumi s’est nourri du réel pour ce deuxième long métrage, il réalise une fiction qui, en assumant sa part roma­nesque, tend vers le polar écologique. Il suit ainsi les traces du magnifique Dark Waters, de Todd Haynes, dans lequel un avocat, incarné par Mark Ruffalo, luttait contre son ancien cabinet pour défendre des paysans confrontés à la pollution d’une multinationale. Que dire du splendide Erin Brockovich, de Steven Soderbegh, l’un des plus beaux rôles de Julia Roberts, mère célibataire et fer de lance d’une bataille contre une entreprise d’empoisonnement délibérée ? On peut aussi citer Promised Land, de Gus Van Sant, bras de fer entre les représentants d’une compagnie de production d’énergie et un militant écologiste. Sans le dénigrer, Rouge n’a pas l’ampleur des œuvres précédemment évoquées. Il demeure néanmoins un film sacrément intéressant.

Le cinéaste ancre son récit dans une nature montagneuse si imposante qu’elle apparaît immuable. Et pourtant, s’y niche une usine chimique où Nour (Zita Hanrot), une infirmière, effectue ses premiers pas. Elle est cependant en terrain connu puisque son père, Slimane (Sami Bouajila), délégué syndical, fait partie des meubles. Mais les mauvaises surprises s’amoncellent. Dossiers de santé des salariés incomplets, visites médicales pas à jour, manquements répétés à la sécurité, la soignante veut remettre de l’ordre. Or, son père l’invite à ne pas faire de vagues car un contrôle en cours pourrait mettre en péril l’agrément de l’usine et sa pérennité. Emma (Céline Sallette), une journaliste indépendante, n’a pas les mêmes préventions. Elle enquête sur des rejets de déchets poten­tiellement dangereux. Et demande à Nour de l’aider à trouver des preuves.

Sauvegarde de l’emploi ou respect des normes sanitaires

Apportant une distorsion à la trame classique de David contre Goliath, Farid Bentoumi complexifie les oppositions, expose des logiques inconciliables. C’est l’une de ses qualités. Rouge captive lorsqu’il touche à la question sociale et au dilemme apparemment insoluble de l’ambi­valence entre la sauvegarde de l’emploi et le respect des normes sanitaires.

La bonne idée du cinéaste est de placer cette contradiction au sein d’une famille. C’est paradoxalement là que le bât blesse en raison d’un pathos superflu. Reste que ce Rouge a quand même des côtés séduisants. Il interroge la pratique syndicale, les rapports intergénérationnels et donne à voir des Français issus de l’immigration sans les caractériser ni les cantonner à cette identité.

Le cinéaste signe un polar écologique qui ne prend pas parti. Certes, le regard porté sur les désastres sanitaires et environnementaux inscrit le long métrage dans un questionnement sur l’avenir de la planète. Et le fait même qu’il oppose la jeune génération à ses aînés qui ont épuisé les ressources sans vergogne est déjà édifiant. Mais le cinéaste prend soin de poser des questions sans apporter de réponses infaillibles. Il éloigne ainsi son œuvre du film militant, tout en invitant le spectateur à l’indispensable réflexion susceptible de faire bouger les lignes.

 

mardi 10 août 2021

Rapport du GIEC : la France doit agir à la hauteur de l'alerte scientifique ! (PCF)



Nous voulons d’abord saluer le travail des milliers de scientifiques qui ont contribué à ce rapport, en particulier des experts français du GIEC. Femmes et hommes de science, souvent financés par des services publics, jouent un rôle essentiel de lanceurs d’alerte. 

Un réchauffement climatique gravissime !

Ce lundi 9 août, le rapport du groupe 1 du GIEC, confirme la gravité du dérèglement climatique déjà mesurable avec +1,1 degré de réchauffement. Les conséquences, comme en témoignent les feux de forêts (Canada, Russie, Grèce) et les inondations (Allemagne et Belgique) de grande ampleur sont gravissimes.

Il y a 30 ans, les experts avaient déjà correctement anticipé par leurs calculs cette évolution dramatique que nous connaissons aujourd’hui. Dans la continuité des 5 autres rapports du GIEC, les chercheurs sont de plus en précis : montée des températures, jusqu’à rendre de vastes zones de la planète invivables ; montée du niveau des océans, avec une fonte des glaciers plus rapide que prévu ; perturbation des écosystèmes océaniques en proie à une acidification... c’est un changement du niveau de la dernière déglaciation il y a 20 000 ans qui a pourtant pris plusieurs milliers d’années pour s’établir à l’époque, qui se produit ici sous nos yeux à l’échelle d’une vie humaine et avec une vitesse 30 fois plus rapide !

Aucun écosystème n’est capable de s’adapter à une telle évolution et les conséquences irréversibles vont se sentir encore durant des milliers d’années. La sécurité alimentaire mondiale est en jeu directement ainsi que le déplacement de centaines de millions de personnes des zones côtières. Ce rapport le montre à nouveau : chaque dixième de degrés compte. Il faut tout mettre en œuvre pour maintenir le réchauffement global en dessous de +1,5 degré.

Pour atteindre cet objectif préconisé par l’Accord de Paris, le monde doit parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050.

Ainsi, l’ONU préconise de baisser de 7,4 % chaque année les émissions de 2020 à 2030, soit l’équivalent des conséquences de la crise du Covid, c’est dire l’ampleur des transformations à mener, à la fois pour atténuer le changement climatique, mais aussi pour s’y adapter. Or, selon l'Agence internationale de l'énergie, nous sommes plutôt sur la trajectoire de 3,5 degrés de réchauffement, ce qui serait catastrophique. 

Changer de politique est urgent et possible !

Le système capitaliste actuel, finançant les activités polluantes et avec pour seule boussole le profit et la rentabilité à court terme est incapable de répondre à ce défi, comme en témoigne le refus du G20 de juillet dernier de s’engager dans des mesures compatibles avec l’objectif 1,5 degré. 

Il faut dès maintenant revoir les critères de financement et le rôle des banques pour réorienter l’argent vers tous les investissements bas carbone : transports, énergie, logement, agriculture, procédés industriels. Cela heurte le cœur même du fonctionnement du capitalisme qui doit être dépassé. L’heure est grave, il faut prendre le pouvoir sur l’économie !

Il s’agit aussi dès maintenant de rendre effectif le fonds vert de 100 milliards d’euros par an pour aider les plus pauvres promis lors de l’Accord de Paris de 2015, qui ne se traduit pas dans les montants actuellement alloués. 

Ce sera tout l’enjeu de la COP 26 qui se déroulera à Glasgow, en novembre prochain : seuls des changements politiques majeurs à travers le monde nous permettront d'être à la hauteur de l'enjeu.

Quant à la France, les mesures sont clairement insuffisantes comme l’a pointé récemment le Haut conseil pour le Climat : son devoir d’exemplarité doit la conduire à avoir un objectif de neutralité carbone et réduire également, au-delà de ses seules émissions territoriales, son empreinte carbone, conséquence de nombreux produits importés et consommés en France.  

Nous n’en prenons pas le chemin avec la politique menée sous le quinquennat d'Emmanuel Macron !

Plus ambitieux que la neutralité carbone, le PCF et son candidat à l'élection présidentielle, Fabien Roussel préconisent de viser une empreinte carbone nulle d’ici 2050 : ce qui suppose une relocalisation des industries et des efforts accrus dans l’efficacité énergétique, ainsi que de conserver notre atout d’une électricité qui est déjà décarbonnée à plus de 90 %.

Tous les leviers doivent être mobilisés à cette fin, qu’il s’agisse de progrès techniques ou de gains en sobriété énergétique, qui permettent, ensemble, que la politique climatique ne soit pas synonyme de régression sociale. 

Nous appelons aussi à une hausse significative des budgets de recherche, des volumes d’enseignements scientifiques et à un encouragement massif à la vulgarisation scientifique dans les médias pour que chaque citoyen.ne soit conscient.e de ce bouleversement sans précédent, et acteur des combats écologiques à mener.

 

Paris, le 9 août 2021

 

« Pancarte », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.



La photo est glaçante de cette femme, dans l’une des manifestations de samedi, à Metz, arborant fièrement sa pancarte portant sous le mot « traîtres » les noms de personnalités dont le point commun est d’être juives. Elle ne semble pas gêner, pourtant, les manifestants qui l’entourent. Qui ? C’est désormais dans les manifestations l’interrogation de l’extrême droite, à partir d’une interview sur CNews du général en retraite Delawarde, l’un des signataires de la pétition des militaires contre le « délitement de l’État ». Qui contrôle, selon vous, la meute médiatique, lui demandait-on ? « La communauté que vous connaissez bien. » La pancarte de Metz est aussi une réponse, portée par celle qui fut une élue d’extrême droite d’une commune mosellane.

La charge antisémite est claire. Dans le contexte de la crise sanitaire, elle a des racines profondes qui vont au-delà d’un simple « sentiment ». Dans Mein Kampf, Hitler accusait les juifs de propager les maladies vénériennes dans le corps sain du peuple allemand. L’historien Johann Chapoutot a montré dans un de ses récents ouvrages comment les thèmes hygiénistes avaient été orchestrés dans ce même sens par les nazis dans leur conquête du pouvoir et la suite. Plus largement encore, les thèses les plus délétères ne courent pas seulement les réseaux sociaux. Elles sont présentes dans les manifestations, où l’on assiste parfois à un véritable détournement des mots et des idées. On peut critiquer le passe sanitaire, mais l’assimiler à l’étoile jaune, c’est à la fois une énormité et une banalisation de ce que fut la Shoah. C’est du révisionnisme.

Soyons clairs, la grande masse des manifestants n’est pas ici en cause. Mais ne prenons pas non plus cela à la légère. Le mouvement de Florian Phillipot s’est considérablement renforcé ces dernières semaines et dispose de moyens de plus en plus importants. L’extrême droite ne répugne à rien. Anti-immigrée, anti-islam, antisémite… Une pancarte ne fait pas un monde mais qu’elle puisse être brandie ostensiblement devant des dizaines de manifestants, sans réactions, doit nous inquiéter et faire réagir toutes celles et tous ceux qui ne peuvent accepter ce rapt de leurs inquiétudes.

 

Manifestations. « Qui ? », un couplet antisémite



Une pancarte anti-juifs brandie à Metz a suscité l’émoi. Elle met en lumière les dérives d’une fraction des anti-passe.

«Mais qui ? », interroge une jeune femme sur sa pancarte, deux cornes de diable ornant la lettre « Q ». Avant de proposer une liste de « traîtres » coupables, selon la militante, du passe sanitaire : « Laurent Fabius, Agnès Buzyn, Gabriel Attal, George Soros, Rothschild, Jérôme Salomon, Jacques Attali. » Aperçue dans le cortège des militants anti-passe à Metz (Moselle), le 7 août, la saillie antisémite a indigné sur les réseaux sociaux, dans la presse. Jusqu’à faire réagir le gouvernement et l’ambassade d’Israël en France. Le parquet de Metz a annoncé ouvrir une enquête. Interpellée le 9 août, la femme en question est Cassandre Fristot, 33 ans, ancienne cadre du FN et ex-cheffe de cabinet de Louis Aliot lorsque celui-ci était vice-président du parti. Après s’être fâchée avec la direction du parti, celle-ci l’a quitté avant de rejoindre le Parti de la France, fondé par des anciens frontistes.

Si cette pancarte a fait des remous, ce n’est pas la première fois qu’un fond de sauce antisémite est épinglé au sein de l’hétéroclite mouvance anti-passe. Le slogan « Qui ? » – sous-entendu les juifs – a ainsi fleuri sur les réseaux sociaux comme en manifestation. Tout est parti d’une interview, sur CNews à la mi-juin, de la baderne à la retraite Dominique Delawarde, signataire de la tribune des généraux factieux dans Valeurs actuelles. Sous-entendant que quelques-uns contrôlent la « meute médiatique », le militaire s’était vu demander de préciser sa pensée. « Qui, mais qui ? », avait alors répété en plateau Claude Posternak (membre de LaREM), avant que Delawarde ne lâche, sans ambiguïté : « La communauté que vous connaissez bien. » La fachosphère et ses déclinaisons anti-mesures sanitaires, de façon ironique, se sont ensuite saisies de ce « qui ? » pour en faire un étendard antisémite. On l’a vu éclore sur les boucles Signal et Telegram, par lesquelles communiquent certains groupes anti-passe et antivax, car ces réseaux sociaux sont beaucoup plus permissifs que Facebook ou Twitter. Avant, donc, d’apparaître en manifestation.

Ce fond rance se développe dans un contexte d’importante confusion entourant le mouvement, certains manifestants arborant une étoile jaune, dans une comparaison abjecte entre la Shoah et le passe sanitaire (parfois renommé « passe nazitaire »). Comble de l’ironie, des opposants comparant Macron à Hitler se retrouvent parfois côte à côte avec des militants d’extrême droite affirmant qu’il y a la main des juifs derrière la pandémie et le vaccin. S’il s’agit, encore heureux, d’un phénomène encore marginal au sein du mouvement, l’indifférence polie d’une grande partie des manifestants anti-passe face à ces dérapages antisémites, elle, a de quoi inquiéter. Signe, là encore, que dans le brouillard ambiant, beaucoup ont perdu leur boussole politique et morale.