mardi 8 septembre 2020

Jérusalem. Netanyahou veut expulser Salah Hamouri


Le ministre de l’Intérieur veut retirer son statut de résident permanent à l’avocat franco-palestinien. La France demande des explications à Israël.

Les autorités israéliennes, une fois de plus, harcèlent Salah Hamouri. L’avocat franco-palestinien a été convoqué le 3 septembre au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Là, une lettre signée du ministre de l’Intérieur, Aryé Deri, lui a été remise. Le ministre de Netanyahou y fait part de sa décision de retirer purement et simplement la carte de résident permanent à Salah Hamouri, seul papier officiel lui permettant de vivre à Jérusalem.

Il invoque pour cela ce que les Israéliens appellent la loi sur l’entrée (Law of Entry). Celle-ci, édictée en 1952, visait les personnes de nationalité étrangère désireuses d’obtenir un permis de résidence en Israël. Après l’occupation de Jérusalem-Est en 1967 et l’annexion de ce territoire, les autorités israéliennes ont décidé d’appliquer cette loi aux Palestiniens vivant dans la partie orientale de la ville en leur « offrant » le même statut qu’aux étrangers, celui de résident permanent ! Un statut qui, de plus, n’est pas automatiquement transmissible à ses enfants ou au conjoint non résidents et peut être annulé à la discrétion du ministère de l’Intérieur. Depuis 1995, de nombreuses révocations du statut de résident ont eu lieu sous plusieurs prétextes, notamment en arguant que la résidence principale était faussement Jérusalem, ou que la personne était absente depuis trop longtemps. La construction du mur a également placé de nombreuses familles en dehors des nouvelles délimitations de Jérusalem, qui se sont retrouvées arbitrairement en Cisjordanie. D’autres annulations ont eu lieu pour non-respect de l’« obligation minimale de loyauté envers l’État d’Israël », le but étant de maintenir le pourcentage de Palestiniens à Jérusalem à moins de 30 %.

Selon les accords d'Oslo, les Palestiniens de Jérusalem dépendent d'Israël

Le ministre israélien estime que Salah Hamouri utilise sa position de résident d’Israël pour agir contre cet État. Il évoque sa condamnation à sept ans de prison, mais s’appuie aussi sur la détention administrative d’un an (en 2018-2019) alors qu’aucun procès n’a eu lieu et que les dossiers étant secrets, nul ne sait officiellement pourquoi celui qui est maintenant un avocat des droits de l’homme avait été enfermé.

Autant dire que si cette mesure était appliquée, que le statut permanent de résident était annulé, Salah Hamouri serait obligé de quitter la Palestine. En effet, selon les accords d’Oslo, les Palestiniens de Jérusalem ne dépendent pas de l’Autorité palestinienne, mais d’Israël. Toute installation ailleurs qu’à Jérusalem ou de quiconque n’est pas israélien, y compris à Ramallah, nécessite l’obtention d’un visa de la part d’Israël. Qui peut refuser de l’octroyer. C’est déjà le cas pour l’épouse de Salah Hamouri, qui ne peut plus se rendre ni en Israël ni dans les territoires palestiniens en vertu d’une décision discriminatoire.

L’idée israélienne est maintenant d’empêcher Salah Hamouri de rester. Sans sa carte de résident permanent, il n’a plus comme pièce d’identité que son passeport français. Le ministère français des Affaires étrangères, qui « a engagé des démarches pour obtenir des explications sur les motifs de cette décision et son retrait sans délai », indique que la situation de Salah Hamouri « est suivie attentivement et à haut niveau par les autorités françaises ». La France souligne qu’il « doit pouvoir mener une vie normale à Jérusalem, où il est né et où il réside. Son épouse et son fils doivent également obtenir le droit de se rendre à Jérusalem pour le retrouver ». Il a trente jours pour contester cette mesure politique.

 

Pierre Barbencey

lundi 7 septembre 2020

À nos lecteurs. Ce dessin n’est pas l’Humanité (Sébastien Crépel)



Nous avons décidé de cesser la collaboration avec le dessinateur Espé et le chroniqueur Antoine Vayer, que nous avions établie initialement pour la durée du Tour de France. La raison en est le dessin dégradant et sexiste signé Espé, visant la consultante de France Télévisions et championne de France cycliste Marion Rousse, réduite à un objet sexuel interrogeant un concurrent du Tour, Julian Alaphilippe, qui a révélé être son compagnon à la ville.

 

Un tel dessin est à l’opposé de l’orientation éditoriale et des combats de l’Humanité, y compris dans sa défense des sports féminins. Or, dans la journée de dimanche, le dessin en question a été publié quelques heures sur le site Internet de l’Humanité sans vérification, et nous le regrettons profondément. Écœurés par un contenu contraire à nos valeurs, nous l’avons fait retirer dès que nous nous sommes rendu compte de cette grave erreur ; nous présentons à nouveau nos excuses à Marion Rousse et à toutes celles et tous ceux que cette publication a légitimement offensés. Un tel dessin ne peut avoir sa place dans l’Humanité car il est incompatible avec les valeurs et les principes qui guident en permanence le contenu éditorial de nos titres, faits de respect et de promotion de la dignité des êtres humains, de soutien et de partage de la cause féministe, laquelle est au cœur des engagements du journal ainsi que de chacune et chacun de ses rédactrices et rédacteurs.

 

Sans le justifier aucunement, nous devons à nos lectrices et lecteurs des explications sur ce défaut de contrôle de notre publication. Ces dessins nous sont fournis par un auteur qui n’est pas membre de l’équipe permanente de rédaction. Cet incident intervient dans un contexte où nos équipes sont fortement sollicitées par la préparation de la Fête de l’Humanité du week-end prochain, et n’a donc rien à voir avec une quelconque indulgence envers des préjugés sexistes. Toutes nos productions témoignent, au contraire, de notre combat sans relâche pour construire une société débarrassée des dominations et discriminations de toutes sortes.

Par décret, les personnes vulnérables ne le sont plus


Aucune donnée médicale ne permet d’affirmer que les personnes qui étaient jusque-là à risques ne le seraient plus. Mais le gouvernement table sur un respect absolu des gestes barrières en entreprise.

 

À risques ou pas, ces fameuses personnes vulnérables ? Le gouvernement l’assure, tout est mis en œuvre pour garantir la sécurité des travailleurs présentant des pathologies facteurs de comorbidité en cas de contamination au Covid-19. « Nous nous sommes basés sur l’avis du Haut Conseil de la santé publique du 30 juin, qui estimait qu’à condition de mettre en œuvre les gestes barrières, tout le monde pouvait reprendre », justifie-t-on du côté du cabinet d’Olivier Véran. Si certaines maladies – cancer évolutif, immunodépression, diabète associé à une obésité ou des complications micro ou macrovasculaires à condition d’avoir plus de 65 ans, insuffisance rénale chronique sévère – donnent toujours droit à un arrêt indemnisé au titre du chômage partiel, ce n’est que parce que des associations de patients l’ont négocié avec l’exécutif. Sur le plan médical, pourtant, rien ne justifie que les autres malades qui étaient considérés comme vulnérables avant le décret du 29 août ne le soient plus aujourd’hui. « Ces personnes sont toujours à risques », confirme Frédéric Altare, chercheur Inserm au Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers. « La majorité des formes graves de Covid sont représentées par ces populations (obèses, diabétiques, maladies cardiovasculaires – NDLR°) parce que leur condition induit une plus forte inflammation », explique-t-il. Néanmoins, celui-ci souscrit à l’idée qu’un respect scrupuleux du port du masque et des gestes barrières pourrait suffire à assurer la sécurité de ces personnes vulnérables.

Un collectif réclame que le télétravail devienne opposable à l’employeur

 

Mais, pour certains médecins, ce revirement du gouvernement reste problématique. « Cette décision de sortir certaines pathologies de la liste des personnes vulnérables est scandaleuse et aberrante », juge Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML-S). « Il ne faut pas changer les règles en cours de route, ou alors il faut qu’on nous donne une justification scientifique. On minore, certes, le risque avec le port du masque, mais il faut vraiment qu’il n’y ait pas de rupture », précise-t-il. Lui assume de prescrire des arrêts maladie aux personnes vulnérables sorties de la liste, mais il reconnaît que cette position pourrait être plus ou moins contestée sur le territoire selon les différentes caisses d’assurance-maladie.

 

Pour France Assos Santé, qui regroupe 85 associations d’usagers du système de santé, le télétravail devrait devenir opposable à l’employeur pour les personnes vulnérables occupant un poste pouvant être aménagé à domicile. « Par ailleurs, nous demandons que le salarié vulnérable ou le proche puisse solliciter rapidement, s’il le souhaite, le médecin du travail et que ce dernier puisse bénéficier d’outils et de guidelines lui permettant d’évaluer sa situation dans sa globalité, et de pouvoir s’assurer que l’ensemble des conditions de sécurité pour le retour à l’emploi soient respectées », fait valoir le collectif, qui demande en outre la prise en charge du transport individuel du salarié à risques dans le cas où la distanciation physique serait impossible dans les transports en commun.

 

« L’enjeu, c’est aussi d’éviter la désinsertion de ces personnes, qui ont déjà un parcours de vie compliqué », pointe le porte-parole du ministère de la Santé, qui évite soigneusement d’évoquer la question du coût de l’indemnisation de ces salariés au titre de l’activité partielle.

 

Loan Nguyen

« Valeurs », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour

 


Ce serait cocasse si c’était une bataille de chiffonniers. C’est navrant et abject quand il s’agit du débat politique national. Samedi soir, à Fréjus, Marine Le Pen s’est félicitée d’une « prise de conscience de l’ensauvagement de la société ». Le Rassemblement national, par la voix de sa présidente et déjà candidate pour 2022, entend réclamer des droits d’auteur à Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, qui a utilisé les mêmes mots au cours de l’été.

La stratégie d’Emmanuel Macron et de son ministre sarkozien, c’est bien de disputer au RN l’électorat le plus à droite et de ne pas faire dans la nuance et l’intelligence. Il ne s’agit pas, pour autant, de nier l’importance dans le pays aujourd’hui des questions d’insécurité. Elle existe, quand bien même on peut noter la modération en ce domaine du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, qui s’est refusé à ce discours droitier. Oui, il y a dans le pays des incivilités, des actes violents, des trafics. Le rôle de la police républicaine est d’enquêter et d’arrêter s’il le faut. Le rôle de la justice est de sanctionner à la mesure des délits commis en ayant les moyens de le faire. Le rôle des politiques, c’est d’agir en conformité avec les principes de la République, pas de crier aux sauvages avec un vocabulaire d’un autre temps en se disputant, en quelque sorte, leur propriété.

Les mêmes sont silencieux quand il s’agit de cette autre insécurité, de cette autre violence qu’est la violence sociale. Précarité, pauvreté, défaillance des services publics, de la santé, de la police elle-même. Comment nommer ce qui se passe dans un conseil d’administration quand on décide d’un trait de plume de centaines de licenciements au nom des dividendes des actionnaires ? Comment nommer cette délinquance qui fait fuir chaque année vers les paradis fiscaux les milliards qui vont manquer à l’action publique pour plus de justice, d’égalité et, oui, de fraternité ? Les valeurs de la République sont bafouées tous les jours. Mais ce n’est pas d’abord là où Marine Le Pen et Gérald Darmanin voudraient le laisser entendre.

 

samedi 5 septembre 2020

Réaction au discours du Président : la République doit être sociale et démocratique !

 


La République célèbre, ce 4 septembre, le 150° anniversaire de son rétablissement car il est utile de rappeler qu'elle est née le 21 septembre 1792 par l'abolition de la monarchie constitutionnelle.

 

Il faut saluer la force du peuple français qui a su manifester son attachement à ses principes fondateurs, hérités de la Révolution française, contre toutes les tentatives de les remettre en cause, et elles furent nombreuses à droite et à l’extrême droite. Pour l’égalité, l’intérêt général, la souveraineté du peuple, la laïcité, la conception d’une nation récusant toutes les stigmatisations, le racisme et l'antisémitisme, et pour la coopération des peuples au service de la justice, le peuple français a su mener d’innombrables combats.


De la Commune de Paris au Front populaire, de la Résistance à Mai 68,  nos plus belles conquêtes sont nées de la lutte sans cesse recommencée pour la République sociale et démocratique.
Le président de la République a aujourd’hui décidé de célébrer le 4 septembre 1870. Dans quel état laisse-t-il la République ! Oh combien l’a-t-il fragilisée, abîmée en l’espace de quelques années !


Comment peut-il célébrer la République lui qui prévoit de donner aux régions le droit de « différenciation », mettant fin ainsi l’égalité des citoyens quel que soit son lieu d’habitation ? La République française est une et indivisible. Elle ne se découpe pas en länder !
Nous aurions aimé qu’il n’ait pas, ces trois dernières années, détruit autant de ces acquis du combat républicain que sont nos services publics, dont celui de la santé ou de l’énergie et de la SNCF, notre Sécurité sociale et notre droit du travail. On aurait aimé que sa conception jupitérienne du pouvoir ne l’ait pas amené infliger à la France tant d’autoritarisme et de restriction des libertés individuelles et collectives. On aurait aimé que, dans son empressement à se plier aux règles de la globalisation capitaliste et de l’Europe libérale, il n’ait pas à ce point bradé la souveraineté démocratique de notre peuple et de la nation.


Le Président de la République a rappelé l'apport de personnalités immigrées dans la construction de la République. Cette parole va dans la bonne direction mais pourquoi refuser encore de donner la belle et juste place à l'histoire plurielle de notre pays ? Pourquoi tant de lieux aujourd'hui dédiés à Gallieni et si peu à Maurice Audin ? Au Panthéon lui-même, femmes, ouvrier-e-s, immigré-e-s au rôle pourtant majeur dans la vie de la République, restent encore si souvent à l'écart. Il aurait aussi été utile qu'il rappelle l'actualité de l'apport des femmes et des hommes issus de l'immigration qui ont été en première ligne pendant le confinement pour assurer la continuité du service public de la santé à la propreté.


En outre, sa critique du "séparatisme" est aveugle aux causes de l'intégrisme. Aussi, comment sa politique pourrait-elle la combattre efficacement ? Quant à l'utilisation du terme, il procède d'une surenchère du même type que celle liée au vocable d'"ensauvagement". Pour faire reculer les violences, à commencer par les violences faites aux femmes, il faut développer les politiques sociales et de services publics, et garantir les moyens humains et financiers d'une police républicaine, de proximité, formée, ayant pour mission de "garder la paix" et non de faire du chiffre.


Les communistes, pour ce qui les concerne, continueront à agir en héritiers de la lutte pour le progrès, la démocratie, l’émancipation humaine. Aujourd’hui autant qu’hier, ils répondront à l’appel de Jaurès pour « pousser la République jusqu‘au bout ».

vendredi 4 septembre 2020

Sécurité. Macron joue le Père Fouettard de la République


Le chef de l’État doit prononcer ce vendredi matin un discours solennel et ferme sur « l’ordre républicain ». Une démarche non dénuée d’arrière-pensées électoralistes, alors qu’il est accusé de manque d’autorité par la droite.

C’est un des grands écarts dont Emmanuel Macron a le secret : entre le discours qu’il doit prononcer ce vendredi au Panthéon pour célébrer le 150e anniversaire de la proclamation de la République – la IIIe – et l’objet de ce discours, dont une bonne part doit être consacrée au sujet de « l’ordre républicain », l’abîme est profond. Car si le chef de l’État a prévu de convoquer les mânes républicains, il semble avoir des visées plus bassement politiciennes : couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs en matière d’insécurité et de « séparatisme ». « Ce sera un discours ferme pour faire bloc derrière la République », indique-t-on à l’Élysée, le chef de l’État considérant qu’il « est temps de rappeler aux Français ce que signifie être citoyen en République ». Au menu, une cérémonie solennelle de remise de la citoyenneté à cinq personnes naturalisées, puis l’éloge de plusieurs « personnalités républicaines », avant la prise de parole d’Emmanuel Macron. La date ne doit rien au hasard : le 4 septembre 1870, Léon Gambetta proclamait une République encore incertaine depuis le balcon de l’hôtel de ville de Paris.

Mais en toile de fond, c’est bien l’énième polémique sur la prétendue montée de l’insécurité qui est dans tous les esprits : depuis le début de l’été, la droite et le RN n’ont de cesse de s’en prendre au prétendu « laxisme » du gouvernement et de la justice, et ce malgré – ou à cause, c’est selon – l’hyperactivisme du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, lequel n’a pas hésité, en juillet, à imiter le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy en parlant « d’ensauvagement » de la société.

Une réponse fumeuse à la « banalisation de la violence »

Outre cette offensive, la fameuse « loi sur les séparatismes » est attendue dans quelques semaines, et le discours d’aujourd’hui portera fortement sur ce thème, que l’Élysée définit comme pouvant être « d’extrême droite, d’extrême gauche, religieux, voire éditorial ». Un curieux méli-mélo qui donne surtout l’occasion au chef de l’État de poser en garant de la République. Mais, interrogé sur les promesses non tenues de la République – racisme, discriminations, inégalités –, l’Élysée botte en touche. L’heure n’est pas aux contritions mais au « patriotisme républicain », le nouveau concept fumeux d’Emmanuel Macron censé répondre à la « banalisation de la violence ».

L’été a été rythmé par des faits divers marquants qui ont choqué le pays – d’autant qu’ils ont été fortement médiatisés. Meurtre d’un chauffeur de bus à Bayonne, maires agressés, jusqu’au viol et au meurtre d’une jeune fille de 15 ans par un récidiviste. Autant de drames qui interrogent notre société et que LR et RN n’ont pas tardé à instrumentaliser : Marine Le Pen a accusé le chef de l’État d’avoir « un problème avec l’autorité », quand Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, deux potentiels candidats présidentiels à droite, jouaient la surenchère en parlant respectivement « d’été Orange mécanique  » et de « nouveaux barbares ».

Le député (LR) du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont explicite : « L’avenir de la droite, c’est plus dur sur le régalien et plus souple sur les questions sociétales. Or, la sécurité, c’est le talon d’Achille de Macron. » Voix discordante au gouvernement, celle du garde des Sceaux Éric Dupond- Moretti, qui fustige une « surenchère populiste » et rappelle que « la France n’est pas un coupe-gorge ». Des propos corroborés par les statistiques, et notamment l’enquête « Cadre de vie et sécurité » menée par l’Insee et l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) : celle-ci indique que le nombre annuel de victimes de vols avec violence est passé de 361 000 en 2006 à 166 000 en 2018. Forte baisse également des homicides, avec un taux passé de 1,9 homicide pour 100 000 habitants en 2002 à 1,3 en 2018. Seul chiffre en hausse, celui des coups et blessures volontaires : de 198 600 en 2008 à 240 200 en 2018. Mais il s’agit là des actes enregistrés par les forces de l’ordre, ce qui ne signifie donc pas une explosion de violence mais une meilleure prise en compte policière. Christophe Soullez, de l’ONDRP, estime « qu’on ne peut pas dire à travers les données disponibles que l’on est dans une explosion de la violence ».

En attendant le séminaire gouvernemental du 9 septembre consacré à cette question, le gouvernement a annoncé la création de 550 postes de greffiers et magistrats supplémentaires, et le ministre de la Justice a aussi prévu de mieux protéger les maires en retenant en cas d’agression verbale le caractère d’outrage, qui relève du droit pénal, et non d’injure publique, qui relève du droit de la presse. Au final, l’utilisation à outrance d’une question réelle telle que l’insécurité met également en exergue la crainte d’Emmanuel Macron d’un « syndrome Jospin », référence à une campagne présidentielle de 2002 marquée par ce thème – avec l’aide de certains médias volontiers alarmistes – et qui aboutit à l’élimination du candidat socialiste. C’est bien pour répondre à cette éventualité et se positionner en vue de 2022 que le chef de l’État met en scène une intransigeance droitière. Quitte à se poser en Père Fouettard de la République.

 

Benjamin König

 

 

« Cercle vicieux », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’humanité de ce jour


Des dizaines de milliards d’euros qui s’ajoutent à ces centaines de milliards d’euros pour aboutir à des milliers de milliards d’euros d’aides en tout genre donnés aux entreprises depuis maintenant plus de vingt ans. Des chiffres qui donnent le tournis. Qu’on les appelle « exonérations de charge », « crédit d’impôt » ou « baisses d’impôts de production », ces milliards vont toujours dans les mêmes poches. Avec comme justification toujours les mêmes mots : « compétitivité », « emploi ». Mais pour quel résultat ? Combien d’emplois créés ? Combien de PME sauvées ? Combien de territoires réindustrialisés ? Combien de bassins d’emploi revivifiés ? Pire, cet argent public coule à flots sur des entreprises qui ne se privent pas de licencier. Des milliards directement pris dans la poche des salariés, des artisans, des petits patrons, pour aller dans celles des grands patrons et des actionnaires.

Les baisses d’impôts et de cotisations sociales, c’est la redistribution au capital d’une part toujours plus importante de la richesse produite par le travail qui auparavant était mise au service de la société. Et, cerise sur le gâteau, ce manque à gagner pour la collectivité se traduit par des baisses de services publics au nom de la « réduction des dépenses publiques » et de la « dette ».

C’est ce cercle vicieux qui enrichit toujours plus une petite minorité que veut réamorcer le gouvernement, quand l’immense majorité est renvoyée à une hausse de la productivité du travail pour ralentir la chute de son niveau de vie. Car, si aider les entreprises n’est pas, en soi, une mauvaise idée, le minimum, est de discuter de la nature de ces aides et de conditionner leur attribution. Le mieux étant, bien sûr, que les salariés et les citoyens aient un droit de regard et d’intervention sur l’utilisation de cet argent. Afin qu’il serve bien à créer de l’emploi, à baisser le temps de travail, à transformer les modes de production, à accélérer la transition énergétique… Bref, à sub­stituer au cercle vicieux d’une « relance capitaliste » le cercle vertueux d’une économie sociale, écologique et démocratique qui place l’humain et la planète au cœur de tous les choix.