vendredi 4 septembre 2020

« vidéo », le billet de Maurice Ulrich !


On a éventuellement le droit de penser qu’un clip de rap mettant en scène des supposés dealers équipés de kalachnikovs, même factices, n’est pas forcément du meilleur goût. Mais Gérald Darmanin, déterminé à combattre les sauvages partout, n’a pas hésité, comme on l’a appris il y a quelques jours. Alors que la vidéo tournait sur les réseaux sociaux, il a demandé une descente de police musclée et en nombre dans le quartier Mistral de Grenoble.

 

Résultat, rien du tout. Mais voilà que les enquêteurs ont mis le jeune rappeur, âgé de 16 ans, en garde à vue et se demandent maintenant s’il n’aurait pas agi, peut-être, à la demande de vrais dealers pour impressionner leurs concurrents… Peut-être ? Ça permettrait aussi de faire oublier le fiasco.

 

Car, le fait est là, la vidéo montrait une bande lourdement armée défiant ouvertement l’autorité de l’État. Pour plaire à sa dulcinée, Don Quichotte attaquait des moulins à vent qu’il prenait pour de dangereux géants. Mais il était fou. Gérald Darmanin ne l’est pas, mais qui veut-il séduire ?

 

À Alinéa, le licenciement de 1000 salariés bientôt acté



Une offre de reprise examinée lundi dernier permettrait aux actionnaires d’engager le rachat de leur entreprise d’ameublement, en supprimant près d’un millier d’emplois.

Si la décision définitive ne sera pas prononcée avant le 14 septembre, il existe peu de doutes quant à l’issue du jugement pour l’entreprise Alinéa. Lundi, la candidature de l’unique repreneur potentiel de la firme d’ameublement, qui n’est autre que celle de l’actuel propriétaire, Alexis Mulliez, et l’Association familiale Mulliez (AFM), a été examinée par le tribunal de commerce de Marseille.

Une opération immobilière en cause

« Il ne faut pas avoir trop d’espoir », estime Eddy Chhlang, délégué CGT dans l’entreprise, « nous allons perdre 1 000 emplois, parce qu’il n’y a pas d’autre alternative pour la marque que celle proposée par les actuels actionnaires ». Alinéa est l’une des principales firmes d’ameublement en France. Avec 1 800 employés et 26 magasins, dont 4 franchisés, la firme avait dû faire face à de sévères difficultés depuis l’arrivée de la famille Mulliez aux commandes de l’entreprise, en 2017. Dans un rapport confidentiel du tribunal consulté par Libération, les experts dénoncent d’ailleurs avec sévérité les choix de la direction qui ont contribué à fragiliser l’entreprise au cours des dernières années. Une opération immobilière visant à céder la propriété de ses murs à l’entreprise Aline Immo est notamment en cause. Cette dernière aurait privé l’entreprise de ressources financières importantes en cas de difficulté. Même si, lorsque la société a été placée en redressement judiciaire, en mai dernier, la direction a préféré blâmer la crise des gilets jaunes et les manifestations anti-réforme des retraites.

Un décret d’aubaine pour la famille Mulliez

Dans cette situation, la crise sanitaire a bon dos, et le futur rachat d’Alinéa distille comme un parfum d’aubaine pour les actuels actionnaires. Cette offre de reprise a en effet été rendue possible par l’ordonnance du 20 mai, qui autorise le propriétaire d’une entreprise en faillite à la racheter devant le tribunal de commerce. Résultat d’une politique destinée à limiter les retombées négatives de l’après-Covid, ce mécanisme permettrait, selon le gouvernement, de limiter la casse dans les secteurs durement touchés par la crise sanitaire. Mais les dirigeants d’Alinéa semblent profiter de cet outil pour restructurer à peu de frais l’entreprise endettée, mettant du même coup un millier d’emplois en jeu. Une nouvelle qui passe mal pour les salariés, sachant que le patrimoine familial des Mulliez, sixième fortune de France, est estimé à 26 milliards d’euros par le magazine Challenges.

Quel avenir pour les salariés d’Alinéa ?

Pour le délégué syndical CGT, il n’y a pas de quoi être optimiste. « Avec seulement 9 magasins conservés, on peut s’inquiéter de l’avenir de la firme par rapport aux autres concurrents. » De son côté, la direction de l’entreprise affiche son désir de « réaffirmer la marque et de la relancer » sur le secteur de l’ameublement. L’offre formulée par Mulliez risque au contraire d’empêcher la progression de l’entreprise face à ses plus gros concurrents, Ikea et Conforama. Quel avenir, alors, pour les quelque 800 salariés que le plan de reprise aura épargnés ? Une audience est prévue à l’été prochain, afin d’évaluer la situation de l’entreprise au lendemain du plan de reprise.

 

Mathieu Plane : « Ce n’est ni un plan de relance, ni un plan d’urgence »


Pour l’économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques, le plan du gouvernement est mal calibré. Il n’empêchera ni les faillites, ni les licenciements.

MATHIEU PLANE  DIRECTEUR ADJOINT ANALYSES ET PRÉVISIONS À L’OFCE

Une enveloppe de 100 milliards d’euros pour relancer l’économie, est-ce suffisant ?

Mathieu Plane : C’est une somme importante, avec une ambition affichée en matière de transition écologique, de relocalisation industrielle. Mais ce plan visant à transformer l’économie à moyen et long termes, avec des effets diffus, des mesures structurelles, n’est ni un plan d’urgence, ni un plan de relance. La baisse des impôts de production est, par exemple, une mesure structurelle de compétitivité, qui ne vise pas à empêcher les faillites. Sans compter que nombre de ces mesures étaient déjà budgétées. Or, cette crise est une course contre la montre vu le risque important de faillites, de licenciements. Tout va se jouer dans les prochains mois. Le gouvernement parle de dépenser 30 % du plan en 2021. Cela correspond à 30 milliards d’euros, soit 2 points de PIB, soit le plan de relance de 2009. Les seules mesures d’urgence sont le chômage partiel, le plan jeunes, le renforcement des fonds propres.

En ce qui concerne la gestion de la crise à court terme, je pense que les montants sont mal calibrés. L’Allemagne, par exemple, a fait un plan à 137 milliards, dont 80 milliards de mesures d’urgence et 57 milliards de mesures d’investissements de transformation de l’économie. En France, la réponse est même insuffisante pour éviter de rentrer dans une spirale dépressive. De plus, il manque clairement le deuxième volet, celui de la demande avec des mesures incitant à dégonfler les 75 milliards d’euros d’épargne accumulés par les ménages pendant le confinement, ce qui est exceptionnel. Dépenser cette épargne revient à diviser le choc économique par deux.

Dans un climat d’incertitude, comment faut-il relancer la consommation ?

Mathieu Plane : Le choix qui a été fait dans plusieurs pays a été des baisses de TVA. Le gouvernement mise sur la confiance. Or, dans un climat aussi incertain économiquement, socialement et sanitairement, je doute que les ménages soient enclins à dépenser. La consommation est un moteur important de l’activité et surtout des services, beaucoup touchés et très dépendants de la consommation domestique.

Quelles sont les mesures immédiates dont les entreprises ont le plus besoin ?

Mathieu Plane : L’urgence est la solvabilité des entreprises. Si, malgré des pertes d’exploitation extrêmement importantes, les entreprises ont tenu, c’est grâce aux prêts garantis par l’État, aux dettes fiscales. Mais, aujourd’hui, elles sont face à un mur de dettes et à un niveau d’activité largement inférieur à celui avant la crise. Les trois milliards d’euros de renforcement de fonds propres sont largement insuffisants. Il aurait fallu au moins 20 milliards d’euros.

Le premier ministre s’est fixé comme objectif de créer 160 000 emplois en 2021. Est-ce ambitieux et réaliste ?

Mathieu Plane : C’est honnête. Mais c’est une goutte d’eau, si à côté 800 000 emplois sont détruits. Cela signifie que l’impulsion donnée permet de récupérer 20 % des pertes. Cela montre qu’il faudrait faire beaucoup plus.

Un milliard pour la relocalisation, est-ce à la hauteur ?

Mathieu Plane : C’est du saupoudrage. On est sur des montants très faibles par rapport aux enjeux. De plus, les entreprises ne reviennent pas en France pour des questions fiscales. Cela exige que l’on pose concrètement le rôle de l’État, le besoin de subventionner certaines filières.

L’enjeu du financement demeure. Selon vous, qui va payer ?

Mathieu Plane : Une partie du plan de relance est une dette Covid. La politique monétaire de la Banque centrale européenne permet d’accéder au crédit à des taux très bas. On a une dette qui, en somme, ne coûte rien. Le problème vient surtout des baisses d’impôts. Elles créent un déficit durable qui nécessitera soit des prélèvements nouveaux, soit des baisses de dépenses. Le risque est d’avoir des mesures assez drastiques en matière de dépenses. Et si le gouvernement a promis de ne pas augmenter les impôts, tout reste ouvert en 2022. D’autant qu’à la baisse des impôts de production s’ajoutent la suppression de la taxe d’habitation, la baisse de l’impôt sur les sociétés. Ce qui peut affaiblir la demande et donc la croissance.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu

 

jeudi 3 septembre 2020

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 03 septembre – par Patrick Le Hyaric.


« La richesse d’un pays, c’est la quantité de travail par individu multipliée par le nombre de gens qui travaillent. Tout le reste c’est de l’idéologie ». Cette assertion martelée comme une évidence par le président du MEDEF, abondamment reprise par les grands médias sans qu’ils aient jugé utile de la commenter, est lourde de sens pour les travailleurs.

Elle est emblématique de la pure idéologie capitaliste. D’abord, elle néglige les millions de privés de travail qui ne demandent qu’à exercer une activité et que le même MEDEF cherche à faire passer pour des oisifs, des inutiles, des improductifs coupables d’être privés d’emploi, quand le chômage est le fruit des choix imposés par le capital. Et même quand le travail existe, comme à Airbus où l’on dénombre 308 commandes d’avions de plus qu’à la fin de l’année 2019, les adhérents du Medef ne se privent pas de licencier. Pire, ils le font avec le robinet ouvert de l’argent public. Remarquons ensuite que la disparition de l’esclavage et les réductions successives du temps de travail journalier comme l’interdiction du travail des enfants, conquises de hautes luttes, n’ont pas diminué les richesses produites. Bien au contraire ! La productivité du travail a été décuplée dans notre pays depuis les années 1960. M. Roux de Bézieux assimile donc le travailleur à un simple moyen de production au même titre que la machine qu’il conduit ou manipule. Dans cette « logique » effarante, l’enseignant, la soignante, ou le petit commerçant sont considérés comme des non-producteurs de richesses. L’argument sert à libérer le terrain pour les passer à la moulinette de la « réduction des dépenses publiques ». Ce raisonnement fait du travailleur, non plus un citoyen ou un être humain, mais une simple « force de travail » à « essorer » au maximum pour valoriser le capital. Car dans le capitalisme, l’augmentation du temps de travail est avant tout la principale manière d’augmenter la quantité de travail gratuit pour les propriétaires des moyens de production.

Mais de quelle richesse parle le président du MEDEF ? De la richesse sociale et socialisable ? Non ! Démonstration en a été faite lors de cette université d’été patronale. Le premier ministre – celui-là même qui refuse la gratuité des masques à l’école – s’y est rendu, les bras chargés de cadeaux dont celui d’une baisse des prélèvements sur le capital – déguisée sous ce nouveau mot sorti des bureaux bruxellois  d’ intolérable «impôt de production » –   de dix milliards d’euros servant à la vie des régions. Autrement dit pour les lycées, les transports et autres équipements. Dix milliards créés par le travail et qui ne serviront plus au bien public, mais qui tomberont à coup sûr dans l’escarcelle des actionnaires. La richesse créée est ainsi chaque jour un peu plus volée au travailleur et à la collectivité, mais accaparée par ceux qui décident des conditions de la production.

Il s’agit ici d’une vision particulièrement rétrograde du travail et surtout de l’être humain, considéré dans toutes ses dimensions et sur l’ensemble de sa vie. Les facteurs de production, les avancées technologiques comme le développement humain n’existent pour le grand capital que dans l’objectif de lui permettre de « maximiser » ses profits au détriment de la vie des femmes et des hommes, celle des animaux et  de la nature.

Cette conception va à rebours de l’histoire. Le développement capitaliste lui-même a pourtant bien eu besoin de travailleurs plus formés, plus cultivés, mieux soignés, mieux logés ou d’équipements comme les routes et les trains, l’électricité et l’eau, payés par la collectivité publique. Non seulement il ne veut plus payer cette part de dépenses pour la collectivité, mais il veut profiter de la pandémie pour les privatiser, et pour abaisser relativement la rémunération du travail, faire travailler les salariés jusqu’à 70 ans, revenir à la semaine de 45h et laisser les jeunes sur le carreau !

Le froid calcul des puissances d’argent n’intègre d’ailleurs jamais la durée de vie de « la force de travail » ni des effets pervers des stratégies patronales sur la terre, la biodiversité ou le climat. Ainsi, un ouvrier verrier vit sept années de moins que la moyenne des autres ouvriers et quatorze années de moins qu’un cadre. Dans ces conditions, quelle est donc la finalité de la richesse qu’il produit ? Le travail de générations de verriers de l’entreprise Verrallia en Charente, a été accaparé par un fonds financier Nord-Américain qui à la mi-juin verse 200 millions € à ses actionnaires, via une filiale basée dans le paradis fiscal du Luxembourg. Deux jours plus tard, le même licencie plus de 200 travailleurs et délocalise une partie de la production. On pourrait multiplier de tels exemples.

La crise sanitaire n’appelle donc pas « une relance capitaliste » mais une « bifurcation-reconstruction » sociale, écologique et démocratique. Retraite à 60 ans, 32h de travail hebdomadaire, impulsion des formations pour toutes et tous préparant la métamorphose  de la production industrielle et agricole, socialisation des richesses pour des services publics rénovés de l’école, de la santé, des transports, du logement et pour la sécurité alimentaire, et enfin des pouvoirs d’intervention et de gestion des salariés dans l’entreprise. Au-delà, l’enjeu de la propriété du capital dans plusieurs secteurs décisifs ne doit plus rester tabou. Le MEDEF a ouvert un débat de première importance sur ses intérêts de classe. Il faut l’affronter pour les combattre. La Fête de l’Humanité – dans une semaine – y contribuera.

 

« Virus et vaccin », l’éditorial de Patrick Apel-Muller dans l’humanité de ce jour !

                                    

Donald Trump a deux alliés, la peur et la haine. Seront-ils assez puissants pour rayer d’un trait sa pitoyable gestion du Covid et son cortège de morts, la promesse trahie d’une ère de prospérité, ses pantalonnades et ses foucades ? On pourrait ajouter les meurtres racistes, les milices plus ou moins suprémacistes et les émeutes s’il n’en faisait les ressorts de sa campagne. Pour démentir les sondages et à nouveau gagner sur le fil, la Maison-Blanche entend placer au centre des débats l’insécurité, l’immigration et « le terrorisme intérieur ». Les émeutes ? « Antiaméricaines ! » lance-t-il. L’extrême tension entre communautés ? « Un complot de Joe Biden », tranche-t-il.

En fortifiant le fond raciste né de l’esclavage et des discriminations, il flatte un électorat qui lui est acquis et qui demeure fortement mobilisé. Il ne craint pas la division du pays. Il la recherche et la diffuse comme un virus. La violence dont il fait montre vise aussi à ce que les électeurs noirs ou latinos désertent les urnes, parce qu’ils sont ceux qui risquent le plus. Les manifestants clament-ils : « Les vies noires comptent » ? Il leur répond que le bien-être des policiers prime. Déjà entendu ailleurs, non ?

Wall Street n’est pas dérangée par cette corruption, des confrontations politiques. Elle permet de reléguer au second plan les aspirations que portaient ceux qui occupaient les abords de la Bourse new-yorkaise et qui se sont retrouvées dans les propositions de Bernie Sanders et de la gauche démocrate. Pour l’heure, l’adversaire de Donald Trump tombe dans le piège. Il ne propose pas les mesures sociales qui permettraient de mobiliser dans les urnes la jeunesse indignée et les cols bleus, ces ouvriers qui votaient démocrate jusqu’à la dernière élection présidentielle. Le syndrome Hillary Clinton menace. Un vaccin sera-t-il injecté à temps ?

 

« La puce et la clé »Le billet de Maurice Ulrich !


Après l’homme qui parlait à l’oreille des chevaux, voilà celui qui veut parler au cerveau des cochons. Elon Musk, l’hypermilliardaire patron de Tesla et de SpaceX, toujours soucieux d’améliorer sa fortune et les humains par tous les moyens possibles, vient, avec son entreprise Neuralink, de tester un implant cérébral sur de braves suidés qui n’en demandaient pas tant.

 

Donc, l’un d’eux, après l’ouverture de sa boîte crânienne, a été équipé de centaines de câbles ultrafins par un super robot et d’une puce électronique de la taille d’une pièce de monnaie. Résultat, les expérimentateurs ont pu voir sur un écran circuler des balises lumineuses comme sur un flipper, censées traduire les activités de l’animal.

 

On ne sait toujours pas, en revanche, ce qu’il en pensait et de là à voir des cochons jouer aux échecs ou lire Kant… Marx pensait que l’anatomie de l’homme est la clé de celle du singe. Elon Musk montrera peut-être un jour que le cerveau du cochon est la clé du cerveau de l’homme augmenté. On grouinera ensemble.

Relance. Une rentrée gouvernementale estampillée à droite toute !

                                                             





Aurélien Soucheyre

 

Émilio Meslet

 

L’exécutif détaille ce jeudi matin son plan de 100 milliards d’euros. Emmanuel Macron et Jean Castex préparent aussi plusieurs réformes afin d’enterrer définitivement le monde d’après dès cet automne.

La présentation du plan de relance du gouvernement, sur RTL, marque une rentrée politique décidément très à droite pour la Macronie. Loin de relever les défis posés par le Covid, en s’attaquant à toutes les injustices mises en lumière, l’Élysée cherche à enterrer le monde d’après pour imposer des réformes qui risquent d’aggraver la crise.

Au moins, le gouvernement n’avance pas masqué : « C’est un plan de relance de l’offre et de l’investissement », a annoncé Jean Castex, lors des universités d’été du Medef. Sans surprise, le plan de relance sera donc de droite, en grande partie dirigé en faveur des grands patrons et des actionnaires. L’exécutif privilégie les cadeaux au capital au détriment des travailleurs et des ménages, au motif que leurs revenus auraient déjà été « préservés ». Le premier ministre fait ainsi fi des grandes inégalités économiques et sociales exacerbées par la crise sanitaire et de l’occasion historique de relancer l’économie à partir de la réponse aux besoins des populations et de la répartition des richesses créées.

Un plan de relance pro-CAC 40

Sur les 100 milliards d’euros mis sur la table, un tiers de la somme sera même consacré à la « compétitivité ». Comprendre, la baisse de la fiscalité des entreprises, qui n’auront à souffrir d’aucune conditionnalité sociale ou environnementale en contrepartie. Le tout après avoir déjà bénéficié de plus de 100 milliards liés au Cice sans pour autant créer le million d’emplois promis alors par Pierre Gattaz, ex-patron du Medef. Ces pertes de recettes massives pour l’État annoncent déjà la rigueur budgétaire à venir : le déficit devra « retrouver son niveau de fin 2019 d’ici à la fin du quinquennat », affirme Jean Castex. Les services publics, pourtant si utiles et d’autant plus en temps de crise, sont déjà dans le viseur.

Au plus fort de la crise, Emmanuel Macron n’avait plus assez de mots pour louer le travail indispensable des « métiers essentiels » : caissières, éboueurs, manutentionnaires, professeurs, chauffeurs livreurs… Ces femmes et ces hommes « que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Si, à l’issue des négociations du Ségur de la santé, les personnels soignants, en première ligne pendant la crise, ont obtenu des revalorisations salariales qu’ils estiment d’ailleurs insuffisantes, les salariés de la deuxième ligne attendent toujours des actes. Mi-mai, Muriel Pénicaud, alors ministre du Travail, avait assuré que les branches professionnelles seraient convoquées afin de prendre en compte ces métiers « qui ont besoin d’être valorisés ». En septembre, toujours rien. Pis, ceux qui étaient aux avant-postes pendant le confinement, souvent précaires, vont recevoir en guise de récompense deux réformes particulièrement nocives que le gouvernement ne veut pas abandonner malgré les larges oppositions. Celle de l’assurance-chômage, dont certaines mesures sont reportées à 2021, et celle des retraites promise « avant la fin du quinquennat » par Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État en charge du dossier.

La grande diversion sur l’insécurité

La crise du Covid a mis en lumière toute la nocivité des choix politiques pris par Emmanuel Macron depuis son élection. Comment faire diversion, tout en préparant au passage le terrain pour 2022 ? En multipliant les déclarations sur l’insécurité et en promettant une loi contre les « séparatismes » pour la rentrée, comme le fait le premier ministre, Jean Castex. Son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, va encore plus loin, multipliant quotidiennement les provocations. Loin de porter jusqu’à présent des mesures concrètes pour lutter contre les incivilités et l’insécurité, il s’attelle méthodiquement à instiller un climat d’insécurité pour détourner les esprits du monde d’après à bâtir. Celui qui parle d’ « ensauvagement » de la société malgré des statistiques stables assène également qu’ « avoir le droit d’asile ne créer par le droit de mettre le bordel », dans le plus pur style sarkozyste. Si le droit à la sécurité doit bien sûr être garanti à tous, les coups de menton de l’exécutif visent surtout à masquer un « séparatisme » qu’il organise lui-même : celui des plus riches d’avec les pauvres.

Des territoires mis en concurrence

Dans les discours, Emmanuel Macron et son premier ministre, Jean Castex, ne cessent de louer les territoires. À les entendre, ils souhaiteraient confier un rôle toujours plus important aux maires, aux départements et aux régions pour relever la longue liste des défis posés par le Covid. Celui du respect des règles sanitaires, bien sûr, mais aussi celui de l’amortisseur social, de la relance économique et du débat citoyen. Problème : la loi 3D que concocte l’exécutif est une bombe à retardement pour les collectivités locales. Derrière son surnom se décline une volonté de « décentralisation, déconcentration et différenciation ». Officiellement, l’objectif serait de « faire confiance au terrain », mais la réalité du projet est tout autre.

Le gouvernement veut poursuivre à tout prix la mise en concurrence des territoires, qui donc fera des gagnants et des perdants en les montant, les uns contre les autres sur le terrain économique. Il souhaite aussi faire voler en éclats le principe d’unicité de la République en permettant de « différencier » les lois selon les territoires, au risque de rompre avec la promesse d’égalité. De quoi renforcer les conséquences négatives du Covid plutôt que d’y remédier. Enfin, le projet suscite l’ire des représentants des associations d’élus locaux, qui le trouvent trop « technique » et sans garantie de pouvoirs et moyens suffisants.