mardi 28 avril 2020

« Chair à canon », le billet d'humeur de Christophe Prudhomme



Tout le monde se félicite de la mobilisation des personnels de santé qui se sont donnés sans compter dans les hôpitaux et les EHPAD pour accueillir les malades du COVID-19 et assurer la continuité du fonctionnement des établissements.
Malgré l'absence d'équipements de protection, nous avons continué à travailler. C'est dans notre ADN, il n'est pas question de laisser les patients sans soins ou de laisser les collègues en sous-effectifs. Alors de la même manière que nous continuons à travailler quand nous sommes en grève, nous continuons à travailler lors de cette épidémie malgré les dangers auxquels nous sommes exposés.

Dès le début de l'épidémie, nous nous sommes inquiétés de connaître le niveau de contamination parmi les soignants. Mais nous nous sommes retrouvés face à un mur. Si quelques chiffres nous sont chichement donnés établissement par établissement, aucun recensement national n'est encore à ce jour disponible malgré les demandes réitérés des syndicats.
Ici il ne s'agit pas d'une question de pénurie mais d'un choix politique délibéré de cacher les données pour ne pas se retrouver en manque de personnel du fait de l'éviction pour positivité d'un nombre trop important de soignants. Quel cynisme !

Nous comprenons alors mieux le terme de "guerre" employé par E. Macron. Comme à la guerre, les "grands généraux" planqués à l'arrière envoient en première ligne sans protection ce qu’il faut bien désigner comme de la "chair à canon".
Au fil des jours, le nombre de collègues décédés augmente et va continuer à augmenter. Si nous sommes volontaires pour travailler, nous n'acceptons pas de le faire dans n'importe quelles conditions. Nous exigeons de connaître les chiffres de la réalité de la situation. Nous exigeons une stratégie nationale claire de dépistage et d'éviction des personnels infectés.
Dr Christophe Prudhomme


« LE DÉNI », L’ÉDITORIAL DE JEAN-EMMANUEL DUCOIN DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !



D’ordinaire, les temps de crise majeure réclament une délibération démocratique totale. Le plan de déconfinement annoncé par Édouard Philippe ce mardi à l’Assemblée nationale, crucial pour l’avenir du pays, échappera à la règle d’honneur de notre République. Un exemple supplémentaire parmi tant d’autres – sauf que celui-ci fera date. Alors que de lourdes incertitudes pèsent sur les mesures prévues pour l’après-11 mai, alors que nous assistons depuis des semaines à des contradictions, des louvoiements, des divergences et autres revirements et vraies-fausses annonces, le gouvernement s’apprête donc à dévoiler les conditions de « l’après » de manière expéditive et, pour tout dire, dans des conditions d’examen odieuses. À peine connu, le plan sera survolé, si peu discuté, et aussitôt voté. Tous les groupes parlementaires d’opposition réclamaient « plus de temps » afin d’étudier la stratégie proposée. Refus catégorique. Chaque jour qui passe assigne toujours plus le Parlement à un rôle de chambre d’enregistrement.
Nous ne savons si la date du 11 mai pour (mal) déconfiner le pays sera respectée, mais au moins une évidence s’impose : la démocratie, elle, reste confinée. Naviguant à vue entre impréparation et incompétence, sans parler de nombreuses décisions déplorables liées à l’alliance de l’expertocratie et de l’oligarchie politique, l’exécutif pousse ainsi les feux du déni démocratique. L’heure est pourtant bien trop grave pour se contenter de la nécessaire « urgence », qui ne saurait justifier la mise à l’encan des principes élémentaires.
Dans ces circonstances, comment s’étonner de l’ampleur de la défiance des Français ? Et comment ne pas comprendre que ces derniers considèrent, d’ores et déjà, la (possible) future application StopCovid comme un projet désastreux, piloté par des apprentis sorciers. La démocratie piétinée, d’un côté ; une confiance définitivement plombée, de l’autre. Est-il sérieux de s’en remettre, pieds et poings liés, aux gouvernants responsables de cette catastrophe ?


« SANTÉ », LE BILLET DE MAURICE ULRICH !



Peut-être sujet à d’imprévisibles mutations, le Covid-19 semble aussi sensible aux conditions politiques et idéologiques. Ainsi, il ne serait pas parvenu à entrer en Corée du Nord, le pays étant par ailleurs préoccupé du sort de Kim Jong-un, dont on est sans nouvelles depuis quelques jours. D’après les autorités, on ne compte pas de malades du virus au pays des matins calmes.

Pas de virus non plus au Turkménistan, au moins dans les médias, d’où le mot est banni par décision du président Berdymukhamedov. En Biélorussie, le président Alexandre Loukachenko reconnaît l’existence du virus mais il ne le craint pas et appelle à conduire des tracteurs et boire de la vodka. On aura toutefois remarqué qu’il s’agit là de régimes autoritaires et un brin farfelus.

En revanche, dans un grand pays démocratique comme les États-Unis, le président Donald Trump lui-même contribue à la lutte contre la pandémie. Il a intelligemment suggéré, comme on le sait, de boire du désinfectant. On hésite entre l’eau de Javel et le Mr Propre. Santé, pour lui et les dingues.


lundi 27 avril 2020

« Réforme… », Le billet d'humeur de Christophe Prudhomme



Depuis quelques jours fleurissent des tribunes et des expressions diverses concernant l'avenir de l'hôpital et plus globalement du système de santé. Face à une situation dégradée, le consensus est facile à obtenir pour exiger une réforme. Mais attention, le changement peut prendre des directions opposées. Or une bonne partie de ceux qui parlent aujourd'hui poussent à accélérer les évolutions libérales contre lesquelles nous nous battons depuis des années. Alors que face à l'autoritarisme administratif, nous proposons plus de démocratie, les libéraux nous parlent d'agilité, d'autonomie avec la fin du statut public ou encore de levée de fonds privés. Alors que nous revendiquons une reconnaissance des qualifications et des augmentations de salaires, ils exigent la fin du "carcan" du statut de la fonction publique hospitalière.


Il s'agit bien là de la volonté de profiter de la crise pour accélérer la bascule du système de santé vers le secteur marchand avec la logique de l'hôpital entreprise. Il ne faut pas s'en étonner car les libéraux agissent dans le cadre d'une stratégie de long terme parfaitement théorisée et organisée : dans un premier temps, il s'agit de dégrader la qualité des services publics pour rendre évident la nécessité de réformes qu'ils ont soigneusement préparées et qu'ils sortent de leur chapeau au moment opportun pour les imposer comme la seule solution viable, sans autre alternative possible.


Il s'agit aujourd'hui de ne pas le laisser faire. Pour cela, il ne faut pas attendre pour mettre en débat et avancer nos propositions de réforme. Attendre les mauvais coups, c'est avoir déjà perdu.
Il nous faut dès maintenant proposer et donner du contenu à un grand service public de la santé financé par une Sécurité sociale disposant des ressources nécessaires. Qui dit grand service public, veut dire notamment la fin des cliniques et des EHPAD à statut privé à but lucratif. Ce ne serait que justice au regard de l'incurie des gestionnaires des EHPAD lors de l'épidémie. En ce qui concerne la Sécurité sociale, exigeons la fin des pseudo-déficits qui sont sciemment créés en diminuant ses ressources pour imposer des plans d'économie. Le niveau des cotisations doit être adapté d'une année sur l'autre pour obtenir un équilibre des comptes.


L'avenir sera à nous si nous savons nous donner les moyens de le construire sur les valeurs du service public et de la solidarité.
Dr Christophe Prudhomme


dimanche 26 avril 2020

« SENSIBLES », LE BILLET DE MAURICE ULRICH !



Nombre de patrons français, nous dit-on, sont inquiets. La reprise du travail n’est pas assez rapide à leur gré et ils auraient un peu, semble-t-il, l’impression que les Français n’en ont rien à faire et même pire. Dans ses pages économiques, le Figaro interroge Philippe Varin, président de France Industrie, président du directoire de PSA de 2009 à 2013, président du conseil d’administration d’Orano, anciennement Areva, qui contrôle la filière nucléaire.

Et donc, questionnent les intervieweurs, « le recours au chômage partiel a-t-il incité les Français à s’arrêter de travailler » ? Ben oui, malins comme ils sont, prêts à se confiner deux mois dans cinquante mètres carrés avec 80 % de leur salaire… Il est important, répond Philippe Varin, dont l’engagement au travail lui valait chez PSA 3 millions d’euros par an, « que le gouvernement insiste sur la nécessité de reprendre le travail. Son message initial, restez chez vous, a été parfois mal interprété, d’autant que l’opinion publique est naturellement sensible à la dimension sanitaire et parfois moins à la dimension économique »


« L’ABSENTE », L’ÉDITORIAL DE SÉBASTIEN CRÉPEL DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !



Il y a décidément une absente de marque dans le tête-à-tête organisé entre le gouvernement et le Conseil scientifique mis en place pour l’éclairer dans la gestion de la crise sanitaire : la démocratie. C’est le propre des pouvoirs affranchis de tout contrôle que de se livrer à toutes sortes de mensonges et manipulations. Sur la réouverture des écoles, le gouvernement a non seulement tranché à l’inverse de l’avis du Conseil scientifique – c’est son droit –, mais il a sciemment caché pendant près d’une semaine la note de ce dernier qui préconisait de maintenir les établissements « fermés jusqu’au mois de septembre ».

Ainsi, c’est toute la société qui se trouve privée en temps utile des éclairages nécessaires à la prise d’une décision qui la concerne pourtant au premier chef, l’exécutif décidant de tout en toutes circonstances sans la consulter. Le Conseil scientifique lui-même ne s’y est pas trompé, en alertant dans une autre note dissimulée à l’opinion : « La confiance des citoyens dans les institutions suppose que celles-ci ne fonctionnent pas exclusivement par un contrôle opéré d’en haut. » On nous répondra que les députés sont justement convoqués mardi pour voter sur le plan de déconfinement que lui présentera le premier ministre. Mais les forces les plus attachées au respect du rôle du Parlement dénoncent des conditions d’examen indignes, avec un plan connu seulement mardi matin et soumis à un seul et unique vote pour paralyser toute dissidence dans la majorité. Ainsi, le résultat du scrutin, accordé du bout des lèvres à l’issue d’un simple « débat », est joué d’avance et sans risque aucun pour le gouvernement.

Cette gestion où autoritarisme et opacité vont de pair préfigure le « jour d’après » préparé à l’Élysée. Silence, on casse les droits sociaux : après la suspension des lois sur les horaires de travail, l’exécutif sort ces jours-ci une batterie de décrets pour accélérer les licenciements et autres réorganisations à l’entreprise. C’est ainsi une véritable « loi travail » nouvelle édition qui se met en place en douce et sans vote. Souhaitons que le 1er Mai, les revendications, elles, ne restent pas confinées.


« Sanctions ? », le billet d’humeur de Christophe Prudhomme




Dès le début de l'épidémie, l'administration, pour se dédouaner, tente dans certains établissements de mettre la responsabilité de la contamination des patients sur le dos des soignants.
Nous avons donc vu se multiplier les menaces et les sanctions. Sanctions comme à Toulouse dans un EHPAD où deux infirmier-e-s ont été mis à pied pour avoir osé réclamer des masques. Hier nous apprenons qu'à l'hôpital de Périgueux une enquête de l'ARS met en cause le personnel dans le développement d'un foyer épidémique dans l'établissement. il est évoqué le "non-respect des mesures barrières". Mais de qui se moque-t-on ? De par la loi, les ARS sont responsables du bon fonctionnement du système de santé, ce qui implique la mise à disposition des matériels nécessaires à cette mission, notamment les équipements de protection individuelle. Or les ARS ont été plus que défaillantes à ce niveau. 

Ce sont donc leurs responsables qu'il faut sanctionner et non les lampistes sur le terrain qui ont été exposés sans protection au virus et dont certains en sont morts et vont encore en mourir
Nous en avons assez de cette administration sanitaire qui ne sert que de relais aux gouvernements pour nous imposer depuis des années des restrictions budgétaires et des restructurations avec des fermetures de lits. Dès leur mise en place, nous avons contesté ces agences dirigées par des directeurs généraux tout puissants, véritables préfets sanitaires, nommés directement par le Premier Ministre. Leur caractéristique est le manque total de démocratie avec des instances dans lesquelles les élus locaux et les représentants syndicaux sont méprisés. A cela s'ajoute, les statuts précaires de nombreux employés qui, ne bénéficiant plus du statut de fonctionnaire avec sa garantie d'indépendance dans l'exercice de ses fonctions, sont soumis à des pressions constantes pour appliquer des mesures auxquelles bien souvent ils n'adhèrent pas


Face à cette situation, le limogeage du directeur général de l'ARS de la région Grand-Est ne suffit pas. C'est l'ensemble de l'administration sanitaire qu'il faut réformer pour qu'elle retrouve sa mission première qui est de veiller à ce que toute la population ait accès à un système de santé alliant proximité et qualité. Il est indispensable par ailleurs qu'elle soit soumise à un contrôle démocratique dans les départements et les régions.
Dr Christophe Prudhomme