dimanche 26 avril 2020

« L’ABSENTE », L’ÉDITORIAL DE SÉBASTIEN CRÉPEL DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !



Il y a décidément une absente de marque dans le tête-à-tête organisé entre le gouvernement et le Conseil scientifique mis en place pour l’éclairer dans la gestion de la crise sanitaire : la démocratie. C’est le propre des pouvoirs affranchis de tout contrôle que de se livrer à toutes sortes de mensonges et manipulations. Sur la réouverture des écoles, le gouvernement a non seulement tranché à l’inverse de l’avis du Conseil scientifique – c’est son droit –, mais il a sciemment caché pendant près d’une semaine la note de ce dernier qui préconisait de maintenir les établissements « fermés jusqu’au mois de septembre ».

Ainsi, c’est toute la société qui se trouve privée en temps utile des éclairages nécessaires à la prise d’une décision qui la concerne pourtant au premier chef, l’exécutif décidant de tout en toutes circonstances sans la consulter. Le Conseil scientifique lui-même ne s’y est pas trompé, en alertant dans une autre note dissimulée à l’opinion : « La confiance des citoyens dans les institutions suppose que celles-ci ne fonctionnent pas exclusivement par un contrôle opéré d’en haut. » On nous répondra que les députés sont justement convoqués mardi pour voter sur le plan de déconfinement que lui présentera le premier ministre. Mais les forces les plus attachées au respect du rôle du Parlement dénoncent des conditions d’examen indignes, avec un plan connu seulement mardi matin et soumis à un seul et unique vote pour paralyser toute dissidence dans la majorité. Ainsi, le résultat du scrutin, accordé du bout des lèvres à l’issue d’un simple « débat », est joué d’avance et sans risque aucun pour le gouvernement.

Cette gestion où autoritarisme et opacité vont de pair préfigure le « jour d’après » préparé à l’Élysée. Silence, on casse les droits sociaux : après la suspension des lois sur les horaires de travail, l’exécutif sort ces jours-ci une batterie de décrets pour accélérer les licenciements et autres réorganisations à l’entreprise. C’est ainsi une véritable « loi travail » nouvelle édition qui se met en place en douce et sans vote. Souhaitons que le 1er Mai, les revendications, elles, ne restent pas confinées.


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