mercredi 24 février 2021

Hommage à Maurice SEBBAH

 


UN HOMMAGE SERA RENDU À MAURICE SEBBAH

LE VENDREDI 5 MARS À 10 HEURES

RENDEZ-VOUS A L'ANCIEN CIMETIÈRE DE

ROMAINVILLE

mardi 23 février 2021

« Débat légitime », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité



L’apparition des variants, leur dissémination sur les territoires, leur contagiosité explosive dans certaines régions bousculent les stratégies sanitaires mises en place en France, mais également en Europe et dans le monde.

Dans ce contexte d’insécurité ­sanitaire parsemé de nombre d’inconnues, un débat légitime se fait jour sur la meilleure manière de faire face à la pandémie. Continuer dans la voie sanitaire suivie jusqu’à présent ou changer ? Il y a ceux qui prônent une stratégie « zéro Covid », et citent en exemple la Nouvelle-­Zélande ou l’Australie. Une stratégie visiblement efficace d’après les chiffres. Mais ultra­-contraignante, insoutenable même pour un pays comme la France, assurent les ­opposants à cette option, faisant valoir l’insularité néo-­zélandaise, la densité et la mobilité de la population européenne, sans oublier l’acceptabilité sociale et démo­cratique d’une telle mesure. Ceux-là prônent donc une stratégie de « vie avec le virus », qui passe par « respecter au maximum les gestes barrières, ne pas rencontrer trop de personnes, accepter de se faire tester, mettre en place les ­dépistages très fréquents », et cela jusqu’à l’immunité collective.

Il est important que ce débat ait lieu. Il faut que les peuples et leurs représentants comprennent et maîtrisent les causes de l’insuffisance des moyens hospitaliers et de vaccins et, dans ce contexte, les conséquences positives et négatives de chacune de ces stratégies afin de pouvoir se ­déterminer et assumer en connaissance de cause. Mais il faut également que le débat ait lieu jusqu’au bout sur tous les autres sujets et questions qu’a fait surgir le virus. Que cela soit sur le plan sanitaire, économique, social ou sociétal. C’est la condition pour ne pas subir la stratégie du choc ­décrite par Naomi Klein, qui ferait encore reculer nos droits démocratiques et sociaux. Car ce qui se joue aussi, dès maintenant, ce n’est rien de moins que la direction que vont prendre nos sociétés pour les prochaines décennies. 

 

« Naïfs », le billet de Maurice Ulrich.



Bon, quand c’est à gauche qu’on parle d’augmenter les impôts pour les plus fortunés, c’est facile. Dogmatisme, absence de sens des réalités, passion morbide et destructrice de l’économie… En deux mots et sur les plateaux c’est réglé si l’on ajoute à tout cela la jalousie et la haine des riches qui seraient le quotidien des nostalgiques de la guillotine. Quand c’est Louis Gallois, président du conseil de surveillance de PSA et grande figure du patronat français, sans compter son passage dans diverses administrations au plus haut niveau, qui propose, comme il vient de le faire, un impôt temporaire de cet ordre pour contribuer à la solidarité face à la crise, c’est un peu plus compliqué. On s’en sort comme on peut. Pour Alexandre Devecchio, de la rédaction en chef du Figaro sur LCI, c’est « de la naïveté ». Naïf, Louis Gallois ? Si c’est le Figaro qui le dit… L’ultralibérale Agnès Verdier-Molinié, elle, « ne sait pas ce qu’on cherche avec ce débat ». Vraiment ? Et on devrait la croire ? C’est naïf.

 


Faillites. Menace sur les droits des salariés licenciés

 


Une ordonnance rédigée par le ministère de la Justice pourrait porter atteinte au financement des AGS, régime de garantie des salaires, pourtant vital en période de crise économique.

Le sujet est technique mais pourrait avoir des répercussions sur la vie de dizaines de milliers de salariés. Depuis plusieurs mois, le ministère de la Justice planche sur une ordonnance réformant l’ordre des créanciers lors des procédures collectives. Derrière cette formule barbare se cache une réalité très simple. Aujourd’hui, lorsqu’une entreprise se retrouve placée en liquidation judiciaire (ce que l’on appelle une procédure collective), le mandataire judiciaire, nommé par le tribunal de commerce, va commencer par payer les salaires. Lorsque l’argent fait défaut dans les caisses de l’entreprise, il verse ces salaires à partir d’une avance faite par le régime de garantie des salaires (AGS). Ensuite, il va vendre les actifs de l’entreprise (machines, murs du magasin, véhicules automobiles, stock, etc.), ce qui va lui permettre de payer les créanciers, selon un ordre fixé par la loi. Actuellement, l’AGS bénéficie d’un « super-­privilège », c’est-à-dire qu’il est très bien positionné sur la liste : il peut ainsi se rembourser des sommes avancées précédemment. C’est précisément ce qui est en jeu aujourd’hui.

« Ce texte va déstabiliser le régime de garantie des salaires »

Le texte de l’ordonnance gouvernemental, extrêmement technique, donne lieu à une furieuse bataille d’interprétations depuis plusieurs semaines. Les opposants, qui réunissent pour une fois dans le même camp syndicats de salariés et patronat, accusent le gouvernement de vouloir assécher les finances de l’AGS, en le rétrogradant dans l’ordre des créanciers. Fondé en 1974, sur fond de crise économique, le régime de garantie des salaires risque bien sûr de jouer un rôle majeur dans les mois qui viennent, si une vague de faillites s’abat sur le pays : en plus du versement des salaires, il avance également les indemnités de licenciement lorsque les finances de l’entreprise ne le permettent pas. Aujourd’hui, l’AGS bénéficie de deux sources de financements : une fraction des cotisations patronales, et les sommes recouvrées par les mandataires judiciaires lors des liquidations, s’il reste suffisamment de fonds.

« Si l’AGS touche moins d’argent lors des liquidations, alors cela diminuera mécaniquement le niveau de ses fonds de roulement, assure Michel Beaugas, secrétaire confédéral de FO. Aujourd’hui, les salariés victimes de liquidation judiciaire doivent souvent attendre jusqu’à deux mois pour percevoir les sommes auxquelles ils ont droit (salaires, indemnités de licenciement, congés payés). Le risque est que, demain, l’AGS mette encore plus de temps pour payer les salariés. » Si jamais la réforme portait atteinte aux finances de l’AGS, il y aurait bien sûr une façon très simple de compenser le manque à gagner, en augmentant le montant des cotisations patronales… « Ce type de solution est très peu du goût du Medef », ironise Michel Beaugas.

« C’est même le contraire qui se produit systématiquement, abonde Denis Gravouil, de la CGT. Lors des négociations concernant la réforme de l’assurance-chômage, en 2017, le patronat disait vouloir faire un effort, en augmentant de 0,5 % le montant des cotisations chômage. En réalité, dans le même temps, il décidait de diminuer d’autant le montant de la cotisation AGS ! Autant dire que, pour eux, il est toujours hors de question d’augmenter leur contribution. »

Du côté de la CFDT, on est aussi vent debout contre le projet de réforme. « Alors qu’une augmentation des faillites d’entreprises est à craindre, ce texte va déstabiliser le régime de garantie des salaires, voyant ses possibilités de récupération des sommes avancées fortement réduites, écrit le syndicat. Au final, ce sont les salariés qui en subiront les conséquences, avec une dégradation de la prise en charge des salaires et de leurs indemnités. »

Pour les opposants à la réforme, il n’est pas question pour autant de parer l’AGS de toutes les vertus : personne ne remet en cause l’importance capitale de son rôle dans les faillites d’entreprises, à plus forte raison dans la situation actuelle, mais beaucoup critiquent sa gestion. «  Cela fait des années que nous demandons que cet organisme devienne véritablement paritaire, pour que les syndicats aient voix au chapitre, confie Denis Gravouil. Aujourd’hui, ce sont uniquement les organisations patronales qui y siègent. » 

Des dépôts de bilan en hausse

À l’automne, le nombre de dépôts de bilan a chuté de 40 % par rapport à la même période l’an passé, grâce aux aides publiques et à la (relative) mansuétude de l’Urssaf vis-à-vis des entreprises. Mais de nombreux instituts craignent une hausse des faillites, en France et dans le monde, lorsque les mesures de soutien à l’économie auront pris fin. Selon Euler Hermes, le nombre de dépôts de bilan dans le monde pourrait grimper de 16 % cette année.

 

Crise. Le Covid, un test pour notre système démocratique



Lola Ruscio

Vote anticipé pour 2022, flou persistant autour des élections intermédiaires… L’exécutif tâtonne en réformant les scrutins à venir. Pourtant, des propositions existent pour revitaliser notre démocratie.

La démocratie est mise à rude épreuve par le coronavirus. Après les élections municipales de mars et juin 2020, frappées par un taux d’abstention historique, l’incertitude plane toujours sur la tenue des scrutins locaux pour l’heure prévus en juin. Le gouvernement remettra au Parlement, le 1er avril, un rapport sur « les risques sanitaires attach és à la tenue du scrutin et de la campagne électorale » sur la base de l’avis du Conseil scientifique. « Le report des dates des élections départementales et régionales (au-delà du mois de juin – NDLR) irait à l’encontre de la Constitution », avait toutefois prévenu, le 27 janvier, devant les députés, Jean-Louis Debré, l’ancien président du Conseil constitutionnel.

Face aux incertitudes sanitaires et à l’abstention qui ne fait que s’amplifier de scrutin en scrutin, l’exécutif n’a décidé d’intervenir qu’à la marge sur les modalités d’un autre rendez-vous majeur, la prochaine élection présidentielle. Dans son projet de loi concernant le scrutin de 2022, qui compte des mesures comme la généralisation du vote par correspondance pour les détenus ou la déterritorialisation des procurations, un amendement s’est fait remarquer. Glissé en dernière minute par le gouvernement au Sénat, il instaure pour la première fois le vote par anticipation pour 2022. Concrètement, tous les électeurs se rendraient dans des bureaux, où leur suffrage serait effectué sur une machine à voter, à une « date fixée par décret, durant la semaine précédant le scrutin », selon l’exposé des motifs du texte.

« Il y a un attachement fort aux institutions locales »

Derrière ce projet gouvernemental, se cachent plusieurs pièges. « La question de la rupture d’égalité entre les électeurs se pose, tant ce projet va rimer avec le développement d’inégalités territoriales : a priori, on devrait avoir un seul bureau par département ou par préfecture », décrypte le sociologue Jérémie Moualek, ajoutant qu’ « après deux siècles de socialisation au vote par bulletin, passer à la machine électronique va accroître les inégalités face à la technique ». Et de poursuivre : « Il risque aussi d’y avoir une rupture d’égalité entre les candidats : le vote anticipé va rogner des jours de campagne médiatique. Enfin, si les machines à voter ont été autorisées dans les années 1960, et ne concernent aujourd’hui que 60 communes, c’est qu’il y a beaucoup de problèmes techniques et des risques de fraude. » Finalement, l’amendement a été largement rejeté par la Chambre haute, dominée par la droite, mais pourrait faire son retour lors de la nouvelle lecture du texte à ­l’Assemblée en mars.

Officiellement, l’initiative visait à limiter l’abstention, révélatrice d’une profonde lassitude des citoyens à l’égard d’un système démocratique asphyxié par le présidentialisme. Selon le « Baromètre de la confiance politique » du Cevipof, publié le 22 février, 55 % des Français estiment que notre démocratie ne fonctionne pas très bien. Seuls 39 % ont confiance dans le Sénat et 38 % dans l’Assemblée nationale. Le taux baisse légèrement concernant « l’institution présidentielle » (37 %) et le gouvernement (35 %). « On est toujours dans une situation très critique par rapport à d’autres pays européens vis-à-vis du personnel politique, analyse Luc Rouban, chercheur au Cevipof. Le malaise démocratique est toujours très profond. Il imprègne l’évaluation de la politique sanitaire, avec des taux de confiance qui ne dépassent pas les 36 %. »

L’étude indique aussi que les citoyens aspirent à une meilleure prise en compte de leurs opinions. Ainsi, les deux tiers des personnes interrogées pensent que la démocratie fonctionnerait mieux si les citoyens participaient davantage aux décisions politiques. Et 84 % estiment qu’une bonne façon de gouverner le pays est d’avoir un système politique démocratique. En parallèle, 64 % des Français ont confiance dans leur conseil municipal (+ 4 points) ; 56 % dans leur conseil régional et départemental (respectivement + 7 et + 6 points). « Il y a un attachement fort aux institutions locales, une défense très claire du système démocratique, mais aussi une attente de respiration démocratique, c’est indéniable », mesure encore Luc Rouban.

Pour revitaliser notre système démocratique, des propositions existent. La réponse passe, par exemple, par une réforme du mode de scrutin majoritaire à deux tours. «  Depuis le début de la V République, le pourcentage en inscrits obtenus par tous les élus ne fait que baisser, rappelle Jérémie Moualek. Adopter des scrutins qui permettent plus de représentativité de tous les partis, dont ceux qui font des hauts scores au premier tour, c’est une priorité. » L’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives était une promesse de campagne du candidat Macron. Mais son parti présidentiel plaide désormais pour une mise en œuvre après 2022, quand la gauche progressiste se dit globalement favorable à cette mesure réclamée de longue date.

La prise en compte du vote blanc et nul, qui n’est pas reconnu dans les suffrages exprimés, pourrait également être une des clés pour sortir de la crise démocratique actuelle, selon le sociologue Jérémie Moualek. « L’élection redeviendrait ainsi davantage un moyen – faire valoir son opinion –, qu’un but – élire un candidat  », ­résume-t-il dans une tribune au Monde.

D’autres propositions ont été formulées pour lutter contre l’abstention. À l’instar de l’une des revendications phares des gilets jaunes : le référendum d’initiative citoyenne (RIC). La création de ce « référendum populaire » vise à rédiger des propositions de loi, à condition que celles-ci recueillent 700 000 signatures. Si le chiffre est atteint, ce texte «  devra être discuté, complété, amendé par l’Assemblée nationale qui aura l’obligation (un an jour pour jour après l’obtention des 700 000 signatures), de la soumettre au vote de l’intégralité des Français. » Cette revendication n’a jamais trouvé le moindre écho auprès du gouvernement, qui reste réfractaire aux aspirations démocratiques portées par les mouvements sociaux.

 

lundi 22 février 2021

« Diversion », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



De la traque du prétendu islamo-gauchisme à l’université à la dénonciation des repas végétariens dans les cantines lyonnaises en passant par une laïcité revue et corrigée, on croirait lire dans les causes que se choisit le gouvernement les gros titres de certains hebdomadaires : « Gauchos, écolos, anti-fachos, à bas les nouveaux censeurs qui veulent imposer leur idéologie ». Comme un syncrétisme des couvertures de Mariannele Pointle Figaro Magazine et Valeurs actuelles, plus cohérent qu’il n’y paraît. Il ne manque que la diatribe contre les féministes et les syndicats.

Nul hasard dans cette compilation d’apparence éclectique. Dans un pays en proie aux doutes face à l’avenir qui se dérobe, miné par des inégalités décuplées depuis la pandémie, et alors que les crises multiples que nous vivons invitent à de profondes remises en cause préludes aux grands changements, toute étincelle peut mettre le feu aux poudres. Dans ce contexte, le gouvernement a choisi son parti, celui d’exciter toutes les divisions. L’entreprise est d’autant plus aisée qu’elle appuie sur une faiblesse de la gauche : sa propension à perdre de vue le commun combat pour s’abîmer dans ses querelles.

Cela prêterait à rire, s’il ne s’agissait en réalité de faire diversion des graves problèmes de l’heure auxquels l’exécutif n’apporte aucune réponse. La misère noire dans laquelle sombrent des milliers d’étudiants n’étant pas le moindre d’entre eux. De quoi sont coupables, au fond, ceux que le gouvernement désigne pêle-mêle à la vindicte publique ? De s’engager pour plus d’égalité et de fraternité entre tous, plus de liberté pour chacun de choisir sa vie plutôt que la subir. Leur combat ne rétrécit l’horizon de personne : au contraire, il élargit les possibles. Mais justement parce qu’ils sont des empêcheurs de dominer, discriminer, exploiter sans gêne, ils sont la bête noire des Darmanin, Vidal, Blanquer et consorts. Conservateurs de tout poil et de tout bord, déçus de la gauche, de la droite et de l’extrême droite, unissez-vous : tel est le credo de ceux-là pour rester au pouvoir. Les élections de juin peuvent être une première occasion de les mettre en échec. 

 

« Dallas », le billet de Maurice Ulrich.



La doctrine libérale est claire. La concurrence fait baisser les prix, en principe. Sauf quand c’est l’inverse. Avec la terrible vague de froid au Texas la semaine passée, la main invisible du marché de l’économiste Adam Smith, censée réguler les prix pour servir au final le bien commun, est allée directement se servir dans la poche de plus de 30 000 clients des 220 entreprises texanes productrices d’électricité, entre lesquelles ils ont le choix. Le froid a fait flamber la demande et les tarifs ont explosé. Le mégawattheure, à 40 dollars en temps normal, a atteint 9 000 dollars. Mister Scot, dans la banlieue de Dallas, a eu beau faire très attention, sa facture, normalement prélevée sur son compte, a dépassé 70 fois son montant habituel, à 16 752 dollars. Celle de Missis Smith, appelons-la comme ça, a atteint 6 000 dollars pour la semaine… Des fournisseurs vont faire faillite mais les plus forts ont gagné 100 millions de dollars en quelques jours. Dans l’univers impitoyable de Dallas sous la neige, J. R. Ewing est un Bisounours.