dimanche 8 janvier 2023

Retraites. Macron, la « stratégie antisyndicale »



Ce 10 janvier, l’exécutif doit présenter sa réforme des retraites, après des semaines de «concertations» purement formelles avec les syndicats. Une habitude pour un pouvoir bien décidé à museler les corps intermédiaires. Cyprien Boganda

 

C’est un exploit dont il se serait peut-être passé: en un quinquennat, Emmanuel Macron est parvenu à ressouder une unité syndicale pourtant chancelante il y a encore quelques années. De la CGT à la CFE-CGC, en passant par la CFDT, tous les responsables dénoncent d’une seule voix la future réforme des retraites, dont les modalités devraient être annoncées le 10 janvier au terme d’un vrai-faux suspense. Pour mémoire, il faut remonter à 2010 et à la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy pour retrouver un front syndical aussi large et déterminé. La virulence d’un Laurent Berger (CFDT), pourtant peu coutumier des sorties fracassantes, en dit long sur l’état du «dialogue social» dans notre pays après un quinquennat de rouleau compresseur macroniste. Récit en quatre actes dune guérilla antisyndicale.

Mars 2017 L’ouverture des hostilités

L’offensive de charme n’aura duré qu’une poignée de minutes. Confortablement assis dans son QG de campagne du 15e arrondissement parisien, en ce jour de mars 2017, le candidat Macron reçoit un émissaire de la CFDT. Objectif de l’entretien: livrer sa vision du dialogue social à quelques semaines du premier tour. Après les précautions d’usage, le futur président sort l’artillerie lourde: « L’intérêt général (…), c’est le législateur qui le porte, et le président de la République (…), parce qu’il est élu au suffrage universel. Quand on demande aux syndicats de le porter, on les décale, ce n’est pas leur rôle. On a demandé aux représentants des salariés et des employeurs de participer à la fabrique de la loi et on leur a dit “faites de la politique”. Ce n’est pas leur rôle.» Emmanuel Macron conclut son envolée en annonçant sa volonté d’en finir avec « l’équilibre» défini en 1945, « pour rentrer au XXI siècle». Dans l’ordre social macroniste, les places sont clairement attribuées: l’exécutif se charge seul des grandes questions (assurance-chômage, retraites…), cantonnant les syndicalistes aux rôles de négociateurs en entreprise.

« Cette mise à l’écart des corps intermédiaires procède à la fois d’une vision idéologique et d’une volonté de toute-puissance, analyse aujourd’hui François Hommeril, dirigeant de la CFE-CGC. Emmanuel Macron considère que, parce qu’il a été élu, il a raison sur tout et peut décider de tous les sujets. Grosse erreur. Ce qui a fait la force de notre pays, c’est la capacité concédée aux corps intermédiaires d’intervenir dans la société en assumant leurs responsabilités.»

Aussitôt arrivé au pouvoir, le nouveau président passe de la théorie à la pratique, à travers les «ordonnances Macron», adoptées au pas de charge dès septembre 2017, avec une ambition limpide: en Macronie, le droit du travail a moins vocation de protéger collectivement les travailleurs que de sauvegarder la compétitivité des entreprises. Les ordonnances contiennent plusieurs mesures, dont le plafonnement des indemnités obtenues aux prud’hommes, la facilitation des licenciements économiques dans les grands groupes, la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, etc. « Pendant les discussions, le mépris pour les organisations de salariés était clairement visible, se souvient Fabrice Angéi, négociateur pour la CGT. Alors que les concertations battaient leur plein, le pouvoir faisait fuiter le contenu du projet déjà ficelé dans la presse!»

2018-2020 Le pari thatchérien

Le montage photo occupe toute la une du magazine britannique The Week, ce 14 avril 2018. Sous le titre « La France a-t-elle trouvé son Thatcher?», on découvre un Emmanuel Macron coiffé du célèbre Brushing choucroute de la Dame de fer, qui repousse les assauts de la CGT à grands coups de sac à main. Nous sommes en pleine grève à la SNCF: les cheminots bataillent contre lextinction de leur statut, sur fond de mise en concurrence. En face, le pouvoir affiche une inflexibilité sans faille. Lanalogie avec Margaret Thatcher, qui a écrasé les grandes grèves des mineurs de 1984-1985, est surtout symbolique. « Les comparaisons de ce type sont toujours des raccourcis, observe l’historien Stéphane Sirot. Mais en l’occurrence, celle-ci n’est pas totalement dénuée de fondement: dans les deux cas, il s’agit de briser un maillon fort du monde syndical. La SNCF est une entreprise où le taux de syndicalisation est deux fois supérieur à la moyenne nationale, où la CGT reste fortement implantée, aux côtés de SUD. Il y a bien une volonté de domestication du syndicalisme chez Emmanuel Macron.»

Le chef de l’État fera étalage de cette volonté lors du conflit sur les retraites, le plus long depuis 1968, qui s’achèvera par un abandon du système par points, en pleine pandémie. Les images de répression policière dans les cortèges se multiplieront, signe du désir macroniste d’incarner «lordre» contre les semeurs de trouble, et de «réformer» le pays à tout prix Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, na rencontré le chef de l’État quune fois en tête à tête, mais il a échangé avec lui au téléphone à plusieurs reprises. « C’est un charmeur, qui surjoue la complicité, mais cela relève plus de la com que d’un intérêt réel pour son interlocuteur, analyse-t-il. Sa conception de la politique est très élitiste: il y a ceux qui savent ses conseillers et lui; et ceux qui doivent écouter ceux qui savent. Dans sa vision du monde, les organisations syndicales nont pas voix au chapitre.»

2019-2020 OPA sur l’assurance-chômage

C’est un démantèlement en règle, un « saccage par paliers», pour reprendre les mots d’un négociateur syndical. À partir du printemps 2019, le chef de l’État s’est attaqué à l’assurance-chômage avec une radicalité inédite, jouant sur tous les paramètres à la fois – durcissement des conditions d’accès, diminution de la durée d’indemnisation, baisse du montant des droits. Si l’assurance-chômage attire à ce point les foudres macronistes, c’est qu’elle cristallise trois obsessions présidentielles: le mythe libéral du chômage volontaire (selon lequel les chômeurs n’ont que ce qu’ils méritent), la volonté d’en finir avec le paritarisme et celle de limiter nos dépenses sociales. Le pouvoir cherche à peser de tout son poids sur le pilotage du régime, géré en principe par les syndicats et le patronat. « L’exécutif a inscrit dans la loi que les règles d’indemnisation étaient désormais en fonction du taux de chômage (plus le chômage baisse, moins les conditions d’indemnisation sont généreuses – NDLR), peste Denis Gravouil, responsable du dossier pour la CGT. Nous serons désormais obligés de négocier dans ce cadre contraint.»

Pour le syndicaliste, un épisode résume l’interventionnisme présidentiel. Il s’agit de l’annonce surréaliste, faite juste avant Noël 2022, d’un nouveau tour de vis affectant les chômeurs: selon ce projet de décret, en cas de baisse du chômage sous la barre des 6%, leur durée dindemnisation devait baisser de 40%. Pour Denis Gravouil, le coup est parti de tout en haut, cest-à-dire de l’Élysée. « Nous avons de bonnes raisons de penser que le ministre du Travail, Olivier Dussopt, s’est fait rattraper par la patrouille lors de la rédaction du décret, assure-t-il. L’Élysée considérait que, dans sa précédente version, le texte n’était pas assez dur, d’où la volonté d’en rajouter une couche avec ces 40% sortis de nulle part» Face à la bronca, le pouvoir finira par faire machine arrière… de manière temporaire, au moins.

Automne 2022 La mascarade des concertations retraite

Si jamais quelqu’un s’avisait de rédiger une encyclopédie du macronisme, le mot aurait toute sa place à la lettre «c», entre « col roulé» et « CNR»: les « concertations» entre partenaires sociaux, l’Élysée, les met en scène et les accommode à toutes les sauces. Lusage de ce mot na rien danodin, pointe Stéphane Sirot: « Le pouvoir politique fait bien le distinguo entre le terme de “concertation”, qu’il privilégie, et le terme de “négociation”, qu’il n’utilise plus. Or une négociation suppose que vous réunissiez des acteurs sociaux autour d’une table, pour construire un compromis après discussion. La concertation, c’est autre chose, c’est surtout de la mise en scène médiatique.»

Les cycles de « concertation» qui se sont déroulés à Matignon avec les syndicats et le patronat, à partir d’octobre 2022, n’ont pas débouché sur grand-chose puisque tout était déjà plus ou moins ficelé. « Il y a eu trois cycles de discussions, retrace Michel Beaugas, négociateur pour FO. Des réunions entre gens polis, mais d’accord sur rien, à commencer par le constat. La première réunion était assez formidable: ils ont passé leur temps à tenter de nous faire avaler leur discours, sur le mode: Nous sommes bien daccord, hein, le régime va être déficitaire?” Mais ce nest pas du tout notre interprétation! Le COR (Conseil dorientation des retraites) montre un léger déficit, tout à fait soutenable.»

samedi 7 janvier 2023

Les vœux de M. Macron pour l’union sacrée derrière le grand capital (Patrick Le Hyaric)

 


Pour accélérer le remodelage de notre pays aux canons du capitalisme international, le président de la République a lourdement appelé lors de ses vœux à « l’unité ». Une « unité » de la nation, non pas sur la base d’une délibération commune, où chacun et chacune voit sa vie s’améliorer, la justice progresser, la pauvreté reculer, la transition environnementale s’accélérer. 

Non, rien de tout cela, mais une union sacrée derrière lui et sa politique que les électrices et électeurs dans une immense majorité ont refusée en mai et juin dernier.

Il tente de les embarquer dans une alliance des classes populaires avec les classes dirigeantes pour, selon lui, « refonder nombre de piliers de notre nation » à l’aube du « nouveau chapitre d’une nouvelle époque ».

En clair, il veut pouvoir dans le silence des urnes et de la rue poursuivre son entreprise de démolition sociale et démocratique, en s’appuyant sur les effets de la pandémie et de la sale guerre déclenchée par M. Poutine contre le peuple ukrainien. Son seul et unique but, permettre au capital national de s’inscrire dans la rude compétition planétaire intra-capitaliste, alors que les puissances industrielles, numériques, financières, énergétiques, ou de l’armement nord-américain se recomposent pour amplifier leur domination grâce notamment à l’arme du dollar et du bras armé de l’OTAN.

Au lieu de se défaire de cette domination, afin de rechercher une voie autonome pour la paix, le développement humain et écologique, le pouvoir macroniste s’aligne sur l’impérium nord-américain et consume un à un les conquis sociaux et démocratiques.

C’est pourtant en faisant entendre la voix de la Paix et du désarmement que l’on pourra agir pour le progrès social, la démocratie et l’environnement. C’est la condition pour gagner la sécurité de chaque être humain et de la planète.

Or, voici qu’en haut lieu, on continue de pousser les feux de la guerre militaire tout en réduisant les travailleuses et les travailleurs au rôle de fantassin dans la violente guerre économique qui produit inflation et pauvreté, exploitation renforcée du travail et destruction écologique comme avec l’importation de gaz de schiste des USA.

C’est dans ce cadre que M. Macron insiste tant pour que les travailleuses et travailleurs s’échinent plus et plus longtemps au labeur. Rien à voir avec le renforcement du pays. Il s’agit de servir les appétits voraces des milieux d’affaires internationaux qui demandent une main-d’œuvre corvéable à surexploiter, l'abaissement des impôts et des cotisations, et de copieux rendements financiers.

Ils ont pu bénéficier largement des coups canif dans le droit du travail, des faveurs de la loi dite « PACTE », du coup de pistolet à bout portant contre l’allocation chômage et du coup de poignard dans le dos qui s’avance contre le système de retraite, avant le coup de canon général contre le système de sécurité sociale et le statut de la fonction publique.

Voilà ce que cachent les mots présidentiels pour « refonder nombre de piliers de notre nation ». Le mot « République » est effacé à dessein pour passer tous les conquis du Conseil national de la Résistance, du Front populaire et même certains droits acquis en 1789 à la sulfateuse capitaliste. Les milieux d’affaires s’en régalent.

Ils étaient enchantés au soir du 31 décembre d’entendre qu’une « société plus juste » ne passe pas « par plus d’impôts ». Ils ont compris que ce sont des leurs dont le locataire de l’Élysée parlait.

En vérité les impôts indirects qui touchent durement les plus modestes augmentent sans cesse alors que les impôts dits « de production » ou sur le capital diminuent régulièrement amputant du même coup les moyens pour les services publics de la santé, de l’école ou pour les transports.

Le travailleur est quadruplement pénalisé avec la pression sur les salaires, les hausses des prix, l’augmentation des impôts indirects, la diminution et la dégradation des services publics qui sont pourtant facteurs d’amélioration du pouvoir d’achat et des conditions de vie. Ce que n’explique pas le président - et pour cause -, c’est que les travailleurs doivent travailler plus et plus longtemps pour sans cesse augmenter les aides publiques aux grandes entreprises qui dépassent désormais 157 milliards d’euros. Pendant ce temps, l’école s'affaiblit, les services de santé se consument, les transports publics se détériorent, l’accès au logement devient inabordable, les locataires toujours plus précarisés quand deux mille enfants vivent dans la rue.

Deux mille ! Qu’écrirait aujourd’hui Victor Hugo ? Pas un mot présidentiel sur ces difficultés qui taraudent la majorité de nos concitoyens parce qu’il défend pied à pied les intérêts capitalistes.

Dans une perspective communiste, d’autres choix sont possibles. Il serait possible d’améliorer le système des retraites et d’avancer l’âge de départ si les salaires étaient augmentés, si enfin on obligeait les entreprises à rémunérer le travail féminin au même niveau que celui des hommes, si on éradiquait la précarité, si on s’avançait vers une Sécurité sociale professionnelle pour un vrai plein emploi, si enfin on cessait toutes ces exonérations de cotisations pour les employeurs et si on faisait cotiser les revenus financiers du capital au même niveau que ceux du travail.

La contre-réforme envisagée des retraites doit donc être jetée aux orties par un puissant mouvement populaire et citoyen dès les jours à venir. La majorité de celles et ceux qui la refusent doit se faire entendre sans attendre. De même, le Parlement doit prendre la responsabilité d’établir les causes des insupportables hausses des prix en cours notamment la part de la spéculation afin d’y mettre fin. Rien ne justifie une augmentation des prix de l’électricité de plus de 15% étouffant les familles populaires et les petits entrepreneurs.

L’action populaire doit permettre d’obliger le gouvernement à sortir de l’ubuesque mécanisme européen de fixation des prix de l’électricité et de mettre les compagnies pétrolières au pas, en les contraignant à abaisser les prix des carburants tout en diminuant le niveau des taxes. De même, les augmentations des prix alimentaires ne sont motivées que par d’insupportables spéculations. Nos concitoyens ne l’accepteront pas indéfiniment. La colère gronde, aussi sourde que puissante. Elle peut éclater au grand jour. Qu’elle se transforme en un grand mouvement populaire progressiste, conscient, déterminé pour changer de pouvoir et défricher les chemins d’un après-capitalisme. Un grand travail idéologique est indispensable pour que les protestations en cours ne soient pas détournées vers les forces de l’extrême droite qui n’ont pour vocation que de servir de bouée de sauvetage au capitalisme pourtant si contesté. C’est une unité populaire citoyenne, progressiste, écologiste, féministe, antiraciste et démocratique qu’il faut vite construire. C’est à notre portée. Pas question de se laisser faire !

vendredi 6 janvier 2023

La « raison d’État », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



Leurs visages continuent de hanter les mémoires. Figures de la cause kurde, Sakine, Fidan et Leyla ont été abattues de sang-froid, une sombre nuit de janvier, en plein cœur de Paris. Dix ans déjà. Depuis, leur meurtrier a été identifié, même s’il n’a pu être jugé, décédé de maladie pendant sa détention. Mais on ignore encore les noms des commanditaires potentiels qui auraient armé le bras de l’auteur de cet effroyable massacre. Pourtant, la justice pourrait remonter la piste d’éventuels donneurs d’ordres de ce triple assassinat à la signification politique indéniable. Les preuves existent des liens du tueur avec le MIT, les services secrets turcs. Et les trois femmes n’ont pas été ciblées au hasard : dirigeantes kurdes expérimentées, elles étaient la bête noire du régime d’Erdogan, et des forces turques les plus extrémistes. Mais impossible, pour l’heure, d’établir précisément la chaîne des responsabilités dans ce drame et, partant, de désigner et de faire condamner les coupables, s’il s’en cache encore.

La justice se heurte au mur du « secret-défense ». Tant que le président de la République, Emmanuel Macron, refusera de le lever, personne n’aura accès à ce que recèlent les dossiers dormant dans les armoires blindées des ministères français. Comme si une « raison d’État » imposait d’étouffer la vérité au nom des intérêts supérieurs des relations avec Ankara. Quant aux autorités turques, elles refusent de collaborer avec la justice de notre pays.

D’intolérables zones d’ombre planent toujours sur l’odieux crime de la rue La Fayette. Ce déni de justice est rendu plus insupportable après la nouvelle tuerie, perpétrée rue d’Enghien, qui a endeuillé la communauté kurde, le 23 décembre 2022. Le mobile confus avancé par le suspect tout comme les circonstances du drame survenu au lieu et à l’heure d’une importante réunion de femmes kurdes, heureusement décalée, justifient l’incrédulité vis-à-vis de la version d’un crime raciste, sans autre visée politique. D’un massacre à l’autre, la même exigence de justice et de vérité tisse un fil invisible. Comme un pont contre l’oubli et l’impunité.

 

« Quelle affaire ? », le billet de Maurice Ulrich.

 


L’affaire Houellebecq. Le titre s’étale à la une du Point, qui précise que «la Grande Mosquée de Paris poursuit le romancier pour provocation à la haine contre les musulmans». Il y aurait donc une «affaire» à laquelle l’hebdomadaire consacre 14 pages, pas moins, avec le concours empressé de Michel Onfray dans un rôle de sainte-nitouche proposant au recteur de la Grande Mosquée de Paris, plutôt que de «nous envoyer des avocats à la figure », d’envisager «les problèmes» pour ce qu’ils sont: «Avant toute chose et en amont de la ­politique, des questions intellectuelles dont nous pourrions débattre dans un lieu de votre choix»… Alors rappelons ­ce qu’a dit Michel Houellebecq: «Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent.» Et ce serait une question «intellectuelle» dont il faudrait débattre? Le recteur de la Grande Mosquée n’en a pas moins suspendu sa plainte après une rencontre avec l’écrivain. La provocation à la haine semble rater son but.

 

jeudi 5 janvier 2023

« Faille démocratique », l’éditorial de Rosa Moussaoui dans l’Humanité.



Des centaines de milliers d’euros en liquide saisis au domicile d’un eurodéputé et chez une vice-présidente du Parlement européen ; d’interlopes intermédiaires pourvoyeurs de « cadeaux » ; des ONG de façade ; des décisions, des amendements, des résolutions calqués sur les intérêts d’États tiers : les investigations conduites par le juge belge Michel Claise, franc pourfendeur de la criminalité financière, font à Bruxelles l’effet d’une bombe au cœur des institutions européennes. Elles mettent au jour, à ce stade, des « faits présumés d’organisation criminelle, de corruption et de blanchiment », en relation avec des pays qui auraient cherché à « influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen ».

Derrière le Qatargate, qui jette une lumière crue sur la stratégie de Doha pour faire oublier, avant le Mondial de football 2022, les violations des droits humains et l’exploitation meurtrière des travailleurs migrants dans l’émirat gazier, les enquêteurs belges ont surtout remonté le fil d’un Marocgate éclairant les ingérences de Rabat. Objectifs du royaume chérifien : peser sur les positions européennes relatives au conflit de décolonisation qui perdure au Sahara occidental, gagner des alliés pour défendre les intérêts de l’État marocain dans la laborieuse élaboration d’un accord agricole et d’un accord de pêche plusieurs fois invalidés par la justice européenne.

Ce scandale de corruption présumée a installé, à Bruxelles, une atmosphère de glace. Il révèle les failles profondes d’une « démocratie » européenne qui tient les citoyens à distance mais élève les lobbies de toutes sortes au rang de « composante légitime et indispensable du processus décisionnel ». Les promesses de « régulation » et autres « registres de transparence » relèvent, dans ce champ, de la fable. Que ces groupes de pression défendent les intérêts de multinationales ou ceux de dictatures, ils ruinent la démocratie, minent l’État de droit et tournent, toujours, le dos à l’intérêt général.

 

« Grammaire », le billet de Maurice Ulrich.



Michel Onfray, qui voudrait nous alerter, ne fait pas dans la nuance : «Le temps de lInquisition est derrière nous. Veillons à ce quil ne redevienne pas dactualité.» La Grande Mosquée de Paris a déposé, il y a quelques jours, une plainte contre Michel Houellebecq pour «provocation à la haine contre les musulmans », après des propos tenus par ce dernier dans un entretien avec, précisément, Michel Onfray, dans son magazine Front populaire. Allons, s’insurge le graphomane normand: «Chacun convient quavec lorthographe, la grammaire, la syntaxe, la ponctuation, on peut tout dire et tout faire dire.» Il en sait quelque chose. Mais qu’a donc dit Michel Houellebecq, que nous avons déjà relevé ici même, en annonçant des «actes de résistance, des attentats devant des mosquées, des cafés fréquentés par des musulmans, des Bataclan à lenvers»«Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce nest pas que les musulmans sassimilent, mais quils cessent de la voler et de l’agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent.» Une affaire de ponctuation, de grammaire?