mercredi 1 septembre 2021

« Scrabble », le billet de Maurice Ulrich.



Ne nous le cachons pas, c’est mal parti pour les retraites, très mal. Google, écrivaient hier les Échos, « poursuit sa course folle contre la mort ». Le groupe vient de mettre un milliard de plus dans un de ses laboratoires pour accélérer les recherches de médicaments contre le vieillissement et les maladies liées à l’âge. Mais ce n’est pas tout, de récents travaux, apprend-on, suggèrent que les humains pourraient vivre plusieurs centaines d’années. Ce n’est pas encore l’éternité dont on sait qu’elle est longue, surtout vers la fin, mais c’est un début. Déjà, des expériences menées sur des vers montrent que certaines manipulations génétiques ont permis de multiplier leur durée de vie par cinq, ce qui chez nous représenterait une vie de quatre à cinq cents ans. Ça en fait des heures de scrabble en Ehpad. Des tests ont commencé sur les souris. Et donc, ils ont bonne mine, le Medef, Bruno Le Maire, Emmanuel Macron, avec leur réforme des retraites… Il faut voir grand maintenant et très loin. En attendant, 60 ans, ça irait.

 

La hausse des salaires s’invite au cœur de la rentrée sociale



Marie Toulgoat

Face à la pénurie de salariés dans plusieurs secteurs, patronat et gouvernement admettent qu’une augmentation des rémunérations est nécessaire. Les syndicats veulent s’en saisir pour faire du niveau du Smic le sujet chaud de la conférence sociale qui débute aujourd’hui.

Les vacances sont finies pour le gouvernement et les organisations syndicales et patronales, qui commencent ce mercredi une série de réunions bilatérales. Tandis que les mois d’été ont été animés par une forte tension exercée sur certains secteurs d’activité, déplorant de lourdes difficultés de recrutement, l’ordre du jour des rencontres semble tout trouvé. Le secrétaire fédéral de Force ouvrière, Yves Veyrier, a déjà indiqué que la question serait le sujet prioritaire de la rentrée.

Alors que les prévisions promettent une croissance côtoyant les 6 % pour cette année, de nombreux métiers de l’hôtellerie-restauration, du bâtiment, du service à la personne, des travaux agricoles ou encore de la logistique peinent à embaucher. Selon la Banque de France, 48 % des entreprises ont rencontré des difficultés de recrutement. Si la situation n’est pas nouvelle, la crise sanitaire a amplifié le phénomène. « Dans l’hôtel où je travaille à Tours, le chef de cuisine a démissionné, le second a démissionné, tout comme la gouvernante, la cheffe de réception. Les salariés qualifiés ne veulent plus rester », témoigne Arnaud Chemain, secrétaire fédéral de la CGT commerce et services. La faute à des salaires et conditions de travail hasardeuses, que le Covid a rendu inacceptables aux yeux des travailleurs. « Avec le manque de reconnaissance, le travail du dimanche qui n’est pas mieux payé, sans treizième mois, beaucoup se sont rendu compte que la passion ne suffirait pas pour continuer », poursuit-il.

Sur les chantiers, souvent affectés par des pénuries de main-d’œuvre, le nombre de postes vacants est aussi au plus haut. Selon l’observatoire des métiers du BTP, sept entreprises sur dix anticipent des difficultés lors de leur recrutement. Le salaire et les conditions de travail sont invoqués dans 12 % des cas (derrière l’absence de personnel qualifié à proximité et le manque d’expérience des candidats). Même scénario dans le secteur du service à la personne. « Il s’agit d’un secteur historiquement en forte tension, du fait des conditions de travail difficiles, des temps partiels souvent imposés, ainsi que de la faiblesse des rémunérations. Le monde d’après n’a fait que greffer l’obligation vaccinale à cette situation. Il y a eu beaucoup de reconversions, souvent dans la tristesse », rapporte Stéphane Fustec, de la fédération CGT commerce et services.

La balle est dans le camp du Medef

Pour les syndicats, la seule solution pour résoudre cette situation est d’augmenter les salaires. «  Pour que les salariés soient heureux et fidèles, il faut qu’ils soient mieux rémunérés », glisse Stéphane Fustec. Sur ce constat, les organisations disposent d’alliés aussi puissants qu’incongrus : le patronat et le gouvernement. Habituellement frileux quand il s’agit de passer à la caisse, les employeurs semblent forcés par la pénurie, qui menace leur entreprise, à prendre leurs responsabilités. Nicolas Dumas, du Medef du Centre-Val de Loire, acquiesce : « L’entreprise n’échappe pas à l’évolution de la société. Elle ne fait plus rêver, notamment les jeunes, qui n’ont pas envie des contraintes liées à certaines professions dans le BTP, la mécanique, les transports ou la restauration. Il faut qu’on s’adapte. Voilà pourquoi on envisage une augmentation des salaires.  »

Certains employeurs ont même déjà mis la main à la poche pour retenir les salariés. Selon la fédération des particuliers employeurs de France, les salaires versés aux assistants de vie ont augmenté de 2,7 % en un an, ceux des salariés auprès de personnes dépendantes de 3,3 %. « La différence par rapport aux entreprises est que les particuliers ne cherchent pas à faire de profits, mais à répondre à un besoin », explique Stéphane Fustec.

Pourtant, si la hausse des salaires semble être une nécessité largement partagée, les avis sur ses modalités divergent. Le patronat, d’accord sur le diagnostic, gesticule quand il s’agit de sortir le chéquier. «  Si augmentation de salaire il y a, celle-ci doit reconnaître une montée en compétences du collaborateur  », estime Jean-François Faure, patron de AuCoffre.com (site de vente d’or et d’argent). « Derrière, ce sont les prix qui vont augmenter », grommelle Geoffroy Roux de Bézieux, patron du Medef. De son côté, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, donne l’illusion d’avoir choisi la fermeté. «  C’est aux entreprises de faire leur part du chemin », a-t-il indiqué lundi dernier sur France Inter, se refusant à toute réduction de cotisations patronales sur les salaires. Mais les hausses peuvent aussi passer par «  les primes, l’intéressement, la participation, l’actionnariat salarié », tempère-t-il toutefois.

Au niveau des branches aussi, les syndicats ont pu observer les réticences des employeurs à revaloriser les salaires durablement. « L’une des organisations patronales de la branche hôtellerie-restauration s’apprête à lancer une grosse campagne visant à inciter les clients à verser plus de pourboires pour remédier à la faible rémunération des travailleurs ! » s’indigne le cégétiste Arnaud Chemain. Pour les syndicats, soulager les filières en tension ne peut passer que par des revalorisations pérennes des salaires, qui n’entravent pas le bon fonctionnement des systèmes de Sécurité sociale. « Le ministre de l’Économie doit commencer par augmener le Smic ! » a martelé Yves Veyrier. Revendication que la CGT et les autres confédérations comptent elles aussi porter. Seront-elles entendues par le gouvernement ? Ce sujet pressant sera en tout cas au cœur des discussions.

Une faible revalorisation pour les fonctionnaires

Le point d’indice n’augmentera toujours pas à la rentrée pour les salariés de la fonction publique, mais le gouvernement entend apaiser la colère en revalorisant les rémunérations des agents les plus proches du Smic. Environ 1,2 million d’agents de catégorie C des trois fonctions publiques (hospitalière, territoriale et d’État) bénéficieront prochainement d’une hausse de salaire comprise entre 40 et 100 euros mensuels nets, a annoncé en juillet la ministre de la Fonction publique, Amélie de Montchalin. Les syndicats ont dénoncé l’absence de mesure générale. Selon eux, très peu d’agents de catégorie C profiteront des plus hautes augmentations.

 

mardi 31 août 2021

« L’immense dette des États-Unis », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Depuis que les talibans ont pris Kaboul et que le retrait des forces américaines est programmé, il est de bon ton pour certains éditorialistes et observateurs de moquer la position des anti-impérialistes. « C’est bien la première fois que des communistes se plaignent du départ des Américains et regrettent le retrait des méchants impérialistes », raillent des beaux esprits… Souvent les mêmes qui expliquent qu’il est impossible, voire dangereux, d’accueillir ces Afghanes et ces Afghans qui risquent leur peau.

Sur les vingt dernières années, les États-Unis ont lâché des centaines de milliards de dollars pour l’Afghanistan. Cet argent n’a produit aucune amélioration significative de la vie de la grande majorité des Afghans. Il n’a pas été utilisé pour le développement ou la modernisation du pays. Cet argent n’a servi qu’à financer la guerre et l’occupation. C’est bien parce que l’intervention américaine était pensée dans une logique impérialiste que les vingt années d’occupation n’ont pas permis de faire émerger une alternative démocratique dans le pays et ont étouffé toute perspective progressiste qui aurait pu gêner les plans, des différentes administrations états-uniennes. Le moins que l’on puisse attendre d’eux aujourd’hui, c’est qu’ils assurent l’évacuation de ceux qui leur ont rendu service mais aussi de celles et ceux qui sont menacés du fait de leur profession ou de leur opinion. Ce que l’on peut exiger des pays occidentaux, à commencer par les membres de l’Otan, c’est qu’ils assument un accueil digne de toutes ces personnes contraintes à l’exil.

Ces milliards de dollars sont, en réalité, une dette que les États-Unis ont envers le peuple afghan. Car les Afghans ne sont pas voués à subir des régimes autoritaires, obscurantistes et théocratiques. Des forces démocratiques et progressistes existent. L’avenir de ce pays repose sur ces milliers de femmes et d’hommes qui depuis leur exil ou dans leur pays vont lutter pour ouvrir d’autres voies pour l’Afghanistan. Ce sont eux qu’il ne faut pas abandonner. Ce sont eux que nous recevrons à la Fête de l’Humanité cette année.

 

« Rentrée », le billet de Maurice Ulrich.

 


Vaccinés, QR code dans le smartphone, voilà déjà les bases d’une rentrée heureuse… À part les catastrophes naturelles, les talibans, l’épidémie en Guadeloupe et en Martinique, les étoiles jaunes dans les manifs et Zemmour candidat, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Avec quelques bonnes nouvelles en plus. Lionel Messi a rejoint le PSG, Michel Onfray s’est converti à la messe en latin qu’il trouve seule digne de sa conception de la grandeur de l’homme et du sacré, et, mais oui, c’est possible, Benjamin Griveaux a retrouvé du travail. L’ancien porte-parole du gouvernement et candidat à la mairie de Paris qui vivait en retrait après s’être mis, si l’on ose dire, un peu trop en avant, va être consultant pour les entreprises, sans doute sur les questions de vidéo, et animateur d’une émission mensuelle sur une chaîne de télé économique. Il en a bien sûr, dit-il, averti Emmanuel Macron, qui devrait retenir l’épisode dans sa lutte contre le chômage. On peut traverser la rue pour trouver du travail mais il faut aussi faire valoir ses atouts.

 

lundi 30 août 2021

PCF. Présidentielle, une rentrée dans les starting-blocks pour les communistes

 



Julia Hamlaoui

L’université d’été du PCF à Aix-en-Provence a été l’occasion pour Fabien Roussel de marteler ses priorités pour une élection à laquelle il participe « pour gagner ». Emploi, pouvoir d’achat, jeunesse et écologie seront, dans les semaines à venir, au menu des communistes qui partagent l’enthousiasme de leur candidat. La création de « comités locaux pour les Jours heureux » a également été annoncée.


Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), envoyée spéciale.

Trente-deux semaines, soit 225 jours très précisément. Le candidat communiste à l’élection présidentielle n’a pas manqué de faire le compte du temps imparti d’ici le premier tour pour « relever le défi des jours heureux », samedi, lors de l’université d’été du PCF qui a réuni à Aix-en-Provence quelque 500 militants venus de toute la France. « Nous n’allons pas à cette élection pour faire de la figuration, nous y allons pour gagner, pour diriger le pays, pour redonner le pouvoir aux citoyens, au monde du travail », a lancé Fabien Roussel à ses troupes, assurant voir « grandir l’intérêt pour notre candidature » qui n’a rien d’une « aventure personnelle ».

 

Pour cette rentrée, les communistes poursuivent « deux objectifs », précise Igor Zamichiei, membre de la direction : « Progresser sur l’identification de notre candidature, et avancer aussi sur le rassemblement autour de celle-ci », explique le responsable départemental de Paris, assurant que dans les mois à venir emploi, jeunesse et écologie seront à l’honneur.

L'emploi au cœur  de la campagne

Dès ce week-end, le candidat du PCF l’a martelé : « Je veux être le président du pouvoir d’achat, de la lutte contre la vie chère et en faire une priorité nationale ». Lors de son discours, le gouvernement en a pris pour son grade. « Le ministre de l’Économie et des Finances a beau dire que la croissance est de retour, franchement ce que voient les gens c’est la croissance des factures, par contre les salaires et les pensions c’est au ras des pâquerettes », tacle Fabien Roussel. Comme il le fait dans son livre Ma France (Éditions Le Cherche midi) le secrétaire national illustre son propos de situations puisées dans ses rencontres.

 

Il rapporte ainsi le témoignage d’une caissière à temps plein payée 1 280 euros par mois après douze ans d’ancienneté rencontrée quelques heures plus tôt avec ses collègues de Carrefour, ou encore celui de Danièle, désormais retraitée dont la pension d’élève à 920 euros. Or « la France est riche, très très très très riche », assène le député du Nord, ciblant les 500 plus grosses fortunes dont « le patrimoine pendant le quinquennat Macron a doublé », pour atteindre « 1 000 milliards », ou les profits du « CAC 40 (qui) sabre le champagne » avec « en pleine crise 60 milliards de dividendes ».

« Nous allons mettre l’emploi au cœur de la campagne », promet le candidat qui, loin de miser sur les « premiers de cordées de Macron qui nous tirent vers le bas », plaide pour « un changement total de l’utilisation de l’argent », pour « s’attaquer au capitalisme prédateur » et « donner le pouvoir aux salariés dans les entreprises ».

Avec l’objectif de parvenir à « l’éradication du chômage », une série de propositions est mise sur la table : Smic à 1 800 euros brut, suppression de la CSG pour les retraités, 1 200 euros de pension minimum, réduction du prix du gaz et de l’électricité avec une « nationalisation tout de suite d’EDF et GDF ». Ou encore des « peines planchers » pour « les fraudeurs fiscaux ». Aux côtés de cette priorité, figure aussi « la révolution écologique »« Le problème avec le capitalisme vert ce n’est pas la couleur, c’est le capitalisme », sourit Fabien Roussel, qui résume l’enjeu comme un « choix de civilisation : la finance ou l’existence ».

Priorité à la jeunesse

Dans les couloirs de la fac de lettres qui accueille l’université d’été, le parcours de certains participants aurait pu trouver leur place parmi les histoires de vie racontées par le candidat. « Je suis boursier, je n’ai que 460 euros par mois, 20 euros de plus dans le loyer, plus l’électricité et le gaz qui augmentent, pour moi c’est compliqué », raconte Kilian, un étudiant toulousain. D’ailleurs, « la jeunesse sera un sujet incontournable de 2022, Emmanuel Macron ne s’y trompe pas notamment avec sa garantie jeune universelle qui n’est clairement pas à la hauteur », pointe Léon Deffontaines, dirigeant des Jeunes communistes (MJCF) lors d’un débat avec Maryam Pougetoux, la vice-présidente de l’Unef. Une question que les communistes comptent aussi mettre en avant en proposant un « pacte pour la jeunesse » avec, notamment, un « revenu étudiant au-dessus du seuil de pauvreté », rappelle le secrétaire général du MJCF. « Pour moi cette proposition, c’est tout simplement la perspective de sortir de la précarité », assure Kilian.

Le jeune militant de vingt ans est aussi enthousiaste pour la campagne qui s’annonce que son candidat : « On est là pour être majoritaire et gagner », affirme-t-il, conscient toutefois que le défi est de taille alors que les sondages attribuent pour l’heure moins de 5 % au PCF. Mais « le scénario promis en septembre n’est jamais celui qui se réalise en avril », glisse Sébastien Laborde, de la fédération de Gironde.

De son côté, Martin, étudiant marseillais, est un peu plus pessimiste : « Si quelqu’un de gauche gagne, ce serait quand même un miracle… Entre Roussel, Mélenchon, on va voir comment les choses tournent mais je suis un peu désespéré », regrette le tout nouveau militant qui a adhéré il y a moins d’un an. La plupart de ses camarades se lancent cependant avec optimisme. À l’instar de Catherine La Dune, fraîchement élue en région Nouvelle Aquitaine : « Puisqu’on a réussi aux régionales à avoir davantage d’élus, j’ai pas mal d’espoir aussi pour Fabien Roussel, au moins pour avoir de la visibilité, et ça commence à marcher ».

Rassembler jusqu'au-delà de la gauche

Le climat n’en est pas moins inquiétant, selon Mireille, qui patiente dans le plus grand des amphis en compagnie d’Henri, avant la tenue de leur atelier. L’enseignante à la retraite pointe la « confusion » ambiante alimentée par la crise sanitaire et une « énorme méfiance dont l’extrême droite profite pour faire des amalgames crapuleux », notamment via un discours antisémite lors des manifestations anti-passe. 

Alors, dans les travées des amphis aixois, on en est plutôt persuadé : l’enjeu numéro un, c’est de convaincre les déçus, les désabusés de la politique, les abstentionnistes. « Nous devons, plaide Fabien Roussel, rassembler bien au-delà de notre électorat, au-delà même de la gauche, il faut voir loin, aller toucher tous ceux qui ne votent plus. » Mais comment ?

« Il faut mettre en avant nos propositions, notamment les lois déposées par les communistes comme celle pour la sécurité de l’emploi et de la formation », avance Henri, venu de l’Aisne, quand Mireille croit nécessaire de démontrer concrètement l’utilité des communistes, comme « la façon dont le député André Chassaigne s’est battu pour faire revaloriser les retraites agricoles »« C’est une absence de près de vingt ans du parti, il faut bien reconstruire, retrouver notre électorat, c’est un travail de longue haleine mais qui sera payant », complète Kilian de son côté.

Pour un pacte aux législatives

Quant au reste de la gauche, Fabien Roussel a renouvelé, samedi, la proposition d’un « pacte d’engagements communs » aux législatives pour « bâtir une large majorité de gauche à l’Assemblée nationale ». Car sa candidature, promet-il, vise à « contribuer à créer les conditions d’une nouvelle majorité politique ». Passage à l’acte dès ce week-end, avec l’un des ateliers consacrés aux retraites auquel Caroline Fiat (FI) et Alain Coulombel (EELV) ont participé. « Je ne crois pas à la possibilité d’emporter une majorité parlementaire si nous ne gagnons pas la présidentielle, et nous n’y arriverons pas avec cinq candidats », lâche à cette occasion le porte-parole des écologistes, plaidant pour « se retrouver très vite autour d’une table pour se mettre d’accord sur 15-20 propositions ». L’écologiste reconnaît toutefois qu’il ne fait pas l’unanimité, y compris dans son parti.

Son avis est d’ailleurs loin d’être partagé par le secrétaire national du PCF : « Le problème de la gauche ce n’est pas la division, c’est de faire en sorte que la somme des candidats de gauche fasse 50,1 %, assure Fabien Roussel. Il faut s’attaquer aux raisons pour lesquelles elle plafonne à 20 %, sinon on ne l’emportera jamais. Elle est faible d’abord de ses renoncements et trahisons lorsqu’elle était au pouvoir, elle l’est aussi de son incapacité à s’adresser au monde du travail, à la jeunesse. »

Rendez-vous à la Fête de l'Humanité

En la matière, les bouleversements engendrés par la pandémie pourraient aider. « L’expérience que nous traversons casse, abîme, contrarie l’idéologie dominante, étouffoir de l’action populaire », assure le directeur de l’université d’été, Guillaume Roubaud-Quashie, en référence aux dogmes libéraux – de l’efficacité des marchés à la réduction de la dépense publique – mis en cause ces derniers mois. Mais il s’agira avant tout de passer à l’action sans attendre.

« Créons partout, dans nos communes, les villes, les villages, sur les lieux de travail, dans les universités, des comités locaux pour les jours heureux », invite Fabien Roussel, tout en appelant à désigner « dès maintenant » des candidats aux législatives. Un « grand rassemblement national » pour l’emploi et le pouvoir d’achat est également prévu le 20 novembre à Paris, précédé « d’une semaine d’action dans tout le pays du 9 au 16 octobre ».

En attendant, le prochain rendez-vous aura lieu du côté de La Courneuve, à la Fête de l’Humanité, où Fabien Roussel tiendra un meeting le samedi 11 septembre à 17 heures.

 

Le « plan » de Fabien Roussel pour Marseille

À quelques jours du déplacement d’Emmanuel Macron à Marseille, où il présentera son « grand plan » pour la ville, Fabien Roussel a évoqué la situation de la cité phocéenne à proximité de laquelle s’est déroulée l’université d’été du PCF. « Quand nous découvrons qu’un enfant de 14 ans a été tué dans des règlements de comptes liés à des trafics de drogue et qu’un autre de 8 ans a été blessé par balle, nous devons penser à eux », a commencé le député. « Darmanin peut mettre tous les policiers qu’il veut, mais tant qu’il n’y aura pas de moyens dans l’école, tant qu’on n’ouvrira pas des musées, des équipements sportifs, tant qu’il n’y aura pas d’éducateurs, tant que nous ne ferons pas entrer la République dans ces quartiers, nous n’y arriverons pas !  » a-t-il ensuite lancé, tout en affirmant la nécessité de « s’attaquer aux gros bonnets de la drogue », dont « le roi du Maroc (qui) au cœur de l’été a décidé de légaliser la culture du cannabis ».

Lire aussi : Narcocriminalité. « Marseille est le miroir grossissant de la France »

 

« Reconquête, l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité



Il est apparu de blanc vêtu comme un chevalier vertueux appelé à sauver la France d’une invasion des Sarrasins. Éric Zemmour, délinquant multirécidiviste, a fait le buzz au moment où la droite se penche sur elle-même, prise entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Primaire ou pas primaire… Dilemme, etc. Mais alors que la campagne pour l’élection présidentielle est sur les rails, force est de le constater, les thématiques exacerbées de la droite et de l’extrême droite préemptent le débat public, y compris de manière symptomatique quand un Florian Philippot refait surface… Immigration avec maintenant l’instrumentalisation éhontée de la crise afghane, sécurité, laïcité dévoyée… Mais, sur le fond, cela se joue aussi sur le terrain social quand le ministre de l’Économie vient cajoler le Medef, quand la réforme de l’assurance-chômage est appelée à péna­liser les plus fragiles et quand les régressions sociales usurpent le nom de « réformes ». 

La gauche est divisée. On peut le regretter mais cela ne sert à rien. L’hypothèse d’une candidature de rassemblement semble bien caduque, sauf événement, et l’on ne peut faire grief aux candidats de caresser l’espoir de renverser la table en parvenant au second tour, voire plus. Se porter candidate ou candidat c’est prétendre à être élu, quels que soient les vents contraires. Mais ça souffle. La gauche dans son ensemble est en grande difficulté, avec un total estimé d’à peine plus de 20 %. Comme l’a rappelé Fabien Roussel ce week-end, le problème aujourd’hui n’est pas tant les diverses candidatures que ces 20 % qui témoignent à l’envi du décalage entre les attentes des couches populaires, parfois dévoyées, et les réponses de la gauche ou, si l’on préfère, des gauches et des écologistes. Il y a urgence à retrouver le contact, à regagner du terrain dans la bataille des idées. Un combat des gauches serait mortifère. Leurs candidats ont le devoir d’être partenaires, quelles que soient leurs différences, voire leurs différends. C’est à cette reconquête de l’opinion autour du progrès social et environnemental, de la fraternité et du partage que l’Humanité entend s’employer. Prochaine étape, la Fête.

 

Fête de l’Humanité. Vive la Commune du livre et des idées !

 


Pierre Chaillan

Le Village du livre, rendez-vous des auteurs, des éditeurs et des mouvements d’éducation populaire, proposera une dense programmation en ce 150e anniversaire de la Commune de Paris.

C’est un plaisir en cette rentrée littéraire et politique. Après une année sous contraintes, le Village du livre reprend ses aises en s’ouvrant à nouveau à un large public (dans le respect des gestes sanitaires, bien sûr), et ce pour une dernière fois à La Courneuve. Une année bien particulière, donc, mais dans un lieu où les fondamentaux, eux, bien vivaces, seront cultivés.

Retrouvez tous nos articles consacrés à la Fête de l’Humanité 2021.

Il y aura toujours les milliers de livres à découvrir, les dizaines de rencontres à vivre avec les auteurs, les éditeurs, les revues et les mouvements d’éducation populaire et du partage des savoirs et des connaissances. Ce sera le moment de se procurer l’ouvrage de son choix et de le faire dédicacer par son auteur préféré.

Les 40 ans de la loi Lang

Durant trois jours, au programme, concocté avec nos différents partenaires, il y aura des cartes blanches à ne pas rater ( Monique Pinçon-Charlot, Émilie Aubry, Stan Neumann, Samira Sedira, Werner Rügemer) et des rencontres à faire au coin de chaque stand.

Le samedi, à 14 heures, l’échange autour du livre et de la culture, ce bien commun, à l’occasion des 40 ans de la loi Lang, fera événement et sera suivi des rencontres avec les auteurs de premiers romans, du livre jeunesse, de l’édition féministe.

Le dimanche, la rentrée littéraire, le roman noir et les polars seront à l’honneur, et le prix Bulles d’Humanité de la bande dessinée citoyenne sera remis par notre jury à 15 heures.

Les questions d’actualité seront largement abordées. La crise sanitaire sera au centre d’une confrontation entre Patrick Pelloux, Marie-Monique Robin et Jean-Paul Jouary. La gauche fera l’objet d’une discussion entre Stéphanie Roza, Edwy Plenel, Aurélie Trouvé et Jean-Numa Ducange.

Au Café des auteurs

Le lieu prendra alors des airs de Commune. L’espace Débats, avec la Librairie de la Renaissance, où les auteurs dédicaceront leurs ouvrages à l’issue de chacun des échanges, fera battre le cœur de la petite République des livres, de la culture, des savoirs et des idées. Il sera entouré par l’espace Éditeurs et Partenaires (revues, instituts, fondations…).

Nouveauté : un lieu convivial, le Café des auteurs, fournira la respiration nécessaire à ce lieu plein de vie. Et en soirée, le cinéma remplacera le livre pour des projections et des avant-premières à l’espace Débats.

Les enjeux du commun

De la Commune, vendredi, au communisme, dimanche, en passant par le commun, samedi. Comme un fil conducteur qui relie les débats. Le Village du livre ouvrira sous l’égide du 150e anniversaire de la Commune. En partenariat avec Arte et les Amies et Amis de la Commune de Paris de 1871, l’inauguration officielle sera l’occasion de dévoiler l’exposition « Les damnés de la Commune », en compagnie de son auteur, Raphaël Meyssan, de l’historien Roger Martelli et de nombreux autres contributeurs du hors-série édité par l’Humanité.

Le samedi, près d’une quinzaine de rencontres poseront les enjeux du commun de notre monde et des combats actuels, vingt ans après le 11 septembre 2001.

Le dimanche, le communisme sera à l’ordre du jour avec plusieurs temps forts : sur la justice sociale avec Fabien Roussel, qui publie Ma France, en dialogue avec Éric et Alain Bocquet, puis sur le libre développement de l’individu, sur l’histoire de la Résistance, et enfin sur l’énergie.

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