mardi 31 août 2021

« L’immense dette des États-Unis », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Depuis que les talibans ont pris Kaboul et que le retrait des forces américaines est programmé, il est de bon ton pour certains éditorialistes et observateurs de moquer la position des anti-impérialistes. « C’est bien la première fois que des communistes se plaignent du départ des Américains et regrettent le retrait des méchants impérialistes », raillent des beaux esprits… Souvent les mêmes qui expliquent qu’il est impossible, voire dangereux, d’accueillir ces Afghanes et ces Afghans qui risquent leur peau.

Sur les vingt dernières années, les États-Unis ont lâché des centaines de milliards de dollars pour l’Afghanistan. Cet argent n’a produit aucune amélioration significative de la vie de la grande majorité des Afghans. Il n’a pas été utilisé pour le développement ou la modernisation du pays. Cet argent n’a servi qu’à financer la guerre et l’occupation. C’est bien parce que l’intervention américaine était pensée dans une logique impérialiste que les vingt années d’occupation n’ont pas permis de faire émerger une alternative démocratique dans le pays et ont étouffé toute perspective progressiste qui aurait pu gêner les plans, des différentes administrations états-uniennes. Le moins que l’on puisse attendre d’eux aujourd’hui, c’est qu’ils assurent l’évacuation de ceux qui leur ont rendu service mais aussi de celles et ceux qui sont menacés du fait de leur profession ou de leur opinion. Ce que l’on peut exiger des pays occidentaux, à commencer par les membres de l’Otan, c’est qu’ils assument un accueil digne de toutes ces personnes contraintes à l’exil.

Ces milliards de dollars sont, en réalité, une dette que les États-Unis ont envers le peuple afghan. Car les Afghans ne sont pas voués à subir des régimes autoritaires, obscurantistes et théocratiques. Des forces démocratiques et progressistes existent. L’avenir de ce pays repose sur ces milliers de femmes et d’hommes qui depuis leur exil ou dans leur pays vont lutter pour ouvrir d’autres voies pour l’Afghanistan. Ce sont eux qu’il ne faut pas abandonner. Ce sont eux que nous recevrons à la Fête de l’Humanité cette année.

 

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