vendredi 24 avril 2020

« Rupture d’égalité » (Patrick Le Hyaric)



La vérité éclate au grand jour : aucune des conséquences d’une sortie du confinement au 11 mai n’a été mesurée. Des millions de familles, de travailleurs restent, près de deux semaines après l’annonce présidentielle et à autant de semaines de la date fatidique, dans le flou le plus total, ne sachant ni comment, ni précisément quand, ni dans quelles conditions, notamment d’apprentissage, leurs enfants pourront retourner à l’école. Et la communication gouvern
ementale n’aide pas à y voir plus claire entre couacs et revirements persistants : par degrés scolaires, par régions, en fonction d’un cadre local ou d’un cadre national, la confusion est au sommet… de l’Etat.

Et certains espèrent ressusciter une -fort mal à propos- controverse entre jacobins et girondins quand il s’agit seulement de faire face aux invraisemblables incompétences d’un pouvoir toujours incapable de dire quand et comment les français pourront se doter de masques, ni quelle sera la politique de tests, quand il seront disponibles et pour qui, et encore moins la stratégie globale conduite par l’Etat qui oscille entre immunité collective et poursuite d’un confinement qui l’empêchera…. Bien évidemment, les élus locaux doivent pouvoir engager pratiquement les forces disponibles pour rouvrir les écoles, mais en appui d’un cadrage national et avec un soutien logistique de l’Etat qui se fait terriblement attendre.

Pour remédier à ses coupables imprévoyances, le gouvernement a sorti sa botte secrète : le volontariat. Formule magique qui jette un voile opaque sur ses conditions objectives. Au moment où les autorités publiques redoutent des émeutes de la faim dans certains territoires et alors que le confinement commence à ébranler sérieusement les milieux populaires, s‘en remettre au volontariat n’a que peu de sens. On n’est pas volontaire de la même manière selon que l’on soit « puissant ou misérable », sommé de travailler en vivant à l’euro près, ou télé-travaillant confortablement depuis une résidence secondaire…

L’Etat garant de l’égalité des citoyens et de leur protection s’efface donc au profit du bon vouloir des uns et des autres. Qui plus est sur un enjeu qui figure au socle du contrat social et républicain : l’école. Quelles traces laissera cette rentrée discriminatoire sur l’universalité de l’enseignement, déjà bien abimée. On voit aujourd’hui mal comment l’Etat pourrait garantir la suivi pédagogique des millions d‘enfants qui resteront confinés. Les retards accumulés dans la gestion de la crise se paient décidément très chers…


« MACRONINE », LE BILLET DE MAURICE ULRICH



 Drôle d’histoire que celle du tabac et de la nicotine. 
Drôle d’histoire que celle du tabac et de la nicotine. Pour les fumeurs tentés pendant le confinement de réduire leur consommation, c’est raté. On peut se tuer à petit feu et sûrement, mais ça, c’est demain. On va voir les bureaux de tabac se multiplier autant que les pharmacies toujours dépourvues de masques.

Les contrôles vont évoluer. « Bonjour monsieur, vous avez votre attestation dérogatoire, s’il vous plaît ? – Non, pas sur moi, mais j’ai trois paquets de Philip Morris qui vont me faire la journée. – Ok, pouvez y aller. » Et donc, les médecins, à juste titre, nous préviennent : « Non, le tabac n’est pas devenu un médicament et contient toujours autant de produits dangereux. » Il faut se méfier des remèdes miracles.

C’est comme avec la politique, les appels d’Emmanuel Macron à nous réinventer et lui avec, la redécouverte de l’État « providence ». L’état d’urgence sanitaire et la démocratie en retrait, les remises en cause dites temporaires du Code du travail, les appels à travailler plus sont censés nous sauver. C’est le tabac du peuple.


« Matrice(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin !




"L'après" sera-t-il comme avant... mais pire?

Procès. Une question s’impose désormais par anticipation, dans toute sa cruauté, et nous aurions aimé ne pas avoir à la poser: «l’après» sera-t-il comme avant… mais en pire? Personne ne saurait contester sérieusement que le désastre sanitaire et social que nous vivons en mondovision révèle l’absurdité funeste des modèles de gestion et d’organisation de nos sociétés. Cette crise, historique, ouvre pour beaucoup le champ des possibles et oblige chacun d’entre nous à ne pas rater l’occasion d’en tirer des leçons durables. Néanmoins, méfions-nous des faux-semblants, des postures, des phrases opportunistes la main sur le cœur qui laissent à penser qu’une fois la tragédie surmontée «plus rien ne sera comme avant». Les «convertis» sont trop nombreux pour être honnêtes. Mac Macron lui-même, jamais avare de détournement de sens, utilise parfois des rhétoriques qui donnent le tournis, tant et tant que, s’il ne s’agissait pas de lui, on croirait entendre parler un commissaire au Plan communiste agissant pour le renouveau de la République après la Libération. 


Un chronicœur du Monde a même osé s’interroger, avec sérieux, en ces termes: «La question est de savoir s’il s’agit simplement de la réponse conjoncturelle à un choc économique historique ou bien s’il s’agit de l’amorce d’un de ces changements en profondeur qui ponctuent la vie du capitalisme.» Et il ajoutait, toujours avec le même sérieux: «Les historiens de l’économie diront s’il a fallu qu’une chauve-souris transmette un sale virus à un pangolin, destiné à finir dans l’assiette de gastronomes chinois, pour qu’on puisse dater le passage d’une ère économique à une autre: la fin de quarante années de néolibéralisme en Europe et aux États-Unis et l’esquisse du début d’autre chose.» Résumons. L’après-Covid-19: à gauche toute? Comment ne pas instruire, d’ores et déjà, un procès en insincérité…


Traces. Vous connaissez l’histoire. Une grande espérance suivie d’une brutale ou lente désillusion. En France, telle pourrait être la définition de la gauche au pouvoir. Mais seulement. Depuis près de quarante ans, chaque crise a nourri l’espoir d’une prise de conscience globale et collective, d’un grand coup d’arrêt au capitalisme ensauvagé. Les débâcles boursières allaient stopper les privatisations, les crises financières enrayer la machine à profits. Souvenons-nous des propos si peu prophétiques de Nicoléon, après 2008, annonçant un changement de paradigme du capitalisme. Et? Rien. Disons même tout le contraire. Tout ne fut qu’accélération, aggravation, accumulation… Les exemples ne manquent pas. Bien sûr, et quoi qu’il survienne dans les prochains mois, la séquence du coronavirus aura constitué – hors guerres mondiales – la première inquiétude planétaire d’ampleur de nos existences, en une époque où le monde vit d’échanges et de transferts d’information en un temps qui défie les lois humaines. 


Cette grande peur universelle laissera des traces: ne négligeons pas la portée de cette potentielle «révolution» anthropologique. Ne doutons pas que, en apparence au moins, les responsables politiques en tiendront compte, histoire de contenir la colère populaire. Sauf que, à l’évidence, ce qui au départ laisse croire à une route pavée de bonnes intentions peut vite déboucher sur la «stratégie du choc» bien connue. Lorsque Mac Macron évoque des «décisions de rupture» parce que nous devons «interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé le monde», peut-on, doit-on le croire, alors qu’il conviendrait de convoquer, ici-et-partout, une coalition politique anticapitaliste capable de renverser le système? Même quand il arpente la bonne direction, le mouvement des idées de transformation ne suffit jamais à mettre à terre les matrices infernales. Et mieux vaut alors ne pas s’en remettre, pieds et poings liés, aux gouvernants responsables de la catastrophe…


jeudi 23 avril 2020

NE LÂCHONS PLUS MACRON SUR LA DETTE AFRICAINE ! PAR FRANCIS WURTZ





«Nous devons aussi savoir aider nos voisins d’Afrique sur le plan économique en annulant massivement leurs dettes » : cette « petite phrase » du président de la République lors de son allocution télévisée du 13 avril dernier, près de 37 millions de personnes en France – et bien d’autres par ailleurs, notamment en Afrique… – l’ont entendue ! N’acceptons pas qu’on puisse faire d’un enjeu de cette importance un hyper-coup de com sans lendemain ! Certes, les 20 pays les plus riches du monde (G20) ont décidé, dans la foulée, de… suspendre pour un an le paiement des intérêts de cette dette. Mais cette mesure – une bouffée d’oxygène indispensable – est notablement insuffisante. Et surtout, bien que le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, ait présenté un peu vite l’acte du G20 comme « un succès important pour la France et pour ses partenaires », il ne faudrait pas que le chef de l’État s’estime quitte de son engagement ! Retour sur un enjeu vieux de plus de 30 ans qui, dans le contexte de la crise actuelle, devient explosif.

Les prévisions très alarmantes concernant l’Afrique se multiplient depuis quelque temps sur tous les plans : sanitaire, économique, alimentaire, écologique… Les économistes s’attendent à la première récession sur ce continent depuis un quart de siècle du fait de l’effondrement de la croissance mondiale, de la chute des cours des matières premières et du tarissement des transferts d’argent des travailleurs émigrés. Dans ce contexte, le paiement du service de la dette des pays pauvres, qui ne cesse de s’alourdir, apparaissait à tous les observateurs avertis tout simplement impossible.

Songeons qu’avant l’épidémie 49 pays du Sud à faibles revenus –particulièrement en Afrique – consacraient déjà plus d’argent au paiement de la dette qu’à la santé ! Dans certains pays, comme le Ghana, la charge de la dette était, selon Oxfam, 11 fois supérieure aux dépenses de santé ! Ignominieux hier, absolument intenable aujourd’hui !

Aussi de nombreuses voix se sont-elles élevées à travers le monde pour appeler à des actions significatives sur la dette du continent : depuis l’Union africaine et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutterres, le mois dernier, en passant par le pape François dans son message de Pâques, jusqu’au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, plus récemment. Ainsi, donc, que le président français. Le grand mérite de l’annonce de ce dernier est finalement d’avoir catapulté une exigence de premier plan dans le débat public : ne le lâchons plus sur le sujet !

Annuler la dette – mieux : éradiquer le mécanisme diabolique de la dette à perpétuité pour les plus démunis –, voilà l’objectif à atteindre ! C’est l’intérêt de millions d’Africains, mais c’est aussi le nôtre : la crise actuelle rappelle à qui l’ignorait encore qu’il n’y a qu’un monde et qu’une humanité.


« QUESTION DE SURVIE », L’ÉDITORIAL DE MAUD VERGNOL DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !



Souvenez-vous. C’était en 2008. Au pied du mur de la crise financière, Nicolas Sarkozy, dans son célèbre discours de Toulon, jurait, la main sur le cœur : « Le marché tout-puissant qui décide de tout, c’est fini ! » On allait voir ce qu’on allait voir avec le grand retour de « l’État-providence ». On sait aujourd’hui ce qu’il en fut. Les peuples sont passés à la caisse, tandis que l’État déboursait 360 milliards pour renflouer les banques et détricotait méticuleusement les services publics.

Douze ans plus tard, Emmanuel Macron rejoue la même comédie. « L’État-providence n’est pas un coût mais un bien précieux, un atout indispensable… Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché », a-t-il déclaré le 12 marsDe belles phrases brutalement démenties, moins d’une semaine plus tard, par les actes du gouvernement. La vérité, sans fard, est venue du ministre du Budget, Gérald Darmanin, préférant faire la manche par un appel aux dons plutôt que rétablir l’ISF. Voilà « l’État-providence » selon la Macronie. Ou comment vider les mots de leur sens. C’est dire, pour qui en doutait encore, combien la soudaine réhabilitation de l’État par Macron tient moins d’un virage idéologique que d’une nécessité pragmatique. Une énième supercherie pour calmer la colère populaire. À chaque crise, le libéralisme en appelle provisoirement à un « État fort » pour mieux rebondir.

Alors non, Emmanuel Macron n’a pas apostasié sa bible néolibérale, tout comme il ne convertira pas le pays au communisme. L’inflexion de son discours, devant l’implacable faillite de la mondialisation capitaliste, consistera, au mieux, à quelques concessions momentanées pour sauver l’ordre établi. Lequel produira d’autres crises, pires encore.

Mais, cette fois, les grands de ce monde, qui se croyaient protégés par le mur de l’argent, peu enclins à agir pour les morts de la faim (25 000 personnes chaque jour sur la planète), prennent conscience que, pour eux aussi, c’est un enjeu de survie. Que la santé de chacun dépend de la santé de tous.


« CHALLENGE », LE BILLET DE MAURICE ULRICH



La course à l’ignominie dans laquelle sont engagés divers commentateurs est une des rares compétitions qui se portent très bien ces jours-ci. Elle a ses champions, déjà très entraînés en raison d’une pratique régulière. Christophe Barbier, Jean-Michel Aphatie et quelques autres se sont placés, dès le départ, aux avant-postes.

Mais voilà que des outsiders sortent tout d’un coup du peloton, en laissant pantois les amateurs les plus avertis. Vincent Beaufils, dans le bien nommé magazine Challenges, prenant acte des propos d’Emmanuel Macron sur la santé et l’État providence « qui ne sont pas des coûts ou de charges, mais un bien précieux » (oui, oui, il l’a dit), écrit : « Mais faudrait-il pour autant, une fois la crise derrière nous, céder forcément devant les “bouses blanches”, qui sont autant une équipe formidable – nous avons à cœur de les applaudir tous les jours – qu’un lobby puissant ».

Allez, Vincent Beaufils, on s’arrache, on va plus loin. En fait, ils se servent des malades pour essayer d’obtenir les moyens, euh, et bien, de les soigner.

« Des lits », le billet d’humeur de Christophe Prudhomme




Alors que la première vague commence à refluer, l'urgence est de reprendre l'activité normale dans nos services afin d'accueillir les patients qui ont vu leur prise en charge reportée du fait de l'épidémie.
Oui, mais à l'instar du directeur général de l'ARS du Grand-Est qui a énoncé clairement que rien n'avait changé au niveau des opérations de restructurations hospitalières et de plans de retour à l'équilibre, la plupart des directions hospitalières n'ont pas changé d'objectifs. La crise semble être pour eux une simple parenthèse qu'il va falloir refermer sans que soient remise en cause la politique poursuivie depuis 20 ans de diminution du nombre de lits, de fermetures de services et d'hôpitaux.

Nos collègues des hôpitaux psychiatriques, comme celui du Vinatier à Lyon, en font brutalement l'expérience ces jours-ci. Les services fermés ou transformés en structures d'accueil pour les patients atteints par la maladie COVID-19 ne retrouveront pas leur mission d'origine et les capacités d'accueil de l'établissement vont s'en trouver amputées.
Heureusement, en lutte avant la crise, ils ne baissent pas les bras et malgré le confinement, ils ont manifesté ces derniers jours dans l'enceinte de l'hôpital pour exprimer leur refus du retour au "monde d'avant".

Depuis des années, nous protestons contre le défaut de moyens du secteur psychiatrique et la crise actuelle va encore augmenter les besoins, Les urgentistes le dénoncent crûment : faute de prise en charge, une bonne partie des patients présentant des troubles psychiatriques sont abandonnés dans la rue ou en prison. Le plan d'urgence pour la psychiatrie est encore plus d'actualité aujourd'hui qu'hier.
La psychiatrie n'est pas le seul secteur touché. Les arguments avancés sont toujours les mêmes : faute de personnels, il n'est pas possible de rouvrir tous les lits. Nous connaissons la chanson: les services fermés soi-disant temporairement le restent trop souvent définitivement.

C'est la raison pour laquelle, ,nous demandons un véritable plan d'urgence d'embauche et de formation de personnels, toutes catégories confondues; En ce qui concerne les médecins dont la pénurie est souvent l'argument pour fermer des structures, il existe deux solutions immédiates au-delà de l'augmentation du nombre de médecins en formation dont les effets sont à objectif de 10 ans : une régulation de l'installation des médecins tant en ville qu'à l'hôpital pour une meilleure répartition sur le territoire et l'appel à des médecins étrangers dans le cadre d'un appel d'offre international auquel certains pays dont Cuba sont capables de répondre.
Dr Christophe Prudhomme