mercredi 4 janvier 2023

« Enfumage et mascarade », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité.



Un pas en arrière sur l’assurance-chômage, dans le contexte explosif de la contre-réforme des retraites… En opérant une sorte de recul tactique, qui en dit long sur le sentiment d’inquiétude du gouvernement en ce début janvier, Élisabeth Borne ne manque pas de toupet. Transmis à la veille de Noël aux partenaires sociaux, le projet de décret sur la nouvelle réforme de l’assurance-chômage, qui ouvrait la piste à une scandaleuse réduction de la durée d’indemnisation de 40% si le taux de chômage passait sous les 6%, est donc retiré temporairement. Un premier recul. Mais, attention aux faux-semblants. «Nous remettrons ce sujet dans la concertation sur les futures règles de lassurance-chômage», prévue fin 2023, s’est empressée d’ajouter la première ministre, pour laquelle il s’agit d’une «bonne règle dindemnisation». Même pas honte.

La ficelle est un peu grosse. Alors qu’elle s’apprêtait à recevoir une dernière fois les représentants syndicaux, avant la présentation officielle du projet sur les retraites le 10janvier, Madame 49.3 a voulu apparaître ouverte au dialogue, affirmant que l’âge légal à 65ans n’était «pas un totem». Cet esprit «douverture» façon enfumage et mascarade, qui sapparente à un exercice de com assez désespéré, ne trompe personne. Car l’hostilité des organisations de salariés reste totale, sachant qu’Emmanuel Macron, lors de ses vœux, a été très clair. «Nous ne nous faisons pas dillusions», assure Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, qui annonce une «opposition résolue»«On y va, histoire de savoir si, quand on va descendre dans la rue, on sera juste très en colère ou très très en colère», ironise Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC. L’ultime tête-à-tête avec MmeBorne permettra justement d’évoquer la «mobilisation massive qui se prépare pour faire échouer l’exécutif», prévient pour sa part Catherine Perret, secrétaire confédérale CGT.

Le bras de fer promet d’être tendu. D’autant que l’éloge du dialogue et de la concertation par Élisabeth Borne a quelque chose de pathétique. Ne vient-elle pas d’utiliser le 49.3 à dix reprises, insultant la représentation nationale et l’opinion publique ? Question simple: sengage-t-elle à ne pas recourir au passage en force sur les retraites? Chacun connaît la réponse

 

« Limites », le billet de Maurice Ulrich.



Si le président lui-même, comme il l’a dit lors de ses vœux, ne pouvait prévoir les changements climatiques, qui le pouvait? Prenons les banques françaises. En 2015, elles s’étaient engagées à saligner sur laccord de Paris. On avait dû leur dire que ça se faisait. C’est donc à l’insu de leur plein gré que, dopées aux énergies fossiles qui représentent 70% de leurs investissements, elles nous emmènent tout droit vers un réchauffement de 4°C en 2100, soit 2,5°C de plus que lobjectif fixé dans laccord. Au total, d’après un rapport d’Oxfam, l’empreinte carbone des grandes banques françaises représente huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. Mais il faut comprendre aussi. Secrétaire général du Conseil de stabilité financière, chargé de surveiller et de conseiller les banques au niveau international, un expert l’a expliqué au Financial Times: «Tant que vous ne fournissez pas les signaux de prix nécessaires, qui se traduisent ensuite par des bénéfices ou des attentes de bénéfices, il y a une limite à ce qu’on peut attendre.»

 

mardi 3 janvier 2023

Invitation aux voeux des communistes de Romainville



 

L’homme du jour : « Omar Sy »



Troisième personnalité préférée des Français derrière l’inamovible Jean-Jacques Goldman et l’astronaute Thomas Pesquet, Omar Sy commence l’année sur les chapeaux de roue avec la sortie, mercredi, de Tirailleurs, l’histoire d’un père et d’un fils sénégalais envoyés au front lors de la Première Guerre mondiale. Interrogé par le Parisien sur la guerre en Ukraine, l’acteur s’est étonné, en rappelant la permanence des conflits armés avec leur cortège d’horreurs, du deux poids deux mesures en vigueur. «On a limpression quil faut attendre lUkraine pour sen rendre compte, a-t-il relevé. Ça veut dire que, quand c’est en Afrique, vous êtes moins atteint?» Une prise de position salutaire qui n’a pas manqué de lui attirer les foudres de la droite et de l’extrême droite.

Retrouvez Omar Sy en une de l’Humanité Magazine, en kiosque jeudi 5 janvier.

 

« Ceux qui prévoient », l’éditorial de Laurent Mouloud ans l’Humanité.



«Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été en France?» La petite phrase d’Emmanuel Macron, aux relents d’ignorance feinte, n’en finit plus de désoler les scientifiques. Elle est si révélatrice. Ces quelques mots dans un discours des vœux – relu et enregistré – témoignent du mépris de ces responsables politiques qui refusent, année après année, de prendre la mesure du dérèglement climatique. Et, surtout, des transformations économiques et sociales qu’il impose. Malgré trente ans de rapports du Giec, le président de la République ose encore jouer la carte du «on ne savait pas». Une fausse naïveté qui dédouane par avance. Et justifie l’inaction. De fait, en 2022, la France n’a quasiment pas réduit ses émissions de gaz à effet de serre, moteur pourtant du réchauffement de la planète.

Heureusement, d’autres refusent cette capitulation par avance. Comme nous le montrons dans ces pages, certaines municipalités relèvent, à leur échelle, le défi climatique. Cette démarche d’aménagement des cours d’école, entreprise par la mairie de Villejuif, n’a rien d’anecdotique. Elle est exemplaire. La végétalisation de ces îlots de chaleur, intenables par temps de canicule, aura des effets très concrets. Sur le lieu lui-même, mieux adapté aux contraintes des fortes chaleurs. Mais aussi sur les esprits des générations futures et leur indispensable sensibilisation aux enjeux environnementaux. Ces travaux ont aussi été l’occasion de repenser une répartition plus égalitaire entre filles et garçons de ces cours de récréation. Et de montrer que la transition écologique ouvre des perspectives de transformation sociale et sociétale insoupçonnées.

Les leçons de cette initiative sont multiples. Il est désormais de la responsabilité du chef de l’État de leur donner un cadre collectif. Et de ne plus se contenter d’applaudir cette politique des «petits gestes» qui renvoie trop facilement à une responsabilité individuelle sans lendemain. À Villejuif, les enfants cultivent leur envie de changer le monde. Et apprennent à se défier des discours de renoncement. Faisons le vœu – pieux – qu’il en ira de même pour Emmanuel Macron en 2023.

 

« Surplis », le billet de Maurice Ulrich.



Passé par le très huppé lycée La Providence d’Amiens et ses pères jésuites, Emmanuel Macron n’est pas un enfant de chœur, mais ça laisse des traces. On a appris récemment, à l’occasion de sa dernière visite au pape François, qu’il le tutoyait. Il paraît que ça se fait entre jésuites. On le savait familier, prompt à passer son bras dans le dos de Trump, Biden, à essayer avec Poutine. Pourquoi ne pas tutoyer François? On sait aussi maintenant quil avait voulu, pour diriger lentreprise de reconstruction de Notre-Dame, une personnalité indépendante de la culture, avec de lautorité et «catholique». Un gage de compétence. Ce week-end, il a été le seul, parmi les dirigeants de la planète qui ont rendu hommage au pape disparu, en l’appelant le pape, un peu à la va-vite, à saluer avec révérence «Sa Sainteté Benoît XVI qui œuvra avec âme et intelligence pour un monde plus fraternel». Il fallait le dire car ce n’est pas si clair. Finalement, on le voit assez bien en surplis de dentelle avec des mines de premier communiant.

 

lundi 2 janvier 2023

« Meilleurs vœux », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité.



Avec toutes les équipes de l’Humanité, nous vous souhaitons une très belle année 2023, en bonne santé, pleine de bonheur… et de combativité! La fin dannée 2022 a été marquée par le terrible attentat raciste qui a touché la communauté kurde, à qui nous adressons toute notre solidarité. La guerre continue à tonner aux quatre coins du monde; linflation frappe des millions de familles populaires qui narrivent plus à vivre dignement et à payer leurs factures d’énergie; et le dérèglement climatique saccélère, comme nous le rappelle le climat doux de ces fêtes de fin d’année. 2023 sera donc une année de lutte pour nos droits, nos vies et la planète. Dès ce mois de janvier, nous aurons besoin d’être mobilisés contre le projet de contre-réforme des retraites du gouvernement. L’unité syndicale à l’œuvre est un bien précieux pour faire reculer Macron et le patronat dans les basses œuvres.

Nous sommes, avec les équipes de l’Humanité, déterminés à contribuer à alimenter le débat d’idées utile aux luttes ­sociales et écologiques. L’Humanité est un combat quotidien, que nous menons sans relâche pour vous être utile, vous informer et vous proposer un autre regard sur l’actualité nationale et internationale. L’an dernier, nous avons ­rénové nos titres, le quotidien, le magazine et notre site Internet. Nous avons relevé le défi du ­déménagement de la Fête de l’Humanité en Essonne, relancé les Agoras de l’Humanité, produit des dossiers, suppléments et trois hors-séries – dont le dernier paru le 12 décembre sur Aragon –, ­organisé des forums sur les biens communs, édité la Terre et de nombreux livres, et noué des partenariats avec deux youtubeurs dont vous pouvez trouver les chroniques vidéo sur notre site.

L’année qui s’ouvre sera celle de notre révolution numérique avec une nouvelle plateforme, une application et une nouvelle liseuse. Pour concrétiser ce projet ambitieux et nécessaire, nous avons besoin de vous pour réaliser des abonnements, vendre des bons de soutien à la Fête de l’Humanité, participer à nos appels à souscription et les relayer: chaque geste compte. Faire vivre et développe r l’Humanité est un combat. Nous ne pouvons compter que sur vous, avec l’objectif d’élargir notre communauté de lectrices et lecteurs pour diffuser nos idées et pérenniser nos moyens financiers et humains pour continuer notre mission.

L’inflation pèse sur tous les budgets, le vôtre comme celui de l’Humanité. Nous sommes confrontés à une hausse historique du prix du papier, avec 635000 euros de surcoût en 2022. Sy ajoutent les hausses de limpression, de lencre, du transport Nous avons dû prendre la décision, comme d’autres confrères de la presse écrite, d’augmenter nos tarifs de 10 centimes, pour le quotidien et le magazine. Avec vous, faisons de 2023 une année de batailles pour l’Humanité. Nous vous renouvelons tous nos vœux pour cette nouvelle année.