mercredi 9 mars 2022

« Solidarité avec le peuple ukrainien », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité.



Le 24 février, Vladimir Poutine, en envoyant les chars russes envahir l’Ukraine, commettait un crime contre la souveraineté d’un État, contre le droit international et contre la paix. Depuis, une pluie de tirs et de bombes s’abat sur le peuple ukrainien, faisant des morts et des blessés, et semant la destruction et le chaos dans toute l’Ukraine. L’Humanité, fidèle à sa longue tradition, s’engage pour la paix, en exigeant un cessez-le-feu immédiat, le retrait des chars russes et l’organisation d’une conférence paneuropéenne pour la paix et la sécurité en Europe.

Mais la guerre, ce sont des femmes, des hommes et des enfants qui, pour éviter les bombes et les armes, fuient dans des pays voisins ou à l’intérieur de l’Ukraine. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, ils seraient aujourd’hui deux millions, et vraisemblablement sept millions dans quelques semaines. Alors que Kiev est encerclée, il nous faut faire grandir le mouvement international pour exiger le cessez-le-feu et la paix, et œuvrer rapidement à l’ouverture d’un couloir humanitaire. Aux réfugiés et aux déplacés, sans distinction, nous devons assistance, comme s’y engagent les peuples qui manifestent chaque jour partout sur la planète. La solidarité, l’aide et l’accueil de tous les réfugiés qui fuient la guerre, l’oppression ou la misère sont une nécessité et un devoir d’humanité.

Aujourd’hui, nous lançons une opération de solidarité concrète en partenariat avec le Secours populaire français. Pendant un mois, nous appelons nos lectrices et lecteurs, amies et amis, à leur envoyer des dons et des mots pour la paix. Chaque mot participera à faire grandir le mouvement pour la paix, et chaque euro collecté, reversé intégralement au Secours populaire français, permettra de faire grandir la solidarité et d’être utile sur le terrain. Nous remettrons ces dons à l’occasion d’une soirée de solidarité que nous coorganiserons avec le Secours populaire français. Une nouvelle fois, avec vous, l’Humanité répond présent pour exiger la paix et être le relais de la solidarité concrète. Nous comptons sur vous.

NOUS APPELONS NOS LECTRICES ET LECTEURS, AMIES ET AMIS, À ENVOYER DES DONS ET DES MOTS POUR LA PAIX.

 

« Rien à f…, le billet de Maurice Ulrich.



Et le Covid, au fait? Il nest jamais trop tard. Sanofi, indiquait ce mardi son directeur général, Paul Hudson, à loccasion de linauguration avec Bruno Le Maire dune nouvelle unité de production, «pourrait être le grand gagnant de l’ARN messager». Son vaccin enfin au point serait le plus efficace pour les rappels et en même temps contre la grippe. Soit, mais pourquoi pas plus tôt, alors que Pfizer et Moderna ont mis le leur au point quelques mois seulement après le début de la crise. Eh bien, dit Paul Hudson, «ils ont saisi une opportunité et parié gros, avec le soutien des États-Unis, et ils navaient rien à perdre». Mais voilà: «On ne peut pas juger seulement à laune dune pandémie, il faut considérer les perspectives à long terme. Depuis quelques mois, la valorisation de Moderna a été divisée par trois.» En d’autres termes et en résumé, Sanofi a bien fait de se hâter très lentement pour être gagnant. Pour la pandémie, il n’en avait rien à f…

L’homme du jour. Salah Hamouri



Cible de longue date du gouvernement israélien, Salah Hamouri est à nouveau victime de la politique d’apartheid. Ce lundi 7 mars, il a été arrêté et jeté dans les geôles du pouvoir, dans la prison d’Ofer, située en Cisjordanie, entre Ramallah et Giv’at Ze’ev. 

Ce n’est pas la première fois que l’avocat franco-­palestinien, fervent défenseur des droits des Palestiniens et des prisonniers politiques, est incarcéré sans fondement. Depuis plus de vingt ans, les actions de Tel-Aviv contre Hamouri et sa famille n’ont pour autre but que de faire taire une voix qui s’élève contre l’occupation israélienne. Mis en prison pour la première fois à l’âge de 19 ans, il a depuis enchaîné les séjours en détention, dont une incarcération de six ans entre 2005 et 2011. Il était accusé de tentative d’assassinat sur un rabbin et d’appartenance au Front populaire de libération de la Palestine. On apprendra quelques mois après sa libération que le dossier d’accusation était vide, preuve s’il en fallait du caractère arbitraire de l’acharnement d’Israël.

En 2016, sa femme, alors enceinte, est expulsée de l’aéroport de Tel-Aviv et interdite de retourner en Palestine, pourtant son lieu de résidence. Après plusieurs passages en détention, son assurance-maladie obligatoire lui est retirée. Le ministère de l’Intérieur israélien annonce le retrait du statut de résident permanent de l’avocat, le 18 octobre 2021, confirmant la volonté du gouvernement de le forcer à quitter le pays. L’Association France Palestine Solidarité appelle l’État français à intervenir contre les autorités israéliennes dans les plus brefs délais pour mettre fin à ce harcèlement.

 

mardi 8 mars 2022

« Pas de paix sans elles », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.


 


Elles sont désormais des centaines à devoir se résoudre à accoucher sous la terre, dans des bunkers humides et sans fenêtres en guise de maternités. Voici l’une des épreuves, en plus de toutes celles que la guerre impose au peuple ukrainien dans son ensemble, que les femmes doivent subir depuis que pleuvent les bombes de l’aviation russe. Et encore, ne s’agirait-il là que de dommages «secondaires», si lon peut dire, en comparaison de la gravité des accusations dofficiels ukrainiens concernant des cas de viols de femmes par des soldats russes. De son côté, la Cour pénale internationale a ouvert une enquête visant d’éventuels «crimes de guerre» et «crimes contre lhumanité» – qualifications dont relèvent les viols commis dans le cadre d’un conflit armé.

En attendant d’en savoir plus sur la réalité de tels crimes, la tragédie qui se joue aux portes de l’Europe nous rappelle que les femmes ne sont pas non plus les égales des hommes devant la guerre. Moins présentes au cœur des combats – quoique la participation de nombreuses femmes en armes en Ukraine soit rapportée dans les médias – et donc moins susceptibles de tomber directement sous le feu ennemi, elles sont davantage exposées à d’autres violences, ainsi qu’au dénuement et à l’exode. Cette situation n’est nullement le fait de la nature ou de la fatalité. Les femmes ne sont pas victimes des guerres parce qu’elles seraient plus faibles ou plus fragiles, mais parce que les conflits ne font que pousser à l’extrême la domination patriarcale qu’elles subissent en temps de paix.

C’est dire l’importance, en ce 8 mars, de poursuivre le combat pour l’égalité aussi sur le terrain de la prévention, de la gestion et de la résolution des conflits. Tous les rapports sur le sujet le soulignent: les femmes sont des actrices déterminantes des situations de guerre et d’après-guerre, non seulement sur le plan socio-économique, mais aussi par le rôle qu’elles jouent et pourraient jouer davantage encore, au bénéfice de tous, dans la reconstruction des communautés comme en matière de réconciliation politique et sociale. «Malheureusement, les femmes continuent d’être largement exclues des processus de paix et de médiation», relevait une communication des Nations unies en 2017. Une étude réalisée en 2012 par ONU Femmes montrait que, sur 31 processus de paix entre 1992 et 2011, seulement 4 % des signataires et 9 % des négociateurs étaient des femmes. Avancer sur le chemin de la paix ne se fera pas sans elles.

lundi 7 mars 2022

« Laboratoire », le billet de Maurice Ulrich.



Ça aurait pu être un autre jour, mais c’est celui-là. La presse économique nous apprend que l’Institut Choiseul, créé en 1999 et dirigé par Pascal Lorot, économiste proche de Jacques Attali et des cercles du pouvoir, fête les dix ans de son classement annuel des leaders de la jeune génération. C’est sa vocation de think tank, comme on dit dans les milieux qui pensent pour nous ce qu’ils nous préparent. C’est «un labo­ratoire didées analysant les grands enjeux internationaux et les politiques de gouvernance». Et donc, l’institut a aussi à cœur «lidentification des hauts ­potentiels qui feront les leaders de ­demain», de repérer et mettre en ­réseau «les dirigeants de la jeune génération». Pour cela, il dispose lui-même d’une équipe de décideurs de talent. Neuf personnes, sept hommes et deux femmes. Il semble bien que l’institut ait quelques problèmes dans son processus d’identification des talents féminins et des ­politiques de gouvernance. Pas encore au point, le laboratoire. 

 

 

« Évitement », l’éditorial de Laurent Mouloud dans l’Humanité.



La déclaration de candidature d’Emmanuel Macron devait faire entrer la campagne électorale dans le vif du sujet. Malheureusement, à 35 jours seulement du premier tour, tous ceux qui rêvaient (enfin) d’une confrontation d’idées, approfondie et éclairante, risquent d’en être pour leurs frais. Comme on pouvait le redouter, les premiers pas du président sortant dans cette élection confirment qu’il a opté pour une stratégie aussi frustrante qu’antidémocratique: celle de l’évitement. Une lettre aux Français publiée jeudi dans la presse régionale, une mini-série stylisée consacrée à sa modeste personne égrainée chaque vendredi sur YouTube… C’est désormais une certitude: le candidat jupitérien, invoquant la situation en Ukraine, ne se risquera pas à descendre dans l’arène politique nationale. Pas de confrontation directe avec ses opposants. Pas d’analyse de son bilan. Il sera l’«homme d’État» au-dessus de la mêlée. Ni gauche, ni droite, ni débat.

Cette manière d’avancer masqué, où la communication prend le pas sur le fond, est un bon résumé de la manière dont Emmanuel Macron exerce le pouvoir depuis cinq ans. Vertical et solitaire, davantage axé sur son image que sur ses propositions. Sans surprise: dans leur motivation, les futurs électeurs macronistes placent ainsi en tête la «confiance personnelle» qu’ils éprouvent vis-à-vis du personnage (55%), bien avant la «proximité idéologique» (32%). Lapparence lemporte sur le projet. Le chef de lÉtat le sait. Il se met en scène, joue de la posture du protecteur «bienveillant», enchaîne les discours creux en fuyant toute contradiction. Et tout contradicteur.

Cette stratégie tue la démocratie à petit feu. Et prolonge cette République sans le peuple que le chef de l’État échafaude depuis cinq ans. Elle sert également, ne l’oublions pas, un agenda libéral – réforme des retraites, de la fonction publique… – d’autant plus redoutable qu’il est dissimulé au regard des citoyens. Une campagne présidentielle digne de ce nom ne peut se satisfaire de ce jeu de cache-cache où le protagoniste tait sa propre idéologie pour mieux l’imposer.

 

« Gravité », le billet de Maurice Ulrich



Comme nous le confirment régulièrement les nouvelles de la Bourse et le classement du CAC 40, les grands groupes du luxe, qui sont de remarquables et très prestigieux premiers de cordée, sont aussi l’image de la France à l’étranger, ­apportant aux peuples du monde – enfin à une partie d’entre eux – un certain art de vivre et à leurs actionnaires des bonheurs renouvelés. Mais là, ils sont dans la panade. Quitter la Russie, c’est un crève-cœur. Les oligarques et millionnaires russes ne font pas précisément dans l’ascèse. D’ailleurs, Bernard Arnault lui-même, troisième fortune mondiale et à la tête de LVMH, entretenait, paraît-il, des relations de qualité fondée sur une confiance mutuelle avec Vladimir Poutine. Depuis, nous dit un psychiatre dans le Journal du dimanche, ce dernier est devenu fou. Voilà, on comprend mieux. Donc, c’est un peu l’embarras, au point que le malaise s’étend à la mode et à la haute ­couture, alors que la Fashion Week vient de se tenir à Paris. C’est pourquoi ses ­organisateurs invitent à «vivre les défilés avec la gravité qui s’impose».