La gifle au président témoigne d’une crise démocratique qui s’aggrave. Elle
a été justement condamnée par l’ensemble des forces politiques, mais cela n’a
pas été le cas pour la succession d’épisodes de ces derniers temps. Pétitions
de militaires, mise en cause de la justice par plusieurs syndicats de
policiers… La vidéo d’un agitateur d’extrême droite appelant au meurtre a
démontré qu’un cap, comme nous l’écrivions mercredi, a été franchi. Elle n’a
pas suscité de réactions à la hauteur. C’est pourquoi on se tromperait en ne
voyant que des officiers factieux, des enragés d’extrême droite.
C’est plutôt l’écume d’une délétère tambouille mêlant des « polémistes »
fascisants ayant micro ouvert, des idéologues se prétendant philosophes et
jusqu’aux membres du gouvernement quand ils s’associent à la dénonciation d’un
fantasmatique islamo-gauchisme évoquant par-là les travaux sur la
colonisation, les discriminations de tous ordres. Et cela, c’est ce qui aboutit
à ce renversement phénoménal des valeurs appelant à une sorte de front
républicain allant de LaREM au RN en passant par LR contre la gauche dite
radicale.
Cette gauche, avec ses différences, c’est celle qui lutte contre
l’injustice, contre la mainmise de la finance sur l’économie et la vie, pour la
dignité de toutes et de tous, le maintien et l’extension des acquis… Elle est
affaiblie. On doit dire aussi, à en juger par les réseaux sociaux, que ses
militants n’échappent parfois pas à ce climat de tension. L’invective,
l’exclusion n’ont rien à voir avec ses valeurs. On le pense, aucune formation
de gauche n’a d’adversaire à gauche.
La reconquête de
l’opinion ne passera pas par des coups d’éclat, des chevauchées solitaires,
mais par l’ouverture avec les Français, avec l’électorat populaire, de
véritables débats politiques et de société qui ne sauraient se résumer à ceux
de l’élection présidentielle. Il s’agit d’un travail de longue haleine, mais
qui ne peut souffrir de retard dans la situation que nous connaissons :
l’élaboration collective d’une autre vision de la France et pour la France.

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