L’espèce n’est pas en danger. Ça n’empêche pas qu’on
la défende. L’Opinion, récemment, dénonçait « le disque rayé » de l’ONG Oxfam s’en prenant une nouvelle fois
aux milliardaires, « accusés de tous les maux ou presque », en évoquant « l’indécente augmentation de leur fortune au détriment du reste de la population ». Tout ça, à l’échelle de la France pour 550 milliards détenus par
43 personnes ! On se souvient que, mardi, dans le Figaro, une chronique courageuse appelait à « sauver les riches ». Dans l’Express, c’est Sylvain
Fort qui s’y colle. Ancienne plume d’Emmanuel Macron a qui l’on devrait la
formule évoquant « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien », il consacre sa page hebdomadaire à Bernard Arnault, injustement devenu,
selon lui, « une notion recouvrant, dans les esprits de la gauche
radicale, tout ce qui a, de près ou de loin, rapport à l’argent ». Quelle idée ! Défendre
Bernard Arnault, voilà un projet.
Homme de culture, germaniste accompli, grand amateur d’opéra… Sylvain Fort serait-il aussi passé de plume à valet de plume ?
vendredi 27 janvier 2023
« Plume », le billet de Maurice Ulrich.
jeudi 26 janvier 2023
« À contresens », l’éditorial de Laurent Mouloud dans l’Humanité
AU LIEU DE FAIRE LA RÉFORME QUE TOUT LE MONDE ATTENDAIT, EMMANUEL MACRON
FAIT LA RÉFORME DONT PERSONNE NE VEUT.
Il suffisait d’écouter, mercredi matin, le journaliste
Victor Castanet pour comprendre à quel point Emmanuel Macron se trompe de
réforme. Un an après la sortie de son enquête sur les coulisses
cauchemardesques d’Orpea, leader mondial des maisons de retraite, le lauréat du
prix Albert-Londres était venu au micro de France Inter présenter la réédition
de son livre choc. Dix chapitres supplémentaires dans lesquels il dévoile,
cette fois, les pressions et manipulations qui ont entouré la publication
des Fossoyeurs. Très instructif.
On y croise les mastodontes du secteur qui, sentant le
vent du boulet, ont missionné des sociétés d’intelligence économique pour
tenter d’étouffer le scandale, allant jusqu’à bidonner un sondage relayé
complaisamment par Cyril Hanouna – encore lui. Mais on y croise également
Emmanuel Macron et son entourage, qui n’ont pas ménagé leurs efforts, avant le
démarrage de la campagne présidentielle, pour atténuer la portée des
révélations. Et éviter que la responsabilité de l’État dans ce fiasco ne soit
trop soulignée.
Hier comme aujourd’hui, le président de la République
le sait bien : sur cette question centrale de la dépendance, il n’a aucun bilan. Ses promesses d’une loi « grand âge » se sont évaporées au cours du premier mandat, laissant en jachère les dérives du secteur, notamment celles des Ehpad lucratifs. Ce sujet d’urgence sociale touche de près ou de loin chaque famille. Il n’était pas à l’agenda
en 2022. Il ne l’est pas plus en 2023. Au contraire. Au lieu de faire cette
réforme que tout le monde attendait, Emmanuel Macron a décidé d’imposer la
réforme dont personne ne veut, celle des retraites. Au final, la seule mesure
que les seniors voient venir pour les prochaines années est le prolongement de
leur vie au travail. Un contresens politique, économique et sociétal, au mépris
des réalités du pays.
« Raison », le billet de Maurice Ulrich.
Qu’est-ce donc qui peut amener une personne, a priori
sensée, à écrire de telles âneries, dans une tribune de la presse quotidienne
appelée « Sauvons les riches », en défense des
milliardaires dont Bernard Arnault, devenu « le symbole d’une catégorie sociale contre laquelle se déclenche une hargne que l’on ne
tolérerait contre aucune autre » ? « Il faut écouter les harangues de Marine Tondelier d’EELV, qui veut une France sans milliardaires comme d’autres divaguent sur une France sans étrangers. » Bertille Bayart qui écrit cela dans le
Figaro est de droite, libérale, c’est un fait. Mais, à ce point, on
pense, qu’on nous pardonne, à ce qu’écrivait au siècle des Lumières le baron
d’Holbach dans son Art de ramper à l’usage des courtisans : « Quelque force d’esprit que l’on ait, quelle qu’encuirassée que soit la conscience par
l’habitude de mépriser la vertu et de fouler aux pieds la probité, les hommes
ordinaires ont toujours infiniment de peine à étouffer dans leur cœur le cri de
la raison. Il n’y a guère que le courtisan qui parvienne à réduire cette voix
importune au silence. »
mercredi 25 janvier 2023
« Macron et les éditocrates », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité.
LE « SERVICE APRÈS-VENTE » DE TOUTE LA MACRONIE NE PASSE PAS.
Vu d’en haut, ainsi en est-il de la vie « démocratique » de notre pays, souvent coincée entre les pouvoirs d’influence et un entre-soi si écœurant qu’il renforce le sentiment de défiance général envers
les supposées « élites ». Bienvenue au Palais, version Jupiter ! Ou comment
instrumentaliser une partie des médias – pas n’importe
lesquels – pour influencer l’opinion. La scène se déroule à l’Élysée, juste
avant le 19 janvier, date de la première journée de mobilisation contre la réforme des retraites. À sa demande,
Emmanuel Macron recevait discrètement dix éditocrates triés sur le volet afin
de leur livrer, de vive voix, quelques bons « éléments de langage ». Le but du prince-président ? « Vendre » un projet
rejeté massivement par le peuple et, surtout, aider ces
grands apôtres de la presse libre à psalmodier l’Évangile selon 64 ans.
Répétez après nous le prêche adapté à la circonstance : « Travailleurs qui travaillez déjà, travaillez toujours plus et plus longtemps, le monde de la finance vous
le réclame ! » Pitoyable procédé…
La révélation de ce repas ultrasecret tombe mal. La
Croix vient en effet de publier son 36e baromètre de confiance
dans les médias, duquel il ressort que la vaste agora de l’information reste un
espace fragile : 22 % des Français disent ne pas avoir confiance dans ce que disent
les médias, quand 55 % affirment entendre toujours parler des mêmes sujets. Les « élus » conviés sous les lambris de l’Élysée se sentent-ils
pour autant visés ?
Depuis des jours, l’exécutif tente de déminer les
sujets qui fâchent avant la prochaine journée de grèves et de manifestations, le
31 janvier, et l’examen du texte à l’Assemblée nationale à partir du
6 février. « Justice, équilibre et progrès » : la rhétorique
en forme de triptyque risible de la première ministre s’est étiolée depuis que
le projet de loi et son étude d’impact ont été présentés en Conseil des
ministres. Le « service après-vente » de toute la Macronie ne passe pas et une très large majorité de Français a intégré les vrais mots-clefs de cette maudite « réforme » : injustice,
déséquilibre et
régression. N’en déplaise à Macron, les éditocrates
du Palais ne changeront rien à cette
réalité.
« Soi-même », le billet de Maurice Ulrich.
Voilà une drôle de boucle qui se boucle. Les
Échos ont publié, lundi, sous la forme d’un article d’un de leurs
chroniqueurs, une analyse des « dangers de l’intelligence artificielle » et, plus précisément, de ChatGPT, de l’entreprise américaine
OpenAI, portée sur les fonts baptismaux par Elon Musk, entre autres
parrains. C’est l’outil
informatique, accessible à tous, dont
on parle depuis plusieurs semaines, capable de générer en quelques secondes et à la demande des textes
sur n’importe quel sujet et à la longueur souhaitée. La chronique est
pertinente, elle évoque la possible difficulté de faire la différence entre
vraies et fausses nouvelles, les problèmes de sources et les questions éthiques
posées par le nouvel outil. « Dans l’ensemble, est-il
précisé, il est crucial que les scientifiques, les décideurs et le
public soient conscients des risques et s’efforcent de les atténuer. » Une note à la fin nous indique que l’article a été
rédigé, à la demande donc, par ChatGPT lui-même. Bienvenue dans le nouveau
monde.
mardi 24 janvier 2023
« Bercy beaucoup, Bruno Le Maire », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.
Le gouvernement n’hésite jamais à se contredire, si
cela lui permet de défendre les vertus supposées de sa réforme des retraites. À
l’instar de Bruno Le Maire, dont l’une des dernières sorties vaut son pesant de
recettes fiscales. Appelé à réagir, sur France Info, à la veille de la grande
journée de mobilisation syndicale, à la proposition de l’ONG Oxfam de taxer à 2 % les 42 milliardaires français pour financer les retraites sans reculer l’âge légal à 64 ans, le
ministre de l’Économie a eu cette réponse un brin méprisante : « Oxfam comme toujours confond tout, (…) on finance le système de retraites pas en taxant le capital, (mais) grâce à des cotisations prélevées sur ceux qui travaillent. »
On ne se souvient pas avoir entendu Bruno Le Maire
soulever pareille objection depuis 2017 qu’il est en poste à Bercy, où il a
beaucoup œuvré à remplacer les cotisations sociales par l'impôt. Nous
n’inventons rien : Emmanuel Macron lui-même s’en vantait devant le Parlement, le 9 juillet 2018. « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt », relevait-il, après
avoir supprimé les cotisations salariales chômage et maladie, remplacées par la
CSG. Et le chef de l’État d’appeler les élus de la nation à « tirer toutes les conséquences » de cette transformation de « la philosophie même de notre solidarité nationale ». Car, alors que la cotisation ouvre des droits à ceux qui la versent, la
solidarité « financée par les contribuables implique des droits et des devoirs », poursuivait le
président de la République. Une porte ouverte à toutes les dérives, comme celle
qui consiste à restreindre ou conditionner toujours plus durement des
prestations de plus en plus assimilées à une aide sociale généreusement offerte
par l’État, et non au produit du travail de tout un chacun.
Voilà le ministre converti aux vertus de la cotisation
par la magie de la réforme des retraites. On ne peut que l’en féliciter : il est
alors urgent de revenir sans délai sur le
transfert cotisations–CSG, et sur
la montagne d’exonérations
sociales offertes aux entreprises sans contreparties et plus ou moins
compensées par l’État…
« Concert », le billet de Maurice Ulrich.
Davos. La station est charmante, paraît-il, et bien
équipée. On peut aussi y faire du ski. Une semaine de Forum économique mondial
et à l’année prochaine. Toutes les bonnes choses ont une fin. On a entendu, dès
son ouverture il y a une semaine, que l’ONG Oxfam voulait « abolir les milliardaires ». Cela au motif que chacun d’entre eux
représente « un échec de politique publique ». Ils ne sont pas inquiets. Le secrétaire général des
Nations unies, Antonio Gutteres, a vivement attaqué les grands pétroliers qui
savent depuis des années que « leur produit phare abîme la planète » et qui devraient être poursuivis en
justice « comme les fabricants de cigarettes »… Sinon, malgré les crises, l’optimisme, d’après la presse économique, l’a
quand même emporté. Au total, une bonne semaine, des rencontres et des partages
pour les quelque 3 000 participants
entre conférences, pistes rouges et soirées. La veille de l’annonce de 10 000 licenciements dans leur groupe, les cadres de Microsoft
présents ont participé par exemple à un concert
privé de Sting. Ils n’étaient pas bien, là ?
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