jeudi 25 août 2022

« Cool », le billet de Maurice Ulrich.



Ah, Éric Zemmour… Souvenons-nous de ses grandes heures quand, devant tant de commentateurs fascinés, il était l’astre montant de la politique. Depuis, bon, on l’a un peu oublié. Mais pas l’Opinion. Le quotidien libéral, mercredi, lui consacrait une pleine page sous un angle inattendu, dans sa série d’été «Le pouvoir du rire», consacrée à lhumour en politique. Donc, Éric Zemmour en campagne avait de lhumour et même, de lhumour «cool». Par exemple, nous dit-on, «le fusil de sniper pointé sur des journalistes accompagné d’un “on ne rigole plus, là, reculez”, ou encore le doigt d’honneur à une Marseillaise»… Quand une militante socialiste l’accuse de l’avoir embrassée de force, la réaction est immédiate avec le lancement d’un hashtag, bisousgate. C’est que l’humour zemmourien est «caustique, subversif, transgressif, antisystème». Le quotidien avait déjà dressé le portrait du youtubeur Papacito, dont l’un des faits d’armes était une vidéo où il tirait sur un «gauchiste». Extrême droite, néofascistes, à l’Opinion, c’est à s’en taper sur les cuisses.

 

mercredi 24 août 2022

« Le seul camp à choisir, celui de la paix », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



Afghanistan, Irak et aujourd’hui Ukraine. Les conflits modernes déclenchés par les grandes puissances semblent obéir à un scénario semblable. On promet une opération éclair dont la supériorité des moyens militaires et technologiques laissera l’adversaire sans recours. Puis l’intervention rencontre une résistance imprévue sur le terrain, les heures se changent en jours et les jours en mois, voire en années. Au final, la guerre, la vraie, celle qui refuse de dire son nom et ne se résume pas à l’euphémisme d’une «opération spéciale», allonge la liste des dégâts et des pertes humaines à linfini. La guerre éclair est un mythe qui fait partie intégrante de la propagande de guerre.

Six mois déjà que la Russie a engagé ses troupes contre l’Ukraine. Il n’y a ni gagnant ni perdant sur le plan militaire, mais l’histoire retient qu’il y a bien un agresseur, le régime de Vladimir Poutine. Si cela ne vaut pas blanc-seing pour le gouvernement ukrainien et la politique de son président, Volodymyr Zelensky, à propos desquels les critiques justifiées ne manquent pas, ce crime est inscrit à jamais au passif du maître du Kremlin, sur qui pèse la responsabilité du conflit aux yeux du monde. Par-delà les souffrances du peuple ukrainien, bien sûr, mais aussi du peuple russe, touché dans l’épreuve, ce dernier paie la faute de son dirigeant de la plus lourde des défaites sur le plan économique, moral et symbolique: celle qui vaut à la Russie la réprobation mondiale et sa mise au ban des grandes puissances.

Mais, alors que la guerre s’éternise, le rôle de l’Humanité est de redire qu’il n’y a pas de fatalité à la violence et qu’il faut continuer de tout tenter pour ouvrir un chemin à la paix. Rien ne serait pire que d’attendre que le conflit se solde par une victoire militaire jalonnée de destructions sans nombre. L’Ukraine, la Russie, l’Europe elle-même ne s’en remettraient pas. Seule la reprise des négociations peut ouvrir cet autre chemin. Les pressions internationales peuvent y aider, comme on l’a vu avec l’accord sur le déblocage du blé ukrainien. Le seul camp à choisir est celui de la paix, et l’unique voie consiste à renouer les fils du dialogue.

« Conseils », le billet de Maurice Ulrich.



Le ministre des Transports, dit-on, aurait en tête de limiter les vols de jets privés qui commencent à faire désordre (lire l’Humanité du 22 août). La preuve, il voudrait en faire une question européenne, ce qui pourrait nous promettre à coup sûr quelques ébauches de semblant de demi-mesures à échéance d’une dizaine d’années… Mais il est d’autres chemins de la sobriété, et ce dès la rentrée scolaire. Le Parisien, lundi, face à l’inflation, donnait aux familles de précieux conseils auxquels elles n’auraient jamais pensé elles-mêmes, comme de dépenser moins quand on a moins d’argent. Mais n’est-ce pas, interrogeait l’éditorialiste du journal, lundi, «loccasion idéale pour apprendre la sobriété aux élèves», les inciter à «lutter contre le gaspillage» et inviter certains professeurs à renoncer «à leurs marottes, comme des intercalaires aux couleurs rarissimes et des stylos hors normes». On se doit de remercier, pour cette contribution à la lutte contre la vie chère et pour l’environnement, le quotidien populaire du groupe de Bernard Arnault, lequel s’interroge d’ailleurs, paraît-il, sur ses vols en jet privé.

 

mardi 23 août 2022

« L’essence du macronisme », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.

 


À en croire les magazines, Emmanuel Macron est le président français qui travaille le plus. «Réunion à 23h30, minuit, une heure du matin même», et pas forcément sur des dossiers urgents. Ses collaborateurs ou les personnels du château? Ils doivent suivre Marche ou crève à l’Élysée, en quelque sorte. Derrière cette anecdote se révèle toute la conception de la société et des rapports sociaux d’Emmanuel Macron. L’ambition du chef de l’État est de construire une société au service des gagnants. Et ceux qui ne gagnent pas? La responsabilité de «l’échec» leur est systématiquement renvoyée. «Ils ne font pas assez d’efforts et profitent d’un système social trop généreux», nous explique-t-on. Emmanuel Macron ne manque d’ailleurs jamais de vanter et de s’inspirer de ce qui se fait de pire ailleurs en matière de social. Modèles allemand, suédois ou canadien sont agités et mis en avant pour tenter de faire oublier que l’objectif est un retournement complet de l’idée même de protection sociale. Il s’agit de faire accepter l’idée que le «moderne» consisterait à prendre des risques. Ce serait «traverser la rue» afin de devenir «économiquement autonome» de tout dispositif social.

Pour masquer la violence d’une telle logique, le président affirme que «verser une allocation ne suffit pas (), ce qu(il veut), cest que chacun sen sorte et retrouve sa dignité grâce au travail». Chômeurs, précaires, retraités, tous sont soumis au logiciel néolibéral: plus de pouvoir donné aux forces du marché, moins de dépenses publiques et sociales, afin de baisser les prélèvements sur les «premiers de cordée».

Ni les crises – gilets jaunes, Covid, guerre – ni le fameux «quoi quil en coûte» nont changé lessence du macronisme. Le néolibéralisme demeure au cœur des décisions, à la fois sous son aspect financier, sous la priorité quil donne aux marchés et aux entreprises, et enfin par sa faculté de renvoyer chacun à son propre sort. Une société où le devenir de tout individu est indexé sur sa réussite économique sur le marché, sans filet de sécurité ou alors réduit au minimum possible pour les perdants. C’est précisément la question d’une société bâtie sur des principes à l’opposé de ceux-là et des moyens de la construire qui sera à l’ordre du jour des débats de la Fête de l’Humanité.

 

« Conseils », le billet de Maurice Ulrich.



Le ministre des Transports, dit-on, aurait en tête de limiter les vols de jets privés qui commencent à faire désordre (lire l’Humanité du 22 août). La preuve, il voudrait en faire une question européenne, ce qui pourrait nous promettre à coup sûr quelques ébauches de semblant de demi-mesures à échéance d’une dizaine d’années… Mais il est d’autres chemins de la sobriété, et ce dès la rentrée scolaire. Le Parisien, lundi, face à l’inflation, donnait aux familles de précieux conseils auxquels elles n’auraient jamais pensé elles-mêmes, comme de dépenser moins quand on a moins d’argent. Mais n’est-ce pas, interrogeait l’éditorialiste du journal, lundi, «loccasion idéale pour apprendre la sobriété aux élèves», les inciter à «lutter contre le gaspillage» et inviter certains professeurs à renoncer «à leurs marottes, comme des intercalaires aux couleurs rarissimes et des stylos hors normes». On se doit de remercier, pour cette contribution à la lutte contre la vie chère et pour l’environnement, le quotidien populaire du groupe de Bernard Arnault, lequel s’interroge d’ailleurs, paraît-il, sur ses vols en jet privé.

lundi 22 août 2022

« Chemise noire en talons aiguilles », l’éditorial de Maud Vergnol dans l’Humanité.



Cent ans après la marche sur Rome, dans l’indifférence quasi générale, l’Italie s’apprête à élire une première ministre biberonnée au néofascisme. Grande favorite des sondages pour les législatives anticipées du 25 septembre, Giorgia Meloni, cheffe du parti Fratelli d’Italia, a pris la tête d’une coalition dite de centre droit… qui rassemble également la Ligue de Matteo Salvini et les berlusconiens de Forza Italia. Admiratrice de Mussolini, la candidate d’extrême droite déclare vouloir défendre «Dieu, la patrie et la famille», appelle à un «blocus naval» pour laisser les réfugiés se noyer en Méditerranée, et défend une politique pro-riches décomplexée, avec la promesse d’un impôt sur le revenu à taux unique.

On dit souvent de l’Italie qu’elle est un laboratoire, qu’elle éclaire l’avenir de la vie politique française. C’est dire si la situation fait d’autant plus froid dans le dos. Marine Le Pen ne cache d’ailleurs pas son intérêt pour sa cousine transalpine, qui deviendrait, avec Orban en Hongrie, l’un des piliers de l’extrême droite européenne.

Le cocktail explosif est le même: démagogie populiste et fin du clivage gauche-droite, gouvernements technocrates pour mener les cures daustérité, banalisation, révisionnisme, sans oublier les compromissions des partis au pouvoir et autres «triangulations» pour faire la courte échelle à lextrême droite. En février 2021, lalliance de Mario Draghi avec la Ligue de Matteo Salvini a ouvert la boîte de Pandore. Là encore, il sest trouvé peu de monde pour sinquiéter de ce choix funeste de l’ancien président de la BCE. Le résultat est là.

Alors, la France pourra-t-elle déjouer la théorie des dominos, sur laquelle compte Marine Le Pen pour sa conquête du pouvoir? Cest déjà ce qui se joue pour cette première rentrée sociale et politique du second quinquennat Macron. La séquence électorale a permis d’éviter un scénario à l’italienne d’effacement total de la gauche de transformation. Elle a maintenant cinq ans pour démontrer qu’elle est prête à mettre en œuvre une révolution écologique et sociale,unique antidote à la peste brune.

MARINE LE PEN NE CACHE PAS SON INTÉRÊT POUR SA COUSINE TRANSALPINE, QUI DEVIENDRAIT, AVEC ORBAN EN HONGRIE, L’UN DES PILIERS DE L’EXTRÊME DROITE EUROPÉENNE.

 

« Injuste », le billet de Maurice Ulrich.



«Toute inégalité nest pas une ­injustice», et c’est vrai. Tout le monde n’est pas Usain Bolt et ce n’est pas tous les jours qu’on établit la théorie de la relativité générale ou qu’on découvre la gravitation universelle en recevant une pomme sur la tête. Mais là n’est pas le sujet pour le dénommé Erwan Le Noan, membre du conseil scientifique(?) de la fondation pour linnovation politique de linénarrable Dominique Reynié, qui publie une ­tribune sur la question dans un ­quotidien. Non, le problème, cest que la régulation à la française, probablement très proche du collectivisme, n’est pas autre chose qu’une façon de «freiner ceux qui courent le plus v ite» en raison de «notre obsession égalitaire». Et celle-ci a son revers, un peu inattendu à dire vrai, car là il faut s’accrocher. Elle nivelle tout, interdit la réussite due au mérite et aux capacités de ­chacun, et donc, «ce sont les plus ­défavorisés qui en souffrent le plus». L’ultralibéralisme rend fou, ou idiot. Une inégalité de plus.