mardi 14 septembre 2021

Fête de l’Humanité. Adieu La Courneuve, bonjour Brétigny !



Patrick Apel-Muller

Après vingt-deux ans passés sur ce site de l’Aire des Vents, la Fête de va poser ses valises l’an prochain dans l’Essonne. Retour sur deux décennies de souvenirs inoubliables…

Les images s’emmêlent. Le dernier déménagement de la Fête de l’Humanité, du parc paysager Georges-Valbon à l’Aire des vents, se résumait à un changement de palier, à quelques centaines de mètres. Alors, le défilé des modèles d’Yves Saint Laurent sur la Grande Scène, le concert des Who ou celui de Patti Smith, qu’importe l’enceinte, c’était La Courneuve. Au point même que des habitués font référence à des années où les bottes collaient à la boue, comme si elle n’était pas d’abord celle des chemins sous frondaisons, des pelouses qu’il fallait bien refaire après l’événement, de l’autre côté, dans l’espace des coureurs à pied.

Le plus grand événement culturel et politique au cœur de la banlieue.

Depuis 1999 donc, les stands et les scènes voisinaient l’aéroport du Bourget avec sa fusée Ariane dressée telle une statue, ses halls d’exposition, et les cités populaires de Dugny. Le fond et la forme… le plus grand événement culturel et politique au cœur de la banlieue.

Le deuxième week-end de septembre, les parcours revenaient, familiers : la gare RER du Bourget, la ligne 11 du tramway depuis quelques années, les parkings militants, le camping et les sacs à dos d’une foule jeune, les fins de concerts et, le long des rues, les files ininterrompues des participants regagnant leurs pénates.

Une chronologie de l’histoire de France

En vingt-deux ans et 22 éditions – celle de 2020 fit exception, Covid obligeant –, il s’en est passé des choses ! Comment n’y pas voir une chronologie de l’histoire de France ?

Des ministres communistes, la mobilisation pour le non au référendum de 2005, la naissance du Front de gauche, les mobilisations contre la réforme des retraites, la solidarité avec le peuple palestinien ou les Kurdes, l’inquiétude pour la Grèce pressurée par la Commission européenne, le choc du 11 septembre 2001…

Arène passionnée et parfois grondante, comme ce jour de 2005 où Laurent Fabius vit s’écraser sur son crâne un œuf dégoulinant ou, plus respectueux, le débat musclé entre Jean-Paul Delevoye, commissaire en charge du projet de réforme des retraites, et Philippe Martinez, dans une Agora bondée.

La culture y était souveraine

Au fil de ces deux grosses décennies, l’appétit d’échanges et de contradictions même a grossi au point de devenir une marque de fabrique. De gauche, la Fête ? Bien entendu, et un homme politique avait déclaré (avant de l’oublier) : « Quand on est de gauche, on est à la Fête de l’Humanité. » Mais sillonnée de mobilisations et d’engagements divers, de points de vue différents. De la politique, des idées, du savoir comme s’il en pleuvait ! Une confluence. Plus, un delta.

La culture y était souveraine, en tableaux somptueux comme en 2004 avec l’exposition « Cent peintres, pour les cent ans de l’Humanité », en audace avec en 2008 le dialogue « 1968-2008, l’Art dans la rue », où les œuvres de Jean Dubuffet, Ernest Pignon-Ernest, Pierre Alechinsky ou Jacques Villeglé échangeaient avec celles de grapheurs comme Miss. Tic ou Speedy Graphito. En rencontres aussi au Village du livre.

Avec les souvenirs pointe la nostalgie

Et quels concerts ! Manu Chao, Iggy Pop, Patty Smith, Joan Baez, Higelin, Ferré, Gréco, Lavilliers, Bénabar, Mustang, Matmatah, Aya Nakamura, Catherine Ringer, Bigflo et Olli, Jeanne Added, Compay Segundo, Bashung, Johnny Clegg, Moriarty, Julien Clerc, Leforestier, Dutronc, Eddy Mitchell, Soprano, Polnareff, la famille Chedid… Une liste exhaustive est impossible ; elle occuperait plus qu’une page de votre quotidien.

Avec les souvenirs pointe la nostalgie, celle d’enlacements au soleil couchant, de solides repas d’amitiés, de déambulations heureuses… Elles vont trouver un autre lieu, puisque l’Aire des vents va changer de vocation. Le président du conseil départemental, Stéphane Troussel (PS), y voit s’engager, du fait des jeux Olympiques et Paralympiques, un développement comparable à celui du stade de France, il y a vingt ans.

Pas d’accord, l’un de ses prédécesseurs, Robert Clément (PCF), juge que le projet « se réduit davantage à une opération immobilière, avec à terme la construction de 1 300 logements accompagnée d’équipements publics. C’est dans l’air du temps, on l’habille de vert. Ce sera un écoquartier ! Tout compte fait, avec cette décision, cela valait-il d’amputer le parc départemental de 20 hectares ? Pas si sûr ! »

Du vert, des pistes et de l’espace

Mais à cette heure, pas de regrets, des projets ! La prochaine Fête de l’Humanité se tiendra à Brétigny-sur-Orge (Essonne), dans la banlieue sud, sur le terrain de l’ancienne base aérienne 217, qui fut centre d’essai du Concorde. Du vert, des pistes et de l’espace dans un lieu qui accueille aussi des studios de cinéma. Retour d’histoire : dans ce même département en 1931, la Fête de l’Humanité s’était déroulée à Athis-Mons. Sacrée voyageuse qui a connu Bezons, Garches, le bois de Vincennes, le parc Montreau à Montreuil, les terrasses de Meudon…

Fini l’Aire des vents, une nouvelle ère s’ouvre. À vous, à nous, de la peupler de nouvelles habitudes, de souvenirs intimes, d’événements politiques, de découvertes culturelles et de plaisirs gastronomiques.

 

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