Depuis le Lot, Emmanuel
Macron a assuré vouloir reprendre le train intensif des réformes avant la fin
de son mandat. Parmi elles, les retraites.
Emmanuel Macron est passé maître dans l’art d’annoncer les annonces, et son
« tour de France » estival n’échappe pas à la règle. Le président de la
République s’est encore livré à cet exercice, lors d’un déplacement à Martel,
dans le Lot, le 4 juin. À la presse, il a promis que la dernière année de
son quinquennat sera « une année utile », durant
laquelle il aura « des décisions difficiles » à prendre et où
il ne sera pas question de « lever le crayon » : « Je ne peux pas gérer
l’été en pente douce. » Comprendre : le chef de l’État réenfile son
costume de grand réformateur et « modernisateur » de la
France, sur la base duquel il a été élu en 2017.
Les retraites : « la mère de toutes les réformes »
Et parmi les projets présidentiels, demeure toujours « la mère de
toutes les réformes », selon les propres mots du chef de l’État : les
retraites. Si rien de concret n’a été avancé, le chef de l’État a cependant
rouvert la porte à une nouvelle loi sur la question, dans une formule
revisitée. « Je ne pense pas que la réforme qui était initialement
envisagée puisse être reprise en l’état », a-t-il précisé. « Elle
était très ambitieuse, extrêmement complexe et, du coup, porteuse
d’inquiétude », a-t-il poursuivi, renvoyant donc les manifestations
d’opposants à la réforme, qui ont parfois réuni jusqu’à 1,8 million de
personnes (selon la CGT) dans tout le pays, à un simple problème d’affect et de
pédagogie.
Faut-il comprendre que le système à points est enterré ? Qu’on s’achemine
vers un projet plus classique (et moins « complexe ») de recul
de l’âge légal de départ à la retraite ? Que les petites pensions seront
revalorisées en contrepartie, comme le suggérait récemment un rapport
parlementaire ? « Rien n’est exclu », se contente pour
l’instant de répondre le chef de l’État. De fait, reprendre le texte là où il
avait stoppé son chemin législatif, en mars 2020, du fait de l’irruption du
Covid-19, n’a pas grand sens. Passé en force à l’Assemblée nationale par un
recours à l’article 49-3, le projet de loi n’avait jamais eu le temps
d’être examiné au Sénat. Quant à la conférence de financement qui devait
réfléchir à une alternative au controversé « âge pivot », elle est de toute
façon caduque. Elle devait se terminer fin avril 2020, mais avait été
interrompue en cours de travaux par le confinement.
Le président est déjà en campagne pour sa réélection
Pour autant, et malgré le risque de redéclencher un vaste mouvement social
en parallèle de la campagne présidentielle, le président ne renonce pas au
sujet explosif des retraites. Certains dans son camp poussent plus que d’autres
à ce qu’une réforme soit mise en œuvre. Le ministre de l’Économie, Bruno Le
Maire, juge la réforme des retraites toujours « prioritaire », tandis
que François Bayrou, haut-commissaire au plan et président du Modem,
l’estime « inéluctable ». À cela s’ajoute le noyau dur de
l’électorat macroniste, qui souhaite la réforme. En remettant le sujet sur la
table, tout en faisant mine de ne rien avoir décidé, Emmanuel Macron est de
toute façon déjà en campagne pour sa réélection, tout en assurant qu’il « est
trop tôt » pour se prononcer officiellement sur sa candidature. Le
président mise – sans doute un peu vite d’ailleurs, compte tenu des
incertitudes persistantes sur les variants – sur une amélioration continue de
la situation sanitaire, pour remettre en œuvre un agenda accéléré de réformes.
Un rapport sur le futur économique de la France, copiloté par Olivier Blanchard
et Jean Tirole, devrait d’ailleurs alimenter cet agenda, avec en ligne de mire
la relance et l’endettement.
Stratégiquement,
Emmanuel Macron a tout intérêt à caler quelques réformes avant l’échéance de
son bail élyséen. L’immobilisme et le conservatisme sont incompatibles avec ce
que veut vendre la Macronie à ses électeurs. Après une année dédiée à la fois à
la gestion de crise pandémique et à un méchant coup de barre à droite sur le
sécuritaire (lois sur les « séparatismes » et la « sécurité globale »),
le président de la République doit donner à nouveau la sensation de se mettre
en mouvement. Après tout, c’est avec cette promesse d’être perpétuellement « En
marche » qu’il a été en partie élu.

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