Le secrétaire national
du PCF a interpellé le président de la République pour que la France soit à la
tête d’une campagne internationale pour la levée des brevets sur les vaccins
anti-Covid. Entretien.
Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, Fabien Roussel propose de créer
les conditions « pour que tout le pays, dans l’union la plus
large », mène un combat à l’échelle internationale pour obtenir la
levée des brevets. Cette initiative fait suite aux révélations dans la presse,
dont l’Humanité, de l’augmentation des prix des vaccins par le
laboratoire Pfizer.
Vous avez alerté Emmanuel Macron. Qu’en attendez-vous ?
Fabien Roussel : La transparence sur le prix des vaccins est tout de
même le minimum que l’on puisse attendre en tant que citoyens. La ministre
Agnès Pannier-Runacher, à la suite de ces révélations, admet que les
négociations avec les laboratoires sont une indication qu’il va y avoir une
augmentation des prix des vaccins. Il est donc légitime de demander combien ça
va coûter et la raison de cette augmentation. Cette exigence est capitale. En
France, c’est la Sécurité sociale qui paye, avec nos cotisations. J’entends
déjà le discours d’un gouvernement qui nous dirait demain qu’il faut rembourser
le trou de la Sécurité sociale… C’est la raison pour laquelle nous devons
rester vigilants. Si le prix des vaccins augmente, c’est qu’il y a une pénurie,
et celle-ci est organisée alors que l’on pourrait la combattre en obtenant la
levée des brevets.
Vous menez une bataille pour cela. Où en est-elle ?
Fabien Roussel : La campagne est menée à l’échelle de l’Union
européenne, avec une pétition d’initiative citoyenne qui a l’objectif de
rassembler un million de signatures. Nous multiplions donc les initiatives
comme celle que je viens de prendre en direction du président de la République.
C’est une affaire qui doit tous nous mobiliser. Pfizer a répondu à mon interpellation,
et ils ont reconnu que les tarifs allaient augmenter. La question de la levée
des brevets va donc devenir de plus en plus forte. Aujourd’hui, on nous annonce
qu’il faudra une troisième dose, puis se vacciner tous les ans. On ne pourra
donc pas organiser la vaccination de tous les habitants de la planète avec des
vaccins qui vont coûter 150 dollars. La levée des brevets va se poser
immanquablement. Le plus tôt sera le mieux.
Malgré la campagne et les révélations de la presse sur les intentions des
laboratoires, l’Union européenne continue à négocier sur la base de leurs prix…
Fabien Roussel : Nous devons crier plus fort. Révéler ce que Pfizer ou
AstraZeneca sont en train de faire concernant les prix. Pourquoi cette opacité
sur les tarifs ? Il faut interroger les gouvernements. Pourquoi ne
répondent-ils pas à cette exigence de transparence ? Ce sont eux qui bloquent,
ils doivent rendre des comptes, s’expliquer. Pfizer a répondu à notre
interpellation. La ministre confirme l’augmentation des prix des vaccins. Les
bouches s’ouvrent. C’est intéressant, mais il va falloir pousser, continuer à
les interpeller et exiger la vérité sur les prix.
La question va se poser. Mais comment les laboratoires pourraient-ils
accepter de lâcher leurs brevets ?
Fabien Roussel : Parce que ce n’est pas tenable aux yeux de l’opinion
publique internationale. Il n’est pas tenable que les vaccins atteignent des
tarifs insupportables pour les économies. Avec l’Inde, l’Afrique du Sud et une
centaine de pays, une mobilisation internationale est en train de monter. 175
anciens chefs d’État et prix Nobel de la paix le demandent aussi. À un moment,
ils seront obligés de répondre à cette demande. De la même manière, Nelson
Mandela avait obtenu la levée des brevets pour la production de médicaments
contre le sida.
Au moment où cette épidémie a émergé, il y avait déjà tous les arguments
pour refuser le brevetage des vaccins…
Fabien Roussel : Les actionnaires de l’industrie pharmaceutique sont
les banques, c’est Morgan Stanley, Goldman Sachs… Des fonds d’investissement
comme BlackRock sont actionnaires de Pfizer, Sanofi, Moderna ; ils sont
présents dans toutes les sociétés. Ce sont les intérêts de ces banques, de ces
fonds de pension, de ces assurances qui sont d’abord pris en compte. La caste des
financiers a préservé ses intérêts avec la complicité des chefs d’État de
l’Union européenne, des États-Unis, des Britanniques… Ce sont eux qui bloquent
aujourd’hui la levée des brevets au sein de l’OMC.
Le gouvernement américain ne constitue-t-il pas un verrou ?
Fabien Roussel : Oui.
Mais imaginons que ce soient les États-Unis qui le lèvent. Tous les Américains
seront vaccinés, et la France sera bien à la traîne et à leur remorque. Celui
qui obtiendra la levée des brevets sera celui qui aux yeux de tous les peuples,
de tous les pays, aura permis une grande avancée dans la protection contre le
virus. C’est aussi un enjeu collectif très important d’être à la pointe de ce
combat. Pourquoi la France attendrait-elle que les Américains prennent
l’initiative ? Pourquoi ne pas le faire dès maintenant et être le pays qui
défend les intérêts des peuples d’Afrique, d’Amérique latine, de l’Inde… de
tous ceux qui attendent cette levée des brevets ?

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