vendredi 30 avril 2021

« Étape », l’éditorial de Laurent Mouloud dans l’Humanité.



Retour au réel. Après un 1er Mai 2020 virtuel pour cause de confinement, les syndicats réinvestissent les rues, ce samedi. Dans un contexte de crise aiguë (763 plans sociaux en un an, 300 000 destructions d’emplois…), les traditionnels défilés porteront les revendications des travailleurs. Mais auront aussi la rude tâche de commencer à construire un rapport de forces pour déjouer le scénario de sortie de crise concocté par le gouvernement.

Car, aujourd’hui, personne ne peut se bercer d’illusions. Le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron ne s’est pas accompagné d’une révélation sur l’impéritie des dogmes néolibéraux. Des milliards ont été déversés pour soutenir l’activité économique – avec un effet certain –, mais sans réel fléchage, ou contreparties. Un an plus tard, le constat est simple. Les grandes entreprises ont profité de l’aubaine. Les restructurations opportunes se sont multipliées. Les poches des actionnaires, chouchoutés par les cadeaux fiscaux, sont gonflées comme jamais. Et les ayatollahs de la réduction des dépenses publiques sont de retour. Brandissant l’épouvantail de la « dette Covid », ils comptent désormais avancer leurs pions en faisant payer la facture aux Français de première et seconde ligne.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ne s’en cache pas : aux « réformes structurelles » déjà en route (assurance-chômage, loi Asap, etc.), va s’ajouter, dans les mois qui viennent, une nouvelle cure d’austérité, véritable corollaire du plan de relance gouvernementale à 100 milliards d’euros. Baisse des dépenses, recul des services publics… Des recettes éculées, auxquelles même le pays roi du capitalisme – les États-Unis – s’apprête à tourner le dos, sous l’impulsion de Joe Biden. Mais, de ce côté-ci de l’Atlantique, Emmanuel Macron n’en a ni la volonté, ni la lucidité, préférant, à un an de la présidentielle, battre le rappel sur les thèmes sécuritaires et identitaires. Perspective navrante qu'un puissant mouvement social, dont ce 1er Mai doit être une étape, est à même de bousculer.

 

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