La stagnation du
commerce des armes, une première depuis le début du siècle, selon l’Institut international
de recherche sur la paix (Sipri), cache une explosion des ventes chez les
principaux fournisseurs, dont la France, ainsi qu’une augmentation de la
production locale. Les chiffres d'un marché où règne la plus grande opacité.
Le commerce international des armes se serait stabilisé au cours des cinq
dernières années, une première depuis le début du siècle et la période
2001-2005, indique le dernier rapport de l’Institut international de recherche
sur la paix (Sipri), basé à Stockholm (Suède), et qui fait autorité sur la
question, en dépit de l’opacité qui règne généralement dans ce secteur.
Un phénomène qui s’explique par l’augmentation de la production locale chez
les pays importateurs, tempère l’organisme, qui relève que les exportations demeurent
à leur plus haut niveau depuis la fin de la guerre froide. « Il est trop tôt
pour affirmer que la période de forte augmentation des transferts d’armes des
deux dernières décennies est révolue », explique ainsi Pieter D. Wezeman,
chercheur principal au programme Armes et Dépenses militaires du Sipri.
Les États-Unis très loin en tête
Et si les ventes de la Russie et de la Chine sont en baisse, leurs trois
principaux concurrents – États-Unis et France en tête – gagnent de nouveaux
marchés. Deuxième fournisseur mondial avec 20 % du marché, Moscou a par
exemple officiellement enregistré une chute de 22 % ces dernières années –
principalement à cause d’un marché indien en quête de diversification des
approvisionnements, tandis que la Chine a pâti d’un moindre appétit chez ses
acheteurs pakistanais, algériens et égyptiens.
Très loin en tête de ce classement, les États-Unis voient donc leurs
courbes s’envoler, avec 15 % de hausse et une emprise globale qui pèse
désormais 37 % du marché de l’armement. Washington dispose d’un
portefeuille de 96 Etats-clients et exporte massivement vers le Moyen-Orient
(47 %) en général, et l’Arabie Saoudite en particulier (24 %).
Mais même si ses exportations totales ne représentent que 8,2 % du
commerce mondial de l’armement, c’est bien la France qui enregistre la plus
forte hausse, avec un bond de 44 % entre 2016 et 2020. Là aussi, les pays
du Golfe et Riyad, qui a supplanté l’Inde comme principal importateur d’armes à
l’échelle du globe, permettent entre autres aux Français de tirer leur épingle
du jeu, sur fond de guerre froide régionale entre l’Arabie Saoudite et l’Iran,
laquelle se joue sur les théâtres irakien, syrien, et surtout yéménite.
« Une sorte de boîte noire «
À l’occasion de la sortie attendue du rapport du Sipri, l’Observatoire des
armements publie en partenariat avec la fondation Rosa Luxembourg une salutaire
étude comparative sur le contrôle parlementaire des exportations d’armes en
Europe. Sans surprise, la France brille par l’absence de gardes-fous dans un domaine
qui relève essentiellement des prérogatives gouvernementales. « En 2000, une
mission d’information conduite par les députés Sandrier, Veyret et Martin (…)
remarquait déjà : « Ce qu’on connaît le mieux du système français de contrôle
des exportations d’armement, c’est son opacité. L’ensemble du système apparaît
en effet comme une sorte de boîte noire, un monde d’initiés appliquant des
règles inconnues de façon incontrôlable. Pire encore, cette situation amène
certains à considérer qu’en réalité, les exportations d’armement en France ne
sont régies par aucune règle », rappelle l’étude, qui insiste sur l’efficacité
des veilles citoyennes et parlementaires et leur impact sur les législations
aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume-Uni, « contrairement à ce qui se passe
en France » (sic).
Marc de Miramon

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