Depuis plusieurs
semaines, les fonctionnaires municipaux et métropolitains se mobilisent contre
l’allongement de leur temps de travail sans compensation financière. À l’appel
de la CGT, nombre d’entre eux seront à nouveau en grève dans toute la France,
ce mardi.
Qu’ils soient bibliothécaire ou agent d’entretien de la voirie, aide à
domicile ou assistant social, ils sont près de 2 millions à être concernés
par cette disposition de la loi de transformation de la fonction publique.
L’harmonisation du temps de travail à 1 607 heures annuelles, qui devra
être effective au plus tard au 1er juillet 2022 dans les municipalités et
métropoles, et dont les protocoles locaux sont en cours de négociation un peu
partout en France, est loin de passer comme une lettre à la poste. De Paris à
Toulouse, en passant par Châtellerault, Reims ou Aubagne, la colère des agents
monte contre l’application de cette mesure synonyme d’augmentation du temps de
travail pour un grand nombre d’entre eux. Ce mardi, la CGT appelle les
fonctionnaires à la grève et à la manifestation dans plusieurs villes de
France. Le dernier rapport d’activité sur l’état de la fonction publique
estimait à 1 587 le nombre d’heures annuelles travaillées dans les
collectivités territoriales, soit une durée hebdomadaire inférieure aux
35 heures légales.
20 jours de congé en moins pour certaines catégories
Un privilège coûteux et infondé du point de vue du gouvernement, un conquis
social légitime pour les agents et les syndicats qui se mobilisent depuis
plusieurs semaines. « Il y a évidemment la question des métiers
pénibles, où les agents ont des ports de charges ou autres contraintes
physiques, du travail de nuit, le dimanche ou les jours fériés », explique
Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération CGT des services
publics. « Mais on oublie souvent que le niveau de productivité qu’on
demande aux agents administratifs – qui se retrouvent de plus en plus à
occuper un poste et demi, voire deux postes – représente aussi un facteur
de pénibilité », précise-t-elle. Au-delà de l’aggravation des
conditions de travail que constituerait cette augmentation du temps de travail
– qui, d’après la CGT, pourrait aller jusqu’à 20 jours de congé en
moins pour certaines catégories –, la syndicaliste rappelle que cette
mesure vise pour le gouvernement à supprimer « entre 45 000 et
50 000 emplois ». Pour les agents, dont les grilles de
rémunération les plus basses commencent toujours en dessous du Smic, le
surcroît de congés dont ils bénéficient jusqu’ici permet en outre de compenser
la faiblesse des salaires. « Entre le gel du point d’indice depuis plus
de dix ans et l’inflation, les fonctionnaires ont perdu 18 % de
pouvoir d’achat depuis le début des années 2000 », souligne Natacha
Pommet.
Afin de contrecarrer
cette régression historique pour les fonctionnaires, certains élus ont décidé
de résister aux injonctions gouvernementales. C’est le cas de neuf élus
communistes du Val-de-Marne, dont les maires de Bonneuil-sur-Marne,
Chevilly-Larue, Fontenay-sous-Bois, Gentilly, Ivry-sur-Seine, Villejuif et Vitry-sur-Seine,
qui ont annoncé fin février qu’ils engageraient avec les organisations
syndicales de leurs communes des négociations pour atténuer l’impact de la loi
de transformation de la fonction publique. Le 10 mars, l’Association
nationale des élu.e.s communistes et républicains a à son tour pris position,
disant se tenir « aux côtés des fonctionnaires et des organisations
syndicales pour défendre leurs droits et demander l’abrogation de cette loi ».
« Les maires ont encore le pouvoir de limiter la casse en ayant recours aux
sujétions particulières », explique Karim Lakjâa, représentant CGT à
la ville de Reims et au Grand Reims. S’appuyant sur une cartographie des
risques physiques et psychosociaux auxquels sont exposés divers métiers de la
fonction publique territoriale, son syndicat a remis aux collectivités un
projet de 68 pages justifiant l’attribution de jours de congé
supplémentaires au titre de ces fameuses « sujétions particulières », qui
restent à discrétion des maires.

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