Dans les journaux de France 3, samedi, on aura bien vu quelques images
de la cérémonie des césars, dont celles de Corinne Masiero, mais rien sur le
discours de la maîtresse de cérémonie, Marina Foïs. C’est dommage pour ce grand
moment d’ironie politique que fut son adresse à Roselyne Bachelot, en évoquant
le livre qu’elle vient de publier, appelé Ma vie en rose, où
elle donne sa recette des pâtes au gorgonzola : « Vous avez vraiment
les petits trucs pour trouver un réconfort, pour traverser les crises, c’est
réconfortant le gorgonzola, merci pour ça… »
Le passage a dû échapper à la direction de la chaîne. En revanche, on aura
bien apprécié, ce même jour, une séquence sur le télétravail nous montrant
comment un cadre avait su se débrouiller en construisant dans le spacieux
jardin de sa jolie maison une « cabane » à 20 000 euros pour travailler au
calme. Un autre sujet aussi, sur les belles demeures normandes, qui se vendent
de mieux en mieux. Ça fait du bien, comme si on avait une chaîne Potemkine, du
nom du ministre qui aurait aménagé tout exprès des villages pour les visites de
Catherine II de Russie. La vie en rose, quoi.
Ce n’est pas anecdotique. Si la ministre a pris la parole, la semaine
dernière, c’était pour parler de « manœuvres inutiles et dangereuses,
menaçant des lieux patrimoniaux fragiles ». C’est un air connu. Mais
ce qui est fragile aujourd’hui, c’est la situation de centaines de milliers
d’acteurs de la culture Avec l’occupation des théâtres, ce sont les lieux de
leur travail, de leur création qu’ils font valoir. Loin de les menacer, ils les
protègent.
Un théâtre, un musée, un
cinéma sans spectateurs sont des lieux morts quand la vie reflue dans les
commerces et les transports. Travailler, consommer. Le désert croît. L’actrice
Jeanne Balibar a su, cette même soirée des césars, lier cette situation à la
réforme de l’assurance-chômage, avec ses conséquences sur des millions de
salariés et pas seulement ceux de la culture. Ça aussi, on aurait voulu
l’entendre sur les chaînes d’une télévision publique dont on pourrait craindre
qu’elle devienne d’État.

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