Voilà six jours que le
théâtre de l’Odéon, à Paris, est occupé. Professionnels de la culture ont été
rejoints par ceux de l’événementiel, du tourisme, de la restauration...
Étudiants aux Beaux-Arts et intérimaires de Manpower étaient là aussi. Tous
présents pour porter les revendications de milliers de travailleurs laissés sur
le carreau depuis an. Pour « exiger du travail et une protection sociale pour
toutes et tous ».
En mai 2020, s’adressant aux intermittents, Emmanuel Macron citait Simon
Leys : « Les vrais idéalistes sont des grands pragmatiques. Simon Leys
avait cette formule : “Quand Robinson part, il ne part pas avec des grandes
idées de poésie ou de récit. Il va dans la cale chercher ce qui va lui
permettre de survivre. Du fromage. Du jambon”. » On a croisé la
cinéaste Ariane Doublet devant l’Odéon. Deux jours auparavant, elle a porté aux
occupants du fromage et du jambon. Mais son geste, comme celui de tous ceux qui
viennent exprimer leur solidarité tous les jours, à 14 heures, sur le
parvis du théâtre, est non seulement pragmatique mais encore poétique,
politique, n’en déplaise à notre cher président de la République.
« Une crise sanitaire qui masque une crise sociale »
Cela fait six jours que l’Odéon est occupé, et la parole circule,
revendicative. Voilà un an que le secteur de la culture, mais aussi celui de
l’événementiel, de la restauration, des conférenciers, des intérimaires, des
saisonniers, de l’aviation, est à l’arrêt. Une chape de plomb s’est abattue sur
le pays laissant sur le carreau des dizaines de milliers de travailleurs qui ne
peuvent plus travailler, créer. Les hôtesses de l’air de British Airways
étaient là, en uniforme, tirant leur petit attaché-case de rigueur, comme quand
on les croisait dans les aéroports, désormais désertés, des étudiants des
Beaux-Arts aussi.
Un porte-parole de l’Opre (Organisation du personnel de la restauration
dans l’événementiel) rappelle qu’ils sont des milliers à travailler dans tout
ce qui a trait à l’événementiel, y compris lors des grands raouts ministériels,
comme extras, et dénonce « une crise sanitaire qui masque une crise
sociale ». Ceux-là n’ont rien, aucune aide, ni chômage partiel, ni
année blanche, et refusent d’être « qualifiés par le gouvernement de
“trous dans la raquette” ». Plusieurs intérimaires de Manpower sont
là. Mais encore des artistes, des attachés de presse…
« Nous réinventons un service public essentiel »
À l’intérieur, la vie s’organise. Des assemblées générales quotidiennes.
Denis Gravouil, dirigeant de la CGT spectacle, a les traits tirés mais le moral
au beau fixe. « Nous vivons un moment extraordinaire. Ce mouvement
commence à faire tache d’huile. » Il me tend la déclaration du jour
écrite lors de l’AG du matin : « Nous réinventons tou-te-s ensemble un
service public essentiel. Cette lutte va au-delà des revendications de la
culture car nous exigeons travail et protection sociale pour toutes et tous.
Pour continuer cet élan qui nous porte, mettons en commun nos expériences et
nos outils. Occupons nos lieux de travail pour s’organiser. Occupons les lieux
de culture pour converger. »
« Nos revendications sont sur la table depuis des mois »
Pour Denis Gravouil, la mobilisation ne doit pas faiblir. Les enjeux sont
de taille et le silence assourdissant de la rue de Valois comme de Matignon en
lasse plus d’un. « Nos revendications sont sur la table depuis des
mois. Nous continuons à demander des mesures d’accompagnement pour tous ceux
qui ne peuvent pas travailler, les intermittents du spectacle, mais aussi les
auteurs et tous les intermittents de l’emploi. Nous demandons la réouverture
des lieux, et les mesures d’accompagnement à la reprise car elle ne se fera pas
d’un simple claquement de doigts, il faudrait saisir l’occasion, devant les
embouteillages de spectacles, de penser à la phase trois de la
décentralisation. » La question des droits sociaux, en particulier les
congés de maternité, est un point aveugle que le syndicat dénonce sans
relâche : « Qu’attend le gouvernement pour permettre aux femmes qui
n’ont pas leurs heures de pouvoir en bénéficier ? » s’indigne-t-il.
« On pensait rester deux, trois jours, mais là, c’est parti pour durer », ajoute-t-il.
Dehors, une fanfare endiablée fait swinguer la foule. Un jeune homme lance un
poème depuis la terrasse de l’Odéon comme on jette un poème à la mer. Un autre,
en bas, lit le Bateau ivre, de Rimbaud. Jambon, fromage… et
poésie.
OUVERTURES ESSENTIELLES
Les élèves de l’école d’art dramatique du Théâtre National de Strasbourg se
mobilisent pour la survie des artistes, des étudiant.e.s et de
tous.tes les professionnel.le.s en situation de précarité en
association avec l’occupation du Théâtre de l’Odéon à Paris
Suite à une Assemblée Générale le lundi 8 mars 2021, les 51 élèves en
scénographie-costumes, jeu, mise en scène, dramaturgie et régie-création
ont décidé à l’unanimité de s’installer 24h sur 24h dans les locaux du
Théâtre National de Strasbourg. Cet acte de mobilisation a
pour objectif d’interpeller les pouvoirs publics sur la gravité de nos
situations et d’améliorer les droits des intermittent.e.s touché.e.s par la
crise sanitaire.
Les élèves s’associent aux intermittent.e.s qui occupent le Théâtre de
l’Odéon à Paris. Nous avons également appelé toutes les écoles nationales
supérieures d’art dramatique de France et conservatoires à se joindre à notre
mouvement.
Nous demandons :
·
La réouverture des lieux de cultures dans le respect des consignes
sanitaires ;
·
Une prolongation de l’année blanche, son élargissement à tous.te.s les
travailleur.se.s précaires, extras et saisonnier.ère.s entre autres, qui
subissent les effets, à la fois de la crise et des politiques patronales, ainsi
qu’une baisse du seuil d’heures minimum d’accès à l’indemnisation chômage pour
les primo-entrant.e.s ou intermittent.e.s en rupture de droits ;
·
Des mesures d’urgence face à la précarité financière et psychologique des
étudiant.e.s ;
·
Un plan d’accompagnement des étudiant.e.s du secteur culturel en cours
d’étude et à la sortie pour leur permettre d’accéder à l’emploi ;
·
De toute urgence, des mesures pour garantir l’accès à tous.tes les
travailleur.e.s à l’emploi discontinu et auteur.rices aux congés maternité et
maladie indemnisés ;
·
Un retrait pur et simple de la réforme de l’assurance chômage ;
·
Un financement du secteur culturel passant par un plan massif de soutien à
l’emploi en concertation avec les organisations représentatives des salarié.e.s
de la culture ;
·
Des moyens pour garantir les droits sociaux – retraite, formation, médecine
du travail, congés payés etc. - dont les caisses sont menacées par l’arrêt des
cotisations. Pour porter ces revendications, nous exigeons, dans les plus brefs
délais, une réunion du CNPS (Conseil National des Professions du Spectacle)
avec le Premier Ministre ;
A partir de ce jour, mardi 9 mars 2021 à 17h et jusqu'à une réponse
concrète de l’État, tous les élèves resteront installé.e.s dans les locaux du
Théâtre National de Strasbourg. Une Assemblée Générale se tiendra chaque
jour à 13h sur le parvis du TNS et en Instagram live sur le compte de « ouverture.essentielle »
vous pouvez suivre en direct l’actualité du mouvement.

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