mardi 30 mars 2021

« Le summum de l’irresponsabilité », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité



Le nombre des contaminations flambe, mais le président de la République « assume » sa stratégie face au Covid. Les décisions qu’il a prises, et celles qu’il n’a pas prises. Les retards d’approvisionnement en vaccins, faute d’offensive sur les brevets, les hôpitaux saturés dont les capacités n’ont pas été renforcées de façon pérenne ? Il faut croire qu’il assume aussi. C’est étrange, cette manie des gouvernants à « assumer » surtout les choix qui engagent l’avenir des autres plus que le leur. Elle est, en tout cas, la dernière ressource qui reste au roi quand rien ne peut plus déguiser son bilan : « J’assume. » L’acte d’autoritarisme suprême censé mettre fin à la discussion. Vous n’êtes pas d’accord ? J’assume. Fermez le ban. La négation de la démocratie.

Le débat sur le confinement se poursuit ainsi, comme il a commencé. On peut trouver un tantinet ridicule le mea culpa, de l’autre côté du Rhin, de la chancelière Angela Merkel. Il n’empêche que, quand l’une s’en remet, certes symboliquement et non par les urnes, à la sévérité du jugement de ses compatriotes sur ses « erreurs » prétendues, le président français dit qu’il endosse tout et ne regrette rien.

Il serait pourtant excessif de faire porter la responsabilité exclusive de la dégradation de la situation sanitaire sur Emmanuel Macron. L’inconnu que constituait et constitue toujours le Covid-19 rend les effets des décisions pour une part imprévisibles. Fallait-il reconfiner plus tôt ou plus strictement ? Il n’existe pas de réponse univoque à cette question, à la différence du choix simple et raisonnable qu’il eût fallu faire d’ouvrir plus de lits d’hôpital. Mais le propre du monarque est de traiter des affaires de la nation comme s’il s’agissait d’une responsabilité personnelle. Depuis le début, Emmanuel Macron gère l’état de crise en monarque. Son « j’assume » en est la marque ultime. Il en est aussi la limite : en réalité, il n’assume rien, puisque personne ne peut lui demander de comptes. Les institutions de la Ve République le protègent. Le summum de l’irresponsabilité.

 

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