Coup de semonce dans le ciel bleu azur de
la Kanaky- Nouvelle-Calédonie. Pour la première fois depuis la signature des
accords de Nouméa de 1998 ouvrant la voie à un possible processus de décolonisation,
les indépendantistes seront majoritaires au sein du gouvernement collégial.
Cette nouvelle donne est certes précaire en raison d’alliances volatiles et
fragiles, mais elle constitue un signal politique fort. Les démissions des
différents courants favorables à l’indépendance, le 2 février, qui ont
entraîné la chute du précédent exécutif à majorité « loyaliste », avaient déjà
valeur d’avertissement. Car les troubles institutionnels qui convulsent
l’archipel du Pacifique sont toujours étroitement liés aux dettes politiques et
économiques séculaires non soldées.
Sur fond de prédation capitaliste et de
laisser-faire de l’État, la situation s’est en effet considérablement dégradée
ces derniers mois. Outre les atermoiements de la collégialité et les retards
budgétaires, c’est surtout le projet de rachat de l’usine de nickel et de
cobalt Vale – un véritable poumon économique – par un consortium mené
par le suisse Trafigura, un groupe de courtage vautour, qui a mis le feu aux
poudres. Ignorer le sens des émeutes qui ont éclaté en décembre 2020 contre ce
projet, qui fait la part belle aux multinationales prédatrices au détriment de
l’emploi et des intérêts locaux, a été une grave erreur. Les
non-indépendantistes dénoncent aujourd’hui « un déni de démocratie ».
Il a cours depuis longtemps, trop longtemps, en ces terres.
2022 n’est pas que synonyme de présidentielle. Les
accords de Nouméa prévoient une ultime et troisième consultation sur
l’indépendance de l’archipel d’ici cette même date. Et si, lors des précédents
référendums, les Calédoniens se sont prononcés majoritairement en faveur du
maintien dans la France, la progression des partisans du oui à l’indépendance
ne cesse de gagner du terrain. Paris, comme les loyalistes, n'est pas étranger
à cette ascension.

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