La comédie Le Pen-Darmanin de la semaine
passée sur France 2 relevait de la mascarade et de l’illusionnisme. Il n’y
aurait rien de plus urgent dans une France et un monde en crise que de savoir
si Mme Le Pen est trop dure ou trop molle, les deux protagonistes se mettant
mutuellement en valeur dans un amalgame nauséeux où le plus à droite serait
censé décrocher la timbale.
Mais voilà la suite, alors qu’on nous
rejoue le numéro du « en même temps ». Avec une loi contestée et contestable
censée lutter contre les dérives dites communautaires, Emmanuel Macron se
préoccuperait aussi des inégalités sociales et de l’égalité des chances. Et
comment cela ? En ouvrant l’accès aux grandes écoles, dont l’ENA, à davantage
de jeunes issus, nous dit-on, de la « diversité » et des milieux modestes. Pourquoi
pas ? Mais tenter de faire croire que quelques centaines d’élèves de plus dans
les filières d’excellence vont changer la vie et transformer le monde, c’est,
pour le dire simplement, se payer la tête du peuple.
L’égalité des chances, c’est passer, en
paraphrasant Paul Éluard, de l’horizon d’un seul ou de quelques-uns à l’horizon
de tous. Il ferait du social, alors que nous arrivons à 12 millions de
pauvres, alors que des dizaines de milliers de jeunes et d’étudiants ont faim
dans la France du XXIe siècle, alors que des centaines de milliers de
travailleurs précaires, d’autoentrepreneurs qui ont cru aux belles paroles ne
peuvent plus payer leur loyer, entre autres. Égalité des chances, égalité
sociale, ça veut dire d’urgence le RSA pour les jeunes, l’augmentation du Smic
et des bas salaires, la taxation des dividendes fleuris sur la crise sanitaire.
Égalité des chances, égalité sociale quand le PDG de
Sanofi, pour ne prendre que cet exemple qui en dit long, gagne plus de trois
cents fois le salaire d’une aide-soignante à qui le pouvoir feint de rendre
hommage ? C’est tout cela que le débat Darmanin-Le Pen avait pour objet
d’escamoter, comme un véritable déni démocratique sur une chaîne du service
public.

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