Mahmoud Abbas a annoncé la tenue prochaine d’élections
présidentielle et législatives, ainsi qu’au sein de l’Organisation de
libération de la Palestine, après l’accord de toutes les formations politiques.
Mahmoud Abbas passe à l’offensive. Secouée
depuis des mois, voire des années, par les coups de boutoir états-uniens
(reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, ainsi que de l’annexion
du plateau du Golan syrien occupé, plan de « paix » concocté entre Trump et
Netanyahou visant à dépecer les territoires palestiniens, normalisation des
relations entre Israël et plusieurs pays arabes, le tout sur un fond
d’occupation et de poursuite de la colonisation), la direction palestinienne
semblait naviguer à vue. En fin de semaine dernière, elle a annoncé une
décision espérée par beaucoup et dont la portée politique est considérable. Le
président palestinien a décidé de la tenue d’élections générales en trois
étapes. Les législatives auront lieu le 22 mai, la présidentielle le
31 juillet et le scrutin pour le Conseil national palestinien, organe de
l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), se tiendra le 31 août.
Ce n’est pas rien. Le dernier scrutin
présidentiel a eu lieu en janvier 2005 et les précédentes législatives, en
janvier 2006. Si ces élections peuvent désormais être convoquées, c’est grâce à
l’accord de l’ensemble des organisations palestiniennes, y compris du
Hamas. « Nous avons œuvré ces derniers mois pour s urmonter
les obstacles et parvenir à une telle annonce » , a
déclaré l’organisation qui dirige Gaza, appelant à des élections « libres
où l’électeur peut s’exprimer sans pressions et sans restrictions, en toute
transparence ». Un accord qui n’avait jamais été trouvé auparavant
entre le Hamas et le Fatah d’Abbas, et qui aura des répercussions sur l’OLP,
seule garante des accords passés avec Israël.
Joe Biden a multiplié les signaux en direction des Palestiniens
Il n’a échappé à personne que cette
décision de Mahmoud Abbas intervient à quelques jours de l’investiture de Joe
Biden. Le nouveau président américain, contrairement à son prédécesseur, Donald
Trump, a multiplié les signaux en direction des Palestiniens. Même s’il y a peu
de chance pour qu’il revienne sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale
d’Israël, il a néanmoins fait savoir, via sa vice-présidente, Kamala Harris,
que le bureau de l’OLP à Washington serait rouvert. Par ailleurs, le
commissaire général de l’Unrwa (l’Office de l’ONU pour les réfugiés
palestiniens), Philippe Lazzarini, a dit espérer que la future administration
Biden reprenne sa contribution au budget au niveau de ce qu’elle était, avant
d’être en partie gelée par l’administration Trump en 2018.
Pour le Fatah comme pour le Hamas, il
convenait de changer d’attitude. D’abord, parce que les Palestiniens, à Gaza
comme en Cisjordanie, sont opposés à la division politique qui sape leur lutte
nationale pour la création d’un État. Ces deux organisations subissent
aujourd’hui une forme de rejet populaire qui, à terme, pourrait être
catastrophique. Par ailleurs, le contexte international les pousse à plus de
pragmatisme. Mahmoud Abbas est notamment soutenu par l’Union européenne, qui a
salué sa décision. « Une nouvelle bienvenue », souligne
Bruxelles, qui appelle également « les autorités israéliennes à
faciliter la tenue de ces élections sur tout le territoire palestinien ». Ce
qui signifie que le scrutin doit aussi se tenir à Jérusalem-Est. Pour
l’instant, le gouvernement israélien est d’autant plus muet que des élections
doivent se tenir en mars en Israël, et que la surenchère se fait à droite
et à l’extrême droite, donc contre les Palestiniens.
Pour le Hamas, il s’agit aussi de redorer son blason
après la capitulation des pays du Golfe. Selon le site iranien Kayhan, son
accord pour la tenue d’élections aurait été acquis après que la Russie, la
Turquie, le Qatar et l’Égypte se sont engagés pour garantir le succès de ce
scrutin. C’est d’autant plus important que les Émirats arabes unis (EAU) et
l’Arabie saoudite notamment ne cachent pas leur soutien à Mohammed Dahlan,
ancien membre du Fatah et chef de la sécurité préventive à Gaza, exilé aux EAU
où il est conseiller de l’émir et dont les ambitions présidentielles sont
affichées, au propre comme au figuré. Enfin, signe des changements régionaux,
le Hamas, qui avait quitté la Syrie au début de la révolte de 2011, aurait
repris langue avec les autorités de Damas alors qu’Israël multiplie les raids
aériens et continue de menacer l’Iran.

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