La Défenseure des droits, Claire Hédon, les syndicats
et les représentants des cultes s’inquiètent du contenu du texte, jugé
déséquilibré et répressif.
Cela fait plus de trois ans que la
Macronie veut réformer la laïcité. Elle entre dans le vif du sujet ce lundi,
puisque les députés démarrent en commission le travail législatif dédié au
projet de loi sur « les séparatismes ». Il s’annonce ardu : près de 1 700
amendements ont été déposés sur les 51 articles qui composent le texte. Son
contenu est de plus unanimement critiqué par les syndicats et les autorités
religieuses, qui, loin d’une réforme permettant à la laïcité de
s’épanouir, dénoncent la mainmise d’un État autoritaire qui se veut
gestionnaire des cultes. Rebaptisée projet de loi « confortant le respect des
principes de la République », la réforme pourrait au final « affaiblir
les principes républicains eux-mêmes », selon Claire Hédon.
La Défenseure des droits relève que plus
d’un tiers des articles rédigés « visent à renforcer les dispositifs de
contrôle et près d’un quart définissent des peines d’emprisonnement ». À
ses yeux, ce projet « risque de conforter une tendance générale au
renforcement global de l’ordre social », le gouvernement se
repliant « une nouvelle fois dans la facilité apparente de la
restriction des libertés » pour « atteindre un objectif
d’intérêt général ». Le texte, réécrit après l’assassinat de Samuel
Paty par un terroriste islamiste, s’avère très mal rédigé. Claire Hédon
souligne qu’il « ne mentionne pas la lutte contre l’entrisme
communautaire », qui est « pour l’essentiel d’inspiration
islamiste », mais vise « des catégories beaucoup plus larges :
personnels des services publics, associations, cultes ».
Accroître encore et toujours les pouvoirs des préfets
« Tantôt le projet semble indirectement
viser une catégorie très spécifique de la population, ce qui peut poser problème
au regard des principes d’égalité et de non-discrimination, tantôt, pour ne pas
le faire explicitement, il prévoit des interdictions et sanctions d’application
tellement vastes qu’elles sont hors de proportion avec la difficulté qu’il
souhaiterait traiter », résume-t-elle. Un
avis partagé par les représentants des cultes. « Mais que se passe-t-il
dans ce projet de loi, sinon un surplus de contrôle ? » s’inquiète
la Fédération protestante de France, quand la Conférence des évêques s’alarme
d’un texte « essentiellement répressif », qui « risque
de modifier l’équilibre général de la loi de 1905 ». Et le Consistoire
israélite craint que la réforme ne débouche sur une « suspicion
générale » à l’encontre des religions et croyants.
Le projet de loi vise pêle-mêle à
accroître (encore et toujours) les pouvoirs des préfets aux dépens de ceux des
maires, en plus d’exercer un contrôle accru sur les associations. Il a pour but
de renforcer la neutralité des fonctionnaires et d’inciter le culte musulman à
se tourner vers la loi de 1905, et non plus celle de 1901. D’autres dispositifs
concernent la quasi-disparition de l’école à domicile, ou la lutte contre des
certificats de virginité et la polygamie. Or, la Défenseure des droits estime
que ces dispositions, telles que proposées, risquent d’entraver le travail
d’information et d’éducation vis-à-vis des personnes réclamant des certificats
de virginité. Ou de se retourner contre les femmes victimes de polygamie, à
défaut de permettre leur émancipation.
Rien sur la question sociale et les discriminations
Elle rappelle également que les
associations « n’ont pas vocation, en tant que telles, à refléter les
options d’un gouvernement, les priorités de l’État ou les préférences
politiques d’une majorité municipale », ce que la « contractualisation » proposée
tend à affermir. Elle regrette enfin que la loi ne se penche à aucun moment sur
la question sociale, et celle des discriminations, alors qu’il s’agit
d’un « terreau sur lequel se développent les idéologies radicales ».
Des regrets partagés par les syndicats, qui soulignent
un décalage entre les intentions revendiquées du gouvernement, dont la
nécessaire lutte contre la montée des intégrismes, et les dispositions
rédigées. Les réponses sont ainsi « incomplètes et problématiques », selon
la CFDT, et « déséquilibrées », d’après la CFE-CGC. Ce
texte « est globalement punitif », prévient la CGT, qui
dénonce une « approche sécuritaire et idéologique dangereuse », qui « ne
s’attaque pas aux racines du problème et risque de renforcer un sentiment
d’exclusion d’une partie de la population ». « Il est essentiellement
répressif », abonde la CFTC, quand la FSU signale le danger de « cibler
une pratique religieuse et de la stigmatiser ».
Divisions chez larem
Les
députés LaREM se déchirent déjà sur les amendements déposés. Aurore Bergé
désire interdire le port de signes religieux ostensibles à tous mineurs dans
l’espace public. Jean-Baptiste Moreau veut même prohiber tout signe religieux
dans les bâtiments publics. Saïd Ahamada souhaite pour sa part renforcer la
lutte contre les contrôles au faciès. Le délégué général de LaREM, Stanislas
Guerini, prône l’instauration de circonstances aggravantes lors de délits
racistes et discriminatoires commis par un représentant de l’ordre public.
Enfin, LaREM se divise sur le sujet du maintien ou non du concordat en
Alsace-Moselle.

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