L'acteur, scénariste et réalisateur
Jean-Pierre Bacri vient de mourir d'un cancer, à l'âge de 69 ans. Pour leur
film Au bout du conte en 2013, Agnès Jaoui et Jean-Pierre
Bacri avaient répondu à l'Humanité dimanche. Nous republions
cet entretien.
Même s'ils s'en défendent, Agnès Jaoui et
Jean-Pierre Bacri redonnent leurs lettres de noblesse à la comédie populaire
française. Dans l'HD de cette semaine, les co-auteurs de « Au bout
du conte », sorti en salle ce mercredi, reviennent sur leur film
choral ludique, en forme de variations autour des contes et des croyances.
Extraits de notre rencontre avec l'un des duos les plus drôles et pertinents du
cinéma français. ENTRETIEN.
Pour « Au Bout du conte », vous
passez par un genre un peu décrié et néanmoins noble, la comédie. Est-ce le
moyen de lui «redonner ses lettres de noblesse?»
AGNÈS JAOUI. : On ne veut pas lui redonner ses
lettres de noblesses, c'est juste comme ça qu'on aime écrire.
JEAN-PIERRE BACRI. : Ce n’est pas un choix, on ne peut
pas écrire autrement. On ne pourrait pas se dire : «Et si on écrivait quelque
chose qui ne serait pas une comédie?». On n'en serait pas capable. Peut-être
qu'on pourrait faire ce qu'avait tenté Woody Allen dans Intérieurs.
Mais finalement, il s'est beaucoup contraint pour faire une imitation de ce
qu'il aimait beaucoup. C'est pas mal.
AGNÈS JAOUI. : C'est un super film.
JEAN-PIERRE BACRI. : C'est bien mais on
n'en a pas envie.
AGNÈS JAOUI. : En tant qu'auteurs et spectateurs, cette
espèce de distance sur les choses qui permet de traiter de sujets graves en
s'amusant nous fait jubiler. C'est comme ça qu'on est, qu'on voit la vie.
JEAN-PIERRE BACRI. : S'il n'y a pas
d'humour, je ne me satisfais pas du premier degré. On ne peut pas ne pas avoir
cette distance qui fait qu'observer une situation de loin à quelque chose de
plaisant. Je ne sais pas comment l'expliquer, c'est comme si on me disait
comment tu marches. Si vous commencez à vous regarder marcher, vous ne vous en
sortez pas. Pourtant, on marche. Ca nous est «naturel».
Vous faites donc confiance au spectateur
en vous disant que vous allez à la fois réussir à le faire rire et réfléchir?
JEAN-PIERRE BACRI. : D'autres s'y sont
collés et cela a eu l'air de marcher. Plein d'auteurs sont drôles et disent des
choses.
AGNÈS JAOUI. : Après, des fois, ils ne font que rire.
Ce n'est pas grave. Cela nous est arrivé plein de fois.
JEAN-PIERRE
BACRI. : Je me souviens d’un spectateur qui nous
avait dit après une pièce qu’on avait écrite: «Cela fait du bien de rigoler
après une journée de travail». Pourquoi pas?

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