lundi 18 janvier 2021

Jean-Pierre Bacri : le râleur magnifique du cinéma français s'en est allé



Michaël Mélinard

L'acteur, scénariste et réalisateur Jean-Pierre Bacri vient de mourir d'un cancer, à l'âge de 69 ans. Pour leur film Au bout du conte en 2013, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri avaient répondu à l'Humanité dimanche. Nous republions cet entretien.

Même s'ils s'en défendent, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri redonnent leurs lettres de noblesse à la comédie populaire française. Dans l'HD de cette semaine, les co-auteurs de « Au bout du conte », sorti en salle ce mercredi, reviennent sur leur film choral ludique, en forme de variations autour des contes et des croyances. Extraits de notre rencontre avec l'un des duos les plus drôles et pertinents du cinéma français. ENTRETIEN.

Pour « Au Bout du conte », vous passez par un genre un peu décrié et néanmoins noble, la comédie. Est-ce le moyen de lui  «redonner ses lettres de noblesse?»

AGNÈS JAOUI. : On ne veut pas lui redonner ses lettres de noblesses, c'est juste comme ça qu'on aime écrire.

JEAN-PIERRE BACRI. : Ce n’est pas un choix, on ne peut pas écrire autrement. On ne pourrait pas se dire : «Et si on écrivait quelque chose qui ne serait pas une comédie?». On n'en serait pas capable. Peut-être qu'on pourrait faire ce qu'avait tenté Woody Allen dans Intérieurs. Mais finalement, il s'est beaucoup contraint pour faire une imitation de ce qu'il aimait beaucoup. C'est pas mal.

AGNÈS JAOUI. : C'est un super film.

JEAN-PIERRE BACRI. : C'est bien mais on n'en a pas envie.

AGNÈS JAOUI. : En tant qu'auteurs et spectateurs, cette espèce de distance sur les choses qui permet de traiter de sujets graves en s'amusant nous fait jubiler. C'est comme ça qu'on est, qu'on voit la vie.

JEAN-PIERRE BACRI. : S'il n'y a pas d'humour, je ne me satisfais pas du premier degré. On ne peut pas ne pas avoir cette distance qui fait qu'observer une situation de loin à quelque chose de plaisant. Je ne sais pas comment l'expliquer, c'est comme si on me disait comment tu marches. Si vous commencez à vous regarder marcher, vous ne vous en sortez pas. Pourtant, on marche. Ca nous est «naturel».

Vous faites donc confiance au spectateur en vous disant que vous allez à la fois réussir à le faire rire et réfléchir?

JEAN-PIERRE BACRI. : D'autres s'y sont collés et cela a eu l'air de marcher. Plein d'auteurs sont drôles et disent des choses.

AGNÈS JAOUI. : Après, des fois, ils ne font que rire. Ce n'est pas grave. Cela nous est arrivé plein de fois.

JEAN-PIERRE BACRI. : Je me souviens d’un spectateur qui nous avait dit après une pièce qu’on avait écrite: «Cela fait du bien de rigoler après une journée de travail». Pourquoi pas?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire