Christophe Deroubaix
Joe Biden a annoncé un plan de relance de 1 900
milliards qui contient le doublement du salaire minimum, une revendication
syndicale depuis 2012.
Le début de la présidence de Joe Biden
va-t-elle consacrer une victoire historique pour le mouvement social
américain ? Le futur locataire de la Maison-Blanche a annoncé, vendredi, qu’il
soumettrait au vote du Congrès, dans le cadre d’un vaste plan de relance, le
passage du salaire minimum fédéral à 15 dollars, soit son doublement.
Cette revendication, portée pour la première fois par des salariés de
fast-foods à New York (lire « l’homme du jour », en page 2),
deviendrait ainsi la norme pour l’ensemble des salariés du pays.
Cette proposition fait partie d’un package
global dont le montant total est estimé à 1 900 milliards de dollars
(1 563 milliards d’euros), soit près de 10 % du PIB. Il s’agit du
troisième plan de relance depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19, après
le Cares Act (2 200 milliards), adopté au printemps dernier, et sa version
2 (900 milliards), votée il y a quelques semaines. Le « plan Biden »
envisage d’envoyer un chèque de 1 400 dollars à chaque Américain (en
fonction de ses revenus), soit le double de ce que prévoyait le Cares Act 2
(600 dollars), mais moins que ne le proposait l’aile gauche. Alexandria
Ocasio-Cortez a aussitôt déclaré qu’elle maintiendrait sa proposition de 2 000
dollars. Le futur président propose également d’étendre l’indemnité fédérale
supplémentaire de 400 dollars par semaine jusqu’en septembre prochain. Des
aides pour les frais de garde sont également prévues, ainsi que l’instauration
de congés payés subventionnés par le gouvernement fédéral.
Ce plan prévoit de dégager 350 milliards
de dollars pour les États et les villes afin qu’ils puissent affronter des
pénuries budgétaires ; 400 milliards seront dédiés au combat contre le
nouveau coronavirus, avec le double objectif d’accélérer la campagne de
vaccination et de créer les conditions pour que les écoles puissent rouvrir
dans les cent premiers jours du mandat. Une partie des fonds sera destinée à
des centres communautaires dans les quartiers défavorisés, où le taux de
mortalité est le plus élevé, ainsi qu’aux centres pénitentiaires. Un programme
d’emplois dédiés à la santé publique est annoncé.
« On ne peut pas se permettre de rester
les bras croisés », a commenté Joe Biden, tout en anticipant les critiques,
soulignant que « le retour sur investissement en matière d’emploi, d’égalité
raciale, empêchera les dommages économiques sur le long terme ». « Les
bénéfices seront bien supérieurs au coût », a-t-il insisté. Le « package » va
se retrouver dès la semaine prochaine sur le bureau des élus. Les démocrates ne
disposent que d’une faible majorité à la Chambre (4 sièges) et encore plus au
Sénat, où ils ne peuvent se permettre une seule défection.
Joe Biden compte visiblement avancer très rapidement.
Le Congrès sera également saisi d’une loi offrant un chemin vers la
régularisation et la citoyenneté à 11 millions d’immigrés sans papiers. Et
sans attendre le vote du corps législatif, il signera, aussitôt installé à la
Maison-Blanche, une batterie de décrets. Selon le New York Times, le « muslim
ban », de Donald Trump, sera annulé dès le premier jour. Les États-Unis
reviendront immédiatement dans les accords de Paris. Côté lutte contre la
pandémie et ses effets, le port du masque serait rendu obligatoire, tandis que
des mesures limitant les expulsions locatives pour les salariés dans l’incapacité
de payer leur loyer devraient être prises.

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