Dans un rapport publié ce lundi, Oxfam révèle que les
grandes fortunes mondiales ont gagné 479 milliards d’euros à la faveur de
la pandémie. Alors que des centaines de millions de personnes basculaient dans
la misère.
Plusieurs études, cet automne, l’avaient
déjà souligné, Oxfam enfonce le clou avec son dernier rapport : la crise
sanitaire du Covid-19 a bel et bien profité aux multimilliardaires. « Les
dix hommes les plus riches du monde – dont fait partie le Français Bernard
Arnault – ont vu leur fortune totale augmenter de 540 milliards de dollars
(479 milliards d’euros) depuis le début de la pandémie », pointe
l’organisation internationale, qui lutte pour la réduction des inégalités. Dans
le même temps, « entre 200 millions et 500 millions de
personnes supplémentaires pourraient avoir basculé dans la pauvreté en 2020 », estime
l’étude, précisant qu’il faudra « plus d’une décennie avant que le taux
de pauvreté ne retrouve son niveau d’avant la crise ».
« Le soutien des banques centrales ont eu un effet de levier »
Un décalage d’autant plus impressionnant
que les 1 000 plus grandes fortunes avaient, dans un premier temps, subi
30 % de pertes entre février et mars 2020. Un décrochage de courte durée
puisque, neuf mois après, ces milliardaires avaient déjà reconstitué leur
patrimoine d’avant la crise, avant de voir leur magot s’étoffer ces derniers
mois. Pour Oxfam, ce phénomène s’explique notamment par le « soutien
sans précédent des gouvernements pour leur économie ». « Mais c’est
principalement le soutien des banques centrales – avec leur politique de
rachats d’actions massifs pour éviter que les cours ne dévissent – qui ont eu
un effet de levier », précise Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam
France.
Parmi ces ultra-riches, certains ont
directement profité de la crise sanitaire. C’est le cas de Jeff Bezos, PDG
d’Amazon, qui a vu sa fortune augmenter de 69,3 milliards d’euros au cours
de l’année 2020 à la faveur des confinements et des fermetures de commerces.
L’extravagant milliardaire de la tech et dirigeant de Tesla, Elon Musk, a
engrangé une hausse de 114,3 miliards d’euros. Moins connu que son compatriote
Jack Ma mais plus riche que celui-ci, le milliardaire chinois Zhong Shanshan a
connu une ascension fulgurante parmi les plus riches de la planète
(+ 67,9 milliards d’euros). Pour cause : l’une de ses entreprises,
Beijing Wantai, produit des tests Covid et développe un vaccin contre le virus.
À l’autre extrémité, les centaines de millions de personnes qui auraient
basculé dans la pauvreté (moins de 4,90 euros par jour) se situeraient
pour plus des deux tiers en Asie du Sud, en Asie de l’Est et dans la région
Pacifique. « La majorité travaillent dans les secteurs informels
(activités hors de la législation). Elles sont exclues du régime de protection
sociale, des programmes d’aide sociale et de l’accès au crédit », explique
Oxfam.
Même à l’intérieur des nations les plus
riches, les inégalités se sont accrues. « Alors que les milliardaires
français ont connu la troisième progression la plus forte – 175 milliards
d’euros, soit deux fois le budget de l’hôpital public –, on est passé de
5,5 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire à plus de
8 millions en septembre en France », affirme Quentin Parrinello.
Notre champion national en la matière, le patron de LVMH, incarne parfaitement
ce phénomène.
« Sur l’ensemble de l’année 2020, malgré
la crise, la fortune de Bernard Arnault a augmenté de 44 milliards
d’euros, soit un bond de 41 %. Après le pic de la crise, sa fortune a
doublé entre mars et décembre », souligne
Oxfam dans une note consacrée à la situation française. Dans le même
temps, « le nombre d’allocataires du revenu de solidarité active a
fortement augmenté depuis le début de la crise sanitaire (+ 150 000), pour
atteindre 2,1 millions en octobre 2020, soit une augmentation de
8,5 % par rapport à octobre 2019 », rappelle ce document.
L’association avance une série de propositions pour
tenter d’enrayer cette dynamique : « Investir massivement dans les
services publics pour assurer les besoins de base ; revaloriser les minima
sociaux et les bas salaires, à commencer par le secteur du soin ; faire en
sorte que les plus riches et les grandes entreprises payent leur juste part
d’impôts ; mettre en place des contreparties sociales et écologiques
contraignantes pour les grandes entreprises. »

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