Les trois premiers cas de Covid-19 ont été
détectés le 24 janvier 2020. Alors que le virus a aujourd’hui causé plus
de 70 000 morts dans l’Hexagone, il a été considéré assez longtemps comme un
gros rhume. À l'heure où se profile un troisième confinement, retour sur une
succession d’événements inimaginable il y a douze mois.
C’était il y a exactement un an. Une
époque où la ministre de la Santé en exercice, Agnès Buzyn, évoquait « un
risque d’introduction faible en France, mais pas exclu ». Le
24 janvier 2020, trois cas de Covid-19 étaient détectés sur le territoire.
Depuis, on sait qu’il ne s’agissait pas des premières personnes infectées dans
le pays. L’une d’elles, un conseiller vinicole revenu de Wuhan, avait été admis
la veille au CHU de Bordeaux, dans le service de l’infectiologue Denis Malvy.
D’emblée, le professeur, aujourd’hui membre du Conseil scientifique, parle
de « l’hypothèse très forte d’un cas importé de Covid ». Il se
souvient avoir alors été catalogué « parmi les alarmistes ». « On
trouvait qu’on en faisait trop. On me disait : “Attendez, vous avez quelques cas
importés, mais le problème, c’est en Chine, jamais ça n’arrivera” »,
raconte-t-il aujourd’hui à l’AFP.« Pas si méchant »
C’est à cette période qu’on commence à
entendre parler du professeur Raoult,
le promoteur de l’hydroxychloroquine, qui explique à tour de bras que « le
virus n’est pas si méchant ». Mais pendant ce temps celui-ci se répand
en silence. Le 7 février, un premier foyer de contamination apparaît aux
Contamines-Montjoie, en Haute-Savoie. Mais c’est fin février, le 26, que la
situation se complique. Le décès de Dominique V., professeur dans un collège de Crépy-en-Valois
(Oise), 60 ans, dix jours après la mort d’un touriste chinois de
80 ans à Paris, prend la population de court. Les recherches ne permettent
pas de remonter la piste du « patient zéro », le professeur décédé ne revenant pas d’une zone à
risques, même si, selon le maire, « des doutes subsistent sur la base
militaire proche de Creil ».
Une image rassurante
Dès lors, les cas se multiplient partout
sur le territoire. On découvre que de nombreux cas asymptomatiques propagent le
virus. Il devient de plus en plus difficile de remonter la chaîne de
contamination. Pourtant, le discours officiel continue de se focaliser sur le
contrôle de l’épidémie, donnant une image rassurante de la dynamique. L’idée
que le Covid n’était qu’un « gros rhume monté en épingle » reste
très présente. L’infectiologue Denis Malvy entend encore les « sachants
et demi-sachants parler de “grippette”. C’était très blessant pour nous, qui
voyions arriver des patients d’emblée en réanimation dans des états vite
épouvantables ».
Fin janvier, l’OMS pointe une menace
« élevée » et déclare « l’urgence internationale ».
Pourtant, les autorités sanitaires
internationales tenaient un discours bien plus alarmant depuis le début de
l’année. Fin janvier, l’OMS pointe une menace « élevée » et
déclare « l’urgence internationale ». Les Français, eux, sont
soucieux : dans un sondage daté du 27 février, 53 % se disent
inquiets de la propagation du virus et 42 % se disent mal informés.
Cluster géant
Officiellement, tout est sous contrôle.
Sauf que, sur le terrain, la réalité est tout autre. Le Dr Vogt, médecin
généraliste à Mulhouse, dans le Haut-Rhin, se souvient du moment où tout a
basculé, début mars, dix jours après un rassemblement évangélique qui avait
rassemblé 2 000 à 3 000 personnes, à l’origine d’un énorme cluster. À
ce moment-là, « on travaillait sans masque », pointe auprès de
l’AFP le médecin de 66 ans, qui recevait « beaucoup de gens
qui toussaient ». La préfecture persiste à évoquer une situation « stable ».
Mulhouse deviendra pourtant l’un des principaux foyers de contamination,
poussant les autorités à y déployer des moyens inédits : hôpital militaire,
évacuations de patients vers la Suisse et l’Allemagne.
Prise de conscience
La prise de conscience de l’ampleur de la
crise épidémique, en France, se généralisera vers le 8 mars. Alors que les
hôpitaux italiens arrivent à saturation, des médecins français reconnaissent
avoir sous-estimé la menace, comme le professeur Gilles Pialoux, chef de
service de l’unité des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à
Paris, interrogé par Libération : « Le coronavirus semble plus grave
que ce que l’on pensait au départ : 16 % des patients ont besoin d’être
hospitalisés, 5 % doivent être placés sous ventilation artificielle et
surtout de façon durable – vingt jours en moyenne, c’est très long. »
Course contre la montre
C’est le début d’une course contre la
montre entre le politique et le sanitaire pour éviter la saturation des hôpitaux.
Le Salon de l’agriculture baisse le rideau avant l’heure, le Semi-Marathon de
Paris est annulé. Les écoles ferment, mais le premier tour des élections
municipales est maintenu. Au lendemain d’un scrutin marqué par une abstention
record, Emmanuel Macron prend de nouveau la parole le 16 mars et déclare,
plus anxiogène que jamais : « Nous sommes en guerre. » Le
17 mars, à midi, la France se confine.
Invité au JT de France 2, le premier
ministre, Édouard Philippe, justifie la mesure tardive de confinement en
arguant que, en janvier, « des médecins disaient qu’il s’agissait d’une
petite grippe ». C’est le début des polémiques, sur la pénurie de
masques, sur l’impréparation du gouvernement…
On connaît la suite : rues vides, pénurie de
papier-toilette, services de réanimation au bord de la saturation. Puis « retour
des jours heureux », quelques semaines durant, avant que l’épidémie ne
reparte à la hausse. Cet enchaînement d’événements était inimaginable, il y a
un an. Et malgré l’espoir que suscitent les vaccins, un troisième confinement
semble aujourd’hui à nouveau inéluctable. En attendant, le gouvernement
poursuit son mantra : préparer sans inquiéter, avec le résultat inverse :
donner l’impression de naviguer à vue et, surtout, alimenter la psychose.

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