Le combat de Tran To Nga, avec la plainte
contre 19 sociétés ayant fabriqué le sinistre agent orange, cet herbicide
épandu par les États-Unis pendant la guerre du Vietnam, passe enfin devant la
justice. Et c’est un procès qui peut « faire date ». Non comme une expression
galvaudée, mais bien comme l’une de ces dates qui restent dans les livres
d’histoire car elles marquent des ruptures ou l’ouverture d’autres possibles.
Tran To Nga, « la fille du
Mékong, du colonialisme et de la guerre », comme elle se résume
elle-même, porte l’histoire et la mémoire d’un peuple, sa soif de justice et
son envie d’avenir. Grâce à elle, « agent orange » n’est plus seulement le nom
d’un produit chimique, ni même d’une arme, mais un symbole universel pour dire
la monstruosité de la guerre du Vietnam. Grâce à son combat, ce poison n’a plus
d’autre histoire que celle, indicible, d’une hérédité de l’horreur. Car, si les
épandages de ce défoliant ont été effectués par l’armée américaine entre 1961
et 1971, les conséquences continuent. L’agent orange provoque malformations,
cancers et autres maladies sur plusieurs générations. Et à la destruction des
corps, s’ajoute la destruction de la nature. C’est un procès historique, car il
est possible que, pour la première fois, une décision de justice reconnaisse la
responsabilité des sociétés américaines à l’égard des victimes. Et cela,
pourrait créer un précédent juridique sur lequel d’autres victimes pourraient
s’appuyer pour initier d’autres procédures, en France ou ailleurs.
« Tenter, braver, persister, persévérer,
s’être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la
catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance
injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà
l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise », écrivait Victor Hugo. Une tirade qui s’applique
parfaitement à Tran To Nga. Oui, son « ultime combat », comme
elle le définit dans son livre, fera date.

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