Le ministre de l’Intérieur lance, ce lundi, un cycle
de « concertations » censées répondre à la crise structurelle que vivent police
et gendarmerie. Mais il ne prévoit pas d’aborder la question des violences
policières, ni celle du contrôle au faciès.
Des manifestations historiques contre les
brutalités policières et le racisme se sont déroulées à Paris en juin 2020. Des
rassemblements gigantesques ont eu lieu cet hiver, pour dénoncer la loi sur la
« sécurité globale », critiquée de toutes parts car prévoyant de pénaliser la
diffusion d’images de policiers. Dans un tout autre registre, des
fonctionnaires de police ont participé, en décembre, à des défilés sauvages
dans la capitale et en région. À l’appel de la plupart des syndicats
policiers, ils protestaient contre les déclarations d’Emmanuel Macron sur le
caractère discriminatoire des contrôles d’identité effectués par la police.
Formation, encadrement, conditions matérielles d’exercice...
Dans ce contexte politique hautement
inflammable, s’ouvre à partir de lundi, au ministère de l’Intérieur, le Beauvau
de la sécurité, annoncé le 8 décembre 2020 par le président de la
République. Un cycle de « concertations », pour reprendre les
éléments de langage du gouvernement, qui se prolongera jusqu’au mois de mai. Et
qui doit réunir les principaux syndicats de gardiens de la paix – Unité SGP
Police-FO (34 % des voix aux élections professionnelles de 2018), Alliance
(32 %) et l’Unsa (15 %) –, représentants de la gendarmerie, élus
locaux, parlementaires et personnalités qualifiées, en plus de « débats
citoyens ».
« Il y a urgence à agir. À la fois pour
consolider le lien de confiance entre les Français et les forces de l’ordre.
Mais aussi pour donner aux policiers et aux gendarmes des moyens à la hauteur
de leur engagement et des attentes de nos concitoyens », a écrit Emmanuel Macron le 8 décembre, dans une
lettre adressée à Yves Lefebvre, l’ex-patron du syndicat Unité SGP Police-FO.
Face à la crise structurelle que traverse depuis longtemps la police nationale,
il serait vain de balayer d’un revers de manche ce Beauvau de la sécurité. Les
discussions vont porter sur la formation, l’encadrement, les conditions
matérielles d’exercice de la mission, la captation des vidéos des
interventions, la mission des inspections générales, les effectifs, la relation
police-population. Avant le début des échanges, Gérald Darmanin a cajolé les
syndicats policiers, en colère après des propos d’Emmanuel Macron sur les
contrôles d’identité, en acceptant leurs revendications sur les conditions de
travail et en ajoutant – sans plus de précision – la « relation avec
l’autorité judiciaire » à l’agenda des discussions. « Pour
l’instant, le ministre a répondu en tous points à nos attentes », se
satisfait pleinement Fabien Vanhemelryck, le secrétaire général du droitier
syndicat Alliance.
« Remplacer l’IGPN par une structure indépendante »
Le signe que ce Beauvau de la sécurité
provoquera une nouvelle série d’annonces à connotation ultrasécuritaire ? La
plupart des acteurs de terrain ne se bercent pas d’illusions. « Cela
n’a pas de sens de faire une grande réunion de six mois sans évoquer la question
de l’armement, des techniques d’interpellation ou la doctrine de gestion des
foules », pointe ainsi Éric Mirguet, directeur du pôle programmes et
plaidoyer de l’ONG chrétienne de défense des droits de l’homme Acat, qui n’a
pas été convié aux concertations. « Les thèmes abordés sont
intéressants, mais on ne rendra pas service aux policiers en faisant de la
communication, alors que certaines solutions sont connues depuis longtemps. En
2002, on demandait déjà le remplacement de l’IGPN par une structure indépendante,
mais rien ne se passe », a aussi critiqué un syndicaliste policier de
SUD Intérieur, organisation minoritaire au sein du ministère de l’Intérieur,
qui préfère garder l’anonymat pour éviter toute forme de pression de sa
hiérarchie. Surtout, beaucoup regrettent que la problématique du contrôle au
faciès ou celle des violences policières ne figurent pas parmi les thèmes
retenus. Comme si ces sujets n’avaient rien à voir avec la crise de confiance
entre les citoyens et l’institution. « On passe à côté des sujets qui
préoccupent tout le monde ! » peste SUD Intérieur.
Qu’importe, pour le gouvernement, les conclusions de
ce Beauvau de la sécurité doivent servir de matrice à la future loi
d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure (Lopsi), prévue en
2022, et dont les premières pierres ont été posées dans le livre blanc, un
rapport réaffirmant les orientations ultra-sécuritaires de Gérald Darmanin.
Tout un programme.
Gare aux « mesures cosmétiques »
« Le
Beauvau de la sécurité, après tant d’autres “Grenelle’’, nous fait craindre des
mesures cosmétiques et corporatistes, plutôt qu’une révolution de cette
institution, qui doit apprendre à devenir un réel service public », déplore
Éliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat.

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