Au prix d’une petite manœuvre, Pfizer essaie de
camoufler la baisse de ses livraisons aux pays européens. Mais plusieurs
campagnes sont à l’arrêt.
Le tour de passe-passe est grossier, mais
visiblement, pour Big Pharma, tout est permis dans la pandémie. En proie à des
difficultés sur sa chaîne de production, annoncées unilatéralement la semaine
dernière, le géant pharmaceutique Pfizer, allié à la start-up allemande
BioNTech, a obtenu, jeudi, de l’Agence européenne du médicament (EMA), un
accord pour considérer désormais que ses flacons contiennent non pas cinq doses
de son vaccin, mais six. Ce qui va lui permettre d’afficher une diminution de
ses livraisons aux pays européens moins importante qu’elle ne l’est en réalité,
tout en faisant grimper mécaniquement le prix unitaire de ses fioles, puisque
la multinationale facture des doses aux États… Dans un communiqué, Pfizer
promet d’« élargir ses opérations de production » et de « fournir plus de doses
que prévu dès le deuxième trimestre 2021 », alors qu’Ursula von der Leyen, la
présidente de la Commission, demande la livraison immédiate des doses prévues.
Le problème, c’est que les campagnes de
vaccination ont commencé, que les États promettent de les amplifier et que les
pénuries mettent à mal les programmes, en particulier pour les injections dans
les temps des deuxièmes doses. C’est le cas aux États-Unis, mais également
dans tous les pays européens. En France, faute de doses, l’autorité régionale
de santé Grand-Est a décidé de la suspension de la campagne de vaccination pour
deux jours, en début de semaine prochaine, dans le Bas-Rhin. En Belgique, la
Flandre sera aussi au régime sec pendant les sept prochains jours au moins.
Même punition en Espagne, où la campagne s’interrompt, notamment à
Madrid. En Italie, plusieurs régions (Vénétie, Campanie, Marches,
Haut-Adige, Piémont et val d’Aoste) ont consommé plus de 90 % de leurs
doses, sans grand espoir de réapprovisionnement à la hauteur des besoins.
De l’autre côté des Alpes, où l’on redoute désormais
de ne recevoir que 5 millions de doses des vaccins Pfizer-BioNTech ou
Moderna au premier trimestre, au lieu des 10 millions promises, la colère
monte. Dans le collimateur, les autorités qui, laissant faire la vaccination de
tous les personnels de santé, y compris ceux qui ne sont pas en première ligne,
n’ont pas ciblé en priorité les plus de 80 ans et les plus vulnérables.
Patron de la cellule de crise italienne pour la pandémie, Domenico Arcuri
promet une action en justice pour obtenir les doses prévues, mais cela pourrait
n’être là encore qu’une diversion.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire