mardi 29 décembre 2020

« Sacrées sorcières », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



Elles ont de la suite dans les idées, ces Argentines. Leur obstination pourrait faire date chez elles et clore 2020 sur une note d’espoir pour les combats des femmes d’ailleurs. Voilà des années qu’elles chahutent l’ordre établi pour que l’IVG, soit enfin légale, sûre et gratuite. Le Sénat doit aujourd’hui examiner un projet de loi en ce sens après l’aval des députés le 11 décembre. Avec elles, nous retenons notre souffle. Car cette neuvième tentative pourrait bien être la bonne. Le président de centre gauche, Alberto Fernandez, n’a pas hésité à mouiller la chemise face au poids démesuré de l’Église catholique et de son principal représentant, qui fut archevêque de Buenos Aires, le pape François.

Malgré le mépris et les insultes, les sorcières ont redoublé de talent pour sensibiliser et convaincre. Le foulard vert, symbole de la dépénalisation de l’avortement, s’est imposé dans l’espace public, comme ce 19 février 2018 où des centaines de milliers de personnes ont dénoncé l’hypocrisie consistant à détourner le regard de la réalité : 500 000 avortements clandestins ou légaux, 50 000 hospitalisations en raison de complications, des vies brisées, jetées en pâture. « Si le pape était une femme, l’avortement serait loi », avait alors tancé cette manifestation monstre.

Quelle que soit l’issue du vote au Sénat, ce mouvement a déjà marqué l’histoire de son empreinte. Il a bousculé l’agenda législatif pour imposer le sien. Il a explosé les cadres au point que la légalisation de l’avortement est désormais considérée comme un enjeu de santé publique qui concerne toute la société argentine. Il a réveillé des consciences, en invitant à respecter l’intégrité physique et psychologique des femmes. Le droit de choisir n’est plus un tabou. Pas plus que cette ignoble loi datant de 1921 qui criminalise les femmes, et singulièrement les plus pauvres, qui ne peuvent avorter dans des cliniques privées. Ce vent d’égalité qui souffle sur l’Argentine fait du bien au continent latino-américain, frappé par cette autre pandémie que sont les féminicides. Il réconforte les femmes qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, revendiquent et défendent le droit légitime à pouvoir disposer de leur corps.

 

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