Mac Macron, incarnation de l’ultradroitisation.
Définition. «Je demande à
tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie», disait
Baudelaire. Même les plus jeunes, ceux qui, en somme, n’ont pas connu d’autres
époques, se demandent précisément où s’est enfuie «la vie», et où veut en venir
ce qui l’a remplacée. Face au spectacle bestial qui maintient l’intelligence
collective à des crocs de boucher, une question se pose donc: le génie français
est-il mort, ou se trouve-t-il seulement étouffé par le monstre technocratique
qu’est devenu l’État, lui-même confisqué par ces élites froides qui ont
affaibli toutes nos souverainetés jusqu’à les dissoudre dans l’acide financier
et les poubelles de la Toile? Tout est toujours affaire de regard, mais ceux à
qui il reste des yeux pour voir se passent très bien des états d’âme. Un peu de
mémoire. Il y a quelques années, quand l’expression «ordolibéralisme» a resurgi
du néant, nous avions recherché ses fondements dans les livres d’histoire, pour
apprendre ceci: un courant de pensée libéral développé à la Freiburger Schule
(école de Friburg), en Allemagne, dès les années 1930, selon lequel la mission
économique de l’État est de créer et de maintenir un cadre normatif permettant
la concurrence libre et non faussée entre les entreprises. Définition parfaite.
Et totalement appropriée à ce que nous vivons.
Techno. Ce que nous ne
savions pas, en revanche, c’est qu’un nouveau président élu incarnerait la posture
au-delà de ce que nous pouvions imaginer, achevant un cycle entamé plus tôt
durant lequel la France a cessé d’être gouvernée, pour être administrée par une
caste de technocrates arrogants qui regardent le pays comme une entreprise,
ruinant l’appareil d’État dans le but d’asseoir leur propre pouvoir. Mac Macron
est l’incarnation de cette toute-puissance délirante et hystérique. Résultat?
Son ordre injuste a créé un désordre inouï, marqué du sceau de l’agressivité
permanente – sans parler de cette condescendance méprisante, entre la
posture du roi de France et le mauvais de Gaulle, qui assigne les citoyens au
rang de sujets de Sa Majesté. Ce que chacun constate désormais. Quant au fameux
«en-même-temps», le chroniqueur de France Inter Thomas Legrand expliquait
joliment cette semaine qu’il s’agissait d’«une méthode, pas un but». Et
il ajoutait: «Tout comme En marche est un moyen de locomotion, pas une
destination.» Mac Macron en a sûrement pris conscience, un espace
politique durable ne s’occupe pas uniquement par un casting gauche-droite
(gauche acceptable, droite qui tache), des mots de techno ayant réponse à tout,
et quelques actions symboliques qui font hurler de rire les «Républicains» du
sérail.
Marchepied. Le
prince-président, inventeur d’un «macronisme» impossible à définir
véritablement, est à la croisée des chemins. Tel un général d’armée, il tente
de quadriller le terrain, guettant l’ennemi, mais sans jamais regarder
l’horizon. Lui qui vantait durant sa campagne présidentielle une «société
de la bienveillance», nous sommes entrés, tout au contraire, dans ce qu’il
appela un jour la «société de vigilance». Chers citoyens, ayez
peur, surtout ayez peur, cultivez vos peurs… Sauf qu’une société de la peur
produit le pire. Le bloc-noteur l’a déjà souligné: n’oublions jamais que la
stratégie mortifère de Mac Macron en vue de 2022 consiste à rester en
tête-à-tête avec les nationalistes. Il a choisi son assurance-vie,
Fifille-la-voilà. Un piège tendu à toute la société pouvant mettre en péril la
démocratie, sinon la République elle-même. Une sorte de marchepied au
Rassemblement national et aux réactions identitaires. Sa triangulation
idéologique – se placer «au-dessus et entre» la droite et
la gauche de l’échiquier – se retourne contre lui. Car l’ultradroitisation
est à l’œuvre. Au point de donner raison à ceux qui osent répéter que nous
sommes saturés par le duo «Marine Macron et Emmanuel Le Pen»…

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