Les effets du couvre-feu et du confinement ne se font pas encore sentir dans les hôpitaux. Les professionnels de santé s’attendent à affronter une forte hausse du nombre de patients, malgré les manques de lits et de personnel.
« En
termes d’effectifs, dans les établissements, la situation n’est pas meilleure
qu’au printemps. » C’est ainsi que la Fédération
hospitalière de France a résumé ce qui se profile pour les professionnels de
santé dans les semaines à venir. « Les soignants ne sont pas plus
nombreux, ils sont plus fatigués et certains ont été contaminés lors de cette
deuxième vague », poursuit Zaynab Riet, déléguée générale de la
fédération. Quelques semaines après le début de la deuxième phase de l’épidémie
de coronavirus en France, le nombre d’hospitalisations et d’entrées en
réanimation des patients atteints du Covid-19 ne cesse d’augmenter. Les effets
du confinement, annoncé une semaine plus tôt, ne se font pas encore sentir dans
les services et les établissements médicaux français, qui s’apprêtent à être de
nouveau débordés par l’ampleur de leur fréquentation. Selon les projections les
plus optimistes de l’Institut Pasteur, autour de 6 000 lits de réanimation
pourraient être occupés à la mi-novembre, quand le pic épidémique est prévu.
Mais le deuxième confinement s’annonce moins ferme que lors des mois de mars et
avril. Dans le cas où le taux de reproduction du coronavirus resterait élevé
malgré cela, les scientifiques projettent un besoin de plus de 8 600 lits de
réanimation. Des chiffres bien au-dessus du nombre de lits de réanimation
disponibles à l’heure actuelle, soit 6 400. En avril, le pic épidémique de la
première vague avait poussé les services de réanimation à accueillir jusqu’à
7 100 patients simultanément.
Dans les régions où les hôpitaux sont les
plus touchés par l’épidémie, les capacités théoriques des services de
réanimation sont déjà saturées. L’Auvergne-Rhône-Alpes affiche un taux
d’occupation des lits de réanimation de 114,7 %. Ce chiffre frise les
100 % dans les Hauts-de-France et dépasse les 80 % en Île-de-France.
Selon la Fédération hospitalière de France, les transferts de patients d’une
région à l’autre ont déjà débuté pour soulager les établissements les plus occupés. « Ils
devraient se poursuivre dans les prochains jours, pour se préparer à l’arrivée
de la pression maximale », décrit Zaynab Riet. À l’hôpital
Saint-Antoine, à Paris, les deux unités Covid du service de réanimation sont
d’ores et déjà saturées. « Nous maintenons une unité en plus pour six
autres malades », détaille Éric Maury, professeur de médecine intensive
réanimation dans l’établissement parisien. Outre le manque de places, le
médecin redoute un manque de personnel dans son service : « Lors
de la première vague, on avait bénéficié du soutien d’infirmières d’autres
régions. Mais là, comme toutes les régions sont impactées, elles risquent de ne
pas pouvoir revenir. » Selon lui, son service sera contraint de faire
appel aux anesthésistes et aux infirmiers des blocs chirurgicaux dont les
opérations n’ont pas été maintenues. Une aide d’autant plus bienvenue que le
moment de la chute des températures est « une période de l’année où les
services de réanimation ont beaucoup à faire, poursuit Éric Maury. Si,
en même temps, survient un afflux massif de patients Covid-19, la prise en
charge de tous ces patients risque d’être problématique ».
« On a du mal à faire respecter les gestes barrières »
Dans les Ehpad, la pression épidémique se fait déjà
sentir, alors que des précautions sont prises pour permettre à leurs résidents
de recevoir leurs proches en toute sécurité. Au centre hospitalier de
Pacy-sur-Eure, huit patients sont morts depuis le début de la deuxième vague,
« dont trois en vingt-quatre heures », déplore ainsi son directeur Jérôme
Triquet. Pour éviter de compter de nouvelles contaminations dans son
établissement, le gérant attend beaucoup des tests antigéniques qui commencent
à se déployer. « Ça peut nous permettre de détecter nos professionnels asymptomatiques,
espère-t-il, et servir à détecter les cas chez les visiteurs, qui peuvent être
contaminés avant de recevoir les résultats d’un test PCR. » Si le directeur
d’Ehpad met un point d’honneur à ce que les visites puissent se poursuivre, il
craint qu’elles n’aient été la cause de quelques contaminations : « On a du mal
à faire respecter les gestes barrières et à faire porter les masques
correctement », regrette-t-il. Pour tous les professionnels, la conclusion est
la même. Des mesures sanitaires claires doivent permettre de stabiliser la
courbe et d’éviter aux hôpitaux d’être submergés.

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