Alors que le nombre des privés d’emploi explose, la
ministre du Travail s’est contentée de proposer aux syndicats des ajustements à
la réforme très violente de l’assurance-chômage.
L’exécutif persiste à ignorer l’ampleur de la crise
qui s’abat sur les travailleurs. Alors que les chiffres du chômage du troisième
trimestre 2020 publiés par l’Insee ont fait état d’un bond de 1,9 point du
nombre de demandeurs d’emploi, inédit depuis 1975 (soit 9 % de la
population active), Emmanuel Macron refuse de remettre en cause sa réforme
régressive de l’assurance-chômage de 2019, déjà reportée à janvier puis avril
2021. Jeudi, une réunion se tenait au ministère du Travail, en présence des
syndicats, pour discuter d’aménagements à ce plan censé générer initialement
3,4 milliards d’euros d’économie sur trois ans. Si l’essentiel du coup de
rabot, 2,4 milliards d’euros, reste d’actualité, le gouvernement
esquisserait un pas en arrière avec un allégement de 1 milliard d’euros.
Les miettes lâchées sont insuffisantes
Pour cela, il envisagerait de faire passer la durée
d’affiliation (de travail) pour entrer dans le dispositif d’assurance-chômage de
6 mois (ce que prévoyait la réforme) à 4 mois sur les 27 derniers
mois. Une mesure instaurée provisoirement depuis août et qui vaudrait
uniquement pour les moins de 26 ans.
Le seuil de rechargement des droits passerait
également de 6 mois à 4. 140 000 personnes ne seraient finalement pas
perdantes. La dégressivité des allocations de 30 % pour les cadres ayant
gagné plus de 4 500 euros brut par mois n’interviendrait, elle, plus au
bout du 6e mois,
mais du 8e.
Sur le changement du mode de calcul du salaire
journalier de référence (SJR), servant de base pour l’allocation chômage, qui
s’annonce très destructeur, le ministère propose d’introduire un coefficient
modérateur afin de limiter une très forte baisse des allocations pour les
abonnés aux contrats précaires.
Les effets de cette réforme ultraviolente sont sans appel
Pour Denis Gravouil, en charge des questions d’emploi
à la CGT, les miettes lâchées sont insuffisantes. « Il y aura juste un
peu moins de monde pénalisé que dans le projet initial. Dans le cas du
changement du mode de calcul du salaire journalier de référence, ce coefficient
modérateur est une usine à gaz, les allocations seront toujours divisées par
deux et non plus par quatre comme le prévoit la réforme. Ce n’est donc pas une
avancée, juste un pansement sur une amputation ! » De son côté, Michel
Beaugas, représentant de FO, juge que « tout cela continuera à taper
très fort ». À la sortie de la réunion, le patronat ne pouvait, lui, que se
féliciter.
Ce n’est pas une avancée, juste un pansement sur une
amputation !
DENIS
GRAVOUIL, REPRÉSENTANT CGT
Le gouvernement réfléchit à reporter l’entrée en
vigueur du bonus-malus sur les cotisations des entreprises en fonction du
nombre de recours aux contrats précaires dans les secteurs de l’agroalimentaire,
l’hôtellerie… « Le scénario présenté est inacceptable, conteste
Marylise Léon, de la CFDT, avec un gros déséquilibre entre les mesures
de baisse de droits pour les demandeurs d’emploi et un bonus-malus qui entre en
vigueur en 2023. »
Les effets de cette réforme ultraviolente sont
pourtant sans appel. Dans une étude publiée le 6 novembre, l’Unédic,
organisme de gestion paritaire de l’assurance-chômage, constatait des pertes de
droits pour 1,2 million de personnes parmi les 2,5 millions de privés
d’emploi intégrant le système entre avril 2021 et mars 2022 si ces mesures
s’appliquaient. 470 000 chômeurs verraient ainsi leur entrée dans
l’assurance-chômage retardée ou annulée.
Couper les vivres aux chômeurs pour les inciter à
trouver un emploi. Toute la philosophie est maintenue malgré la pandémie. DENIS
GRAVOUI, REPRÉSENTANT CGT
Parmi eux, 150 000 auraient leurs allocations
diminuées par rapport aux règles actuelles. 690 000 personnes qui
pourraient ouvrir des droits en avril verraient également leur allocation
amoindrie. Une future catastrophe qui n’a pas poussé le gouvernement à tirer un
trait sur ce décret contesté devant le Conseil d’État par la CGT mais aussi FO,
Solidaires et la CFE-CGC. Comme le déplore Denis Gravouil : « Ils sont toujours
dans cette logique de couper les vivres aux chômeurs pour les inciter à trouver
un emploi. Toute la philosophie est maintenue malgré la pandémie. C’est
pourquoi nous demandons toujours son annulation. » Face au
mécontentement, le ministère du Travail s’est engagé à proposer « un
scénario allant un peu plus dans le sens de l’équilibre souhaité par les
organisations syndicales » lors de la prochaine concertation, en
décembre.
Pôle emploi privé de
moyens. La CGT de l’opérateur public a écrit aux députés pour
dénoncer le peu de moyens alloués à Pôle emploi dans le cadre du projet de loi
de finances (PLF) 2021. Alors que le nombre de chômeurs a explosé de 10 %
en un an en catégorie A (ceux n’ayant pas du tout travaillé) et que la
précarité progresse selon les données de la Dares (ministère du
Travail), le syndicat déplore que « le PLF ne laisse
entrevoir que très peu de renforts supplémentaires pour 2021 ». La CGT s’alarme
également de la baisse de dotations financières, via la subvention pour charge
de service public, en chute de 27 % depuis six ans.

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