Avec Sima Khatami et Alice Carré, Olivier Coulon-Jablonka interroge la politique du logement et réitère l’effet coup de poing de sa première pièce d’actualité.
On avait laissé Olivier Coulon-Jablonka, Sima Khatami
et Alice Carré avec leurs interrogations après que le confinement eut
brutalement interrompu un travail d’immersion documentaire commencé en juin 2019 sur le site du fort
d’Aubervilliers. Abritant la gendarmerie nationale avant d’être reconverties en
foyers de travailleurs et en centres d’hébergement d’urgence (CHU), cinq
tours, dont la tour Myriam, occupée par plus de deux cents personnes et où les
artistes ont élu résidence, sont désormais promues à une reconstruction dans le
cadre du Grand Paris, qui en évince les habitants.
Ils sont cinq, deux femmes et trois hommes, à adresser
au public quelques bribes d’une vie cabossée par les malheurs. Ils sont tout un
peuple à l’image. Ils reviennent de loin. De la rue, de la guerre, de l’exil ou
de la maladie.
Annoncée pour avril, cette deuxième pièce d’actualité
pour Olivier Coulon-Jablonka, élaborée en partition avec ses deux partenaires,
dramaturge et cinéaste, se trouvait d’autant plus mise en danger qu’il lui
fallait chercher de nouvelles formes pour garder le lien avec ses
protagonistes. On retrouve tout cet incroyable monde sur le plateau du Théâtre
de la Commune, dans la Trêve. Ils sont cinq, deux femmes et trois
hommes, à adresser au public quelques bribes d’une vie cabossée par les malheurs.
Ils sont tout un peuple à l’image. Ils reviennent de loin. De la rue, de la
guerre, de l’exil ou de la maladie. Français, Africains, Chinois, Bulgares… ils
ont des visages, une histoire et une parole. Forte. « Tu peux me
regarder de bas, mais moi, je me soulève tout le temps. »
Résistance à la
déshumanisation
Dans 81 avenue Victor Hugo, déjà, Olivier Coulon-Jablonka avait posé un acte
puissant en conviant sur scène des sans-papiers qui racontaient leur combat à
visage découvert et réclamaient publiquement une place dans la cité. Ici, le
geste à trois voix va encore plus loin. D’abord, dans le processus d’ancrage et
de partage, dont on prend la mesure dans les images de Sima Khatami qui donnent
à voir dans la détresse la plus grande la puissance de la vie et de la
résistance à la déshumanisation. Ensuite, dans le processus de fabrication qui
permet à chacun de prendre une place à sa mesure, qui taille dans le vif d’un
matériau abondant, troublant, perturbant pour n’en garder qu’une partie infime
qui saura dire la totalité des enjeux.
Et enfin, dans cette construction chorale magnifique
qui pourrait ressembler à une mise en procès, ne se contente pas de décrire
mais demande des comptes sur la politique publique en matière de logement.
C’est le préfet de Seine-Saint-Denis qui est, au final, soumis à la question.
Il joue d’abord le jeu, trouvant une certaine « poésie » et « créativité » à
ce territoire marginalisé, mais le referme très vite lorsqu’il s’estime
injustement mis en cause en tant que « représentant des services de
l’État », qui « feraient déjà énormément pour ces
populations »…
On espère qu’il verra la pièce et regardera de moins
bas.
Jusqu’au 25 septembre, au Théâtre de la Commune
(2, rue Édouard-Poisson, 93300 Aubervilliers). Tél. : 01 48 33 16 16
Marina
Da Silva

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