Vous êtes à l’initiative d’une mobilisation pour soutenir le Centre
hospitalier intercommunal André-Grégoire de Montreuil. De quoi est-il
menacé ?
PATRICE BESSAC : Notre offre de soins, hospitalière
et de médecine libérale, est extrêmement inférieure à celle des autres
départements. Il y a moins d’investissements dans les hôpitaux, moins de
médecins, moins d’infirmières par rapport à notre population. À Montreuil, des
interruptions du service de chirurgie ont lieu à cause de problèmes de
recrutement. Le sous-investissement – du fait de l’endettement de l’hôpital –
le conduit à fonctionner sous le régime de la pénurie. La première des menaces,
est l’indifférence face à ces inégalités. Le président de la République s’est
engagé à un débat sur le financement des hôpitaux en octobre, avec une réunion
interministérielle le 15. Nous lançons donc une mobilisation pour faire
entendre les revendications du département, qui a moins dans tous les domaines
alors qu’il a plus de besoins en matière de santé, de justice et d’éducation.
Pourquoi la mairie de Montreuil prend-elle cette initiative ?
PATRICE BESSAC : Je suis président du conseil de
surveillance de l’hôpital. Au fond, il y a une situation claire : la
Seine-Saint-Denis est sous-favorisée, donc il faut bien faire entendre la voix
des premiers de corvée, lever le drapeau de la lutte contre les inégalités de
santé, au moment où le gouvernement planche dessus.
Quelles conséquences ce sous-investissement a-t-il sur les populations ?
PATRICE BESSAC : Le virus a ciblé les populations les
plus faibles sur l’aspect financier, le logement et le sanitaire. Là où il y a
le moins d’accès à des médecins, il y a plus de morts. Entre le
1er mars et le 10 avril, la Seine-Saint-Denis a connu une
surmortalité de 78 %, ce qui est largement supérieur aux autres
départements sur la même période. La conséquence immédiate pour nos concitoyens
a donc été le cimetière.
Quelles actions sont prévues pour soutenir l’hôpital ?
PATRICE BESSAC : Nous lançons aujourd’hui une
pétition à Montreuil qui a déjà recueilli plus de 1 000 signatures. Nous
espérons qu’elle sera un raz-de-marée en faveur de l’hôpital. Pendant le
confinement, nous avons applaudi les médecins et les infirmières. Il faut leur
rendre la pareille, se mobiliser comme eux se sont mobilisés. Ensuite, je
m’adresserai rapidement à l’ensemble des élus du département pour lancer un
appel ensemble. Il faut faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas. Pour
le troisième acte, nous sommes en train d’imaginer une grande marche vers le
ministère de la Santé, où j’ai demandé un rendez-vous, pour y porter les
doléances des premiers de corvée, avant le 15 octobre.
Cette mobilisation en faveur du CHI André-Grégoire n’est pas la première.
Qu’aviez-vous obtenu lors des précédentes ?
PATRICE BESSAC : On a gagné notamment
2 millions d’euros pour la réfection des urgences et la prise en charge
d’emprunts toxiques, en lien avec le fonds de garanties national. Avec le
Covid, les gens ont peut-être pris conscience de ces problèmes de financement.
Cette mobilisation peut-elle être pionnière et inspirer d’autres
départements touchés par ces phénomènes?
PATRICE
BESSAC : J’espère une sorte de feu d’artifice
des mobilisations en faveur de l’hôpital public. C’est le moment de faire
entendre la parole des départements. Il n’y a que les combats qu’on ne mène pas
qui sont perdus d’avance. Quoi qu’il en coûte, nous gagnerons !
Émilio Meslet

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