55 % des Français favorables au rétablissement de la peine de mort. 82 % qui veulent un « vrai chef » en France pour remettre de l’ordre. 88 % qui considèrent que « l’autorité est une valeur qui est trop souvent critiquée aujourd’hui »… Des « chiffres record », précise l’Ipsos, qui a réalisé cette enquête publiée par le Monde. Plus inquiétant encore, ces niveaux sont atteints en raison d’une poussée préoccupante chez nombre de sondés se classant à gauche.
Aurions-nous sombré dans un cauchemar à la
Philip Roth ? Non, mais ce sondage est révélateur de la bataille idéologique
féroce menée pour interdire l’émergence d’une alternative progressiste aux
politiques ultralibérales. Ces politiques qui, en aggravant les inégalités et
les injustices, en stigmatisant des populations, créent de la tension, de
l’insécurité, parfois de la violence. Un triptyque savamment instrumentalisé
pour saper les valeurs de partage, d’échange, de justice, de solidarité et
d’égalité. Plutôt que de s’attaquer aux racines du mal, le pouvoir joue depuis
des années avec les fruits de ce mal : la jalousie, l’inquiétude, la peur, la
haine. La jalousie pour imposer un modèle de société toujours plus
inégalitaire ; l’inquiétude afin de limiter la colère ; la haine pour diviser
ceux qui devraient être unis ; la peur, pour justifier la répression plutôt que
la prévention et l’éducation. C’est la réponse du capitalisme du
XXIe siècle pour faire accepter l’inacceptable.
Dans une interview, en 1981, Margaret Thatcher
disait : « L’économie est la méthode ; le but est de changer le cœur et
l’âme. » Quitte à ce que de ce changement émerge le pire. Car, si le
capitalisme adore le techno-libéralisme version Macron, il ne regimbera pas
avec un capitalisme autoritaire version Le Pen. Alors, comment répondre sans
minimiser les problèmes, sans non plus céder à la tentation d’un discours
sécuritaire, fût-il teinté d’un pseudo-langage de lutte de classes ? C’est là
le grand défi posé aux forces de gauche.

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