Alors que l’automne s’annonce catastrophique sur le
front du chômage, certaines sociétés profitent de la crise sanitaire pour se
lancer dans des plans sociaux massifs ou des accords de compétitivité. Pour les
syndicats, il s’agit avant tout de prétextes pour tailler dans les effectifs et
mettre en péril les acquis sociaux.
Une rentrée en forme de déflagration
sociale. Comme le redoutaient les experts, les annonces de restructurations ou
de plans d’économies s’accumulent en septembre. Si le tissu économique souffre
logiquement de la crise engendrée par le Covid-19, certains grands groupes ont
vite choisi de s’engouffrer dans la brèche des licenciements. Chez Auchan, la
direction évoque, entre autres, des surcoûts liés à la pandémie pour justifier
les 1 475 suppressions d’emplois à venir. Nombre de sociétés comme Derichebourg
Aeronautics ou Valeo se sont également jetées sur les accords de performance
collective pour flexibiliser le temps de travail. Alors que le tsunami social
démarre à peine, les syndicats refusent cette fatalité d’une hausse de la
précarité, dans un contexte où le gouvernement a octroyé 100 milliards
d’euros pour le plan de relance. Les salariés se mobiliseront aujourd’hui un
peu partout en France à l’appel de la CGT, de la FSU, de Solidaires et des
organisations de la jeunesse pour exiger que la priorité soit bien donnée « à
la préservation et à la création en nombre d’emplois stables et qualifiés ».
Auchan déstockage massif sur l’emploi
Coup de bambou pour les personnels de la
grande distribution érigés en « héros du quotidien » depuis le confinement. La
semaine passée, Auchan- Retail a annoncé la suppression de 1 475 postes. Les
services après-vente, les ressources humaines ou encore les métiers
administratifs sont visés. Pour les syndicats, l’argument d’un surcoût lié à la
crise du Covid-19, avancé par la direction, ne tient pas la route. Selon
Christophe Delay, élu FO au comité central économique et social : « Les mesures
sanitaires leur ont coûté 50 millions d’euros. Mais avec la crise, les
résultats n’ont jamais été aussi bons depuis dix ans ! Si on multiplie les
plans sociaux depuis deux ans, c’est avant tout pour satisfaire les
actionnaires. Quant aux disparitions de postes des managers de caisse, c’est
pour se lancer dans une automatisation à outrance. » De fait, le taux de
rentabilité de l’enseigne phare de la famille Mulliez a bondi de 79 % au
premier semestre 2020, avec un excédent brut d’exploitation de
1,25 milliard d’euros. Sans compter qu’Auchan a également touché
500 millions d’euros de crédit d’impôt compétitivité emplois (CICE) ces
sept dernières années.
Ce nouveau plan fait suite à la cession de
21 magasins au printemps 2019, impactant jusqu’à 800 emplois, et à un plan de
départs volontaires de 500 personnes en janvier dernier. Mais la famille
Mulliez, 6e fortune de France et propriétaire d’Auchan, ne compte pas s’arrêter
là. Lundi, le tribunal de commerce de Marseille a validé la reprise d’Alinéa,
chaîne d’ameublement en redressement judiciaire, par Alexis Mulliez, son actuel
directeur général, scellant au passage le licenciement de 992 salariés. Côté
syndical, la riposte s’organise. « Les personnels corvéables pendant le
confinement ont été jetés comme des Kleenex, explique Gérald Villeroy, délégué
syndical central CGT, qui sera mobilisé aujourd’hui sur son magasin de
Noyelles-Godault (Pas-de-Calais). Nous devons établir une stratégie avec les
salariés de Happychic, Kiabi, Pimkie, Flunch (faisant partie de la galaxie
Mulliez - NDLR), qui ont aussi subi des licenciements. Il faudrait réussir à
faire reconnaître cette association familiale Mulliez comme un seul et même
groupe pour que les personnels puissent être reclassés dans les autres
enseignes. »
General Electric un effet d’aubaine
Moins d’un an après avoir supprimé près de
1 000 emplois dans sa division turbines à gaz, le géant américain renie une
fois de plus les promesses prises en 2015 lors du rachat de la branche énergie
d’Alstom. Si personne n’espérait plus que le groupe remplisse son engagement de
créer 1 000 emplois, syndicats et salariés ont reçu un nouveau coup de massue
ces derniers jours à l’annonce d’un nouveau plan de licenciements, avec 1 225
suppressions d’emplois prévues en Europe, dont 764 en France. Cette fois-ci,
c’est la branche énergie renouvelable, au travers des activités Grid et Hydro,
qui est concernée. Le site de Belfort, déjà fortement impacté par le précédent
plan, verrait cette fois-ci 89 emplois détruits dans le secteur de l’énergie
hydraulique. La région lyonnaise, elle, serait dépouillée de 350 postes sur
650 avec les possibles interruptions de l’activité disjoncteurs à Villeurbanne
ainsi que du service après-vente sur le site de Saint-Priest.
La direction de GE affirme subir « une
dynamique de marché complexe » qui génère « d’importantes pertes financières ».
Mais pour les syndicats, l’argument est un peu rapide. « Derrière des
justifications économiques de circonstance, GE cherche avant tout à se
dédouaner de ses mauvais choix stratégiques et d’absence de réelle politique
industrielle depuis le rachat des activités énergie d’Alstom », fustige la CGT.
Même le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a, la semaine dernière, tancé le
groupe américain parmi d’autres entreprises accusées de procéder à des « plans
sociaux d’aubaine ». « Pour les organisations syndicales et les salariés,
d’autres solutions sont possibles permettant de retrouver un équilibre
financier sur le long terme. Cela passe par des investissements en R & D,
le renforcement de nos sites français aujourd’hui centres d’excellence pour
tous nos produits et par des recrutements sur les secteurs défaillants »,
poursuit la CGT. « Dans le cadre du plan de relance de l’État, le gouvernement
doit intervenir rapidement auprès de GE, pour imposer la pérennité de nos
activités industrielles sur le territoire », souligne le syndicat.
Valeo un accord peut en cacher un autre
Chez l’équipementier automobile, ce ne
sont pas moins de quatre accords qui pourraient s’abattre sur le personnel. Si
la direction de Valeo souhaite suspendre ses abondements aux fonds PEG (plan
d’épargne de groupe) et Perco (plan d’épargne pour la retraite collectif), elle
a aussi imposé la négociation simultanée d’un accord de performance collective
(APC) et d’un autre de compétitivité. Au menu : gel des salaires pendant un an,
suspension de l’intéressement en 2021 et 2022, ou encore possibilité pour les
administratifs de venir en renfort en production… D’autres mesures sont, elles,
vouées à perdurer comme la flexibilisation du temps de travail des cadres,
augmenté de trois jours, ou la baisse des indemnités de départ en retraite.
L’objectif est d’économiser 10 % sur la masse salariale, soit
100 millions d’euros.
« La société a souffert de la situation sanitaire mais
elle avait les reins suffisamment solides pour encaisser le coup, souligne
Patrice Caux, coordonnateur CGT au sein du groupe. Valeo n’a pas souscrit à un
prêt garanti par l’État. Il s’agit de maintenir leur niveau de cash. Nos acquis
sociaux vont être impactés alors que nous n’avons aucune garantie sur le
maintien de l’emploi. » Sur le site historique de Limoges (Haute-Vienne), la
situation est d’autant plus mal comprise par les 250 salariés que l’activité
est repartie en flèche depuis juillet. « Une quarantaine d’intérimaires est
revenue, nous avons de la trésorerie, assure Jean-Luc Zobèle, délégué syndical
central CGT. Nous n’avons eu que quelques jours de chômage partiel par-ci
par-là de mars à juin. Rien ne justifie cet APC. Nous avons assez fait
d’efforts. On sort tout juste d’une rupture conventionnelle collective qui
avait supprimé 22 emplois. Voilà pourquoi il est essentiel que les salariés se
mobilisent dans la période ! » Certains d’entre eux devraient débrayer ce jeudi
à Limoges, Angers ou Amiens. La CGT espère qu’aucun syndicat ne signera ces
plans le 27 septembre prochain, lors des prochaines négociations.
Un vrai-faux coup de pression sur les
entreprises
Lors
d’une visite à l’usine Bic de Montévrain (Seine-et-Marne) en début de semaine,
Jean Castex a exhorté les entreprises à signer « massivement » des accords
d’activité partielle de longue durée afin de préserver l’emploi, objectif
« premier » du plan de relance. Critiqué pour l’absence de conditionnalité à
cette manne de 100 milliards d’euros, le premier ministre a donc fait mine
de durcir le ton. « Ces accords permettent d’organiser la formation de vos
équipes pendant les périodes de chômage » alors « il faut y aller (…) il faut
s’engager, il faut négocier », a-t-il ajouté. De son côté, Philipe Martinez,
secrétaire général de la CGT, a préféré dénoncer « des plans de restructuration
où le Covid a bon dos », comme chez Auchan. « Là aussi le gouvernement doit
taper du poing sur la table. »

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